TOME XIII · CHAPITRE XVII
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Summary
The Regent's life: 'days and personal conduct', impenetrable 'on affairs in debauchery, even in drunkenness'; his mistresses; the 'roués'; the 'ecclesiastical enormities'. The Rome-Turin quarrel over the Sicilian monarchy; don Carlos born; the palatine elector of Trier. The 'cabal which, by private interests, ties the Regent forever to England' — the chapter's thesis; the prince 'never desired the crown, but the king's reign and through himself'; and the author proposes 'the indissoluble and perpetual union with Spain, as the true interest of the State' — his great diplomatic idea.
The entries
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- Vie, journées et conduite personnelle de M. le duc d’Orléans
- Tableau des journées du régent. « Toutes les matinées étoient livrées aux affaires » : travail seul avant de s'habiller, lever court, audiences interminables, chefs des conseils, La Vrillière, « bientôt après Le Blanc dont il se servoit pour beaucoup d'espionnages », Torcy « pour les lettres de la poste », « quelquefois le maréchal de Villeroy pour piaffer ». Vers deux heures, le chocolat en public ; audiences encore, la duchesse d'Orléans, le conseil de régence ; visites au roi « avec des révérences et un air de respect qui faisoit plaisir à voir ». Mais après cinq heures, « il n'étoit plus question d'affaires » : l'Opéra ou le Luxembourg — où la duchesse de Berry « rendoit avec usure à M. son père les rudesses... qu'elle éprouvoit de Rion », le traitant « comme un nègre » à la moindre remontrance. Saint-Simon lui proposa pour Pâques une retraite décente à Villers-Cotterets, acceptée « à merveille » ; les roués et maîtresses, alarmés, firent tout rompre, et le prince fit « en grande pompe » ses pâques à Saint-Eustache : « Hélas ! ce fut la dernière communion de ce malheureux prince. »
- Le régent impénétrable sur les affaires dans la débauche, même dans l’ivresse
- Trait extraordinaire au milieu de tant de licence : « ni ses maîtresses, ni Mme la duchesse de Berry, ni ses roués, au milieu même de l'ivresse, n'ont jamais pu rien savoir de lui de tant soit peu important, sur quoi que ce soit du gouvernement et des affaires. » Dès l'heure des soupers, en revanche, « tout étoit tellement barricadé au dehors que quelque affaire qu'il eût pu survenir, il étoit inutile de tâcher de percer jusqu'au régent » — fût-ce pour ce qui aurait « le plus dangereusement intéressé l'État ou sa personne — et cette clôture duroit jusqu'au lendemain matin ». Impénétrable dans l'ivresse, inaccessible dans la débauche : double verrou du personnage.
- Ses maîtresses
- « Il vivoit publiquement avec Mme de Parabère ; il y vivoit en même temps avec d'autres ; il se divertissoit de la jalousie et du dépit de ces femmes ; il n'en étoit pas moins bien avec toutes, et le scandale de ce sérail public, et celui des ordures et des impiétés journalières de ses soupers étoit extrême, et répandu partout. » À quoi s'ajoutait la perte d'« un temps infini en famille et en amusements, ou en débauches », en audiences « trop faciles, trop longues », et dans ces détails que jadis, du vivant du roi, lui-même et Saint-Simon reprochaient ensemble au gouvernement — « il en convenoit, mais il s'en laissoit toujours entraîner ».
- Roués de M. le duc d’Orléans
- Les convives des soupers : « ses maîtresses, quelquefois une fille de l'Opéra, souvent Mme la duchesse de Berry, et une douzaine d'hommes... que sans façon il ne nommoit jamais autrement que ses roués » — Broglio, Nocé, le duc de Brancas, Biron, Canillac, « quelques dames de moyenne vertu », « quelques gens obscurs... brillant par leur esprit ou leur débauche ». « La chère exquise s'apprêtoit dans des endroits faits exprès... ; eux-mêmes mettoient souvent la main à l'œuvre avec les cuisiniers. C'étoit en ces séances où chacun étoit repassé..., avec une liberté qui étoit licence effrénée... On buvoit d'autant, on s'échauffoit, on disoit des ordures à gorge déployée, et des impiétés à qui mieux mieux, et quand on avoit bien fait du bruit, et qu'on étoit bien ivre, on s'alloit coucher, et on recommençoit le lendemain. » Le mot « roués » avait si bien pris que « tout le monde sans exception ne parloit plus d'eux que par ce terme ».
- Énormités ecclésiastiques
- Les « énormités ecclésiastiques » de Sicile partent d'une vétille : un fermier de l'évêque d'Agrigente refuse le droit d'étalage sur ses pois chiches, se les fait saisir, et l'évêque « sans autre information ni délai aucun, fulmina une excommunication » — puis une seconde contre les supérieurs des commis qui avaient pourtant tout rendu. Le tribunal de la monarchie « trouva que c'étoit bien du bruit pour des pois chiches » ; Rome envenima tout à dessein : l'évêque excommunia le tribunal même et s'enfuit par mer, « tous les diocèses de Sicile furent mis en interdit », évêques, prêtres et moines émigrèrent en masse. Les jésuites s'obstinant à faire observer l'interdit, le vice-roi Maffei les fit tous enlever « en un même matin..., jetés dans des voitures, conduits à la mer et embarqués tout de suite, sans leur laisser emporter quoi que ce fût », déposés sur les côtes de l'État ecclésiastique. Rome, débordée de « tant de peuple sacré » affamé, finit par un édit chassant tous ces proscrits en trois jours — « juste salaire de la sédition ».
- Démêlé des cours de Rome et de Turin sur le tribunal de la monarchie de Sicile
- Fond du démêlé entre Rome et Turin : le tribunal de la monarchie de Sicile. Les princes normands, en soumettant leur conquête au saint-siège, avaient stipulé « en princes avisés » un privilège irrévocable : un tribunal perpétuel de laïques, à la seule nomination des rois de Sicile, jugeant « en dernier ressort souverainement et sans appel de toutes les causes ecclésiastiques..., même de la personne des archevêques, évêques, prêtres, moines », sans être jamais soumis à censures ni excommunications. « Avec ce sage et puissant correctif, les immunités et privilèges du clergé furent admis en Sicile. » Rome, que ce tribunal « incommodoit extrêmement », crut « un duc de Savoie devenu roi seulement de Sicile... plus aisé à entamer que ses puissants prédécesseurs ». La fermeté fut égale des deux côtés jusqu'à ce que la Sicile passât à l'empereur : alors « toute l'affaire ecclésiastique tomba, et Rome se trouva heureuse d'en être quitte » — leçon, conclut Saint-Simon, « à toutes les puissances temporelles des monstrueux excès de l'ambition ecclésiastique qui, dans tous les temps, ne peut être contenue que par ne lui passer rien du tout ».
- Naissance de don Carlos, roi des Deux-Siciles
- « La reine d'Espagne étoit accouchée, le 20 janvier de cette année, à Madrid de son premier enfant. Ce fut un prince qui reçut le nom de Charles ou don Carlos, qui est depuis devenu roi de Naples et de Sicile » — le premier fruit du mariage Farnèse, dont l'établissement en Italie sera l'obsession d'Élisabeth et d'Albéroni, et la matière de tant de brouilleries européennes.
- Prince palatin électeur de Trèves
- « Le 20 février, le grand maître de l'ordre Teutonique, coadjuteur de Mayence et frère de l'électeur palatin, fut élu archevêque et électeur de Trèves » — succession rapide de l'électeur lorrain mort de la petite vérole à Vienne, qui fait passer ce grand siège rhénan dans la maison palatine.
- Cabale qui, par intérêts particuliers, attache pour toujours le régent à l’Angleterre
- La cabale anglaise se noue par degrés. Rémond, « bas intrigant, petit savant, exquis débauché, et valet à tout faire », captive Dubois « par l'intrigue », Canillac « par le même goût d'obscure débauche grecque » ; Stairs, « bien instruit par Rémond, n'oublia ni respects ni prostitutions ; c'étoit le foible de Canillac », qui « ne vit plus rien que par ses yeux ». Noailles s'y joint : économiser les secours au Prétendant, et peut-être — Saint-Simon le soupçonne — le rendre suspect, lui, « parfaitement jacobite », auprès du régent. Dubois bâtit sur ses anciennes liaisons de débauche avec Stanhope, devenu secrétaire d'État de George. Et tous persuadent au régent « une maxime purement personnelle, conséquemment détestable » : George usurpateur de la couronne britannique, Orléans usurpateur possible de celle de France, « conséquemment même intérêt en tous les deux », et garantie mutuelle des deux couronnes. « M. le duc d'Orléans avala ce poison présenté avec tant d'adresse » — séduit, précise Saint-Simon, par « le contour tortueux de cette politique, et point du tout le désir de régner ».
- M. le duc d’Orléans n’a jamais désiré la couronne, mais le règne du roi et par lui-même
- Saint-Simon s'arrête pour une déclaration solennelle : « Je m'attends bien que si jamais ces Mémoires voient le jour, cet endroit fera rire..., et me fera passer pour un grand sot... Telle est pourtant la vérité toute pure, à laquelle je sacrifie tout ce qu'on pensera de moi. » Jamais le duc d'Orléans « n'a désiré la couronne ; il a très sincèrement souhaité la vie du roi ; il a plus fait, il a désiré qu'il régnât par lui-même... Jamais de lui-même il n'a pensé que le roi pût manquer. » Si le cas fût arrivé, il n'eût pas abandonné le droit des renonciations, « mais la possession de la couronne y eût eu la moindre part, et l'honneur, le courage, sa propre sûreté l'auroit eue tout entière : encore une fois, ce sont des vérités que ma très parfaite connoissance, ma conscience et mon honneur m'obligent à rapporter. »
- Je propose au régent l’indissoluble et perpétuelle union avec l’Espagne, comme le véritable intérêt de l’État, dont la maison d’Autriche et les Anglois sont les ennemis essentiellement naturels
- Grand plaidoyer de Saint-Simon, tête-à-tête avec le régent, pour « la plus solide et la plus inaltérable union avec l'Espagne » : même maison « encore presque au premier degré », aucun intérêt qui divise ; le modèle des deux branches d'Autriche « que nul effort n'avoit jamais pu séparer » et qui portèrent leur puissance « si longtemps près de la monarchie universelle » ; l'avantage « de la contiguïté des terres et des mers des deux monarchies ». Il faut esquiver les brouillards des cours, « ne se jamais fâcher », refuser « toute espèce d'avantage... qui pourroit entraîner de la division avec l'Espagne » — car « les véritables ennemis de la France étoient la maison d'Autriche et les Anglois », et George, « plus Allemand qu'Anglois », créature des whigs « qui de tous les Anglois haïssent le plus la France », est « radicalement incapable d'aucune véritable ni durable liaison » avec elle. Le régent « n'eut rien à opposer à la force naturelle de ces raisons », assura vouloir se lier avec l'Espagne, sous la seule précaution du secret — que Saint-Simon accepta, « pourvu que ce ne fût que précaution ».
- Stralsund pris
- En finissant, le régent apprend à Saint-Simon « que les Danois et les Prussiens avoient enfin pris Stralsund qu'ils assiégeoient depuis longtemps » — chute de la dernière grande place suédoise de Poméranie, où Charles XII s'était enfermé depuis son retour de Bender.
- Le roi de Suède échappé et passé en Suède
- Mais le roi de Suède lui-même avait glissé entre leurs mains : « le roi de Suède, qui depuis son retour de Bender s'étoit jeté dedans, avoit échappé à leur vigilance, et étoit passé en Suède » — Charles XII rentré dans son royaume après quinze ans d'absence, prêt à de nouvelles aventures qui pèseront bientôt sur toute la politique du Nord.
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