TOME III · CHAPITRE IX
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Summary
The chapter of Monsieur's death: the emperor arrests Rákóczi; king James's waters again; Monsieur's griefs, the 'sharp quarrel' with the king at Marly over the son's disorders — then the apoplexy at Saint-Cloud and death. The contrasted spectacles of Saint-Cloud and Marly, where the king sings within two days; 'divers kinds of affliction'; Monsieur's character, with his stroke of hauteur to M. le Duc. Mme de Maintenon's curious visit to Madame; the prodigious treatment of Chartres, henceforth duc d'Orléans; M. le Prince first prince of the blood for life; Madame's strange widowhood; the obsequies, dukes at the holy water, the coaches' disorders — and the anecdote on the death of the first Madame, Henriette.
The entries
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- L’empereur fait arrêter Ragotzi
- Le royaume de Hongrie « n'avoit jamais tari de mécontents » depuis que la maison d'Autriche avait dépouillé les états du droit d'élection de leurs rois : noblesse froissée, peuples « vexés et foulés », griefs des religions grecque et protestante, garnisons allemandes détestées. En 1671, la répression avait coûté la tête aux comtes Serini, à Frangipani et à Nadasti. La fille du comte Serini exécuté avait épousé le prince Ragotzi, puis le fameux comte Tekeli, chef des mécontents. Son fils, le jeune prince Ragotzi, petit-fils et arrière-petit-fils de princes élus de Transylvanie, « bien élevé » mais « observé de près », devint suspect à l'empereur qui découvrit de nouveaux remuements en Hongrie : il le fit arrêter et enfermer à Neustadt en avril. « On prétendit qu'il y étoit entré innocent ; nous verrons bientôt que s'il n'en sortit pas coupable, il le devint bientôt après. » Il était marié à une princesse de Hesse-Rhinfeltz.
- Retour des eaux du roi Jacques
- Brève notation sur la santé du roi détrôné d'Angleterre : Jacques II, réfugié à Saint-Germain, « étoit revenu de Bourbon avec peu ou point de soulagement ». Les eaux de Bourbon, où on l'avait envoyé chercher un remède à son affaiblissement, n'ont donc rien produit. Cette ligne, glissée entre l'arrestation de Ragotzi et les peines de Monsieur, prépare ce que Saint-Simon racontera bientôt : le déclin du vieux roi en exil s'accélère, et sa mort suivra de peu celle de Monsieur. On notera que la cour de Saint-Germain reste un satellite de Versailles, où le roi et la reine d'Angleterre viendront d'ailleurs faire une courte visite de condoléances le jour même de la mort de Monsieur.
- Peines de Monsieur
- Monsieur, toujours à Saint-Cloud, était « hors de son centre » : habitué à vivre avec le roi « dans une liberté de frère », il souffrait de leur brouille née de l'affaire de M. de Chartres. Madame avait depuis six semaines la fièvre double tierce, « qu'elle se traitoit à sa mode allemande » ; le roi, secrètement outré contre elle, n'était point venu la voir — marque publique que Monsieur, « glorieux et sensible », prenait pour « une inconsidération extrême ». Autre tourment : son confesseur, le P. du Trévoux, jésuite breton, lui retranchait ses plaisirs et lui répétait « qu'il ne se vouloit pas damner pour lui », qu'il était « vieux, usé de débauche, gras, court de cou », et qu'il mourrait d'apoplexie, « et bientôt ». « Épouvantables paroles » pour le prince « le plus voluptueux et le plus attaché à la vie » : Monsieur en devint triste, abattu, et tout le monde s'aperçut de ce grand changement.
- Forte prise du roi et de Monsieur
- Le mercredi 8 juin, Monsieur vint dîner à Marly et trouva le roi chagrin des scandales que M. de Chartres, amoureux de Mlle de Séry, donnait exprès à sa fille. Aux reproches secs du roi, Monsieur répondit « avec aigreur que les pères qui avoient mené de certaines vies avoient peu de grâce et d'autorité à reprendre leurs enfants » ; et, « la gourmette rompue », il rappela d'une manière piquante les maîtresses que le roi faisait voyager dans le carrosse de la reine. Ils « se mirent tous deux à se parler à pleine tête », si fort que l'huissier entra dire qu'on les entendait de la chambre pleine de courtisans. Monsieur reprocha qu'on n'eût jamais donné à son fils ni gouvernement ni service, malgré les « monts et merveilles » promis à son mariage ; le roi menaça de retrancher ses pensions. Monsieur sortit dîner « d'un rouge enflammé, avec les yeux étincelants de colère », et mangea extrêmement, comme toujours.
- Mort de Monsieur
- Le soir même à Saint-Cloud, vers l'entremets, comme il versait un vin de liqueur à Mme de Bouillon, Monsieur balbutia, montra quelque chose de la main « et tomba en apoplexie sur M. le duc de Chartres qui le retint ». On le saigna beaucoup, on lui donna force émétique, « sans en tirer presque aucun signe de vie ». Le roi, averti, passa chez Mme de Maintenon — qui n'aimait pas Monsieur et « n'étoit donc pas pressée » de le faire courir vers ce triste spectacle — puis se coucha. Réveillé par Longueville, il arriva à Saint-Cloud avant trois heures du matin. Monsieur n'eut plus « qu'un rayon » de connaissance, pendant que le P. du Trévoux criait : « Ne connoissez-vous pas le bon petit père du Trévoux qui vous parle ? », faisant « rire assez indécemment les moins affligés ». Le roi, tout en larmes, repartit à huit heures ; M. de Chartres sut profiter du moment : « Eh ! sire, que deviendrai-je ? je perds Monsieur, et je sais que vous ne m'aimez point. » Trois heures après, Fagon confirma : « Oui, sire, nul remède n'a pu agir. »
- Spectacle de Saint-Cloud
- Au départ du roi, la foule s'écoula de Saint-Cloud, « ce palais des délices » devenu lieu d'horreur, en sorte que Monsieur mourant, « jeté sur un lit de repos dans son cabinet, demeura exposé aux marmitons et aux bas officiers ». Les premiers officiers, « qui perdoient charges et pensions, faisoient retentir l'air de leurs cris », tandis que les femmes de cette cour, perdant leur considération et tout leur amusement, couraient çà et là, « criant échevelées comme des bacchantes ». La duchesse de La Ferté, considérant attentivement « ce pauvre prince qui palpitoit encore », s'écria dans la profondeur de ses réflexions : « Pardi, voilà une fille bien mariée ! » — sa seconde fille avait épousé un fils de Monsieur... Châtillon, « qui perdoit tout lui-même », lui répliqua vertement. Madame, dans son cabinet, criait de toute sa force : « Point de couvent ! qu'on ne me parle point de couvent ! » — son contrat de mariage l'obligeait, devenue veuve, à opter entre un couvent et le château de Montargis.
- Spectacle de Marly
- Le contraste de Marly fut scandaleux. Dès le lendemain de la mort, des dames du palais entendirent le roi, chez Mme de Maintenon, « chantant des prologues d'opéra » ; voyant Mme la duchesse de Bourgogne mélancolique, il se mit « à la réveiller, puis à jouer avec elle ». Vingt-six heures après la mort de Monsieur, Mgr le duc de Bourgogne proposa un brelan au duc de Montfort, qui s'écria « dans un étonnement extrême : Au brelan ! vous n'y songez donc pas, Monsieur est encore tout chaud. — Pardonnez-moi, répondit le prince, le roi ne veut pas qu'on s'ennuie à Marly, et m'a ordonné de faire jouer tout le monde. » Le salon fut bientôt rempli de tables de jeu. « Telle fut l'affliction du roi, telle celle de Mme de Maintenon », qui « sentoit la perte de Monsieur comme une délivrance » et « avoit peine à retenir sa joie ». La chose ne laissa pas d'être trouvée fort scandaleuse, « tout bas ».
- Diverses sortes d’afflictions et de sentiments
- Saint-Simon passe en revue les deuils vrais et faux. Monseigneur, qui semblait aimer Monsieur, « alla courre le loup » dès le lendemain et se joignit aux joueurs. Les ducs de Bourgogne et de Berry, qui ne voyaient Monsieur « qu'en représentation », ne pouvaient être fort sensibles ; mais Mme la duchesse de Bourgogne, dont il était le grand-père et qui en recevait « toutes sortes de soins », souffrit fort de contraindre une douleur qui dura longtemps dans son particulier. Pour M. de Chartres, la douleur « fut extrême » : outre la tendresse mutuelle, Monsieur lui était « une barrière derrière laquelle il se mettoit à couvert du roi, sous la coupe duquel il retomboit en plein ». Mme la duchesse de Chartres, au contraire, « fut ravie d'être délivrée » d'une cour où elle se trouvait « tout empruntée comme en pays inconnu », sous « les mépris et les humeurs de Madame ». Le gros de la cour, enfin, perdit celui « qui y jetoit les amusements, l'âme, les plaisirs ».
- Caractère de Monsieur
- Portrait ambivalent de Monsieur. Vainqueur de Cassel « avec beaucoup de valeur », il aimait « l'ordre des rangs, des préférences, des distinctions » et savait tenir sa cour : le Palais-Royal était toujours plein, et Saint-Cloud, avec ses jeux, ses musiques et sa bonne chère, « une maison de délices ». Mais il n'avait d'ailleurs « que les mauvaises qualités des femmes » : « personne de si mou de corps et d'esprit, de plus foible, de plus timide, de plus trompé, de plus gouverné, ni de plus méprisé par ses favoris » ; tracassier, incapable de garder un secret, et souillé d'« un goût abominable » qui fit la fortune du chevalier de Lorraine et de Châtillon — le premier « mena Monsieur le bâton haut toute sa vie ». Soumis au roi jusqu'à flatter ses ministres, il ne put jamais se plier à Mme de Maintenon : « d'imaginer que la Scarron étoit devenue sa belle-sœur » lui était insupportable. C'était « un petit homme ventru, monté sur des échasses », paré comme une femme, « plein de bagues, de bracelets, de pierreries », de rubans et de parfums.
- Trait de hauteur de Monsieur à M. le Duc
- M. le Duc, enhardi par tout ce qui avait été accordé aux bâtards, évitait les occasions de présenter le service à Monsieur et « eut l'indiscrétion de se vanter qu'il ne le serviroit point ». Monsieur, averti, s'en plaignit au roi, qui lui conseilla « de trouver occasion de s'en faire servir, et s'il le refusoit de lui faire un affront ». Monsieur épia l'occasion : un matin à Marly, voyant par sa fenêtre M. le Duc dans le jardin, il l'appelle, le fait entrer en reculant toujours, « et de propos en propos dont l'un n'attendoit pas l'autre, tire sa robe de chambre ». Le premier valet de chambre présente aussitôt la chemise à M. le Duc qui, « pris ainsi au trébuchet, n'osa faire la moindre difficulté de la donner à Monsieur ». Dès qu'il l'eut reçue, Monsieur se mit à rire : « Adieu, mon cousin, allez-vous-en, je ne veux pas vous retarder davantage. » M. le Duc s'en alla fort fâché, et le fut davantage encore des propos de hauteur que Monsieur en tint.
- Visite curieuse de Mme de Maintenon à Madame
- Le dimanche suivant le retour de Versailles, Mme de Maintenon, priée par la duchesse de Ventadour qui resta en tiers, vint chez Madame, fort en peine de sa situation. Aux plaintes de Madame sur l'indifférence du roi pendant sa maladie, Mme de Maintenon répondit que leur perte commune effaçait tout — puis « tire une lettre de sa poche » : une lettre de Madame à sa tante la duchesse d'Hanovre, ouverte par la poste et envoyée au roi en original, où elle écrivait « qu'on ne savoit plus que dire du commerce du roi et de Mme de Maintenon, si c'étoit mariage ou concubinage », et s'étendait sur la misère du royaume. « Madame pensa mourir sur l'heure. » Second coup de foudre : Mme de Maintenon révéla les « mille choses plus offensantes les unes que les autres » que Madame avait dites d'elle à la Dauphine. Madame « demeura comme une statue », pleura, cria, demanda pardon. Mme de Maintenon « triompha froidement d'elle assez longtemps », puis se laissa toucher « après avoir pris toute sa vengeance » : embrassades, promesses, et silence garanti du roi. « C'étoit une terrible humiliation pour une si rogue et fière Allemande. »
- Traitement prodigieux de M. le duc de Chartres, qui prend le nom de duc d’Orléans
- Dès le lendemain de la mort, le roi dit à M. de Chartres « qu'il falloit désormais qu'il le regardât comme son père ; qu'il auroit soin de sa grandeur et de ses intérêts ». Les promesses furent tenues au delà de tout : outre ses pensions conservées, le roi lui donna toutes celles de Monsieur, « ce qui fit six cent cinquante mille livres » ; avec son apanage, il lui resta « un million huit cent mille livres de rente avec le Palais-Royal, en sus Saint-Cloud et ses autres maisons ». Il eut, « ce qui ne s'étoit jamais vu qu'aux fils de France, des gardes et des Suisses », sa salle des gardes à Versailles, un chancelier, un procureur général, la nomination des bénéfices de son apanage, les régiments et compagnies de Monsieur, « et il prit le nom de duc d'Orléans ». Le testament de Monsieur, de 1690, « simple et sage », fut ouvert chez Madame. Ces honneurs « si grands et si inouïs » furent dus au mariage, aux reproches si récents de Monsieur, « et à la peine que ressentit le roi de la situation où lui et Monsieur étoient ensemble, qui avoit pu avancer sa mort ». « Ce prodigieux traitement surprit infiniment. »
- M. le Prince fait pour sa vie premier prince du sang
- Les princes du sang furent « extrêmement mortifiés » du traitement prodigieux accordé au nouveau duc d'Orléans, qui, quoique petit-fils de France, se trouvait porté fort au-dessus d'eux. « Pour les consoler, le roi incontinent après donna à M. le Prince tous les avantages pour lui et pour sa maison, sa vie durant, de premier prince du sang, comme M. son père les avoit » ; et il augmenta sa pension de dix mille écus, « qui étoit de quarante, pour qu'il en eût cinquante, qui est celle de premier prince du sang ». M. de Chartres jouissait déjà de ces avantages du vivant de Monsieur : devenu tellement au-dessus par tout ce qui lui fut donné, M. le Prince en profita. Les pensions de Madame et de la nouvelle duchesse d'Orléans furent également augmentées.
- Veuvage étrange de Madame ; son traitement
- Madame, qui avait tant crié « point de couvent ! », échappa à son contrat de mariage : « il ne fut pas question un instant de couvent ni de Montargis, et elle garda à Versailles l'appartement de Monsieur avec le sien. » Après les visites et les quarante jours, elle eut permission de souper tous les soirs en public avec le roi, d'être de tous les Marlys et de paraître partout « sans maille, sans voile, sans bandeau, qui, à ce qu'elle disoit, lui faisoit mal à la tête » ; le roi supprima le reste de « cet équipage lugubre » pour ne point voir « des objets si tristes ». Il parut « fort étrange » de voir la veuve partout, jusqu'à la messe en musique de Monseigneur, « sous prétexte de famille ». Elle put s'adjoindre la maréchale de Clérembault et la comtesse de Beuvron, que Monsieur avait chassées toutes deux du Palais-Royal : quatre mille livres de pension à chacune, deux logements à Versailles, et Marly « une fois pour toutes ».
- Obsèques de Monsieur
- « Le roi drapa six mois et fit tous les frais de la superbe pompe funèbre. » Le lundi 13 juin, toute la cour parut en long manteau devant le roi. Monseigneur alla à Saint-Cloud donner l'eau bénite avec tous les princes du sang, M. de Vendôme et force ducs, et fut reçu au carrosse par le nouveau duc d'Orléans. M. le Duc, qui devait mener le corps comme prince du sang, « aima mieux conduire le cœur au Val-de-Grâce pour en être plus tôt quitte, et laissa mener le corps à M. le prince de Conti et à M. de Luxembourg ». « Le service fut superbe, où les cours assistèrent » ; les princes du deuil furent Mgr le duc de Bourgogne, M. le duc de Berry et M. le duc d'Orléans, Monseigneur, encore peu éloigné de son accident, n'ayant pas voulu s'exposer à la longueur et à la chaleur de la cérémonie. « M. de Langres fit l'oraison funèbre, et s'en acquitta assez bien. Cela lui convenoit » : son frère, le comte de Tonnerre, avait passé sa vie premier gentilhomme de la chambre de Monsieur.
- Ducs à l’eau bénite, non les duchesses ni les princesses
- Point de cérémonial soigneusement relevé : à Saint-Cloud, les ducs donnèrent l'eau bénite avec les princes du sang, « tous en rang d'ancienneté » — mais il n'en alla pas de même pour les dames. « La princesse d'Harcourt avoit fait tant de vacarme à Mme de Maintenon que, pour la première fois encore, le roi ordonna que, s'il y avoit des princesses, personne ne donneroit d'eau bénite que les princesses du sang ; et cela fut exécuté. Les cris furent horribles. » Ni les duchesses ni les princesses étrangères n'y furent donc admises. Mme la duchesse de Bourgogne, qui huit jours auparavant avait reçu de Monsieur à Saint-Cloud « une grande collation et une espèce de fête », fut si affligée « qu'elle s'en trouva mal, et fut longtemps dans l'appartement de M. le duc d'Orléans avant de pouvoir aller donner l'eau bénite ».
- Désordres des carrosses
- L'après-dînée du 13 juin, toutes les dames vinrent en mante chez Mme la duchesse de Bourgogne ; le cercle assis ne dura qu'un moment, puis toute cette cour alla à Saint-Cloud. « Tout y fut en confusion. Il plut aux princesses du sang, dont chacune devoit avoir un des carrosses, de se mettre toutes dans celui de Mme la duchesse de Bourgogne. On ne pouvoit s'y attendre, parce que c'étoit la première fois que cela étoit arrivé, et je ne sais quel avantage elles crurent y trouver. » Ce caprice « dérangea l'ordre des autres carrosses qui étoient réglés à l'avantage des duchesses sur les princesses » : la duchesse de Bourgogne monta avec la grande-duchesse, trois princesses du sang, Mme la Duchesse et la duchesse du Lude aux portières, suivie de cinquante dames dans ses carrosses ou dans ceux du roi — « dont Mme d'Elbœuf se jeta de dépit dans le dernier carrosse ». Petit désordre révélateur, pour Saint-Simon, de la guerre perpétuelle des rangs.
- Curieuse anecdote sur la mort de Madame, première femme de Monsieur
- Saint-Simon clôt le chapitre par une anecdote « sue de bien peu de gens » sur la mort d'Henriette d'Angleterre, première femme de Monsieur, « que personne n'a douté qui n'eût été empoisonnée, et même grossièrement ». Madame ayant obtenu l'exil du chevalier de Lorraine, celui-ci envoya d'Italie « un poison sûr et prompt » à ses amis d'Effiat et Beuvron. Le 29 juin 1670, d'Effiat jeta « son boucon » dans l'eau de chicorée que Madame prenait chaque soir à Saint-Cloud, et donna le change au garçon de chambre qui le surprit près de l'armoire. Madame morte le lendemain, le roi fit enlever ce garçon la nuit même par Brissac : « Si vous m'avouez tout, je vous pardonne... Madame n'a-t-elle pas été empoisonnée ? — Oui, sire. » Et surtout : « Et mon frère, le savoit-il ? — Non, sire, aucun de nous trois n'étoit assez sot pour le lui dire : il n'a point de secret ; il nous auroit perdus. » « À cette réponse, le roi fit un grand ha ! comme un homme oppressé, et qui tout d'un coup respire. » Saint-Simon tient l'anecdote de M. Joly de Fleury, procureur général, à qui l'homme lui-même l'avait contée ; le roi la répéta à la seconde Madame pour la rassurer avant son mariage.
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