TOME XIII · CHAPITRE XIV

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Summary

Alberoni's Spain: he 'gains little by little the chief authority' and would expel Giudice; the sharp Rome-Madrid quarrel; his 'address towards the Roman purple'; reforms and a 'powerful navy' projected; Miraval to the council of Castile, La Mirandole removed. The Barrier treaty signed between emperor and States-General and the suspicions it breeds, 'favourable to the Pretender'; France's disquiet over Spain; England's complaints of France's conduct towards the Pretender.

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Pensées de l’Espagne, où Albéroni gagne peu à peu la principale autorité, et veut chasser le cardinal del Giudice
L'Espagne jauge lucidement la France nouvelle : le régent veut « maintenir l'union avec elle et la paix avec ses voisins », mais « son intelligence secrète avec l'Angleterre étoit grande et alloit à faire un traité de commerce » ; d'une France aux finances « en grand désordre », « peu ou point d'espérance d'être secourue » en cas d'attaque de l'empereur. Cependant « Albéroni gagnoit toujours du terrain, et par degrés devenoit en effet premier ministre ». Le cardinal del Giudice « en étoit piqué au vif » ; Cellamare, ami de l'un et neveu de l'autre, demande son congé pour rentrer à Madrid empêcher leur rupture. Vainement : « ce n'étoit pas l'intention d'Albéroni de bien vivre avec Giudice. C'étoit pour lui un personnage d'un trop grand poids dont il avoit bien résolu de se défaire. »
Forte brouillerie entre Rome et Madrid
Rome et Madrid manquent de rompre. Le pape avait donné la place d'inquisiteur général d'Espagne, vacante par la mort du cardinal Sala, à l'évêque d'Albaracin, « aussi rebelle que l'avoit été Sala » — c'est-à-dire aussi engagé dans le parti autrichien. Fureur du roi d'Espagne, qui « vouloit chasser Aldovrandi, nonce auprès de lui, et fermer la nonciature ». Le P. Daubenton, son confesseur, « para ce coup avec bien de la peine » ; et Albéroni, quelque jalousie qu'il eût « de son crédit et de ses fréquentes audiences secrètes », l'aida à calmer l'esprit de Philippe V — car une rupture avec Rome eût ruiné ses propres desseins.
Adresse d’Albéroni pour parvenir à la pourpre romaine
Pourquoi cette modération ? « Albéroni qui vouloit régner en Espagne sentoit le besoin qu'il avoit de la pourpre pour s'y maintenir ou pour s'en dédommager. Il ne sentoit pas moins aussi l'excès de sa bassesse. Il n'osoit donc y prétendre ouvertement, mais il avoit conçu le dessin que la reine en fît toutes les démarches, comme à son insu, et pour lui faire une surprise agréable. » Pour cela, empêcher toute brouille entre les deux cours et ménager le jésuite Daubenton, « fabricateur de la bulle Unigenitus avec le cardinal Fabroni », que Rome et les jésuites avaient su faire revenir en Espagne « comme le plus habile instrument qu'ils pussent avoir en cette cour, où il étoit le confident et le correspondant secret et immédiat du pape ».
Il veut faire des réformes et établir une puissante marine
Albéroni réformateur : il travaille « à réformer les dépenses des maisons royales, des conseils, des tribunaux », se plaint que « les gages des officiers étoient montés au quadruple depuis que Philippe étoit en Espagne » — « cela le rendoit fort odieux ». Mais sa grande vue est juste : « il regardoit une puissante marine comme le fondement de la puissance solide de l'Espagne, et il avoit raison. » Il ramasse des fonds de tous côtés et flatte le roi « de lui armer quarante vaisseaux, pour l'année prochaine, en état d'assurer le commerce des Indes espagnoles ». Il vante en outre son désintéressement : chargé de toutes les affaires, il « n'en avoit pas encore reçu la moindre grâce, et ne vivoit que des cinquante pistoles que le duc de Parme, son maître, lui donnoit tous les mois » — non sans laisser « échapper doucement quelques plaintes de l'ingratitude des princes ».
Miraval, ambassadeur en Hollande, choisi pour être gouverneur du conseil de Castille
La guerre sourde contre del Giudice porte ses fruits : Albéroni lui enlève toutes les affaires étrangères et « le traversoit sur ce qui regardoit l'éducation du prince des Asturies, dont ce cardinal étoit le gouverneur ». Les deux hommes se querellent jusque chez le roi, « et entrèrent tous deux chez le roi pour lui porter leurs plaintes. Ni l'un ni l'autre pour lors n'eurent l'avantage. » Suite de l'affaire : Miraval, ambassadeur en Hollande, est rappelé « pour remplir la place vacante de gouverneur du conseil de Castille, dans lequel il avoit passé sa vie. C'étoit un grand homme, froid, très médiocre ambassadeur, et d'inclination autrichienne. »
La Mirandole éloigné
« Albéroni, jaloux de tout ce qui pouvoit aborder la reine, étoit fort affligé de l'arrivée de sa nourrice, qu'elle avoit fait venir d'Italie. Il éloigna d'elle le duc de La Mirandole, qui avoit l'honneur de lui appartenir, et qui avoit pensé l'épouser. » Grand écuyer du roi, fils du premier lit de la femme de Cellamare et donc lié à del Giudice, La Mirandole payait cette parenté. Albéroni frappe le cardinal jusque dans le prince des Asturies, « parce qu'il s'étoit attaché à son gouverneur », et cherche à le rendre suspect au pape même, « pour avoir seul le mérite d'y servir Rome, dans sa vue du cardinalat » — le tout pour réduire Giudice « à force d'embarras et de dégoûts à lui quitter la partie et à se retirer en Italie ».
Traité de la Barrière signé entre l’empereur et les États généraux
« La signature du traité de la Barrière entre l'empereur et les États généraux, après beaucoup de longueurs et de difficultés, fit naître divers soupçons. » Ce traité, qui réglait les places des Pays-Bas, parut sceller l'union de Vienne et de la Haye avec Londres : « Le roi Georges comptoit entièrement sur la cour de Vienne, et beaucoup moins sur M. le duc d'Orléans que lors de la mort du roi. » On soupçonna aussi « une alliance secrète signée entre l'empereur et le roi d'Angleterre » : garantie de la succession protestante et de Brême et Verden pour George ; en retour, secours anglais pour réunir la Sicile au royaume de Naples et « s'emparer de la Toscane, lorsque la succession s'en ouvriroit ».
Soupçons qu’il cause, favorables au Prétendant
Effet paradoxal de ces soupçons : « Ces soupçons réchauffèrent les deux couronnes pour le Prétendant, qui ne s'en cachèrent pas l'une à l'autre. » George crut le régent « dans les intérêts du Prétendant », et l'Espagne, refroidie sur le prince Stuart, « lui fit compter cent mille écus, avec espérance de plus grands secours, dans la crainte qu'elle conçut de la liaison étroite entre l'empereur et le roi d'Angleterre ». Ainsi la diplomatie des cours catholiques se remit un moment à jouer la carte jacobite, non par zèle, mais par contrepoids.
Inquiétude de la France sur la conduite de l’Espagne, et la sienne en conséquence
La France s'inquiète des liaisons de Madrid avec la Haye : Riperda, ministre de Hollande, « traité avec une grande distinction..., tout à fait entré dans la confidence d'Albéroni » — ce même Riperda « qui succéda immédiatement à Albéroni, lorsqu'il fut chassé d'Espagne ». Le duc de Saint-Aignan reçoit ordre d'offrir à l'abbé « les mêmes secours et le même nombre de vaisseaux qu'il prétendoit tirer de Hollande » et de demander la préférence pour les François ; d'avertir aussi que « si l'Espagne formoit quelque entreprise contre l'Italie..., la France seroit obligée de s'y opposer ». Peine perdue : « Albéroni, passionné du projet qu'il avoit conçu de chasser les François et les Anglois des Indes espagnoles par le moyen des Hollandois, étoit sourd à toute autre proposition », attribuant la démarche française « à la crainte... de lui voir former une marine ».
Plaintes de l’Angleterre de la conduite de la France à l’égard du Prétendant, et pareillement de celle d’Espagne
Stanhope reproche à d'Iberville « que le régent se contentoit de sauver les apparences, tandis qu'il assistoit le Prétendant en effet » : on a laissé embarquer Ormond en Bretagne « tandis qu'on avoit arrêté fort longtemps des Anglois envoyés pour le suivre » — « C'est ainsi qu'il déguisa l'affaire de Nonancourt », note férocement Saint-Simon : les assassins devenus simples observateurs. Stanhope « fit parade... des forces et des alliances d'Angleterre, laissa échapper quelques menaces », se plaignit de la suspension du traité de garantie, tout en déclarant « qu'il ne parloit que comme particulier ». Volkra, envoyé de l'empereur, « attisoit ce feu naissant », Stairs ne l'éteignait pas par ses dépêches, et Stanhope tint à Monteléon, ambassadeur d'Espagne, un langage plus menaçant encore.
Le pape et le clergé d’Espagne assistent le Prétendant, dont les affaires tournent mal
Rome s'engage pour les Stuarts : « Le pape, ayant appris que le clergé d'Espagne étoit disposé à faire sur soi des impositions pour secourir le Prétendant, écrivit au roi d'Espagne et au cardinal del Giudice, pour appuyer ces bonnes dispositions, et fit toucher à ce malheureux prince cinquante mille écus de son propre argent. » Secours généreux mais tardif : « les affaires d'Écosse prirent un si mauvais tour », et l'incertitude même du débarquement du Prétendant « fut si grande jusqu'à la fin de cette année », que la cause jacobite déclinait à mesure que l'argent arrivait.
L’Espagne se désiste, par un traité fort avantageux aux Anglois, des articles ajoutés au traité d’Utrecht
Devant les menaces de Stanhope et le mauvais tour des affaires d'Écosse, « Albéroni prit enfin le parti de terminer tous les différends de l'Espagne avec les Anglois, et de les satisfaire. Elle se désista donc des articles ajoutés au traité d'Utrecht, dont ils avoient fait tant de plaintes », par un traité signé à Madrid par le marquis de Bedmar avec un simple secrétaire anglais — traité « dont les conditions furent si avantageuses aux Anglois que Riperda, ambassadeur de Hollande à Madrid, s'en réjouit comme de la ruine du commerce de France ».
Mesures de l’Espagne avec la Hollande sur le commerce
Les mesures avec la Hollande : Riperda vante les offres du pensionnaire — dix vaisseaux armés « pour assurer la navigation des Indes, sans prétendre faire le commerce, mais pour aider seulement les Espagnols à le faire à l'exclusion de toute autre nation ». Le roi d'Espagne n'en prend que six pour le commerce du Mexique, y ajoute des siens, « et résolut d'envoyer le plus tôt et le plus secrètement qu'il seroit possible cinq navires dans la mer du Sud, pour surprendre tout ce qu'ils y trouveroient de vaisseaux étrangers, particulièrement de françois dont le nombre étoit grand » — ce commerce interlope que les défenses du feu roi, « fort mal observées », n'avaient jamais pu arrêter.
Vanteries d’Albéroni
Vanteries du ministre parvenu : Riperda rapporte que le pensionnaire de Hollande était « charmé des vertus politiques de la reine d'Espagne » ; Albéroni lui-même, plein de ses réformes et de sa marine naissante, « se vantoit que si l'empereur lui laissoit seulement deux ou trois ans, il auroit à son tour de quoi lui donner à penser ». Rodomontade prophétique à rebours : c'est précisément cette impatience qui, en 1717–1718, jettera l'Espagne dans l'aventure de Sardaigne et de Sicile avant que ses forces n'y fussent.
Naufrage de la flottille d’Espagne richement chargée
Désastre maritime : « la flottille, revenant en ce royaume, avoit échoué dans le canal de Bahama ; ... douze vaisseaux du roi d'Espagne y avoient péri avec quatre cents hommes et Ubilla qui la commandoit. Elle étoit chargée de dix-huit millions d'écus, et il y en avoit pour presque autant en marchandises, dont les principales étoient de l'indigo et de la cochenille. » Consolation relative : « on avoit déjà repêché plus des deux tiers de l'argent. » Coup rude pour un trésor dont Albéroni comptait tirer sa marine.
Plan d’Albéroni pour les réformes
Le plan des réformes militaires, mené « indépendamment d'aucun autre ministre » avec compte rendu « tous les soirs... au roi et à la reine » : « réduire toutes les troupes à cinquante mille hommes, y compris les officiers » ; trouver « dans la seule réduction des gardes du corps de huit cents à quatre cents un profit de cinquante mille pistoles par an » ; « et pour laisser repeupler l'Espagne, il vouloit qu'elle prît un corps de Suisses ». En même temps, Albéroni se lasse du pouvoir sans le titre : il veut « publiquement la qualité » de premier ministre, renvoyer en Italie del Giudice « qui n'avoit plus que l'ombre du soin des affaires étrangères », et y commettre « sous soi » Grimaldo.
Voir les pièces, et quelles elles sont tant sur le détail des affaires étrangères que sur celles de la constitution
Renvoi aux Pièces justificatives : « On trouvera, parmi les Pièces, beaucoup de détails curieux, tant sur les affaires étrangères que sur celles de la constitution, recueillis sur les lettres de la poste par M. de Torcy en plusieurs volumes, pendant qu'il en a été le surintendant, et qu'il a bien voulu me communiquer depuis. » Fruit du fameux cabinet noir : « Ils méritent tous d'être lus d'un bout à l'autre ; on y trouvera une instruction infinie et beaucoup de plaisir dans une grande simplicité. Je les ai fait copier tout entiers, comme les meilleures pièces originales qu'il soit possible de ramasser. »
Duels réveillés
Les duels renaissent. Ferrant, capitaine au régiment du roi, et Girardin, fils de Vauvray, « se battirent familièrement sous la terrasse des Tuileries, le mardi 12 novembre » — « deux hommes faits tout exprès, par leur conduite et leur petit état, pour servir d'exemple de toute la sévérité des duels ». Mais « le régent parut d'abord le vouloir ; sa facilité se laissa bientôt vaincre. Ils perdirent leurs emplois, et leurs emplois n'y perdirent rien. Ce mauvais exemple réveilla les duels, qui étoient comme éteints. L'étrange est que M. le duc d'Orléans n'en fut pas trop fâché. » Il fallut pourtant sévir quand Richelieu et le comte de Bavière prirent leurs mesures pour se battre au bois de Boulogne : le régent « leur lava la tête, prit leurs paroles, et leur déclara que, s'ils y manquoient, il ne les manqueroit pas ».
Charost obtient pour son fils la survivance de sa charge de capitaine des gardes du corps
Charost prie Saint-Simon de demander au régent, pour son fils d'Ancenis, la survivance de son gouvernement de Calais et de sa lieutenance générale unique de Picardie. Saint-Simon lui répond « qu'il l'auroit toujours aisément, après celle de sa charge de capitaine des gardes, et pourquoi il ne l'auroit pas aussi bien que le maréchal d'Harcourt » — dont le fils venait d'obtenir la même grâce. « Je l'obtins le lendemain » : la survivance de la capitainerie des gardes du corps passe ainsi au fils de Charost sans la moindre difficulté.
Bals de l’Opéra
Naissance des bals de l'Opéra. Le chevalier de Bouillon, devenu « prince d'Auvergne », propose « qu'il y eût trois fois la semaine un bal public dans la salle de l'Opéra, pour y entrer en payant, masqué et non masqué ». On crut qu'un bal ainsi gardé « seroit sûr contre les aventures, et tariroit ces petits bals borgnes épars dans Paris ». Succès complet, « grand concours » ; le donneur d'avis eut « six mille livres de pension », et l'on fit « une machine d'une admirable invention... pour couvrir l'orchestre et mettre le théâtre et le parterre au même plain-pied ». « Le malheur fut que c'étoit au Palais-Royal », où le régent n'avait « qu'un pas à faire... au sortir de ses soupers, et pour s'y montrer souvent en un état bien peu convenable. Le duc de Noailles, qui cherchoit à lui faire sa cour, y alla, dès la première, si ivre qu'il n'y eut point d'indécence qu'il n'y commît. »
Raisons de tenir la cour à Versailles ; celles de M. le duc d’Orléans pour Paris
Versailles ou Paris ? Saint-Simon plaide pour Versailles : la cour y est « loin de toute cette sorte de monde qui ne découche point de Paris » ; les affaires s'y font « en une heure de temps » ; surtout, « loin du tumulte du parlement, des halles, du vulgaire, on n'y étoit point exposé, comme à Paris, à des aventures de minorité, telles que celles que Louis XIV y avoit essuyées, et qui l'en firent sortir furtivement une nuit de la veille des Rois ». Il voulait aussi éloigner le régent « des pernicieuses compagnies avec qui il soupoit tous les soirs, de l'état auquel il se montroit souvent aux bals de l'Opéra ». « Mais c'étoit précisément ce qui l'attachoit au séjour de Paris, duquel il n'y eut pas moyen de le tirer. »
Les médecins prolongent le séjour de Vincennes
Le régent, « fort importuné de Vincennes », fait faire « une grande consultation de médecins pour ramener le roi à Paris ; mais ceux de la cour et de la ville se trouvèrent du même avis, qu'on n'y devoit mener le roi qu'après que les premières gelées auroient purifié l'air, et éteint le grand nombre de petites véroles, même dangereuses, qui régnoient alors à Paris ». Les médecins prolongent donc malgré lui le séjour de Vincennes — délai d'hygiène publique que la petite vérole, qui venait d'emporter tant de têtes couronnées, rendait fort raisonnable.
Les PP. Tellier et Doucin chassés de Paris
Les PP. Tellier et Doucin, âmes de la constitution Unigenitus, sont chassés de Paris : « Ce prince ne s'étoit pas bien trouvé de ne m'avoir pas cru sur les PP. Tellier et Doucin. Ils firent tant de pratiques si dangereuses, et si hautement, que Son Altesse Royale fut obligée de les chasser. » Mais la faiblesse ordinaire reprend le dessus : le régent « eut encore la facilité de permettre au premier de se retirer à Amiens, dont l'évêque, aussi fanatique que lui, mais fort sot, étoit sa créature. On verra qu'il fallut encore le sortir de cet asile, où il faisoit encore pis qu'à Paris. »
Les jésuites interdits par les évêques de Metz et de Verdun
« Les jésuites firent tant d'impertinences à Metz et à Verdun que M. de Metz se trouva obligé de les interdire, et y fut tôt après imité par l'évêque de Verdun, au grand scandale de son cousin Charost, plus fanatique qu'eux, si cela pouvoit être possible. » Deux interdictions épiscopales qui montrent jusqu'où la querelle de la constitution avait porté l'audace de la Compagnie — et la résistance des évêques.
Biron marie sa fille aînée à Bonac, et son fils aîné à la fille aînée du duc de Guiche
Doubles noces chez Biron, « qui n'avoit point de bien et beaucoup d'enfants » : il « trouva à se défaire de l'aînée avec soixante mille livres pour tout, à Bonac, neveu de Bonrepos », diplomate capable destiné à la Prusse puis à Constantinople ; M. de Lauzun « fit la noce ». Et Gontaut, son fils aîné, épouse la fille aînée du duc de Guiche, « grande et singulièrement belle et bien faite, et spirituelle, à qui son père donna vingt mille livres ». Gontaut, chassé pour avoir « conté » à des personnes auxquelles le régent prenait part, « lassé de tuer des lièvres à Biron, au fond de la Gascogne », reçut permission de revenir pour ce mariage « qui avoit toutes les apparences d'être le plus heureux, et qui néanmoins tourna le plus malheureusement du monde ».
Service du feu roi à Notre-Dame
« On fit le jeudi 28 novembre les obsèques solennelles du feu roi à Notre-Dame avec les cérémonies. Maboul, évêque d'Aleth, y prononça l'oraison funèbre. Le cardinal de Noailles y officia et donna à l'archevêché un grand repas aux trois princes du deuil qui furent les mêmes qu'à Saint-Denis, et à beaucoup de gens de la cour. » Second service solennel, sans les incidents de préséance de Saint-Denis.
Mort d’une fille carmélite du maréchal de Villeroy, et de Mme de Sourches
Deuils de fin d'année : « Le maréchal de Villeroy perdit une fille, qu'il avoit carmélite à Lyon, dont il parut fort affligé. » Et Mme de Sourches, femme du grand prévôt qui avait donné sa charge à son fils, mourut « de la même maladie dont le roi étoit mort, et du même âge. Ces circonstances la consolèrent de mourir. » Trait d'époque saisissant : mourir de la maladie du grand roi et à son âge parut à cette dame « de cette ancienne et illustre maison de Monsoreau qui est éteinte » une manière de consolation.
Mort de La Hoguette, archevêque de Sens ; son éloge
Mort de Fortin de La Hoguette, archevêque de Sens, conseiller d'État d'Église, « dans un grand âge ». Saint-Simon rappelle « son illustre et modeste refus de l'ordre du Saint-Esprit », et fait son éloge plein : « Toute sa vie ne l'avoit pas été moins par la pureté de ses mœurs, la probité de sa conduite, l'assiduité dans ses diocèses..., et par tous les devoirs d'un excellent pasteur. » Ami du père de Saint-Simon, il était de ces amitiés héritées que le mémorialiste dit avoir « toujours cultivées dans tous les amis de mon père ».
Mort de Mme de Louvois
« Mme de Louvois mourut en même temps. Ce fut une perte fort grande pour sa famille, pour ses amis et pour les pauvres, et un exemple singulier de ce que peut une conduite sage, digne, suivie, dirigée par l'honnêteté, la piété et le seul bon sens. » Grande héritière des Souvré, mariée par son tuteur le premier maréchal de Villeroy à M. de Louvois « au scandale de toute la France » — sacrifice consenti à la faveur du ministre Le Tellier —, elle avait « la plus grande mine du monde..., peu d'esprit, mais un sens qui demeura étouffé pendant son mariage ». Veuve, « elle se releva, et sut s'attirer une véritable considération personnelle », tenant « une grande maison, sans sortir des bornes de son état et de son veuvage ». « Il est immense ce qu'elle faisoit d'aumônes » ; sa mort « fut le désespoir des pauvres... En elle finit la maison de Souvré. »
Curiosités sur elle
Curiosités généalogiques sur les Souvré : le maréchal, « illustre » gouverneur de Louis XIII et premier gentilhomme de sa chambre, eut des enfants qui « mirent le nom de Souvré sur un pied dans le monde, qui n'auroit pas gagné en approfondissant » ; deux filles y contribuèrent — « Mme de Lansac, gouvernante du feu roi, qui de mère en fille en a transmis la charge jusqu'à la duchesse de Tallard, et Mme de Sablé, si connue par son esprit ». L'héritière, née posthume, perdit « tous ses proches avant l'âge nubile » ; son grand-oncle et tuteur Villeroy, « homme avisé, qui ne fit pas pour rien une si grande fortune », la donna à Louvois pour « se concilier de tels amis..., et compta pour rien tout ce qui se diroit du sacrifice de sa petite-nièce qu'il se faisoit à lui-même ».
Mort de la femme du czarowitz
Tragédie moscovite : « La princesse de Wolfenbüttel, sœur de l'impératrice régnante, et femme du czarowitz qui a fait depuis une fin si tragique, mourut d'un coup de pied que son mari lui donna dans le ventre, étant grosse. La vanité d'un petit prince son grand-père la sacrifia à des barbares que l'empereur se vouloit acquérir. Sa figure, son esprit, sa vertu méritoit un meilleur sort. Elle fut toujours malheureuse avec le plus Russe des Russes, et ne reçut de protection et de douceur que du fameux czar son beau-père. »
Nouveau délai à Vincennes
« On assembla encore les médecins sur le retour du roi à Paris, qui demandèrent encore quelques semaines » : nouveau délai imposé au régent impatient, les petites véroles de Paris n'étant pas éteintes et les gelées purificatrices se faisant attendre. Vincennes garde donc le roi jusqu'à la fin de décembre.
Les conseils de régence sont partagés entre Vincennes et Paris
En attendant, accommodement pratique : le régent « prit le parti de ne donner plus que deux conseils de régence à Vincennes par semaine, et de tenir les deux autres à Paris dans l'appartement du roi aux Tuileries. Ce fut un grand soulagement pour tous ceux qui en étoient, à qui ces courses continuelles à Vincennes, en plein hiver, étoient fort pénibles, et faisoient perdre beaucoup de temps. »
Mort et caractère du prince Camille
Mort à Nancy du prince Camille, un des fils de M. le Grand : « un homme très bien fait, très adroit dans tous les exercices, qui avoit de l'esprit, du sens, des vues, même du Guise, mais triste, sombre, particulier, silencieux, dédaigneux, extrêmement glorieux ». Las de sa pauvreté et « du joug domestique », il s'était accroché en Lorraine avec la première charge de cette petite cour et de bonnes pensions ; mais « l'ennui le poursuivit en Lorraine comme ailleurs. Il aimoit fort le vin et la table ; mais il y étoit sans agrément aucun, comme partout. » Humilié par la préséance donnée à M. de Vaudemont, il s'absentait à chacun de ses séjours. « Il ne fut point marié, et ne fut regretté de personne, pas même de qui que ce fût de sa famille. »
Mort de l’électeur de Trèves (Lorraine)
« L'électeur de Trèves, frère du duc de Lorraine, mourut à Vienne, en même temps, de la petite vérole. Celui-là fut fort regretté pour sa personne et pour ses établissements. Son élection avoit coûté fort cher au duc de Lorraine. Il étoit aussi évêque d'Osnabrück, et avoit d'autres bénéfices. Un autre frère, abbé de Stavelo, et grand prieur de Castille, étoit mort de la même maladie l'année précédente » — la petite vérole moissonnant décidément les maisons souveraines d'Europe.
Mariage du marquis d’Harcourt avec Mlle de Villeroy
« Le fils aîné du maréchal d'Harcourt, nouveau survivancier de sa charge, épousa la fille aînée du duc de Villeroy. Le maréchal de Villeroy fit une noce fort magnifique. » Alliance qui scelle l'union des deux maisons au moment où le fils Harcourt vient d'obtenir la survivance de la capitainerie des gardes que Roucy et Lorges avaient manquée.
Caylus, réhabilité et absous de son ancien duel, fait une grande fortune en Espagne
Caylus, réfugié en Espagne depuis son ancien duel avec le fils aîné du comte d'Auvergne, obtient du régent, « facile... sur les duels », de venir « purger » son affaire : « Trois ou quatre jours de conciergerie terminèrent son affaire, et trois ou quatre autres ses visites à ce qui lui restoit de connoissances, après quoi il s'en retourna prendre le commandement de l'Estrémadure, vacant par la mort du marquis de Bay, que le roi d'Espagne lui avoit donné. Il y a fait depuis la plus complète fortune. » Il était frère de l'évêque d'Auxerre et beau-frère de Mme de Caylus, « nièce favorite de Mme de Maintenon ».
M. le duc d’Orléans a la faiblesse de pardonner à La Feuillade, de le nommer ambassadeur à Rome, et de le combler de grâces et de biens
« La faiblesse de M. le duc d'Orléans, qui gâta tout en lui toute sa vie, se montra en ce temps-ci par un trait le plus marqué » : le pardon de La Feuillade — l'homme qui l'avait offensé « si souvent..., si gratuitement..., si cruellement », l'homme de Turin et des propos atroces à la mort des Dauphins, le seul contre qui le régent se fût emporté « jusqu'à lui vouloir faire donner des coups de bâton ». Canillac, son oracle par « l'infâme débauche », « piqua le régent de peur, d'intérêt et d'honneur », lui fit acheter pour le duc de Chartres le gouvernement de Dauphiné de La Feuillade « qui avoit grand besoin d'argent » — « source de pluies de grâces et de bienfaits ». Nommé ambassadeur à Rome, La Feuillade « ne songea jamais sérieusement à y aller, mais à toucher gros pour ses équipages... et à se faire payer ses appointements, comme s'il eût été à Rome » ; il s'en serait « sûrement aussi bien acquitté qu'il avoit fait du siège de Turin ».
M. le duc dispute au duc du Maine et au comte de Toulouse le traversement du parquet
Nouvelle pointe de M. le Duc contre les bâtards : il « prétendit que le duc du Maine et le comte de Toulouse ne devoient plus traverser le parquet » du parlement — privilège des princes du sang que la réduction de leur rang leur ôtait à ses yeux. La contestation raviva « une nouvelle aigreur entre M. le Duc et le duc du Maine », le replâtrage de l'automne n'ayant pas « eu loisir de sécher ».
Réception du duc de Valentinois au parlement différée
Conséquence immédiate : « Le nouveau duc de Valentinois pressoit pour se faire recevoir au parlement, et les pairs, à cette occasion, pressoient aussi pour faire finir les usurpations dont ils se plaignoient. M. le Duc prétendit que le duc du Maine et le comte de Toulouse ne devoient plus traverser le parquet. Tout cela fit surseoir la réception du duc de Valentinois » — le fils Matignon attendant son enregistrement au milieu des querelles de rang qui paralysaient la compagnie.
Cruelle affaire suscitée à Desmarets, dont il se tire bien
L'affaire Desmarets : La Garde, son « commis confident », est « attaqué pour de grosses sommes où son maître, du temps de son ministère, se trouvoit fort mêlé » ; puis « une créature du peuple, qu'on appeloit Mme La Fontaine, donna des avis contre lui », renvoyés au parlement. Le duc de Noailles — que Desmarets, à son retour d'Espagne, avait « réchauffé dans son sein » et instruit des finances — « n'eut pas honte de se montrer publiquement le protecteur de Mme La Fontaine ; ce qui fit beaucoup soupçonner qu'il l'avoit instruite et suscitée ». Desmarets essuie « des décrets et d'autres procédures fort désagréables » ; le souvenir des pièces de quatre sous rend les accusations plausibles, « et Desmarets y paya l'intérêt de ses insolences et de ses brutalités passées. Il s'en tira pourtant fort bien, et le duc de Noailles en eut toute la honte. »
Je lui pare l’exil et me raccommode avec lui
Noailles, « enragé d'y avoir succombé », persuade au régent que Desmarets tient encore tous les financiers « dans sa main » et fait « avorter tout le fruit de son travail » : l'exil est résolu. Louville, qui a épousé la nièce de Desmarets, vient conter à Saint-Simon « la triste situation de cette mouche pourchassée par l'araignée » et le pique « de générosité, et mon courage aussi sur le plaisir de lui faire manquer son coup » à Noailles. Saint-Simon se complaît « un peu à me faire prier », savoure de voir « ce vizir si rogue, si brutal, si insolent, se jeter pour ainsi dire à mes pieds », puis parle au régent : punir « en coupable un homme qui venoit de prouver la fausseté de pareilles imputations » serait se faire complice de « l'odieux nom de persécuteurs ». « Je parlai si bien que non seulement le régent me promit de ne plus songer à exiler Desmarets, mais me permit de lui faire dire de sa part de n'en avoir plus d'inquiétude. » Réconciliation ménagée chez Louville, « comme par hasard ».
Peu après nous nous parlons très franchement à la Ferté l’un à l’autre
Le printemps suivant, à la Ferté, conversation « singulière » en calèche dans le parc avec Desmarets venu dîner de Maillebois : « Nous nous parlâmes de bonne foi l'un à l'autre. Je lui rappelai ce qui... m'avoit fâché, et lui racontai franchement comment je l'avois fait chasser de sa place. » Desmarets avoue de même « que la tête lui avoit tourné » ; qu'il avait « compté pour tout le roi et Mme de Maintenon, et tout le reste pour rien » ; qu'à force de les approcher « il les avoit crus immortels, et n'avoit jamais imaginé qu'ils pussent mourir ». « J'ai cent fois repassé en moi-même une conversation si singulière. Elle dura toute la promenade, et effaça toute la beauté de mon parc sans que j'y prisse garde » — sans oublier « deux mots chacun de notre bon et estimable ami le duc de Noailles ». Ils demeurèrent « sur le pied d'amitié et de franchise » jusqu'à la mort de Desmarets, qu'une violente néphrétique prit dès le lendemain.
Valeur des espèces augmentée
Un matin, aux Tuileries, Noailles surgit au conseil de régence « pour une affaire pressée », parle un moment « à un coin » au régent, « puis proposa le rehaussement des espèces. La surprise fut grande. » Chacun opine « assez confusément, entre la répugnance et la crainte de déplaire ». Saint-Simon, lui, expose « tous les inconvénients de toucher à la monnaie, par les histoires et par les exemples de nos jours, et l'illusion d'un soulagement présent qui entraînoit de si longues et de si funestes suites pour le change et pour la place, et pour toute sorte de commerce ». Verdict savoureux : « Je fus applaudi, mais tondu. » L'augmentation passa, non sans « quelque murmure, et beaucoup dans le public ».
D’Antin surintendant des bâtiments
« M. le duc d'Orléans déclara d'Antin surintendant des bâtiments, comme Torcy des postes. Il y eut de la difficulté au parlement et à la chambre des comptes. » Rétablissement au profit du fils légitimé de Mme de Montespan d'une grande charge de cour, dans la foulée des surintendances recréées pour récompenser les fidèles du nouveau régime.
Le roi à Paris
« Enfin le lundi 30 décembre le roi partit de Vincennes après son dîner pour venir à Paris, placé dans son carrosse aussi peu décemment qu'il l'avoit été en venant de Versailles » : au fond entre le duc d'Orléans et la duchesse de Ventadour, Villeroy au-devant entre le duc du Maine et le prince Charles — alors que ni Maine ni Villeroy « n'avoient aucun fondement de s'y mettre tant que le roi étoit entre les mains des femmes ». Aux Tuileries, « l'anticipation des hommes de l'éducation » continue : Villeroy prend « le logement de la reine, contigu à celui du roi », Maine « le bel appartement des Dauphins », Fréjus un logement en haut. « La ville harangua le roi à son arrivée, qui trouva grande foule jusque dans son appartement. Ainsi finit l'année 1715. »

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