TOME IX · CHAPITRE XI

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Summary

The doctrinal core: the 'short and fundamental explanation' of precedence between a peer's first reception at the parlement and the registration date of his peerage — the dignity's nature, what has 'at all times' fixed the seniority of rank, the 'false and indecent difficulty' of successive reception dates, the dignity of duke-and-peer 'mixed of fief and office, unique of its kind', the grantee and his posterity installed with him. The edict resumed; and the exchange of letters between Saint-Simon and the chancellor, entered in the record.

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Courte et foncière explication de la question de préséance entre la première réception du pair au parlement, et la date de l’enregistrement de la pairie
Explication foncière de la question : M. de La Rochefoucauld soutenait que l'enregistrement des lettres « forme, constate, opère la dignité », et fixe donc l'ancienneté ; il objectait que la fixation par la réception ferait changer les rangs « à chaque réception de pair ». « Toutes ces preuves ne sont que des raisonnements diffus et peu concluants, des déclamations, force sophismes » — mais Saint-Simon avoue leur pouvoir : « le spécieux en est éblouissant à qui n'approfondit pas ; moi-même j'en ai été un temps pris. Je dois à l'abbé Le Vasseur…, de m'en avoir fait honte…, et après avoir étudié la matière je fus honteux de m'être si lourdement abusé. »
Nature de la dignité
Nature de la dignité : « la dignité de pair est une, et la même qu'elle a été dans tous les temps de la monarchie ; les possesseurs ne se ressemblent plus…, mais les rois ni les temps n'ont pu l'anéantir ». Preuve moderne : sous « le plus jaloux et le plus autorisé des rois », il a fallu l'intervention des pairs, invités chacun chez lui par le grand maître des cérémonies, pour les renonciations aux couronnes de France et d'Espagne — « par l'indispensable nécessité de la pairie aux grandes sanctions de l'État ». Et les évêques-pairs sont encore « exactement et précisément les mêmes qu'ils ont été en tout temps…, non des images parlantes de ce qu'ils furent autrefois, mais des vérités, des réalités ».
Ce qui de tout temps fixoit l’ancienneté du rang des pairs, l’a fixée toujours et la fixe encore aujourd’hui
Ce qui fixa toujours l'ancienneté : les douze premiers pairs n'eurent point d'érection, et nul parlement n'existait pour enregistrer — le rang ne se réglait donc ni par l'une ni par l'autre. La formalité constante de tous les âges est « la manifestation » : « l'action de manifester un seigneur dans l'assemblée des autres de pareil degré…, de l'y faire seoir parmi eux…, de l'y associer aux mêmes conseils et aux mêmes jugements ». Serment, information de vie et mœurs, sont « les accessoires…, mais non pas la chose même, la manifestation, l'installation qui subsiste toujours la même, et qui n'est autre que ce que l'on connoît maintenant sous le nom de première réception au parlement ».
Fausse et indécente difficulté tombée de la date de chaque réception successive
La difficulté du prétendu changement de rang à chaque réception successive tombe d'elle-même : « cette manifestation n'est qu'une pour chaque race et filiation de pair, puisque la dignité est héréditaire » ; les réceptions subséquentes « ne sont plus la manifestation, mais seulement la succession annoncée et manifestée dans le premier de la race ». M. de La Rochefoucauld « est le premier et l'unique qui ait imaginé cette interversion des rangs…, conséquence insoutenable et monstrueuse d'un principe destitué de tout fondement » — indécente au surplus « dans la bouche d'un pair de France ».
Dignité de duc et pair mixte de fief et d’office, et unique de ce genre
La dignité de duc et pair est, « par sa nature singulière et unique, une dignité mixte de fief et d'office. Le duc est grand vassal, le pair est grand officier » — fief et office « également parties intégrantes et constituantes, sans lesquelles la dignité ne pourroit exister, ni même être conçue ». L'enregistrement accomplit la loi des fiefs, la réception celle des offices : qui a fait l'un sans l'autre « n'est point en possession, ni n'a rendu en soi entière et complète » sa dignité ; et celui qui a accompli les deux est « grand officier avant l'autre, grand vassal même avant l'autre », la dignité étant conférée par une seule et même érection indivisible.
L’impétrant, et sa postérité appelée et installée avec lui en la dignité de pair, à la différence de tout autre officier
Distinction capitale : « à l'office de pair est appelé non-seulement l'impétrant, mais avec lui, par une seule et même vocation, tous ses descendants masculins à l'infini, tant et si longtemps que la race en subsiste, au lieu qu'à tous autres offices, quels qu'ils soient, une seule personne est appelée » — distinction « essentielle et par nature » d'avec tous les offices de la couronne. La première réception fixe donc le rang « pour tous ceux qui, par la vocation, y sont successivement appelés » ; les formalités imposées à chaque héritier « ne lui confèrent rien de nouveau » et ne peuvent changer un rang consommé dans le premier de la race.
Reprise de l’édit
Reprise de l'édit : « quelques jours d'un temps si vif se passèrent en langueur par l'interruption du travail du roi avec le chancelier » — Saint-Simon profitant du loisir pour presser son juge par lettres, la séparation de Marly à Versailles et Pontchartrain rendant tout commerce incommode.
Lettre de M. le duc de Saint-Simon à M. le chancelier
Lettre du 11 mai : jamais l'anniversaire de Louis XIII à Saint-Denis — auquel, à l'exemple de son père, il n'a jamais manqué, y ayant « forcé une fois la fièvre actuelle, une autre le commencement d'une rougeole, et une troisième un bras tout ouvert » — ne vint si mal : « je porterai à Saint-Denis un cœur incisé et palpitant ». Il hiérarchise ses prières : « Sauvez-nous le sacre, nos plus sensibles entrailles, de préférence à tout ; puis souvenez-vous de faire passer le projet avec le plus de mes notes qu'il se pourra », puis la double séance, puis son fait particulier, enfin Chaulnes. « L'assignation à demain me donne le frisson et la sueur. J'en dis pour mon âme…, mon In manus à Dieu. »
Lettre de M. le chancelier M. le duc de Saint-Simon
Réponse du chancelier au sortir du travail avec le roi, le 12 : « Je ne puis encore vous tirer des limbes aujourd'hui, monsieur. Supportez vos ténèbres encore quelques jours ; mais supportez-les avec espérance d'en sortir bientôt avec avantage ; et, si le soleil ne vous paroît pas aussi favorable que vous le voudriez, vous aurez tort, si je ne me trompe, et très-grand tort. Je suis à vous, monsieur, mais à condition que vous n'aurez aucun tort. »
J’apprends du chancelier les articles de l’édit résolus
Le samedi à Versailles, Saint-Simon apprit que son mémoire sur l'autorité du roi avait triomphé : « la fixation du rang seroit réglée à la réception de l'impétrant et non plus à l'enregistrement des lettres ; ainsi, après avoir perdu ma cause sur des raisons invincibles pour moi, qui ne purent ni faire d'impression ni trouver de réponse, je la gagnai sur d'autres tout à fait ineptes à ce dont il s'agissoit, mais qui remuèrent le premier mobile du juge, et voilà ce que sert d'être bien averti et servi. » La double séance avait passé « après de grands débats » ; mais « le venin fut à la queue » : sur le sacre, « la considération des bâtards seule ayant fait tenir ferme au roi ». Chaulnes était favorablement résolu ; le secret durait — peut-être pour montrer le projet à M. du Maine, « si ce cher fils y trouvoit quelque chose encore à désirer ».
Je confie au duc de Beauvilliers, et au duc et à la duchesse de Chevreuse, que Chaulnes va être réérigé pour leur second fils
À Marly, Saint-Simon ne put se contenir : « j'ouvris son rideau et lui dis, sous le secret dont j'étois si sûr avec lui, que son neveu alloit être fait duc et pair. Il en tressaillit de joie » — Beauvilliers, qui ne connaissait pas moins que lui « le peu de fondement » de la prétention. Dès le lendemain, Mme de Saint-Simon « transporta de la plus sensible joie » la duchesse de Chevreuse, sa proche voisine, sous un secret entier excepté pour le duc, « qui ne tarda pas à venir lui en témoigner autant ».
L’édit en gros s’évente
« Cependant la mine commença à s'éventer sur le règlement. J'en fus en peine pour la chose en elle-même, et plus encore sur mon compte particulier avec le chancelier ; mais le roi avoit parlé à d'Antin, et celui-ci à d'autres, comme nous le vérifiâmes presque aussitôt » — la fuite venait du sommet même, et Saint-Simon put répondre aux curieux « avec une ignorance naturelle ».
Mouvements de Matignon et des Rohan ; leur intérêt
Grands mouvements de Matignon et de toute sa séquelle : « le mariage de son fils unique, infiniment riche, étoit arrêté avec une fille du prince de Rohan, moyennant qu'il fût duc d'Estouteville, et les Rohan ne s'y épargnèrent pas » — la chimère d'Estouteville, enjeu du mariage, allait périr dans l'édit que ces manœuvres cherchaient à devancer.
Lettres de M. le duc de Saint-Simon à M. le chancelier, de M. le chancelier à M. le duc de Saint-Simon
Le 17 mai, rien ne se déclarant, Saint-Simon écrivit anxieusement : « Mme de Ventadour auroit-elle tout troublé hier avec son inepte Estouteville…, et ces limbes perpétuelles s'invoqueront-elles toujours successivement ? » — signalant que La Rocheguyon, Cheverny et Gamaches lui avaient parlé d'un règlement prêt à éclore. Réponse du chancelier sur la même feuille : « Demeurez en repos, monsieur, tout est remis à mardi. Ce qu'on a changé aujourd'hui est peu de chose. Les grands principes subsistent toujours… On veut et on ne veut pas, et voilà tout. L'essentiel est que le détail s'ignore, car il blesseroit sans doute autant que le gros est indifférent. »
L’édit passé, dont j’apprends par le chancelier tous les articles tels qu’ils y sont
Le mardi 19 mai, « un quart d'heure de tête-à-tête du chancelier avec le roi mit la dernière main à l'édit », aussitôt mis en forme, scellé à Versailles et enregistré au parlement le jeudi 21. L'édit fit le bruit des choses nouvelles ; conduite des ducs : « nous y perdions trop pour être contents, nous y gagnions trop pour montrer du chagrin, et sur chose qui touchoit si personnellement le roi, et qui étoit faite, notre parti fut une sagesse sobre, modeste et peu répandue en propos ». Le chancelier, « content au dernier point de son ouvrage, trouvoit que je le devois être…, mais aucun gain ne pouvoit me compenser les deux premiers articles ».
Double séance rejetée et Chaulnes différé, après avoir été accordés
Le « peu de chose » retranché était la double séance des pairs démis et Chaulnes : le roi, « après avoir accordé l'un et l'autre, n'avoit pu enfin se résoudre à la double séance, et, prêt à lâcher le mot sur Chaulnes…, il avoit payé de propos, d'espérance certaine ». Saint-Simon, qui avait donné la joie aux intéressés, en fut d'autant plus fâché : « les arrangements de M. de Chevreuse lui ont coûté cher plus d'une fois. S'il avoit été à Marly, son affaire y seroit sûrement finie, comme je sus bien le lui reprocher vivement » — la pique du roi sur ses absences lui valut ce tire-laisse, et le roi « se plut à faire durer cette inquiétude, et à la pousser quelques mois ».
D’Antin, reçu duc et pair au parlement, m’invite seul d’étranger au repas
D'Antin fut enregistré et reçu au parlement le 5 juin, puis donna un grand dîner d'une quinzaine de personnes de sa famille et de ses intimes : « Charost et moi y fûmes les deux seuls étrangers ». Il avait prié Saint-Simon chez lui, l'avait prié lui-même dans le salon de Marly, « et m'en pressa encore tellement au parlement, pendant la buvette, qu'il n'y eut pas moyen de l'éviter. Il me fit les honneurs du repas et de sa maison avec une attention singulière. »
Le roi se montre content que j’y aie été
« De retour à Marly, je m'aperçus aisément, aux gracieusetés que le roi chercha à me faire, que je lui avois fait ma cour d'avoir été de ce dîner » — le roi savourant la réconciliation apparente de son favori avec le plus opiniâtre des opposants, conclusion de cette longue affaire au goût du maître.
Adresse et impudence de d’Antin
Adresse du nouveau pair : « le favori mit son duché-pairie sur sa terre d'Antin. En courtisan leste et délié, il dit que ce nom lui étoit trop heureux pour le changer. Il pouvoit ajouter…, que ce nom d'Épernon, que [le favori d'Henri III] avoit rendu si grand et si célèbre, lui seroit et aux siens trop difficile à soutenir. » Mais il fit aussi « un trait d'imprudence au delà de tous les Gascons : il osa prier le maréchal de Boufflers d'être l'un de ses témoins » pour l'information de vie et mœurs.
Sagesse et dignité de Boufflers
Sagesse et dignité de Boufflers : « le maréchal en fut piqué, sans oser refuser une chose qui ne se refuse point, mais il ne voulut point signer le témoignage banal qu'on lui apporta. Il en fit un qu'il me montra pour lui en dire mon avis. J'y admirai comment la vertu supplée à tout. Sans rien de grossier, il ne s'y rendit coupable d'aucun mensonge ; et j'ai toujours eu envie d'en avoir une copie, tant il m'avoit plu. »
Douleur de Matignon et son affaire avec le duc de Chevreuse
Douleur de Matignon : son accommodement avec Chevreuse pour la terre d'Estouteville — « en payant cher la connivence » — ne fut signé que « la surveille » de la déclaration de l'édit, Chevreuse, instruit par d'Antin, ayant vu « qu'il n'y avoit plus de temps à perdre ». Trois jours après la signature, Matignon apprit l'édit « qui lui ôtoit toute espérance du seul usage d'Estouteville, pour lequel il s'en étoit si chèrement accommodé. Le voilà donc aux hauts cris. » Chevreuse, « à son ordinaire tranquille, sage et froid, laissa crier » ; les Rohan retirèrent leur parole ; et « les immenses richesses que ce dernier avoit tirées de l'abandon d'amitié de Chamillart pour lui rendirent le monde fort dur sur sa mésaventure ».
Duc de La Rocheguyon fait au chancelier des plaintes de l’édit ; prétend en revenir contre ma préséance, qui le refroidit, et le duc de Villeroy, entièrement et pour toujours avec moi
Un mois après l'enregistrement, le duc de La Rocheguyon se plaignit amèrement au chancelier, au nom de M. de La Rochefoucauld et au sien, « de la décision que l'édit faisoit en ma faveur », annonçant des écrits et le dessein d'en parler au roi ; le chancelier lui objecta les arrêts de Bouillon et de La Meilleraye et le dessein du roi. « On en verra les suites en leur temps, qui ne réussirent pas à M. de La Rocheguyon. Mais cette affaire, venue à la suite de la mort de la duchesse de Villeroy, refroidit tout à fait l'amitié et le commerce étroit qui avoit été jusqu'alors entre les ducs de Villeroy, de La Rocheguyon et moi » — réduit depuis « aux bienséances communes » jusqu'à leur mort.
Fâcheux personnage du duc de Luxembourg sur l’édit ; est à Rouen, et pourquoi
Fâcheux personnage de M. de Luxembourg : il était à Rouen — envoyé par Voysin y faire sa charge de gouverneur après l'émeute des blés contre Courson, fils de Bâville, « butor, brutal, ignorant, paresseux, glorieux, insolent…, et surtout étrangement intéressé », dont la disette « se trouva factice ». Son père et lui avaient pleinement consenti au projet de 1694 ; le chancelier obtint du roi de lui en écrire poliment. « Il fut huit ou dix jours sans réponse » ; le roi piqué fit récrire « sèchement » ; Luxembourg composa en cinq ou six jours « une lettre pleine de propos confus et de raisons frivoles » ; le roi fit répliquer « durement ». Outré à la vue de l'édit, « sa cause à son gré perdue », il fut peu plaint : « on le trouva heureux de sortir de la sorte d'un méchant procès qui pouvoit lui coûter sa dignité de duc et pair de Piney ». La mort de Monseigneur, dont la cabale Choin l'avait initié à tout, « avoit achevé de lui ôter sa considération ».

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