TOME X · CHAPITRE III

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Summary

Pelletier resigns: du Maine has the first presidency given to Mesmes — extraction, fortune and character of the bastards' creature. Our plenipotentiaries at Utrecht; Cardona missed; the emperor crowned at Frankfurt; Marlborough stripped and leaving England, Ormond in his place, the English troops recalled from Catalonia — the great English reversal. The Dauphine's wardrobe removed then 'ill restored' to the comtesse de Mailly; the flare-up between the duchesse de Berry and her mother 'over pearls' and the dismissed confidante de Vienne; Monseigneur's jewels; Judic…

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Pelletier se démet de la place de premier président
L'année commença par le changement de premier président : Pelletier, « médiocre président à mortier » parvenu à la première place par le crédit de son père, n'en avait pas les qualités ; l'accident du plancher qui fondit sous lui à table l'avait affaibli au point de ne plus « souffrir le travail. Il traîna depuis sa charge plus qu'il ne la fit, dans laquelle son père le retenoit… Dès qu'il l'eut perdu, il ne songea plus qu'à se délivrer, et il envoya sa démission au roi le dernier jour de l'année. »
M. du Maine la fait donner au président de Mesmes
« Cinq jours après, M. du Maine la fit donner au président de Mesmes, et le roi voulut que ce fût ce cher fils qui le lui apprît, à qui il étoit si principal d'avoir un premier président totalement à lui » — pierre décisive des projets du bâtard sur le parlement.
Extraction et fortune des Mesmes
Extraction des Mesmes : « des paysans du Mont-de-Marsan, où il en est demeuré dans ce premier état qui payent encore aujourd'hui la taille, nonobstant la généalogie que les Mesmes qui ont fait fortune se sont fait fabriquer ». Le premier « au net qui se trouve avoir quitté les sabots » fut un professeur en droit de Toulouse ; son fils, le sieur de Malassise, négocia avec les huguenots en 1570 « la courte paix… appelée la paix boiteuse et mal assise » ; la famille produisit « le célèbre d'Avaux qui se comtisa dans ses ambassades », plénipotentiaire à Munster ; et le grand-père du nouveau premier président épousa la fille de La Bazinière, « riche, délicieux et fastueux financier » qui faisait attendre la reine au jeu pour achever sa collation, ruiné par les recherches « sans nulle friponnerie en son fait, mais un grand désordre ».
Caractère de Mesmes, premier président
Caractère de Mesmes : « un grand et gros homme, de figure colossale, trop marqué de petite vérole », mais plein de grâces. Débauché au point que son père « ne lui épargnoit pas les coups de bâton, et lui jetoit quelquefois des assiettes à la tête », il « se persuada qu'il étoit un seigneur », se dévoua « jusqu'à la dernière indécence à toutes les fantaisies de Mme du Maine » — baladin des nuits blanches de Sceaux, « se laissant peindre travesti…, avec des valets de Sceaux, à côté du suisse en livrée ». « Beaucoup d'esprit, grande présence d'esprit…, hardiesse jusqu'à l'effronterie ; ni âme, ni honneur, ni pudeur » ; et pour son ridicule principal, le noël : « Je suis M. de Mesmes…, qui vient prier le poupon à souper en carême. »
Nos plénipotentiaires vont à Utrecht
« Les passe-ports arrivèrent le premier jour de cette année pour nos plénipotentiaires. Ils eurent incontinent après leur audience du roi, chacun séparément, et partirent l'un après l'autre pour Utrecht, dans les huit premiers jours de cette année. »
Cardone manqué par nos troupes
En même temps, Vendôme « fit tenter par Muret, lieutenant général, le siége de Cardone, qu'il fallut lever assez promptement avec quelques pertes. L'archiduc avoit fait passer cinq ou six mille hommes de ses troupes en Catalogne, où il soupçonnoit que ce qu'il y avoit laissé d'Anglois ne demeureroient pas longtemps. »
L’empereur couronné à Francfort
« Ce prince avoit reçu la couronne impériale à Francfort, et s'en étoit allé à Vienne, après avoir écrit aux états généraux une lettre violente et pressante pour les détourner de la paix, à laquelle il voyoit que tout tendoit en Angleterre. »
Marlborough dépouillé veut sortir d’Angleterre
Le duc de Marlborough « ne se crut plus en sûreté, et obtint de la reine la permission de passer la mer avec la duchesse sa femme, dès qu'ils se virent dépossédés de toutes leurs charges de cour et de guerre » ; le duc d'Ormond fut « nommé en sa place pour commander les troupes de la reine en Flandre ».
Duc d’Ormond général en sa place
Peu après, « le duc d'Argyle, général des troupes d'Angleterre en Catalogne, eut ordre de leur faire repasser la mer et les ramena en Angleterre » — désengagement anglais qui annonçait la paix séparée.
Troupes anglaises rappelées de Catalogne
Fâcheux dégoût pour Mme de Mailly, dame d'atours : « la dépense de sa garde-robe passoit de loin le double de celle de la feue reine ; et avec cela la princesse manquoit tellement de tout…, que le cri en fut public, et que les dames prêtoient journellement à la Dauphine des palatines, des manchons et toutes sortes de colifichets ». Son indolence laissait tout faire à une femme de chambre « qui se croyoit nièce de Mme de Maintenon » ; Desmarets se lassa des paiements pressés « avec hauteur » : l'administration fut ôtée et donnée à Mme Cantin, la femme de chambre chassée. Mme de Mailly « cria, pleura, dit qu'on la déshonoroit » ; on lui rendit « quelques sauve-l'honneur, mais le réel et l'autorité sur la garde-robe elle ne put les rattraper. Elle ne fut plainte de personne. »
Garde-robe de la Dauphine ôtée, puis mal rendue à la comtesse de Mailly
Autre orage intérieur : Mme la duchesse de Berry voulut le fameux collier de perles de la reine mère que portait sa mère, « pour l'ôter à Mme sa mère ; et pour la piquer davantage elle le lui demanda, sûre d'en être refusée ; lui dit qu'elle l'auroit bien sans elle », et l'obtint de son père. Madame en parla au roi ; il « voulut que la femme de chambre fût chassée » — la de Vienne, fille de la nourrice du duc d'Orléans, qui gouvernait la princesse — « et malmena M. le duc de Berry, qui se hasarda de lui en parler ». Il fallut « obéir, chasser la femme de chambre, aller demander pardon à Mme sa mère, à qui elle ne pardonna jamais, et lui rapporter le collier ». Au cabinet, le roi « lui parla en père, mais en roi et en maître, en sorte qu'il ne manqua rien à son humiliation que de pouvoir être intérieurement humiliée ». M. le duc d'Orléans pensionna secrètement la femme de chambre.
Éclat entre M me la duchesse de Berry et M me la duchesse d’Orléans pour des perles et pour la de Vienne, femme de chambre confidente, chassée
Ce fut pendant la fin de cet orage que du Mont apporta « les pierreries de Monseigneur, dont les trois lots étoient faits relativement à ce qui en avoit été réglé au total et au genre de partage de toute la succession. La Dauphine étoit descendue chez le Dauphin pour les voir. »
Pierreries de Monseigneur
Judicieux présent : le Dauphin « prit sur sa part deux belles bagues, dont une de grand prix que Monseigneur portoit fort souvent, et la donna pour cela même à du Mont d'une manière fort obligeante ; l'autre il l'envoya à La Croix, cet ami intime de Mlle Choin…, qui avoit prêté de l'argent à Monseigneur sans vouloir prendre d'intérêts ».
Judicieux présent du Dauphin
Au commencement de l'année, « le roi se mit à faire porter son dîner, une fois ou deux la semaine, chez Mme de Maintenon, ce qui ne s'étoit point encore vu, et ce qu'il continua le reste de sa vie ». Compagnie courte et toujours la même : la Dauphine — « qui malheureusement n'en vit que les premiers » —, Mmes de Dangeau, de Lévi, d'O et de Caylus ; « qui que ce soit n'y entroit, non pas même le maître d'hôtel en quartier ». Suivaient parfois petit jeu de brelan ou de reversi, ou une musique ; distinction qui fit « fort considérer ces dames choisies ; mais cela ne leur procura rien, non pas même la liberté d'oser parler au roi…, d'aucune chose qui pût les regarder ».
Dîners particuliers du roi ; musique, etc., chez M me de Maintenon
« On chassa en même temps de Paris plusieurs hommes et femmes qui tailloient au pharaon, qui étoit un jeu avec raison fort défendu, et que cette exécution fit entièrement cesser. »
Tailleurs au pharaon chassés de Paris
« Le lundi 18 janvier, le roi alla à Marly. Je marque exprès ce voyage » — celui pendant lequel devait fondre sur la France le coup le plus funeste.
Voyage de Marly
À peine établi à Marly, Boudin avertit la Dauphine « de prendre garde à elle, et qu'il avoit des avis sûrs qu'on la vouloit empoisonner et le Dauphin aussi…; il ne s'en contenta pas, il le débita en plein salon, d'un air effarouché, et il épouvanta tout le monde ». Au roi, « il assura toujours que l'avis étoit bon, sans qu'il sût pourtant d'où il lui venoit ». Chose fort singulière : « à vingt-quatre heures près de cet avis donné par Boudin, le Dauphin en reçut un pareil du roi d'Espagne…, comme étant bien averti », nettement pour le Dauphin, obscurément pour la Dauphine. « On eut l'air de mépriser des choses en l'air…; mais l'intérieur ne laissa pas d'en être frappé, et il se répandit un sérieux de silence et de consternation dans la cour. »
Avis de poison au Dauphin et à la Dauphine venus par Boudin et par le roi d’Espagne
Infamie du cardinal de Bouillon : tombé dans l'indigence à Bruxelles, il convoita les biens de sa petite-nièce, héritière de Berg-op-Zoom, dont la tutelle appartenait à sa mère la princesse d'Auvergne. S'apercevant que celle-ci regardait de bon œil son écuyer Mézy, ancien page des Bouillon, il « encouragea à pousser sa pointe et à la tourner du côté du mariage », fit l'homme de bien et l'évêque, « et il les maria dans l'hôtel d'Aremberg » — comptant que l'éclat de la mésalliance ferait déchoir la princesse de la tutelle à son profit. Le mariage divulgué, il « se hasarda à déclamer contre l'indignité d'un pareil mariage » qu'il avait fait lui-même ; Mézy et sa femme révélèrent tout, furent interrogés juridiquement, « il tint à peu que le cardinal ne le fût lui-même ». La tutelle entière alla à la duchesse d'Aremberg ; le cardinal, couvert d'ignominie « dans l'asile où il avoit cru régner », erra de ville en ville et se fixa près d'Utrecht ; « l'indigence éteignit l'amour » des deux époux, que Mézy acheva en maltraitant puis quittant sa femme.
Mariage de la princesse d’Auvergne avec Mézy par l’infamie du cardinal de Bouillon
Mort de Mme de Pomponne, veuve du ministre d'État et belle-mère de Torcy : « c'étoit une femme pieuse, retirée, qui aimoit ses écus, et qui n'avoit jamais fait grande figure dans les ambassades ni pendant le ministère de son mari, quoique dans une grande union ensemble ».
Mort de Mme de Pomponne
Mort de Mme de Mortagne, « fort décrépite, dont la maison et la considération étoit usée depuis longtemps. Il y auroit beaucoup à dire de cette manière de fée si je n'en avois suffisamment parlé. »
Mort de Mme de Mortagne
Mort de Tressan, évêque du Mans, ancien premier aumônier de Monsieur : « un drôle de beaucoup d'esprit, tout tourné à l'intrigue et à la fortune », qui eut beaucoup de crédit chez Monsieur « sans s'y faire estimer », y attrapa force bénéfices, puis se heurta au chevalier de Lorraine et à d'Effiat, « qui furent les plus forts » : retiré de dépit au Mans, « il y fit enfin le béat, et amassa force écus ». Il laissa un neveu coadjuteur « farci » de trente titres de rogatons, et l'autre neveu « dans le ruisseau » : banni du service pour des vers qui mirent le roi en colère, « le goût italien et fort à découvert l'avoit banni de la société des honnêtes gens » ; réduit à la misère, retiré au noviciat des jésuites, « on le prend pour un pauvre honteux ».
Mort et caractère de Tressan, évêque du Mans ; ses neveux
Mourut aussi l'abbé de Saint-Jacques, « fils et petit-fils des deux chanceliers Aligre » — occasion d'un mot de curiosité « sur la singularité unique de deux chanceliers père et fils ».
Mort de l’abbé de Saint-Jacques
Extraction et fortune des Aligre : le premier, petit-fils d'un apothicaire de Chartres, monté par la protection des Soissons, fut fait chancelier en 1624 par Louis XIII qui « ne vouloit d'aucun sujet dont le mérite pût figurer et faire compter avec soi », et perdit les sceaux dès 1626. Le second, « un très-pauvre homme » poussé par son cousin germain Le Tellier, reçut les sceaux en 1672 comme doyen du conseil — Le Tellier et Louvois se réservant la vacance, puis, ne pouvant l'emporter pour eux-mêmes, le firent chancelier en 1674, « un chancelier de paille, qui, par ce qu'il leur étoit et devoit, et par son imbécillité, ne les pourroit jamais embarrasser ». Il mourut en 1677 ; Le Tellier eut alors sa revanche et lui succéda quatre jours après.
Extraction et fortune des Aligre
Éloge de l'abbé de Saint-Jacques : la famille alarmée de « l'étrange incapacité » du chancelier son père, « à qui ses secrétaires faisoient faire tout ce qu'ils vouloient, et tant de choses pour de l'argent », le fit tirer de son cloître au nom du roi : présent à tout le travail, les secrétaires ayant « défense du roi très-expresse d'expédier quoi que ce fût sans l'ordre de l'abbé », il fut « chancelier et garde des sceaux d'effet…, excellent en exactitude, en probité, en capacité ». Son père mort, il porta les sceaux au roi, refusa charges, bénéfices et évêchés, retourna à Saint-Jacques et parvint aux austérités « des anciens anachorètes » ; il y mourut « âgé de quatre-vingt-seize ans, avec sa tête tout entière » — « un autre miracle qui ne s'étoit point vu depuis les anciens Pères des déserts ».
Éloge de l’abbé de Saint-Jacques
D'Antin perdit Gondrin, son fils aîné, « qui laissa des enfants d'une sœur du duc de Noailles, qui, longtemps après, se remaria au comte de Toulouse. Elle fut si affligée qu'elle en tomba malade au point qu'on lui apporta les sacrements. »
Mort de Gondrin
Plaisant contraste : au pied du lit de la mourante, la maréchale de Noailles « prioit Dieu à genoux, tout haut et de tout son cœur, et…, s'offroit elle-même à lui et tous ses enfants s'il les vouloit prendre. La Vallière, qui étoit là aussi…, se leva doucement, alla à elle et lui dit tout haut d'un air fort pitoyable : “Madame, les gendres en sont-ils aussi ?” Personne de ce qui y étoit ne put résister à l'éclat de rire qui les prit tous, et la maréchale aussi…; la malade se porta bientôt mieux, et on n'en rit que de plus belle. »
Plaisant contraste de La Vallière
« Razilly mourut assez brusquement à Marly » : sa charge de premier écuyer de Mme la duchesse de Berry, aux grandes commodités, « le fit rechercher par des gens de la première qualité » — le chevalier de Roye et le marquis de Lévi s'y présentèrent entre autres.
Mort de Razilly et sa dépouille
Conduite étrange de Mme la duchesse de Berry : « tous deux en eurent parole positive de la bouche de Mme la duchesse de Berry…, tous deux, à l'insu l'un de l'autre, nous en firent confidence ». Pendant qu'ils s'en flattaient, « d'Antin s'avisa de parler…, pour Sainte-Maure, son cousin…, et l'emporta ». Les deux prétendants publièrent la parole reçue et dirent leur fait à la princesse, la comtesse de Roucy et Mme de Lévi « avec la dernière hauteur, jusqu'à lui dire qu'après ce trait elles n'auroient plus qu'à lui faire la révérence en lieux publics et jamais ailleurs ». « Le roi ne s'en mêla point, et le monde trouva qu'elle n'avoit que ce qu'elle méritoit » ; ses avances ultérieures à Mme de Lévi « furent méprisées ; elle ne le lui pardonna jamais ».
Conduite étrange de Mme la duchesse de Berry là-dessus
Mort du maréchal Catinat, « dans un âge très-avancé, sans avoir été marié, ni avoir acquis aucunes richesses, dans sa petite maison de Saint-Gatien » : « il y rappela, par sa simplicité, par sa frugalité, par le mépris du monde, par la paix de son âme…, le souvenir de ces grands hommes qui, après les triomphes les mieux mérités, retournoient tranquillement à leur charrue ». Il déplorait « les fautes signalées…, l'extinction suivie de toute émulation, le luxe, le vide, l'ignorance, la confusion des états, l'inquisition mise à la place de la police ; il voyoit tous les signes de destruction, et il disoit qu'il n'y avoit qu'un comble très-dangereux de désordre qui pût enfin rappeler l'ordre dans ce royaume. »
Éloge et mort du maréchal Catinat
Mort de Magnac, « lieutenant général, inspecteur de cavalerie et gouverneur du Mont-Dauphin…, dans une grande vieillesse » — celui-là même qui apprit à Villars, « désespéré sous un arbre fort loin », qu'il avait gagné la bataille de Friedlingen qu'il croyait perdue.
Mort de Magnac
Mort de Lussan, « qui étoit à M. le Prince, qui le fit faire chevalier de l'ordre par grâce, en 1688…, à quatre-vingt-quatre ou quatre-vingt-cinq ans ».
Mort de Lussan, chevalier de l’ordre
Ce chapitre, ouvert sur l'installation du premier président de Mesmes — créature de M. du Maine — et le départ des plénipotentiaires pour Utrecht, s'assombrit à mesure : les avis de poison de Boudin et du roi d'Espagne jettent sur le voyage de Marly du 18 janvier, que Saint-Simon « marque exprès », l'ombre de la catastrophe imminente qui va emporter la Dauphine et le Dauphin.

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