TOME XII · CHAPITRE IX

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Summary

The counsels continued: the suggested precautions; the future king's education — Charost proposed as governor, Nesmond as preceptor; the regency council discussed, with the exclusions: 'Villeroy to keep, Voysin to expel', the seals to 'good old d'Aguesseau', Torcy debated, 'Desmarets and Pontchartrain to expel'; the author 'saves La Vrillière with great pains' and procures him a unique place; the mechanics and composition of the regency council.

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Précautions que je suggère à M. le duc d’Orléans
Les conseils réglés, Saint-Simon pressa le prince de profiter du reste du règne : « se tenir au plus petit nombre..., les remplir tous dès lors comme s'ils existoient par une liste sous sa clef », rayer et remplacer à mesure, « afin de n'avoir que les déclarations à en faire à la mort du roi » — car alors « il se trouveroit tout à coup accablé... : en ces occasions les bagatelles sont les affaires du lendemain, souvent du jour même », et sans arrangements tout prêts, « ce seroit le hasard et les instances des demandeurs qui en disposeroient ». « C'est ce que je lui répétai sans cesse... ; c'est ce qu'il m'assura toujours qu'il feroit, et quelquefois à demi qu'il faisoit, et qu'il ne fit jamais, par paresse. »
Résolution que je propose à M. le duc d’Orléans sur l’éducation du roi futur
Sur l'éducation du roi futur : si le roi y pourvoyait, « ce lui devoit être une chose à jamais sacrée..., surtout par [la considération] des horreurs dont on avoit voulu l'accabler » ; sinon, exclure « moi tout le premier, et tout homme qui lui étoit particulièrement attaché », éviter les contraires et les dangereux, et tenir la liste secrète comme pour les conseils.
Je lui propose le duc de Charost pour gouverneur du roi futur, et Nesmond, archevêque d’Alby, pour précepteur
Pour gouverneur, le duc de Charost : « ce n'étoit pas que lui ni moi l'en crussions capable. Tel est le malheur des princes et de la nécessité des combinaisons » ; mais naissance, dignité, service, honneur, « une piété de toute sa vie, à sa mode à la vérité, mais vraie », nulle relation particulière avec le prince ni avec ses ennemis, et « capitaine des gardes par le choix et le désir du Dauphin, père du roi futur » — quitte à chercher « deux sous-gouverneurs qui pussent suppléer ». Pour précepteur, Nesmond, archevêque d'Alby, que Saint-Simon avouait ne pas connaître, mais dont « la respectueuse mais généreuse liberté » de la harangue au roi sur la mort de Monseigneur donnait une grande idée — un prélat « qui ne fût ni de la lie du peuple ni de celle des séminaires..., et qui n'eût levé aucun étendard pour ni contre la constitution ».
Discussion entre M. le duc d’Orléans et moi sur le choix des membres du conseil de régence et l’exclusion des gens à écarter
Sur le conseil de régence, tout autre maxime : si le roi en réglait la formation, « il ne falloit donc pas se laisser museler par les dispositions que le roi feroit à cet égard », pas plus vénérables que celles de Charles V et de Louis XIII, « dont l'autorité mort-née fut abrogée aussitôt après la mort de ces deux grands et admirables rois » : « soumission et silence » du vivant du roi, « mais sans cesser de se préparer à le renverser ». Impossible d'exclure les bâtards si établis — attaquer le duc du Maine était « une chose à laquelle il ne falloit pas penser pour lors..., trop grand pour l'attaquer sans avoir bien pris les plus justes mesures, trop établi pour l'attaquer sans être en certitude... de le pousser par delà les dernières extrémités ». Le choix des membres, sans cesse remis « par ces remises... jusqu'à la mort du roi », resta ouvert.
Villeroy à conserver, Voysin à chasser, et donner les sceaux au bonhomme d’Aguesseau
Des ministres actuels, ne conserver que le maréchal de Villeroy, « non par estime ni aucune amitié, mais par la considération de ses établissements, de ses emplois, de ses alliances ». Le chancelier Voysin, « homme de néant en tout genre..., qui n'avoit de mérite que celui d'esclave de Mme de Maintenon et de M. du Maine », serait relégué « à Moulins ou à Bourges », et les sceaux donnés « au bonhomme d'Aguesseau, magistrat de l'ancienne roche, qui ne tenoit à rien qu'à l'honneur, à la justice, à la vraie et solide piété..., universellement aimé, estimé, considéré, d'une modestie fort approchante de l'humilité » — choix « qui enlèveroit l'applaudissement général, sans qu'aucun osât se montrer mécontent ni compétiteur ».
Torcy
Torcy, ami des Villeroy, Tallard et Tessé, sa société toute contraire au prince, Saint-Simon voulait l'écarter en supprimant sa charge : « je lui donnai force attaques auprès de M. le duc d'Orléans, et je m'irritois en moi-même du peu de progrès que j'y faisois. Voilà, il faut l'avouer, comment la passion et l'ignorance séduisent, et conduisent en aveugles ; il n'est pas temps encore de dire combien j'ai été aise depuis de n'avoir pas réussi à l'exclure. »
Desmarets et Pontchartrain à chasser
« Pour Desmarets, j'avois juré sa perte... C'étoit le prix de son ingratitude et de sa brutalité à mon égard » ; sa conservation était d'ailleurs « incompatible avec un conseil de finances tel que je l'avois proposé ». « J'en vins à bout, et son exclusion ne varia point. » Quant à Pontchartrain, « c'étoit faire une vengeance publique du plus détestable et du plus méprisable sujet..., un ennemi public, dont le sacrifice étoit dû au public..., un homme sans nul ami, et sans aucune qualité regrettable parmi toutes celles qui font abhorrer. Sa perte étoit résolue dès longtemps, et je m'applaudissois secrètement de l'avoir faite. »
Je sauve La Vrillière à grand’peine, et lui procure une place principale et unique
La Vrillière, cousin de Pontchartrain « qui ne l'en aimoit pas mieux », méritait tout le contraire : « un homme dont la taille différoit peu d'un nain, grosset, monté sur de hauts talons..., mais bon ami, très obligeant, et capable de rendre des services avec adresse, même avec hasard, mais sans préjudice de l'honneur et de la probité » ; son père et son grand-père avaient servi le père de Saint-Simon. « M. le duc d'Orléans... me répondoit sans cesse : “Mais on se moquera de nous avec ce bilboquet” — en sorte que je fus plus d'un an à mettre tout ce que j'eus de force et d'industrie à le poulier. J'en vins enfin à bout, à force de bras » : La Vrillière serait seul secrétaire d'État en fonction.
Discussion de la mécanique et de la composition du conseil de régence
La mécanique du conseil de régence : toutes les affaires y portées « et décidées en dernier ressort à la pluralité des voix », celle du régent « ne devoit être qu'une comme les autres », prépondérante au seul cas de partage. Fénelon y était destiné — « toute l'inclination de M. le duc d'Orléans l'y portoit ». Pour le reste, « l'un n'étoit pas sûr, un autre pas assez distingué, celui-ci manquoit de poids..., sans compter l'embarras de trouver sûreté, fermeté et capacité dans un même sujet » : ce long règne « de vile bourgeoisie » avait « su tout anéantir, et empêcher tout homme d'être des hommes ».
Je propose à M. le duc d’Orléans de convoquer, aussitôt après la mort du roi, les états généraux, qui sont sans danger, utiles sur les finances, avantageux à M. le duc d’Orléans
Puis la grande proposition : convoquer les états généraux aussitôt après la mort du roi. Sans danger — « plus de partis dans l'État..., plus de restes de ces anciennes factions d'Orléans et de Bourgogne..., plus d'huguenots et point de vrais personnages en aucun genre ni état » ; à convoquer « au terme le plus court », les expéditions parties « avant vingt-quatre heures ». Le Français, « abattu sous un joug dont la pesanteur et les pointes étoient sans cesse montées jusqu'au comble », serait « saisi de ravissement à ce rayon d'espérance ». Sur les finances : en exposer l'état « avant qu'elle-même y eût touché le moins du monde », en tirer « un aveu public par écrit » — décharge authentique —, proposer les trois seuls remèdes et « lui en laisser faire en toute liberté la discussion et le choix » ; la composition provinciale des états, étrangère aux créanciers parisiens, porterait naturellement à la banqueroute. « La multitude ignorante... vous bénira comme le restaurateur des droits anéantis de la nation » ; les clairvoyants verraient qu'on ne fait « essentiellement rien de plus que ce qu'ont pratiqué tous nos rois ». Mais s'être fait « une loi, qu'aucune considération ne pût entamer », de suivre leur avis — y manquer serait « s'exposer à une révolution ».
Grand parti à tirer délicatement des états généraux sur les renonciations
Grand parti à tirer sur les renonciations, « informes et radicalement destituées de tout ce qui pouvoit opérer la force et le droit d'un tel acte » : « suppléer au juridique par un populaire de ce poids », se faire acclamer par les états et en tirer « un acte solennel en forme de certificat du vœu unanime ». Toute la délicatesse : « les états ne prononceroient rien, ne statueroient rien, ne confirmeroient rien ; leur acclamation ne seroit jamais que ce qu'on appelle verba et voces », et le certificat « n'est qu'une preuve qu'elle a été faite » — « ainsi le leurre est entier, tout y est vide, les états généraux n'en acquièrent aucun droit », et cependant la nation, croyant avoir exercé son droit le plus cher, se lierait « pour jamais » au duc d'Orléans et aux princes du sang contre la branche d'Espagne. Puis « brusquer l'affaire, couper court, finir », et imposer silence sur toute la matière.
Rien de répréhensible par rapport au roi dans la conduite proposée à M. le duc d’Orléans, par rapport à la tenue des états généraux
Rien de répréhensible envers le jeune roi dans toute cette conduite : le régent trouve les finances « dans un désordre et dans un état désespéré..., il n'accuse personne », et défère le choix du remède aux états, imitant « les rois prédécesseurs, et Louis XIII lui-même, qui les assembla et les consulta à Paris, en 1614 ». Quant à l'acclamation, jamais demandée, les états n'auraient fait que « canoniser » les volontés du feu roi et de toute l'Europe — la branche d'Espagne ayant elle-même fait ses renonciations « en pleins cortès assemblés à Madrid ». « Où y a-t-il dans tout cela quoi que ce soit de tant soit peu répréhensible ? »
Usage possible à faire des états généraux à l’égard du duc du Maine
Autre usage possible : les bâtards. « Tout frémissoit en secret, jusqu'au milieu de la cour, de leur existence, de leur grandeur, de leur habilité de succéder à la couronne » — Saint-Simon en atteste les maréchaux d'Harcourt, de Villars, de Tessé, le parlement, « jusqu'au peuple ». Montrer aux états « le groupe de leurs richesses, de leurs gouvernements, de leurs charges » — marine, artillerie, carabiniers, Suisses « dans leur très effective dépendance » — face à des princes du sang « tous enfants » ; « l'évidence du crime de lèse-majesté dans l'attentat d'oser prétendre à la couronne » ; l'énormité du motif enregistré, « l'honneur qu'ils ont d'être fils et petits-fils du roi », qui met « l'adultère... au niveau du mariage » ; et les porter à une requête au roi établissant « que le roi, même à la tête de toute la nation, n'a pas droit de donner à qui que ce soit... le droit de succéder à la couronne » — avec les exemples de Philippe de Valois, d'Henri IV, et du traité de Troyes. Le tout « sans que M. le duc d'Orléans y parût en aucune sorte », prêt à laisser « évaporer le projet en fumée » si la mollesse le faisait craindre ; et du Maine, « timide comme il est, sera souple, tremblant ; et pourvu qu'il échappe, prendra tout pour bon ».
Mécanique à observer
La mécanique enfin, réglée jusqu'au détail : les états logés à Saint-Germain, Meudon prêté à la reine d'Angleterre ; le canevas de la requête tout prêt, « à mettre en forme à leur gré » pour qu'ils le croient leur ouvrage ; gagner « ces chefs effectifs à divers étages » qui mènent les assemblées ; « ne point laisser d'intervalle entre l'adoption de la requête et sa présentation..., s'il est possible, sans mettre une seule nuit entre-deux » ; la marche en corps sur Marly, l'audience du roi dans le salon, le conseil mandé sur-le-champ, le renvoi au parlement « les pairs mandés..., comme étant cause très majeure », les états refusant de partir sans leurs expéditions ; et au jugement, « distinguer entre les deux frères l'innocent d'avec le coupable ». « Une idée sans exécution est un songe et son développement dans tout ce détail un roman. Je l'ai compris avant de l'écrire. Mais j'ai cru me devoir à moi-même de montrer que je n'enfante pas des chimères... Si des projets de cette qualité... n'ont pas réussi, c'est qu'ils n'ont pas trouvé dans le temps le plus favorable un régent assez ferme et qui eût en soi assez de suite. »

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