TOME X · CHAPITRE XVII
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Summary
The Unigenitus machine assembles: the 'muffled, deep intrigues' of Tellier and Bissy; Voysin substituted for Torcy in the Noailles affair; Bissy named cardinal; Tellier's 'enormous project'; the affair carried to Rome; Daubenton and Fabroni 'alone, and in secret, draft the constitution Unigenitus'; the pope pledged 'by positive word' to issue it only in concert with cardinal de La Trémoille and the sacred college — a word to be broken; Tellier's 'audacious visit' to cardinal de Rohan, whose character and education are drawn — 'he owes everything to cardinal de Noailles'; the privileges…
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Menées sourdes et profondes du P. Tellier et de Bissy, évêque de Meaux
- « Le P. Tellier avançoit à grands pas vers le but qu'il s'étoit proposé toute sa vie. » Il avait affaire à un prince « qui, de son aveu même, étoit de la plus profonde ignorance, élevé par la reine sa mère dans l'opinion que ce qu'on appeloit jansénistes étoit un parti républicain dans l'Église et dans l'État ». Bissy, évêque de Meaux, « dont l'âme étoit forcenée d'ambition, sous le pharisaïque extérieur d'un plat séminariste de Saint-Sulpice », était « de tout temps abandonné aux jésuites » — mais le cachait à Mme de Maintenon, « qui, par la mécanique de ses journées, ne voyoit le jour que par le trou d'une bouteille, et qui étoit la plus grande dupe du monde de ceux pour qui elle se prévenoit ». « Par ces manéges obscurs ils conduisirent où ils voulurent un roi enfermé à cet égard sous leur clef. »
- Voysin substitué à Torcy pour les.affaires du cardinal de Noailles
- Pour ministre de cette affaire, le roi n'avait plus Torcy, que Tellier et Bissy « avoient rendu suspect par son alliance avec les Arnauld, et par l'évêque de Montpellier son frère. Ils lui avoient substitué Voysin, créature et âme damnée de Mme de Maintenon et de sa fortune, et aussi ignorant d'ailleurs et aussi vendu qu'il le leur falloit. »
- Bissy nommé au cardinalat
- « De cet antre de ténébreuse intrigue, sortit la nomination de Bissy au cardinalat, que sans concert, mais avec une ardeur égale, Mme de Maintenon et le P. Tellier procurèrent également, et que Rome reçut avidement, comme de celui dont elle feroit le plus grand usage, et qui pour elle fouleroit tout aux pieds. »
- Projet énorme du P. Tellier
- Le projet énorme : après s'être vengé du cardinal de Noailles — Port-Royal détruit, l'interdiction des jésuites dans le diocèse de Paris payée de sa brouille avec Mme de Maintenon —, Tellier voulait « étrangler par autorité » l'affaire des Réflexions morales « et s'en faire après une matière de persécution à longues années » : une constitution condamnant une foule de propositions « in globo qui, en n'épargnant rien et tombant sur tout, se pût sauver par un vague qui se pouvoit appliquer ou détourner suivant le besoin », jusqu'à « condamner dans ce livre des propositions purement extraites de saint Paul…, et de saint Augustin…, qui est la première fois qu'on l'ait osé », pour ériger à terme l'école de Molina en dogme ; engager la « superbe » infaillibilité du pape à refuser toute explication, et le roi d'avance à la faire recevoir « sans difficulté de quelque part que ce fût ». « Et c'est là malheureusement où aujourd'hui nous en sommes. »
- L’affaire du cardinal de Noailles portée à Rome
- « La division habilement semée dans les divers partis parmi les évêques…, tous ne crurent plus en pouvoir sortir que par Rome. Le roi écrivit donc au pape de la façon la plus pressante…, mais de la manière la plus partiale contre le livre du P. Quesnel » — contre « toutes les lois de l'Église, tout usage et toute raison, qui veulent que les contestations soient nettement jugées…, dans les lieux où elles naissent », l'auteur entendu, « comme le P. Quesnel vivant lors ne cessoit de le demander de vive voix, et de le requérir expressément par écrit ».
- P. Daubenton et Fabroni ; quels
- À Rome, les conjonctures n'étaient pas moins favorables : le P. Daubenton, congédié de confesseur du roi d'Espagne « par les intrigues de Mme des Ursins », était assistant de France du général des jésuites, « dans la plus étroite liaison » avec le cardinal Fabroni — « un bourgeois de Pistoie, venu à Rome avec de l'esprit, de la scolastique, du feu…, et la résolution de percer à quelque prix que ce pût être », « plus ardent jésuite que les plus forcenés de l'espèce même du P. Tellier ». Le cardinal Albane s'était « laissé tellement subjuguer à cet esprit haut et violent, qu'il devint son maître. Devenu pape, il le fit cardinal, et augmenta ainsi sa servitude. »
- Ils dressent seuls, et en secret, la constitution Unigenitus
- « Fabroni et Daubenton firent donc le projet de la constitution par ordre du pape » — seuls et en secret, à l'insu des cardinaux et des théologiens de Rome, « surtout des partisans sans nombre de saint Augustin et de saint Thomas ».
- Le pape engagé de parole positive à ne donner sa constitution que de concert et approuvée du cardinal de La Trémoille en particulier, et du sacré collége en général
- Le roi avait demandé que la constitution fût concertée avec le cardinal de La Trémoille ; le sacré collège s'émut d'une « décision dogmatique, et en première instance pour la France » : le pape « promit à tous de la manière la plus positive que le projet de cette constitution leur seroit présenté, qu'ils le pourroient examiner chacun en particulier à leur gré…, et qu'elle ne seroit dressée que conformément à l'avis du plus grand nombre des cardinaux. Le pape donna la même parole au cardinal de La Trémoille » — paroles dont la suite montrera le cas qu'on en fit.
- Audacieuse visite du P. Tellier au cardinal de Rohan
- Pour se renforcer, Tellier alla trouver le nouveau cardinal de Rohan et « lui exposa tout net ses intentions avec une audace et une autorité qui ne craignoit rien » : se perdre auprès du roi, s'enterrer dans une neutralité « qui le déshonoreroit », ou s'engager « dans un concert intime, entier, inaltérable » — auquel cas « il pouvoit compter sur la charge de grand aumônier ». Rohan, « étrangement étourdi d'un compliment si net…, balbutia » ; Tellier « se leva froidement…, mais qu'il devoit l'avertir de ne les pas faire longues [ses réflexions], parce que la charge de grand aumônier ne pouvoit vaquer longtemps. Il se retira…, et laissa le cardinal épouvanté d'une déclaration si audacieuse. »
- Caractère du cardinal de Rohan ; son éducation
- Portrait du cardinal de Rohan : « net avec de l'esprit naturel, qui paraissoit au triple par les grâces de sa personne » ; « son naturel étoit bon, doux, facile, et sans l'ambition et la nécessité qu'elle impose, il étoit né honnête homme et homme d'honneur » ; « assez grand, un peu trop gros, le visage du fils de l'Amour », avec « une facilité de parler admirable et un désinvolte merveilleux », attentif à s'attirer les évêques « et toute la gente doctrinale, qu'il s'étoit fait un capital de s'acquérir sur les bancs ». Élevé à Saint-Magloire sous la direction du cardinal de Noailles, il y gagna par « son application, ses progrès, sa modestie » ses maîtres, la Sorbonne et « ce peuple lettré, tout grossier, pédant et farouche qu'il soit de sa nature ».
- Il doit tout au cardinal de Noailles
- Il devait tout au cardinal de Noailles : Mme de Soubise « lui remit son fils pour se reposer entièrement sur lui de toute son éducation ecclésiastique » ; le prélat « en fit comme de son neveu », porta ses bons témoignages au roi « charmé lui-même de son élève, et le roi plus content encore d'avoir tant où s'appuyer pour travestir en justice les inclinations et les penchants de son cœur. Mme de Soubise étoit morte dans l'attachement et la reconnoissance pour le cardinal de Noailles…, et elle avoit inculqué ces sentiments à son fils. »
- Priviléges de la vie des cardinaux
- Ce qui retenait Rohan, c'étaient les privilèges de son état : « un cardinal est en droit de passer sa vie au jeu, à la bonne chère et avec les dames les plus jeunes et les plus jolies…, d'y donner des bals et des fêtes…, surtout de n'entendre plus parler de livres, d'étude, de rien d'ecclésiastique ; d'aller régner dans son diocèse sans s'en mêler…, et d'y vivre sans inquiétude dans un palais à la campagne, au milieu d'une cour, comme un souverain, parmi le jeu, les dames et les plaisirs, pleinement affranchi là comme à Paris et à la cour de toute bienséance… Le roi, si volontiers austère pour les autres, étoit accoutumé, non-seulement à passer, mais à trouver tout bon des cardinaux. »
- Combat intérieur du cardinal de Rohan
- Combat intérieur : à moins de quarante ans, évêque de Strasbourg et cardinal « avec plus de quatre cent mille livres de rente, le goût des plaisirs, de la magnificence, du repos », que pouvait-il désirer de mieux que de jouir, sous le prétexte « le plus naturel et le plus honnête » : « l'attachement et la reconnoissance pour un homme à qui il devoit tout, du su de tout le monde, dont les mœurs et la conduite étoit en vénération la mieux établie…, archevêque de la capitale…, qui avoit pour lui tout ce qui n'étoit pas esclave des jésuites, c'est-à-dire tous les honnêtes gens de tous états ? »
- Tallard entraîne le cardinal de Rohan au P. Tellier
- Tallard, qui « ne s'étoit allié aux Rohan que pour en profiter », acheva de l'entraîner : il peignit « d'un côté les enfers ouverts sous leurs pas, de l'autre les cieux qui les appeloient dans leur gloire » — le naturel terrible du jésuite, la fureur de Mme de Maintenon, le roi fermé à tout autre parti, l'exemple du cardinal de Bouillon ; puis la honte « de voir un autre que lui grand aumônier, et Bissy en sa place à la tête du parti favori » ; enfin la perspective d'être « chef sans collègue » du parti tout-puissant. « Ce qui rendoit Tallard si éloquent étoit son intérêt propre » : il voulait la pairie, la survivance de son gouvernement, une grande charge, jusqu'au conseil. Il vainquit en dernier « ce point de paresse » en promettant que des bureaux feraient la besogne, « dont il n'auroit que l'honneur » — et jeta Rohan « dans une fondrière, dont sa paresse et la flétrissure de son honneur lui ont coûté de sourds et de cuisants repentirs ».
- Cardinal de Rohan grand aumônier
- « Le cardinal de Rohan, agité, battu plusieurs jours, ne put résister à son frère et à Tallard… Son marché fut grossièrement conclu au mot du P. Tellier, dont il devint l'esclave en même temps qu'il prêta le serment de grand aumônier de France. »
- Cardinal de Polignac maître de la chapelle du roi
- « Quelque peu de cas que les jésuites fissent de l'esprit léger et du cœur encore plus volage du cardinal de Polignac, il étoit cardinal, et ils ne voulurent pas le mécontenter. La rage de courtisan, sous laquelle il gémit toute sa vie, lui avoit fait passionnément désirer la charge de maître de la chapelle du roi » — vacante par la mort de l'archevêque de Reims ; « il crut que sa pourpre… feroit encore plus sa cour ; il ne se trompa pas, surtout avec le concours des jésuites. »
- Orgueil de son serment
- Mais cette charge « ne prête serment qu'entre les mains du grand maître de la maison du roi, et ce grand maître étoit un prince du sang. Comment donc oser lui souffler un droit acquis, mais comment aussi ployer la pourpre romaine à cette sorte d'humiliation ? Le respect du roi, légué par le Mazarin, pour cette sacrée pourpre l'emporta cette fois sur celui dont il se montroit si jaloux pour les princes de son sang » : profitant du voyage de M. le Duc en Bourgogne, Polignac prêta serment « pour cette fois et sans conséquence » entre les mains du roi même.
- Il reçoit le bonnet de la main du roi ; il le harangue à la tête de l’Académie française sur la paix
- « En même temps, le cardinal de Polignac reçut le bonnet des mains du roi, présenté par l'abbé Howard, camérier du pape. C'étoit raison qu'un camérier anglois apportât une barrette de la nomination du roi d'Angleterre, mais ce ne l'étoit pas que le nommé fût le négociateur à Utrecht de tout ce qui fut convenu contre le prince à qui il devoit sa fortune. » Et « malgré l'orgueil de la pourpre, la vanité du bien-dire perça » : il harangua le roi sur la paix à la tête de l'Académie française.
- Vittement recteur de l’Université ; sa belle harangue et son très-singulier effet
- Mais « ses grâces, ses charmes et son bien-dire, si odoriférant et si flatteur, céda toutefois à la justesse et à l'éloquence mâle et naturelle du recteur de l'Université, qui enleva tous les suffrages avec tant de violence, qu'il fut interrompu par les applaudissements ». Vittement « ne s'en éleva pas davantage, n'en demeura pas moins renfermé dans la poussière des colléges, et ne cultiva personne ; mais, ce qui ne s'est peut-être jamais vu…, sa harangue ne sortit point de la mémoire du roi », surnageant même aux soupçons sur sa doctrine et à « des mœurs trop pures et trop austères pour le goût d'alors » : elle le fit deux ans après sous-précepteur du futur Louis XV — « le seul bon choix que [Louis XIV] fit pour l'éducation de ce jeune prince ». »
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