TOME XII · CHAPITRE IV

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Summary

Hat and curia: cardinal Sala dies; Bissy a cardinal, with the Bissys' extraction; three more Italian cardinals; Massei; the 'morals and character' of the nuncio Bentivoglio — Unigenitus's hated agent. The Jesuits' decree letting dismissed religious 'return to their family shares'; Majorca subdued by Asfeld, Golden Fleece — and the 'unheard-of prostitution of the Fleeces'; Rubi, chief of the Catalan revolt; the first president marries his second daughter to Ambres's son — that marriage's success.

The entries

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Mort du cardinal Sala
« Le cardinal Sala, prélat d'une autre trempe, mourut peu de jours après, allant à Rome prendre son chapeau » — mort qui finit « l'embarras du pape, de l'empereur et roi d'Espagne, à son occasion », le roi d'Espagne ayant aussitôt nommé à Barcelone un autre évêque à qui le pape envoya ses bulles.
Son extraction, sa fortune, son caractère
« C'étoit un Catalan de la lie du peuple, qui se trouva de l'esprit et de l'ambition », bénédictin dont le père fut pris pour cocher de l'archiduc à Barcelone. « Son esprit étoit tout à fait tourné à l'intrigue et à la sédition. Il la jeta dans tous les monastères de la ville et de la province, et y parut partout comme le chef, le conducteur et le plus séditieux. » L'archiduc le fit évêque de Girone, puis de Barcelone, et força le pape, « malgré sa juste répugnance pour un tel sujet, de le déclarer cardinal ». Proscrit par Philippe V à la chute de la révolte, réfugié à Avignon, « châtié par des infirmités qui l'y retinrent presque toujours au lit, mais sans amortir l'esprit de sédition qui lui étoit passé en nature », il mourut en chemin de Rome, « enragé de n'avoir pu réussir à retourner à Barcelone ».
Bissy cardinal
« Cet honnête cardinal fut tout en même temps dignement remplacé dans le sacré collège par un prélat de moins basse étoffe, d'autant de feu et d'ambition » : Bissy, évêque de Meaux, « vendu corps et âme » de toute sa vie aux jésuites, « parvint à faire consentir aux couronnes que sa promotion fût avancée » de près de quatre ans. Massei, camérier du pape, vint à Marly le jeudi 18 juillet présenter au roi la barrette « dans un bassin de vermeil, qui la mit sur la tête de Bissy », lequel prit l'habit rouge dans la sacristie et remercia le roi à la porte de son cabinet.
Extraction des Bissy
« Ces Bissy s'appellent Thiard, sont de Bourgogne, ont été petits juges, puis conseillers aux présidiaux du Mâconnois et du Charolois..., acquirent Bissy qui n'étoit rien », montèrent aux parlements de Dijon et de Dôle jusqu'à un premier président. « Leur belle date est leur Pontus Thiard, né à Bissy, en 1521, qui se rendit célèbre par les lettres..., le premier poète latin de son temps, et en commerce avec tous les illustres », ce qui lui valut l'évêché de Châlon-sur-Saône.
Trois autres cardinaux italiens
Bissy fut fait cardinal « lui quatrième avec trois Italiens, qui étoient un Caraccioli, évêque d'Averse, illustre encore plus par la sainteté de sa vie que par sa naissance, Scotti, gouverneur de Rome, et Marini, maître de chambre du pape ».
Extraction, caractère et fortune de Massei
« Massei étoit fils du trompette de la ville de Florence ; il étoit entré domestique du prélat Albano, dès sa jeunesse. C'étoit un homme d'esprit et de sens, qui étoit de bonnes mœurs, sage et mesuré » : le prélat devenu Clément XI le fit son maître de chambre, puis camérier. Il succéda plus tard à Bentivoglio à la nonciature de France, « où il se fit aimer, estimer et considérer par ses bonnes et droites intentions », en sortit « avec larmes », devint cardinal, exerça une des trois grandes légations, et vivait encore « avec la même capacité à quatre-vingts ans, évêque d'Ancône ».
Moeurs et caractère du nonce Bentivoglio
Le contraste avec son prédécesseur est complet : Bentivoglio « s'y étoit fait abhorrer comme le plus dangereux fou, le plus séditieux, et le plus débauché prêtre, et le plus chien enragé qui soit venu d'Italie, peut-être même pendant la Ligue ».
Jésuites obtiennent un arrêt qui rend leurs religieux renvoyés par leurs supérieurs capables de revenir à partage dans leur famille jusqu’à l’âge de trente-trois ans
Les jésuites, qui peuvent renvoyer sans forme leurs religieux non profès du quatrième vœu — « un secret impénétrable » —, voulaient que ces renvoyés pussent revenir à partage dans leurs familles. Après le procès d'Aubercourt, le P. Tellier fit porter de nouveau l'affaire devant le roi : Grisenoire, rapporteur pourtant dévoué aux jésuites, « fit le plus beau rapport du monde, mais le plus fort contre eux et le plus nerveux ». « Six furent de son avis, six contre. Le roi fut pour ces derniers, et l'arrêt passa presque comme le P. Tellier le vouloit, sans nul égard au public ni au renversement des familles » : les jésuites renvoyés héritent désormais jusqu'à trente-trois ans « comme si jamais ils n'avoient été engagés » — seule borne « qui diminua la joie des bons pères ».
Majorque, etc., soumise au roi d’Espagne par le chevalier d’Asfeld, qui en a la Toison
« Le chevalier d'Asfeld, lieutenant général, qui longtemps depuis a été maréchal de France, fut chargé de la réduction de l'île de Majorque » : débarqué à Portopedo avec douze bataillons espagnols, autant de français et huit cents chevaux « sans y trouver aucune résistance », il prit Alcudia dès la tranchée ouverte, et Palma « n'attendit point d'être attaquée ». Les îles Caprara, Dragonera et Iviça se soumirent en même temps. « Le roi d'Espagne, pour une expédition si facile, envoya la Toison au chevalier d'Asfeld, que le roi lui permit d'accepter. »
Prostitution inouïe des Toisons
D'Asfeld « étoit fils d'un marchand de drap, dont la boutique et l'enseigne sont encore dans la rue... On a vu l'extraction de Ducasse ; Bay, fils d'un cabaretier de Besançon, l'eut aussi. Ces nobles choix furent dans la suite comblés par celui d'un homme de robe et de plume, ce qui n'a jamais été vu dans aucun grand ordre » : Morville, qui en témoigna sa reconnaissance en promouvant l'indigne renvoi de l'infante, « jusqu'à soutenir en plein conseil que le roi d'Espagne ne pouvoit faire ni bien ni mal en Europe, et que... il falloit lui renvoyer sa fille, même par le coche, pour que cela fût plus tôt fait ».
Rubi chef de la révolte de Catalogne ; quel
Le marquis de Rubi, « principal chef de la révolte de Catalogne », commandait dans Palma et toute l'île avec commission de l'empereur : il livra une porte, obtint les honneurs de la guerre et le transport de ses troupes en Sardaigne, refusant l'amnistie du roi d'Espagne et la restitution de ses biens. « C'étoit un fort petit gentilhomme, qui n'avoit jamais servi avant cette révolte, et qui fit mieux de demeurer attaché à l'empereur, qui dans la suite lui donna des commandements considérables. »
Premier président marie sa seconde fille au fils d’Ambres
Le premier président de Mesmes, veuf, maria sa seconde fille « à Lautrec, fils d'Ambres, qui avoit la bonté d'en être amoureux ».
Succès de ce mariage
« Il fut mal payé de ses feux ; jamais il ne put adoucir sa belle, qui sentit à qui elle avoit affaire, et qui sut s'en avantager. Le pauvre mari en quitta le service et Paris — la vérité est que ce ne fut pas une perte — et se confina en province. Ils n'eurent point d'enfants. »
Quelles étoient les deux filles du premier président
Les deux filles étaient riches, « et, pour contenter les fantasques, l'une étoit noire, huileuse, laide à effrayer, sotte et bégueule à l'avenant, dévote à merveilles ; l'autre rousse comme une vache, le teint blanc, de l'esprit et du monde, et le désir de liberté et de primer. Quoique la cadette, elle fut mariée la première. »
Mariage du duc de La Rocheguyon avec Mlle de Toiras
« Le duc de La Rochefoucauld maria en même temps le duc de La Rocheguyon, son fils, aujourd'hui duc de La Rochefoucauld, à Mlle de Toiras, riche héritière, née et élevée en Languedoc..., d'où elle n'étoit jamais sortie. Bâville, intendant ou plutôt roi de cette province, fit ce mariage » — suite de l'intimité entre les La Rochefoucauld et les Lamoignon « depuis l'adroite et hardie vérification des lettres d'érection de La Rochefoucauld ». L'héritière, dernière de sa maison, « ne descendoit point du maréchal de Toiras, qui ne fut point marié ».
Cellamare, ambassadeur d’Espagne, arrive à Paris, puis à Marly, où il s’établit
« Le prince de Cellamare, ambassadeur d'Espagne, arriva à Paris. Quatre jours après, il vint à Marly au lever du roi, qui lui donna aussitôt après audience dans son cabinet », puis chez M. le duc d'Orléans avec « une lettre du roi d'Espagne fort obligeante ». « Le roi lui promit le premier logement qui y vaqueroit. Ici et en Espagne, l'ambassadeur est de droit de tous les voyages, comme ambassadeur de la maison. » Ce fut le logement des Saint-Simon qui lui fut cédé, Bloin pressant le déménagement avec les garçons du garde-meuble.
Petitesse du roi
La précipitation s'expliqua le soir : Saint-Simon avait été installé dans le logement de Courtenvaux, capitaine des Cent-Suisses, absent « dix-huit jours... sans congé ». Bloin lui signifia « de la part du roi... que le roi étoit las de cette liberté, et qu'il avoit exprès rempli son logement avec hâte pour qu'il n'y pût pas rentrer, lui apprendre à vivre, et lui donner le dégoût d'être exclu de Marly pour le reste du voyage. Voilà de ces petitesses dont la couronne n'affranchit point l'humanité. »
Boulainvilliers ; quel il était
Boulainvilliers, que le duc de Noailles avait fait connaître à Saint-Simon, « étoit un homme de qualité qui se prétendoit de la maison de Croï..., qui avoit de l'esprit et beaucoup de lettres. Il possédoit extrêmement les histoires, celle de France surtout..., particulièrement l'ancien génie et l'ancien gouvernement françois... Il avoit aussi creusé les généalogies du royaume, et personne ne lui disputoit sa capacité. C'étoit un homme simple, doux, humble même par nature..., dont la modestie étoit rare en tout genre. »
Son caractère ; ses prédictions vraies et fausses
« Mais il étoit curieux au dernier point... Il s'étoit donc adonné à l'astrologie. » À Forges, il confia à Mme de Saint-Simon, vers le 15 août, « qu'il croyoit que [le roi] mourroit le jour de Saint-Louis..., et que s'il le passoit, il mourroit certainement le 3 septembre suivant ». Il avait prédit « que Monseigneur ni aucun de ses trois fils ne régneroient en France », sa propre mort et celle de son fils ; « mais il se trompa lourdement sur beaucoup d'autres » : la mort prochaine du roi d'aujourd'hui, les Noailles et Le Blanc tués dans une sédition, M. le duc d'Orléans mort en prison. « C'en est assez pour montrer la fausseté, la vanité, le néant de cette prétendue science qui séduit tant de gens d'esprit, et dont Boulainvilliers lui-même... avoit la bonne foi d'avouer qu'elle n'étoit fondée sur aucun principe. »
Voysin obtient six cent mille livres de gratification sur le non-complet des troupes
« M. du Maine ne fut pas le seul à tirer tout le possible des derniers temps de la vie du roi. » Voysin, qui « vouloit du bien, n'ayant plus de places ni d'honneurs à prétendre..., obtint deux cent mille écus sur le revenant-bon du non-complet des troupes, qui excitèrent contre lui un cri universel qui fut la moindre de ses inquiétudes. »
Le roi veut aller faire enregistrer la constitution en lit de justice sans modification
Le P. Tellier, « qui n'avoit pu venir à bout de son concile national..., voyoit avec désespoir le risque que [la constitution] couroit si le roi mouroit avant qu'elle fût reçue ». Le roi manda plusieurs fois le premier président et le parquet à Marly. D'Aguesseau, procureur général, « étoit celui qui tenoit le plus ferme » — sa femme le conjura « d'oublier qu'il eût femme et enfants, de compter sa charge et sa fortune pour rien, et pour tout son honneur et sa conscience » ; il soutint le choc « presque seul » et fut « au moment de perdre sa charge ». Le P. Tellier « fit tant auprès du roi qu'il força toutes ses presque invincibles répugnances, et jusqu'à sa santé, de manière que le roi déclara qu'au retour de Marly il iroit à Paris tenir un lit de justice » pour faire enregistrer la constitution sans modification. « La terreur se répandit » au parlement et à la cour.
Curieux entretien là-dessus par ses suites entre M. le duc d’Orléans et moi, mais sans effet, parce que le roi ne put aller au parlement
M. le duc d'Orléans demanda à Saint-Simon ce qu'il ferait à ce lit de justice. Réponse : mettre en sûreté papiers et argent, tenir sa chaise de poste prête, puis « parler de toute ma force contre la constitution, son enregistrement, sa réception, avec tout le respect pour le roi..., bien persuadé en même temps que je ne retournerois pas de la séance chez moi, et que je m'en tiendrois quitte à bon marché pour l'exil, si je n'allois à la Bastille ». Le prince « me regarda un moment, puis m'embrassa », déclara qu'il en userait de même, d'une place où le roi « ne perdroit pas un mot de son discours ». « Nous nous en reparlâmes plusieurs fois, nous affermissant réciproquement », jusqu'à ce que la santé du roi fît tomber le lit de justice et l'enregistrement. Saint-Simon rapporte l'épisode « pour le voir après tel qu'il fut sur cette même matière..., et, s'il étoit possible, encore plus odieuse à tous égards ».
Mort et caractère de Chauvelin, avocat général ; sa dépouille
« Chauvelin, avocat général, mourut incontinent après de la petite vérole, ainsi que son ami Rothelin, et un troisième qui avoient soupé ensemble la veille que ce mal leur prit, qui les tua au troisième jour. » Ce magistrat « qui visoit à la plus haute fortune, décoré, chose sans exemple au parquet, d'une charge de l'ordre du Saint-Esprit, initié dans la plus grande confiance du roi », avait « une figure agréable, beaucoup d'esprit, d'adresse, d'intrigue..., une éloquence aisée » ; mais « trop ambitieux pour s'arrêter aux moyens..., trop touché des plaisirs..., il se tua ainsi avant le temps ». Son père put vendre la charge de l'ordre et obtint celle d'avocat général pour son second fils Grisenoire — le futur garde des sceaux de Fleury, « dont l'élévation et la chute ont été proportionnées ».
Sédition des troupes sur le pain
Voysin, « dont la dureté et l'incapacité étoient égales, et qui pouvoit avoir ses raisons personnelles de favoriser les munitionnaires, força les troupes... de prendre le pain de munition, et à plus haut prix qu'aux marchés. Peu à peu il se fit une traînée d'intelligence de sédition dans les garnisons, depuis Strasbourg jusqu'aux places maritimes de Flandre, qui éclata tout à coup, et où quelques officiers furent tués. » Du Bourg l'étouffa à Strasbourg « en faisant distribuer de l'argent aux troupes, mais en les obligeant aussi à prendre le pain, pour n'en avoir pas le démenti. Cet exemple porta coup sur toute la traînée ; tout fut apaisé, mais avec de l'argent partout. »
Belle fin et mort du maréchal Rosen
« Le maréchal Rosen mourut à quatre-vingt-huit ans, sain de corps et d'esprit jusqu'à cet âge. » Jamais capable de commander une armée, mais des ailes et la cavalerie « avec capacité » ; « fâcheux souvent à cheval, emporté pour rien..., à pied et à table le meilleur homme du monde » ; parlant « un jargon partie françois et allemand » — il reprochait à son fils « de parler trop bien françois », connaissant « le foible du roi et de ses ministres pour les étrangers ». Retiré en haute Alsace après Ryswick, il se bâtit vers quatre-vingts ans « une petite maison au bout de ses jardins... pour ne plus songer qu'à son salut », partagé entre piété, bonnes œuvres et promenades. « On ne peut faire une fin plus digne, plus sage ni plus chrétienne ; c'étoit aussi un fort honnête homme. »
Duc d’Ormond se sauve d’Angleterre en France
La persécution étant extrême en Angleterre contre les torys — le comte d'Oxford « se défendit si puissamment lui-même à la barre du parlement... que, contre toute espérance, il se tira d'affaire » —, « le duc d'Ormond, non moins menacé, se trouva investi dans sa maison de Richemont près de Londres. Il se sauva, passa en France, et arriva en ce temps-ci à Paris. »
Princesse des Ursins prend congé du roi à Marly, où je la vois pour la dernière fois
L'état du roi « fit peur à la princesse des Ursins de se trouver peut-être tout à coup sous la main de M. le duc d'Orléans ». Elle vint prendre congé à Marly le mardi 6 août : demi-heure tête à tête avec le roi, une heure chez Mme de Maintenon. Saint-Simon, guettant son carrosse, l'y rencontra par hasard : « elle me fit monter avec elle dans son carrosse, où nous ne demeurâmes guère moins d'une heure ». Elle ne dissimula « ni ses craintes, ni la froideur qu'elle avoit sentie..., le vide qu'elle trouvoit à la cour, et même à Paris..., tout cela avec détail et néanmoins sans plaintes, sans regrets, sans faiblesse, toujours mesurée, toujours comme s'il se fût agi d'une autre, et supérieure aux événements ». Ce fut leur dernière rencontre : « depuis notre conversation à Marly dans son carrosse, je ne l'ai plus revue ».
Incertitude de la princesse des Ursins où fixer sa demeure
Où se fixer ? La Hollande ne la voulait point, et « l'égalité et l'unisson d'une république » l'en dégoûtèrent ; Rome lui répugnait — « théâtre où elle avoit régné autrefois, et de s'y remontrer proscrite, vieille, comme dans un asile » ; « Turin n'étoit pas une cour digne d'elle ; le roi de Sardaigne n'en avoit pas toujours été content, et ils en savoient trop tous deux l'un pour l'autre. À Venise, elle n'eût su que faire ni que devenir. »
Elle se hâte de gagner Lyon, puis Chambéry ; s’établit à Gênes, enfin à Rome
Apprenant l'extrémité du roi, « la peur la saisit de se trouver à sa mort dans le royaume. Elle partit à l'instant, sans savoir où aller » — le 14 août, accompagnée de ses neveux jusqu'à Essonne — « et ne respira que lorsqu'elle fut arrivée à Lyon », puis « alla à Chambéry, comme au lieu de sûreté le plus proche, et y arriva hors d'haleine ». Tout bien examiné, elle préféra Gênes : « la liberté lui en plut ; le commerce d'une riche et nombreuse noblesse, la beauté du lieu et du climat, une manière de centre et de milieu entre Madrid, Paris et Rome ». Elle y passa quelques années, « mais à la fin l'ennui la gagna... Elle ne pouvoit vivre sans se mêler, et de quoi se mêler à Gênes quand on est femme et surannée ? » Elle sonda Rome et « retourna dans son nid ».
Sa vie à Rome jusqu’à sa mort
À Rome, elle s'attacha au roi et à la reine d'Angleterre « et ne s'y attacha pas longtemps sans les gouverner et bientôt à découvert. Quelle triste ressource ! Mais enfin c'étoit une idée de cour et un petit fumet d'affaires pour qui ne s'en pouvoit plus passer. » Elle acheva sa vie « dans une grande santé de corps et d'esprit et dans une prodigieuse opulence..., toujours occupée du monde, de ce qu'elle avoit été, de ce qu'elle n'étoit plus, mais sans bassesse, avec courage et grandeur ». Elle eut « le plaisir de voir Mme de Maintenon oubliée et anéantie dans Saint-Cyr..., et la joie de voir arriver, l'un après l'autre, à Rome, ses deux ennemis aussi profondément disgraciés qu'elle..., les cardinaux del Giudice et Albéroni ». Morte à plus de quatre-vingts ans, le 5 décembre 1722 : « cette mort qui, quelques années plus tôt, eût retenti par toute l'Europe, ne fit pas la plus légère sensation » ; mais ce fut « une personne si extraordinaire... que sa vie mériteroit d'être écrite, et tiendroit place entre les plus curieux morceaux de l'histoire des temps où elle a vécu ».

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