TOME VIII · CHAPITRE XX
Read the full text of the chapter (in French) →
Summary
Spain at the brink, then the miracle: the battle of Saragossa lost; Vendôme and Noailles at Bayonne, then with Philip V at Valladolid; Stanhope carries the march on Madrid against Starhemberg; the court withdraws 'much followed'; the 'marvels of queen and people', old Mancera's magnanimity, the 'prodigy of the Spaniards'; the archduke 'sadly proclaimed' in a deserted Madrid; Mancera refuses oath and visit; the eulogy of the Spaniards 'raising a new army'; Stanhope's insolence to Starhemberg — prelude to the revenges of Brihuega and Villaviciosa.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Bataille de Saragosse, où l’armée d’Espagne est défaite
- Staremberg profita de ses avantages et attaqua l'armée d'Espagne « presque sous Saragosse et la défit totalement », le 20 août. « Toute l'infanterie, qui n'étoit presque que milices, jeta les armes dès qu'elle fut attaquée » ; les gardes wallonnes ne purent soutenir seules — leur colonel, le duc d'Havrec, fut tué — ; « artillerie, bagages, tout fut perdu, et la déroute fut entière ». Le roi d'Espagne, demeuré incommodé dans Saragosse, en fut témoin et prit aussitôt le chemin de Madrid ; Bay rassembla dix-huit mille hommes et se retira à Tudela « sans inquiétude de la part des ennemis depuis la bataille ».
- Ducs de Vendôme et de Noailles à Bayonne ; Monteil à Versailles
- Vendôme apprit la nouvelle en chemin, « qui prudemment, à son ordinaire, pour soi, se soucia moins de tâcher à rétablir les affaires que de se donner le temps de les voir s'éclaircir… Il poussa donc à Bayonne le temps avec l'épaule. » Le duc de Noailles l'y rejoignit par ordre pour concerter l'action du côté de la Catalogne ; ils dépêchèrent au roi Monteil, mestre de camp servant de maréchal des logis de la petite armée de Noailles, qui arriva le 7 septembre à Marly, fut longtemps dans le cabinet avec Voysin et Torcy, et repartit le 9.
- Duc de Noailles va avec le duc de Vendôme trouver le roi d’Espagne à Valladolid
- Au retour de Monteil, le duc de Noailles publia « qu'il alloit trouver le roi d'Espagne avec M. de Vendôme, et fit en effet le voyage avec lui jusqu'à Valladolid, où ils le rencontrèrent » : les deux généraux français rejoignaient ainsi une cour fugitive mais nullement abattue, au moment le plus critique de la fortune de Philippe V.
- Stanhope emporte contre Staremberg de marcher à Madrid
- Conseil ennemi après la bataille : Staremberg opina de défaire d'abord la petite armée de Richebourg sur la frontière de Portugal et de « s'établir pied à pied dans le centre de l'Espagne » — parti solide qui eût achevé la ruine du roi d'Espagne. Stanhope voulut marcher droit à Madrid y proclamer l'archiduc ; Staremberg en démontra le danger : pays stérile, nulle place forte, affection des peuples pour Philippe V, « l'impossibilité de conserver Madrid ». Mais Stanhope, qui commandait les troupes anglaises et hollandaises, déclara que les ordres de sa reine étaient de marcher à Madrid, ou qu'il se retirerait : Staremberg « protesta contre un parti si peu sensé, et céda comme plus foible ». Leur immobilité après la bataille fut la « faute capitale, et salut du débris de l'armée ».
- La cour fort suivie se retire de Madrid à Valladolid
- La consternation devint extrême à Madrid quand on sut l'armée de l'archiduc en marche. Le roi résolut de se retirer « d'un lieu qui ne se pouvoit défendre », emmenant la reine, le prince et les conseils ; « les grands déclarèrent qu'ils suivroient le roi et sa fortune partout, et très-peu y manquèrent ; le départ suivit la déclaration de vingt-quatre heures ». La cour sortit pour la seconde fois de Madrid « au milieu des cris les plus lamentables, poussés du fond du cœur, d'un peuple infini » qu'il fallut toute l'autorité et toute la douceur possibles pour renvoyer chacun chez soi.
- Merveilles de la reine et du peuple
- La reine, « tenant le prince entre ses bras, se montra sur un balcon du palais, y parla au peuple accouru de toutes parts, avec tant de grâce, de force et de courage, qu'il est incroyable avec quel succès. L'impression que ce peuple reçut se communiqua partout et gagna incontinent toutes les provinces » : la harangue d'une reine de vingt ans tenant l'héritier dans ses bras fit plus pour Philippe V que toutes les armées.
- Magnanimité du vieux marquis de Mancera
- Le marquis de Mancera, « le seigneur le plus respecté d'Espagne par sa vertu et par les grands emplois qu'il avoit remplis », voulut suivre le roi « quoiqu'il eût plus de cent ans accomplis » : malgré la défense royale, il partit « en chaise à porteurs, ne pouvant soutenir d'autre voiture, au hasard de la lenteur, des partis, des périls et même de l'abandon ». Des ordres si précis le firent enfin retourner, « en protestant de ses regrets de ce que l'obéissance lui arrachoit l'honneur de mourir pour son roi », ses longues années le trahissant « puisqu'elles le rendoient témoin de ce qu'il eût voulu racheter de tout son sang ».
- Courage de la cour
- Valladolid fut la retraite de cette triste cour qui, « dans ce trouble, le plus terrible qu'elle eût encore éprouvé, ne perdit ni le jugement ni le courage. Elle se banda contre la fortune, et n'oublia rien pour se procurer tous les secours dont une pareille extrémité se trouva susceptible. » Trente-trois grands signèrent une lettre au roi de France, présentée par le duc d'Albe, « pour l'assurer de leur fidélité pour Philippe V, et lui demander un secours de troupes ».
- Prodige des Espagnols
- On vit alors « le plus rare et le plus grand exemple de fidélité, d'attachement et de courage » : prélats et bas clergé, seigneurs et peuple, robe, trafic et artisans, « tout se saigna de soi-même jusqu'à la dernière goutte de sa substance » pour former troupes et magasins, « sans taxe et sans demande, avec une unanimité et un concert qui agit et qui effectua de toutes parts tout à la fois ». La reine vendit tout, « recevoit elle-même quelquefois jusqu'à dix pistoles pour contenter le zèle », et disait à tous moments « qu'elle vouloit monter à cheval, se mettre à la tête des troupes avec son fils entre ses bras. Avec ces langages et sa conduite elle se dévoua tous les cœurs. »
- L’archiduc à Madrid tristement proclamé et reçu
- L'archiduc entra dans Madrid en triomphe, mais « il y fut proclamé roi d'Espagne par la violence de ses troupes qui traînèrent le corrégidor tremblant par les rues, qui se trouvèrent toutes désertes », les maisons vides ou barricadées. « À peine y put-on entendre quelques acclamations faibles, et si forcées que l'archiduc, dans un étonnement sensible, les fit cesser lui-même. Il n'osa loger dans les palais ni dans le centre de la ville, mais dans l'extrémité, où il ne coucha même que deux ou trois nuits. »
- Mancera refuse de prêter serment et de reconnoître l’archiduc, et de le voir
- L'archiduc envoya Stanhope inviter le vieux Mancera, qui s'excusa sur son âge plus que centenaire ; il lui renvoya le même général « avec le serment, et ordre de lui faire prêter ». Mancera répondit « avec la plus grande fermeté qu'il savoit le respect qu'il devoit à la naissance de l'archiduc, et la fidélité qu'il devoit au roi son maître, à qui rien ne l'en feroit manquer ni en reconnoître un autre ; et tout de suite pria civilement Stanhope de se retirer, parce qu'il avoit besoin de repos et de se mettre au lit. Il ne lui en fut pas parlé davantage, et il ne lui fut fait aucun déplaisir, ni aux siens. »
- Éloge des Espagnols, qui dressent une nouvelle armée
- L'armée ennemie « périssoit de toutes sortes de misères » : « pas un Castillan qui ne se crût déshonoré de leur vendre la moindre chose, ni d'en laisser en état d'être pris ». Éloge des Espagnols : « ces peuples magnanimes, sans aucun autre secours possible que celui de leur courage et de leur fidélité, se soutinrent au milieu de leurs ennemis, dont ils firent périr l'armée, et par des prodiges inconcevables en reformèrent en même temps une nouvelle et parfaitement équipée…, et remirent ainsi, eux seuls, et pour la seconde fois, la couronne sur la tête de leur roi » — « rien n'approche de la force qui se trouve dans le cœur d'une nation pour le secours et le rétablissement des rois ».
- Insolence de Stanhope à l’égard de Staremberg, qui se retire à Tolède
- Stanhope, nullement embarrassé du mauvais succès, « il lui échappa insolemment, au milieu de l'entrée de l'archiduc à Madrid », qu'ayant exécuté les ordres de sa reine « il avoit fait son affaire », et que c'était maintenant à l'habileté de Staremberg de les tirer d'embarras. Le pas parut si glissant qu'au bout de dix ou douze jours ils s'éloignèrent vers Tolède ; rien ne fut emporté de Madrid « que quelques tapisseries du roi, que Stanhope n'eut pas honte d'emporter, et qu'il eut celle encore de ne garder pas longtemps. Ce trait de vilenie fut même blâmé des siens. »
- Ducs de Vendôme et de Noailles à Valiadolid en même temps que la cour
- Vendôme et Noailles arrivèrent à Valladolid le 20 septembre, presque en même temps que la cour. « Vendôme s'étoit amusé à Bayonne, et depuis en chemin, sous divers prétextes de santé, pour se faire désirer davantage et voir cependant plus clair au cours que prenoient les affaires. Il fut étonné de les trouver telles qu'il les vit après un si grand désastre » — le redressement espagnol avait déjà fait l'essentiel avant l'arrivée du sauveur annoncé.
- Le roi va à la tête de son armée avec Vendôme ; la reine à Vittoria ; le duc de Noailles à Versailles, et de là en Roussillon
- La reine, sachant l'archiduc dans Madrid, se retira avec le prince et les conseils à Vittoria « pour être à portée de France », et envoya toutes ses pierreries à Paris au duc d'Albe pour en tirer de l'argent. Le duc de Noailles, rappelé, arriva à Marly le 14 octobre, eut « force longues audiences du roi », et repartit le 28 attendre à Perpignan le détachement que Berwick devait lui envoyer du Dauphiné. Le roi d'Espagne, lui, marcha à Salamanque avec le duc de Vendôme « et douze mille hommes bien complets, bien armés et bien payés ».
- Son armée
- L'armée du duc de Noailles pour la Catalogne « fut en tout de cinquante escadrons et de quarante bataillons, les places fournies, et cinq lieutenants généraux sous lui » : force respectable, rassemblée pour l'expédition de Girone, tandis que les neiges avaient terminé la campagne de Dauphiné d'où venait son renfort.
- Six nouveaux capitaines généraux d’armée
- À Valladolid, le roi d'Espagne fit six capitaines généraux — « qui en Espagne est le dernier grade militaire » : le marquis d'Ayetone, grand d'Espagne ; le duc de Popoli, Italien, grand d'Espagne ; le comte de Las Torres et le marquis de Valdecanas, Espagnols ; le comte d'Aguilar, grand d'Espagne, « de qui j'ai souvent parlé et dont j'aurai lieu de parler encore » ; et M. de Thouy, lieutenant général français.
- Paredès et Palma, grands, passent à l’archiduc, qui de sa personne se retire à Barcelone
- Le marquis de Paredès et le comte de Palma — « neveu du feu cardinal Portocarrero et si continuellement maltraité par Mme des Ursins » —, tous deux grands d'Espagne, passèrent à l'archiduc. Celui-ci, en partant de Madrid, avait ordonné aux dames dont les maris avaient suivi le roi de se retirer à Tolède « sous peine de confiscation de biens et de meubles » ; puis, le 11 novembre, il prit une légère escorte de cavalerie, ne fit que passer en Aragon, et se retira de sa personne à Barcelone.
- D’autres seigneurs arrêtés
- D'autres seigneurs furent arrêtés dans le même temps : le fils aîné du duc de Saint-Pierre, et le marquis de Torrecusa, grand d'Espagne napolitain, « accusé d'avoir voulu livrer Tortose à l'archiduc » — revers de cette guerre civile larvée où chaque succès de l'un des partis précipitait défections et suspicions dans l'autre.
- Staremberg, en quittant Tolède, en brûle le beau palais
- Staremberg ne fit pas grand séjour à Tolède, « mais en quittant la ville il brûla le superbe palais que Charles-Quint y avoit bâti à la moresque, qu'on appeloit l'Alcazar, qui fut un dommage irréparable. Il prétendit que cet incendie étoit arrivé par malheur, et tourna vers l'Aragon » — tache singulière sur la réputation d'un général par ailleurs si attentif à une discipline exacte « qui sentît la clémence ».
- Le roi d’Espagne, pour trois jours à Madrid, y visite le marquis de Mancera
- Le roi d'Espagne entra dans Madrid le 2 décembre « au milieu d'un peuple infini et d'acclamations incroyables », descendit à Notre-Dame d'Atocha et « fut trois heures à arriver au palais, tant la foule étoit prodigieuse » ; la ville lui offrit vingt mille pistoles. Il y fit « une chose presque inouïe en Espagne » : aller voir chez lui le marquis de Mancera, « qui en pensa mourir de joie ». Il l'entretint seul, fit entrer les gens distingués sans permettre au vieillard de se lever, l'embrassa en le quittant. Saint-Simon ne connaît d'autre exemple que Philippe II chez le fameux duc d'Albe mourant — « qui, le voyant entrer dans sa chambre, lui dit qu'il étoit trop tard, et se tourna de l'autre côté ».
- Piège tendu par Staremberg
- Staremberg, « débarrassé de la personne de l'archiduc », tendit son piège : il connaissait Vendôme pour lui avoir jadis « gagné force marches, passé cinq rivières devant lui ». Il disposa ses quartiers proches et se secourant facilement, et mit dans Brihuega — petite ville fortifiée avec bon château, « à la tête de tous les quartiers » et sur le passage obligé de la jonction avec Bay — Stanhope et tous ses Anglais et Hollandais. Puis il fit informer Vendôme « en la manière que Staremberg désiroit qu'il le fût » : Stanhope aventuré, enlevable, trop loin pour être secouru à temps.
- Stanhope, etc., emportés et pris dans Brihuega
- Vendôme donna dans le panneau : le 8 décembre il fit sommer Brihuega et, découvrant une place là où il croyait un poste, « se mit à tempêter avec ses expressions accoutumées, aussi peu honnêtes qu'injurieuses ». Deux assauts échouèrent ; apprenant Staremberg en marche, il « ne balança pas à jouer la couronne d'Espagne à trois dés » : pendant qu'il partait avec le roi et la cavalerie au-devant de l'ennemi, l'infanterie emporta la ville au troisième assaut. La garnison — huit bataillons, huit escadrons — se rendit prisonnière avec Stanhope, les lieutenants généraux Carpenter et Wilz, artillerie et bagages ; « et ce fut là où Stanhope, si triomphant dans Madrid, revomit les tapisseries du roi d'Espagne ». On cacha soigneusement aux otages l'approche de leur libérateur, à une lieue et demie.
- Bataille de Villaviciosa perdue par Staremberg, qui se retire en Catalogne
- Le 10 décembre, à trois heures et demie, bataille de Villaviciosa : la droite de la cavalerie espagnole rompit la gauche ennemie ; les gardes wallonnes, arrivées de Brihuega, « pénétrèrent les deux lignes des ennemis et leur corps de réserve ». Mais le centre pliait : Vendôme crut la partie perdue, ordonna la retraite sur Torija et s'y achemina avec le roi — pour y apprendre que Valdecanas et Mahoni s'étaient rendus « maîtres du champ de bataille, d'un grand nombre de prisonniers, et de l'artillerie ». Les ennemis abandonnèrent vingt canons et leurs équipages ; Staremberg, l'avance de toute la nuit aidant, « se retira en bon ordre avec sept ou huit mille hommes » vers la Catalogne. Avec Brihuega, il en coûta aux ennemis onze mille hommes ; le roi d'Espagne en perdit deux mille.
- Belle action du comte de San-Estevan de Gormaz
- Action d'une « louange immortelle » : au troisième assaut de Brihuega, le comte de San-Estevan de Gormaz, grand d'Espagne, vint se mettre avec les grenadiers les plus avancés. Au capitaine surpris, il répondit froidement que son père, le duc d'Escalona — le marquis de Villena —, était depuis longtemps prisonnier des Impériaux, « indignement traité à Pizzighettone, avec les fers aux pieds » ; qu'il y avait dans Brihuega des officiers généraux impériaux et anglais, « qu'il étoit résolu à les prendre pour délivrer son père ou de mourir en la peine ». Il fit merveilles, « prit de sa main quelques-uns de ces généraux », et en fit l'échange avec son père. Tous deux moururent successivement majordomes-majors du roi, « chose qui n'a point d'exemple en Espagne ».
- Réflexions sur ces deux actions et sur l’étrange conduite du duc de Vendôme
- Réflexions accablantes sur Vendôme : une seconde catastrophe était sans ressource — la France épuisée « auroit vu la perte de la couronne d'Espagne comme un affranchissement ». Or « l'imprudence de M. de Vendôme le fait jeter à corps perdu dans le panneau » ; sa négligence ignore le lieu qu'il attaque ; puis « ce héros qui se récrie si outrageusement à Audenarde contre une indispensable retraite, la précipite ici », comme à Cassano où il s'était retiré dans une cassine pendant qu'on gagnait sans lui. « Le prodige s'achève, Brihuega est emportée sans lui, et sans lui la bataille de Villaviciosa est gagnée » ; sa retraite aveugle sauva Staremberg, qui eût fini la guerre d'un coup. « Tel fut l'exploit de ce grand homme de guerre, si désiré en Espagne pour la ressusciter, et la première montre de sa capacité tout en y arrivant. »
- Zuniga dépêché au roi
- Un courrier porta la nouvelle à la reine : « ses mortelles angoisses furent à l'instant changées en une si grande joie qu'elle sortit à l'instant à pied par les rues de Vittoria », et toute l'Espagne retentit d'allégresse. Don Gaspard de Zuniga, frère du duc de Bejar, vingt-deux ans, fort distingué dans l'action, fut dépêché au roi de France : il rendit un compte dont « le roi et tout le monde admirèrent la justesse, l'exactitude, la netteté et la modestie ». Saint-Simon, qui dîna avec lui chez le duc de Lauzun à son arrivée, « eut loisir et commodité de l'entretenir et de le questionner tout à mon aise » : Zuniga ne cacha rien, ni au roi ni au public, de la conduite de Vendôme.
- Vains efforts de la cabale de Vendôme
- Vains efforts de la cabale de Vendôme pour triompher : « il étoit démasqué, il étoit disgracié : sa cabale ne put se dissimuler ce que le roi en savoit, et pensoit de cette dernière affaire ; elle n'osa s'élever à la cour ni guère dans le monde. Elle se contenta de ses manèges accoutumés dans les cafés de Paris et dans les provinces ignorantes des détails et frappées en gros d'une bataille gagnée. »
- La cour d’Espagne presque tout l’hiver à Saragosse
- Le roi d'Espagne marcha à Siguenza, où il prit quatre ou cinq cents fuyards de la bataille et quelque bagage, « parmi lequel étoit celui du comte de Staremberg que le roi d'Espagne lui renvoya civilement ». Le général ennemi gagna comme il put la Catalogne ; le roi mena son armée en Aragon « et s'établit à Saragosse, où il passa une partie de l'hiver, et où après un assez long temps la reine le fut joindre ».
- Stanhope perdu et dépouillé de ses emplois
- Tout tomba sur Stanhope dans le dépit extrême des alliés : Brihuega avait munitions et artillerie en abondance, le lieu était bon, il connaissait le dessein de Staremberg, et « sept ou huit heures de résistance de plus faisoient réussir, et écrasoient tout ce qui restoit de troupes et de ressource au roi d'Espagne ». Staremberg cria fort contre lui ; Stanhope même « n'osa trop disconvenir de sa faute ». Rentré se défendre, « il fut mal reçu, dépouillé de tout grade militaire en Angleterre et en Hollande », et lui et les officiers d'avis de se rendre « ne furent pas sans inquiétude pour leur dégradation et pour leur vie ».
- Duc de Noailles investit Girone
- Le duc de Noailles investit Girone le 15 décembre : « cette expédition, qui est plus de l'année 1711 que de celle-ci, y sera remise » — le siège couronnera en Catalogne l'étonnante révolution de fortune que Brihuega et Villaviciosa venaient d'accomplir au centre de l'Espagne.
- Misérable flatterie de l’abbé de Polignac sur Marly
- L'abbé de Polignac brillait à Marly au retour de Gertruydemberg ; le roi lui fit voir ses jardins « comme à un nouveau venu ». La pluie surprit la promenade sans l'interrompre, et le roi en fit une honnêteté à son hôte : « il répondit avec toutes ses grâces que la pluie de Marly ne mouilloit point. Il crut avoir dit merveilles ; mais le rire du roi, la contenance du courtisan, et leurs propos au retour dans le salon, lui montrèrent qu'il n'avoit dit qu'une fade et plate sottise. »
- Amelot inutilement redemandé en Espagne, qui ne veut point de l’abbé de Polignac
- On eut envie d'envoyer l'abbé de Polignac ambassadeur en Espagne : « l'Espagne ne voulut point de lui, et redemanda instamment Amelot qui y avoit si parfaitement réussi : elle n'eut ni l'un ni l'autre » — double refus qui laissa vacante, en un moment si décisif, l'ambassade la plus importante de la monarchie.
◀ Previous chapter · ← Back to the chapter table · Next chapter ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved