TOME X · CHAPITRE XX

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Summary

The last campaign: the siege of Landau, the garrisons prisoners, Biron losing an arm and receiving the government; Villars, Golden Fleece, crosses the Rhine and invests Freiburg. Cardinal de Bouillon makes his way to Rome; the elector of Bavaria sees the king at Marly, then spends a fortnight at Fontainebleau; the prince de Robecque marries Solre's daughter — with the double genealogical digression: the Robecque branch of the Montmorencys, the prince's Spanish fortune, the Solre branch of the house of Croÿ and that house's origin.

The entries

Entry summaries are given in French, the language of the source.

Siége de Landau
« Besons fit le siége de Landau, où Villars vint une fois ou deux se promener et faire le général. Il commandoit l'armée qui couvroit le siége. La tranchée y fut ouverte la nuit du 24 au 25 juin » — dernière grande opération de la guerre, contre le seul empereur demeuré en armes.
La garnison et celle de Kayserslautern se rendent prisonnières
Pendant le siège, Dillon attaqua Kayserslautern, dont les six cents hommes et trente-sept officiers « se rendirent prisonniers de guerre ». À Landau, la chamade fut battue le 19 août : « le prince Alexandre de Wurtemberg, gouverneur, se rendit avec sa garnison prisonnière de guerre. Il en sortit quatre mille huit cents hommes…; il resta douze cents blessés dans la place, où il ne se trouva plus que vingt milliers de poudre et soixante pièces de canon, la plupart hors de service. » Lutteau, frère de la maréchale de Besons, apporta la prise au roi, et Valory le détail et trente-neuf drapeaux.
Biron perd un bras à Landau et en a le gouvernement
« Biron, lieutenant général, aujourd'hui duc et pair, et doyen des maréchaux de France, y perdit un bras à une grande sortie, et n'a pas servi depuis » — blessure payée du gouvernement de Landau.
Villars, chevalier de la Toison d’or, passe le Rhin ; investit Fribourg
« Villars eut en même temps la Toison, sans qu'on ait jamais su par où, et sans avoir eu aucun rapport de guerre ni d'affaires avec l'Espagne. C'étoit un homme qui vouloit tout, et le plus impudent qu'il fût possible à se vanter et à demander. La surprise de cette Toison fut universelle. » Il passa le Rhin le 12 septembre, « prit fort aisément les retranchements que les ennemis avoient faits près de Fribourg, et incontinent après il investit cette place ».
Cardinal de Bouillon s’achemine des Pays-Bas à Rome
« Le cardinal de Bouillon, méprisé au dernier point dans tous les Pays-Bas, depuis l'étrange mariage qu'il avoit fait de sa nièce, et le procès perdu…, ne savoit plus où se tenir dans ces provinces. » Après s'être « encore fait moquer de lui par l'air important qu'il avoit pris d'affecter de se tenir à portée d'Utrecht, comme si les affaires d'un aussi petit particulier que lui eussent pu y être traitées », il « s'achemina enfin à Rome par l'Allemagne et le Tyrol, à quatre ou cinq lieues par jour, et force séjours pour tuer le temps et allonger son voyage ».
Électeur de Bavière voit le roi à Marly
L'électeur de Bavière, revenu de Compiègne à Suresne au moment de la prise de Landau — que le roi lui manda par d'Antin —, vint quelques jours après à Marly : « il fut quelque temps seul avec le roi dans son cabinet, soupa chez d'Antin, joua au salon avant et après souper, avec M. [le duc] et Mme la duchesse de Berry, et s'en retourna à Suresne. »
Voyage de Fontainebleau par Petit-Bourg
« Le mercredi 30 août, le roi tint le conseil d'État à Marly, dîna à son petit couvert, puis alla tout droit coucher à Petit-Bourg, chez d'Antin, et le lendemain à Fontainebleau », ayant dans son carrosse Mme la duchesse de Berry auprès de lui, la nouvelle duchesse et Mlle de Charolois au-devant, M. le duc de Berry et la nouvelle princesse de Conti aux portières.
L’électeur de Bavière y vient passer quinze jours et retourne à Compiègne
L'électeur de Bavière arriva à Fontainebleau le 9 septembre, « dans le logement d'un concierge du jardin de Diane », près de d'Antin, qui « se chargea de lui donner à dîner et à souper, et de lui fournir force joueurs chez lui dès le matin », avec « une petite loge pour être incognito à la comédie ». Chasses à cheval, promenades du roi autour du canal, jeu chez Mme la duchesse de Berry : il ne vit le roi dans son cabinet qu'une seule fois, un quart d'heure, le 26 septembre, pour prendre congé, et retourna à Compiègne par sa nouvelle maison de Saint-Cloud.
Mariage du prince de Robecque et de la fille du comte de Solre
« La comtesse de Solre vint avec sa fille à Fontainebleau prendre congé du roi pour mener sa fille en Espagne épouser le prince de Robecque et être dame du palais de la reine d'Espagne » — occasion d'une ample digression généalogique.
Branche de Robecque de la maison de Montmorency
M. de Robecque « étoit de la maison de Montmorency, d'une branche sortie du second fils de Louis de Montmorency, chef de la branche de Fosseux…, qui s'établit aux Pays-Bas » : les terres de Robecque et Morbecque vinrent par mariage ; Jean fut créé par Philippe IV « prince de Robecque, ce qui ne donne que la dénomination et nul rang ni privilége » ; les Toisons d'or s'y succédèrent, et le père du marié, passé au service de France en 1678, mourut colonel à Briançon en 1691.
Fortune du prince de Robecque en Espagne ; sa mort, et son frère
Passé en Espagne fin 1709 avec l'agrément du roi, le prince de Robecque y fit fortune par « le crédit de la maréchale de Noailles et celui de la duchesse de Montellano sur Mme des Ursins » : « il fut fait lieutenant général en arrivant, fort approché du roi d'Espagne, gentilhomme de la chambre bientôt après, grand d'Espagne de la première classe en avril de cette année, pour épouser Mlle de Solre, sa cousine germaine », puis colonel des gardes wallonnes en 1716 et Toison d'or — « mais il mourut sans enfants, un mois après avoir eu les gardes wallones ». Son frère, le comte d'Esterres, devenu « lieutenant général en France avec grande distinction », lui succéda aux biens et à la grandesse « sans quitter la France ».
Branche de Solre de la maison de Croï
Le comte de Solre était « une branche de la maison de Croï » : chevalier du Saint-Esprit en 1688, « le cinquante-neuvième de la promotion, c'est-à-dire après vingt-sept gentilshommes », lieutenant général au service de France, gouverneur de Roye, Péronne et Montdidier, il avait épousé une Bournonville, cousine germaine de la maréchale de Noailles — et sa terre de Condé, « devenue une des bonnes places du roi », en gardait la seigneurie.
Origine de cette maison
Origine de la maison de Croï : « la plupart des grandes maisons ont des chimères, et ces chimères leur font plus de mal que de bien. Celle-ci a poussé la folie jusqu'à une généalogie qui la conduit depuis Adam jusqu'à André II, roi de Hongrie…, bien écrite et bien enluminée, étalée dans le château d'Havré » — sur la seule identité des armes, argument que réfutent Sully et Montausier, Hennin et Noailles, qui portent mêmes armes sans parenté. La vérité : la petite terre de Croï, près Picquigny ; « Gilles, seigneur de Croï…, est nommé homme lige d'Enguerrand, vidame d'Amiens, dans un titre de l'abbaye du Gard de 1215. Cela fait un gentilhomme le premier connu de sa race…, qui a un très-médiocre fief dont il porte le nom. » Mais la postérité « eut le bonheur de s'élever en tous genres à pas de géant » : Jean, grand bouteiller de France, tué à Azincourt ; Antoine « le Grand », grand maître de France en 1462 — ce qui réfute aussi « l'autre absurdité » de fixer l'élévation au fameux Chièvres.
MM. de Solre sortis de la branche de Chimay
Les Solre sortent de la branche de Chimay : Jean de Croï, frère du grand maître, eut de Charles le Téméraire l'érection de Chimay en comté ; Antoine, troisième fils de Philippe de Croï comte de Chimay, fit la branche de Solre ; Philippe, son petit-fils, « alla en Espagne, où il fut créé comte de Solre en 1591 », capitaine de la garde du roi d'Espagne à Bruxelles — et cinq générations y portèrent la Toison d'or, jusqu'au comte de Solre passé au service de France.
Évêque de Cambrai fait duc
Le second fils du comte de Chimay « fut évêque de Cambrai, et ce fut lui qui le premier fut évêque et duc de Cambrai, par lettres de l'empereur Maximilien I, de 1510, titre sans nul rang et de pure décoration, dès lors et toujours depuis ».
Chimère du fils aîné du dernier comte de Solre
Chimère du fils aîné : le comte de Croï, « un homme fort singulier », gagna son père simple d'esprit, le brouilla avec sa mère — laquelle saisit le mariage espagnol de sa fille pour partir « dans la résolution, qu'elle a tenue, d'y vivre avec elle et de n'en revenir jamais ». Après la mort de son père, « il se fit appeler le prince de Croï » : « On n'est prince que par être de maison actuellement souveraine… J'ai vu sans cesse la comtesse de Solre et sa fille debout au souper, à la toilette », et le comte de Solre prendre l'ordre « parmi et fort au-dessous du milieu des gentilshommes ». « Ce fondateur de princerie mourut chez lui à Condé à la fin de 1723…, fort mal avec son frère qui vouloit son bien, et point du tout être prince » ; sa veuve fit tant de bruit que Fleury donna un régiment à son fils : « leur tabouret est encore à venir ; mais il viendra tôt ou tard, dans un pays de confusion, et où, comme que ce soit, il n'y a qu'à prétendre, être audacieux, impudent, et ne quitter point prise. »
Branche d’Havré de la maison de Croï sortie de la branche de Solre
La branche d'Havré sortit du fils unique du troisième mariage du premier comte de Solre, devenu duc d'Havré par son mariage avec l'héritière du premier duc, grand d'Espagne, Toison d'or, chef des finances des Pays-Bas. Son petit-fils aîné, colonel des gardes wallonnes, « fut tué en héros à la bataille de Saragosse » en 1710 ; le cadet lui succéda, épousa la nièce de Mme des Ursins, puis, s'opposant avec opiniâtreté à des changements dans les gardes wallonnes, se vit ôter le régiment — donné au prince de Robecque, ce qui fit démissionner le marquis de Lavère « avec toute la tête et dans le reste tout ce qu'il y avoit de meilleur ». Revenu en France, il mourut dans ses terres de Picardie ; sa veuve, sœur du cardinal Lanti, raccommoda les affaires et maria ses fils. Le duc d'Havré actuel « n'a jamais eu…, les chimères de princerie de son cousin le prétendu prince de Croï ».
Éclat près d’arriver entre le duc de La Rochefoucauld et moi, arrêté par le duc de Noailles
À Fontainebleau, Saint-Simon apprit « qu'il paraissoit sous le manteau un mémoire de M. de La Rochefoucauld sur sa prétention d'ancienneté contre moi, où l'avocat s'étoit, faute de meilleures raisons, laissé aller à quelques impertinences. J'y fis sur-le-champ une réponse, où je ne ménageai rien. » Le duc de Noailles, « effrayé de son tissu », conjura de ne pas la répandre et obtint du duc de La Rocheguyon le désaveu et la suppression du mémoire ; Saint-Simon distribua néanmoins quelques exemplaires de sa réponse : « tout aussitôt le mémoire désavoué disparut à Paris et à la cour… Le duc de Noailles, et après lui le duc de Villeroy, et le duc de La Rocheguyon ensuite, m'accablèrent de civilités et de protestations, moi de réponses un peu froides. » Le roi « voulut ignorer » ce bruit, sans juger encore cette préséance pourtant « jugée par l'édit de 1611 ».
Trois mille livres d’augmentation de pension à Saint Hérem
« Le roi donna trois mille livres d'augmentation de pension à Saint-Hérem, gouverneur et capitaine de Fontainebleau, qui en avoit déjà une pareille, pour qu'il eût six mille livres de pension, comme avoit son père. »
Douze mille livres d’appointements à Bloin sur la Normandie pour le gouvernement de Coutances
« En même temps il chargea la province de Normandie de douze mille livres d'appointements pour le gouvernement de Coutances, en faveur de Bloin, un de ses premiers valets de chambre, à qui il avoit donné le haras de Normandie qu'avoit Monseigneur. Il est vrai que, pour un valet qui avoit d'autres pensions, et avec elles la pécunieuse intendance de Versailles et de Marly, c'étoit peu que le double d'un seigneur fort mal dans ses affaires. »
Comte de La Mothe, rappelé, voit le roi dans son cabinet
« Le comte de La Mothe étoit demeuré exilé depuis sa reddition de Gand. Il fit tant agir auprès du roi qu'il eut permission de venir le saluer à Fontainebleau, et d'entrer même dans son cabinet, où il voulut entrer en quelque justification. Le roi lui dit assez froidement qu'il la tenoit pour faite et qu'il étoit content de lui… Il parut après à la cour et dans le monde en liberté, mais sans aucune marque de bienveillance tant que le roi vécut. »
Sage politique du roi sur les emplois dans les provinces
Bagatelle qui montre les maximes du roi « élevé parmi les troubles » : le petit gouvernement d'Alais donné à Baudoin, ancien lieutenant-colonel de Vendôme, protégé de M. du Maine. « Peu de temps après…, le roi sut que Baudoin étoit de Languedoc ; aussitôt il lui fit dire de rendre le brevet de ce petit gouvernement, avec promesse d'avoir soin de lui en donner un autre ; et donna le gouvernement d'Alais à d'Iverny, brigadier d'infanterie, qui n'étoit point de ce pays-là » — jamais de gouverneur natif de sa province.
Naissance de l’infant don Ferdinand
« La reine d'Espagne accoucha pour la dernière fois d'un quatrième prince…, nommé Ferdinand », né à Madrid le 23 septembre, tenu sur les fonts par le roi et la reine de Sicile, ses aïeuls maternels. « Il est devenu prince des Asturies par la mort de tous les princes ses aînés. Il a épousé la fille du roi de Portugal…, dont il n'a point d'enfants », et fut « proclamé et juré aux cortès de 1724 successeur de la monarchie des Espagnes » — le futur Ferdinand VI.

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