TOME IV · CHAPITRE X
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Summary
Desmarets, Colbert's disgraced nephew, at last presented to the king and made director of finances — a rehabilitation the author had urged; Rouillé supernumerary councillor; the Saint-Germain court at Fontainebleau. Deaths of Lesdiguières (Canaples takes the title) and Saint-Évremond — his old disgrace retold. Barbezières released. The archduke declared king of Spain as Charles III; Eugene president of the emperor's war council; Rákóczi risen; the first battle of Höchstädt won over the Imperials; the Sultan deposed; the rupture with Savoy, its auxiliaries disarmed; ambassadors' treatment at Turin and in France.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Desmarets enfin présenté au roi
- Les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers cherchaient depuis longtemps « à tirer Desmarets du triste état où il languissoit depuis la mort de M. Colbert, frère de sa mère ». Chamillart, qui se servait de ses lumières « sourdement et obscurément », demanda qu'il travaillât publiquement : rabroué, il l'obtint par Mme de Maintenon. Restait la présentation : « le roi se fâcha, dit que c'étoit un voleur, de l'aveu de Colbert mourant, son propre oncle, qu'il l'avoit chassé sur son témoignage même avec éclat. » À force d'insistance, le roi « consentit enfin, mais comme à regret » : « on ne put rien de plus froid que la réception [...] ; il y avoit vingt ans qu'il ne l'avoit vu. »
- Voyage de Fontainebleau
- « Le mercredi 19 septembre, le roi alla coucher à Sceaux, et le lendemain à Fontainebleau » — le voyage d'automne, cadre de toutes les nouvelles de ce chapitre, de la présentation de Desmarets à la rupture avec la Savoie.
- Desmarets directeur des finances, et Rouillé conseiller d’État surnuméraire
- « Mais on vit bientôt qu'il n'est que de revenir, et que ce grand pas fait, tout vient ensuite et bientôt » : un mois après, Rouillé fut fait conseiller d'État surnuméraire « et remit à Desmarets sa place de directeur des finances » contre remboursement de ses huit cent mille livres — quatre-vingt mille livres de rente d'appointements. Armenonville « ne vit pas reparoître sans peine ce nouvel astre » ; tous deux amis de Saint-Simon, ils venaient lui conter leurs douleurs, « et je les remettois souvent bien ensemble ». « La fortune se joua bien ensuite de tous trois, et ne s'est guère plus moquée des hommes que parce qu'elle a fait enfin du fils de Desmarets un chevalier de l'ordre, un maréchal de France. »
- Cour de Saint-Germain à Fontainebleau
- « La cour de Saint-Germain vint, le 3 octobre, à Fontainebleau et s'en retourna le 16. Le roi y donna à Lavienne la survivance de sa charge de premier valet de chambre à Chancenay son fils » — l'ancien baigneur devenu premier valet de chambre transmettait ainsi sa fortune domestique.
- Mort du duc de Lesdiguières ; son caractère
- « On y apprit la mort du duc de Lesdiguières, gendre du maréchal de Duras, sans enfants. Une assez courte maladie l'emporta à Modène. Il s'étoit extrêmement distingué et fait aimer et estimer en Italie. [...] C'étoit un homme doux, modeste, gai, mais qui se sentoit fort [...]. Fort honnête homme et fort magnifique, il vivoit très bien avec sa femme, qui en fut fort affligée. » Perte véritable pour sa famille et pour celle des Duras.
- Canaples duc de Lesdiguières
- « Le vieux Canaples se sut bon gré alors de n'avoir jamais voulu renoncer à cette succession qui le fit duc de Lesdiguières » — le mariage de l'année précédente avec Mlle de Vivonne, moqué du cardinal de Coislin, trouvait sa justification dynastique : le vieillard borné devenait duc.
- Mort de Saint-Évremond ; sa disgrâce, sa cause
- « On sut aussi, presque en même temps, la mort de Saint-Évremond, si connu par son esprit, par ses ouvrages et par son constant amour pour Mme Mazarin. » Sa disgrâce mérite le récit : une lettre au maréchal de Créqui, « qui lui développa les replis du cœur du cardinal Mazarin » au désavantage de celui-ci, fut trouvée en 1661 dans les papiers de Mme du Plessis-Bellière ; Colbert et Le Tellier « piquèrent le roi sur sa jalousie du gouvernement », et Saint-Évremond, caché puis enfui en Angleterre, s'y vit refuser constamment son pardon — « offert vingt ou vingt-cinq ans après, lorsqu'il n'y songeoit plus » : fou de Mme Mazarin, « il ne jugea pas à propos de changer de vie, de société, de climat, à soixante-douze ans », et mourut en philosophe, « recherché jusqu'à la fin ».
- Barbezières relâché
- « On apprit aussi à Fontainebleau qu'enfin Barbezières avoit été mis en liberté et qu'il alloit être conduit, de Graz où il étoit, à l'armée du comte de Staremberg, pour de là passer en celle de M. de Vendôme » — fin de la dure captivité de l'officier pris déguisé en paysan.
- L’archiduc déclaré roi d’Espagne, sous le nom de Charles III, par l’empereur
- « Des nouvelles plus importantes furent : l'archiduc déclaré roi d'Espagne par l'empereur, qui ne fit plus mystère de l'envoyer incessamment attaquer l'Espagne par le Portugal. » Charles III proclamé à Vienne : la guerre de Succession prenait son visage définitif, avec le Portugal pour porte d'entrée.
- Prince Eugène président du conseil de guerre de l’empereur
- Le comte de Mansfeld, « dont la cour de Vienne s'étoit servie pendant son ambassade en Espagne pour empoisonner la reine, première femme de Charles II, par le ministère de la comtesse de Soissons », fut disgracié et relégué, « et sa présidence donnée au prince Eugène, qui la joignit au commandement des armées de l'empereur et de l'empire, et se trouva ainsi au comble de tout ce qu'il pouvoit prétendre ».
- Ragotzi
- Le prince Ragotzi, arrêté en avril 1701, « trouva le moyen de se sauver déguisé en dragon, en novembre suivant, ayant gagné le capitaine de sa garde et fait enivrer les soldats. Il se retira en Pologne, d'où il vint joindre le comte Berzini, l'un des chefs des mécontents en Hongrie. Tous lui déférèrent la qualité de chef ; ses troupes grossirent, prirent ou s'emparèrent de force châteaux et petites villes, et causoient un grand trouble dont Vienne commençoit fort à s'alarmer » — la retenue d'Eugène à Vienne en fut la conséquence.
- Bataille d’Hochstedt gagnée sur les Impériaux
- Le 28 septembre, nouvelle « d'une bataille gagnée près d'Hochstedt sur les Impériaux commandés par le comte de Stirum ». D'Usson, sorti de ses retranchements pour attaquer de concert avec l'électeur, fut aperçu trop tôt ; la brigade de Vivans poussée dans le village d'Hochstedt y fut soutenue par Bourbonnais « avec grande valeur », et l'arrivée de l'électeur et de Villars décida tout : les ennemis « se retirèrent fort précipitamment », poursuivis deux lieues, « grand carnage » dans le bois de Nordlingen. « Quatre mille hommes des leurs demeurèrent sur la place, on leur en prit autant, [...] trente-trois pièces de canon, leurs bateaux et leurs pontons, et tous leurs équipages. Enfin une victoire complète qui ne coûta guère que mille hommes. »
- Grand Seigneur déposé
- « Le changement qui arriva en Turquie ne soulagea pas l'empereur » : janissaires et spahis « entrèrent tumultueusement dans le sérail à Andrinople », déposèrent Mustapha, mirent sur le trône son frère Achmet, chassèrent le grand vizir « et en firent un autre qui aimoit fort la guerre », tuèrent le mufti fuyant vers l'Asie — « et, ce qui est incroyable d'un tel particulier, [...] on lui trouva quarante millions ». Ce mouvement, qui tendait à une rupture de la Porte avec l'empereur, « donna du courage aux mécontents de Hongrie, et réchauffa beaucoup le parti de Ragotzi », contre lequel Eugène dut marcher au lieu de retourner en Italie.
- Rupture avec le duc de Savoie ; ses troupes auxiliaires arrêtées et désarmées
- « Après s'être longtemps endormi sur les mauvais desseins du duc de Savoie, malgré tous les avis de Phélypeaux, on ouvrit enfin les yeux » : le duc traitait avec des ministres de l'empereur cachés dans sa cour. Les mesures furent prises « avec tant de secret et de justesse, qu'en un même instant toutes les troupes auxiliaires de Savoie furent désarmées et arrêtées par notre armée ». Le duc riposta en saisissant à Chambéry deux mille cinq cents fusils destinés à l'armée d'Italie et en arrêtant tous les Français de ses États. Vaudemont, parti aux eaux pour éviter le spectacle, dépêcha courrier sur courrier de zèle rétrospectif — « on en fut encore la dupe » ; et Vendôme défit le 28 octobre deux mille chevaux que Staremberg envoyait au duc de Savoie.
- Traitement des ambassadeurs à Turin et en France
- « Sur l'avis que Phélypeaux et l'ambassadeur d'Espagne à Turin étoient fort resserrés, sans aucune communication entre eux ni avec personne, et un corps de garde posé devant leurs maisons, du Libois, gentilhomme ordinaire, eut ordre de se rendre chez l'ambassadeur de Savoie, d'y loger et de l'accompagner partout » — la réciprocité diplomatique jouait, l'ambassadeur ayant d'ailleurs donné sa parole de ne point sortir du royaume, « par rapport à la sûreté de Phélypeaux ».
- Usage de les faire garder par un gentilhomme ordinaire
- « Cet usage en cas de rupture est ordinaire, même à l'égard des nonces. Ce sont d'honnêtes espions et à découvert, à qui la chambre de l'ambassadeur ne peut être fermée pour voir et rendre compte de tout ce qu'il fait et se passe chez lui, mangeant avec lui, et ne le quittant presque point de vue » — définition sans fard du gentilhomme ordinaire préposé aux ambassadeurs des puissances rompues.
- Phélypeaux
- Phélypeaux, lui, « n'en fut pas quitte à si bon marché » : « il essuya des barbaries étranges, souffrit toutes sortes de manquements et d'extrémités jusque dans sa nourriture, et fut menacé plus d'une fois du cachot et de la tête. Il ne se déconcerta jamais, et désola M. de Savoie par sa fermeté, son égalité et la hauteur de ses réponses, de ses mépris, de ses railleries. Ce qu'il a écrit en forme de relation de cette espèce de prison est un morceau également curieux, instructif et amusant. »
- Tessé en Dauphiné
- « Tessé partit de Fontainebleau pour aller commander en Dauphiné, entrer en Savoie, et commencer ce surcroît de guerre » — le nouveau maréchal, si bien en cour, recevait le théâtre alpin ouvert par la défection de Victor-Amédée.
- Siège de Landau
- « Cependant Tallard avoit formé le siège de Landau. L'armée du comte de Stirum étoit détruite par la bataille d'Hochstedt. Celle du prince Louis, mal payée et délabrée, observoit de loin l'électeur, et il n'y avoit rien au deçà du Rhin qui pût mettre obstacle à l'entreprise. Marsin fit l'investissement, et la tranchée fut ouverte le 18 octobre » — la reprise de la place perdue en 1702 s'engageait sous les meilleurs auspices.
- Villars ouvertement brouillé avec l’électeur de Bavière
- En Bavière, la guerre intestine continuait : Villars, « continuant à suivre ses projets pour sa fortune particulière, ne cessoit de traverser ce prince en tout », jusqu'à ne plus aller chez lui. L'électeur « assembla chez lui les principaux officiers de l'armée, et en leur présence interpella Villars de lui déclarer s'il agissoit avec lui comme il faisoit par ordre du roi ou de soi-même ; le maréchal n'eut pas le mot à répondre ». Odieux « par ses incroyables rapines », tandis que l'électeur « étoit adoré de tous », il fut rappelé : le roi, « voyant combien il y avoit peu d'apparence de laisser plus longtemps ces deux hommes ensemble », résolut de faire maréchal de France son remplaçant.
- Origine de l’intimité de Chamillart avec les Matignon
- Retour aux sources de la faveur des Matignon : « Chamillart, avant sa dernière grande fortune, l'avoit commencée par l'intendance de Rouen [...]. Ils y étoient devenus amis intimes des Matignon, au point que le comte de Matignon lui quitta pour rien la mouvance d'une terre qu'il avoit relevant de Thorigny, ce qui enrichit depuis Matignon sous son ministère, fit son frère maréchal de France et son fils duc et pair et gendre de M. de Monaco dans les suites. »
- Famille des Matignon
- La famille : cinq frères Matignon « et force filles, dont ils cloîtrèrent la plupart » ; deux d'Église — Lisieux après l'oncle, et Condom, « fort homme de bien, mais rien au delà » ; l'aîné maria une fille à son frère, l'autre à Seignelay puis au comte de Marsan ; le dernier frère, Gacé, « nous le verrons maréchal de France ». Des deux sœurs, l'une épousa un Nevet breton, « l'autre Coigny, père du maréchal d'aujourd'hui ».
- Coigny ; son nom, sa fortune
- Coigny « étoit fils d'un de ces petits juges de basse Normandie, qui s'appeloit Guillot, et qui, fils d'un manant, avoit pris une de ces petites charges pour se délivrer de la taille après s'être fort enrichi. L'épée avoit achevé de le décrasser. » Enrichi par l'alliance Matignon et le gouvernement de Caen, devenu bon officier et lieutenant général, il acheta la terre de Franquetot et, la maison éteinte, « obtint des lettres patentes pour changer son nom de Guillot en celui de Franquetot [...]. Mais on craint moins les fureteurs de registres que le gros du monde qui se met à rire de Guillot, tandis qu'il prend les Franquetot pour bons. »
- Coigny refuse de passer en Bavière et [perd] par là, sans le savoir, le bâton de maréchal
- C'était Coigny que Chamillart voulait glisser à la place de Villars, avec le bâton à la clef. Le secret devant être gardé jusqu'en Bavière, le ministre « lui mit tellement le doigt sur la lettre, que, hors lui déclarer la chose, il ne pouvoit s'en expliquer avec lui plus clairement. Coigny, qui étoit fort court, n'entendit rien à ce langage. Il se trouvoit bien où il étoit. D'aller en Bavière lui parut la Chine ; il refusa absolument, et mit son protecteur au désespoir, et lui-même peu après, quand il sut ce qui lui étoit destiné » — le bâton de maréchal perdu sans le savoir.
- Marsin passe en Bavière malgré lui, et est fait maréchal de France
- « On se tourna à Marsin » : un courrier lui remit devant Landau un paquet en enfermant un autre, à n'ouvrir qu'en Bavière. « En le tâtant il reconnut qu'il y avoit un sceau, et comprit que c'étoit le bâton de maréchal de France. La merveille fut que cela ne le tenta point » : blessé « de ne l'obtenir que par besoin de lui après la promotion des autres », il renvoya courrier et paquet intact. « Le roi persista [...]. Il fallut obéir. » En Bavière il ouvrit son paquet, y trouva « ses ordres, ses instructions et son bâton, comme il s'en étoit douté » ; déclaré maréchal, « il fut parfaitement d'accord en tout avec l'électeur, et au gré des troupes [...], et très éloigné de brigandages ».
- Retour en France de Villars bien muni
- En chemin, Marsin « rencontra Villars en Suisse, chargé de l'argent de ses contributions personnelles et de l'exécration publique. L'électeur dit à qui le voulut entendre qu'il emportoit deux millions comptant de son pays [...]. Il offrit de l'argent avant partir à qui en voudroit emprunter, pour s'en décharger d'autant ; mais la haine prévalut : qui que ce soit n'en voulut prendre pour la malice de lui laisser ses coffres pleins, qu'il amena à bon port en France. » L'escorte ramena Marsin avec cent mille pistoles pour l'électeur et la paye des troupes.
- Augsbourg pris par l’électeur
- « Peu après son arrivée, ils firent le siège d'Augsbourg qu'ils prirent en peu de jours » — la bonne intelligence rétablie entre l'électeur et le nouveau maréchal produisait aussitôt ce que la brouille avec Villars avait rendu impossible toute la campagne.
- Armées du Danube et de Flandre en quartiers d’hiver
- Après Augsbourg, on mit « les troupes dans les quartiers, qui avoient grand besoin de repos » : les armées du Danube prenaient leurs quartiers d'hiver sur une position dominante en Allemagne — la dernière avant la catastrophe de l'année suivante.
- Maréchal de Villeroy reste à Bruxelles
- « Le maréchal de Villeroy, à qui les ennemis avoient pris Limbourg, sépara aussi la sienne. Il prit la place du maréchal de Boufflers à Bruxelles, pour commander tout l'hiver sur toutes ces frontières, et Boufflers revint à la cour » — permutation des deux maréchaux de Flandre, le favori aux quartiers, le vainqueur d'Eckeren à Versailles.
- Retour de Fontainebleau par Villeroy et Sceaux
- « Elle partit de Fontainebleau le 25 octobre, retournant à Versailles par Villeroy et par Sceaux. Le roi avoit dans son carrosse Mme la duchesse de Bourgogne, Madame, Mme la duchesse d'Orléans, la duchesse du Lude et Mme de Mailly, qui l'emporta sur la maréchale de Cœuvres, grande d'Espagne. Pour expliquer comment se passa cette préférence, il faut reprendre les choses d'un peu loin » — d'où la digression sur les charges des dames de la reine.
- Mme de Mailly se fait préférer pour le carrosse aux dames titrées, comme dame d’atours
- Mme de Mailly, dame d'atours, « fort glorieuse, nièce de Mme de Maintenon, mariée de sa main », imagina une préférence à laquelle nulle dame d'atours n'avait jamais songé : « la tortilla longtemps, bouda, et, trouvant enfin sa belle contre un enfant comme la maréchale de Cœuvres [...], l'emporta, non par une décision que Mme de Mailly ne put obtenir, mais par silence sur son entreprise, qui en fut une approbation tacite. » Son prétexte : « qu'elle étoit nécessaire dans le carrosse, pour y porter et y donner à Mme la duchesse de Bourgogne des coiffes et d'autres hardes légères [...] à cause des fluxions. En effet elle n'eut jamais que la dernière place, mais elle se conserva dans la préférence que sa faveur lui fit embler. »
- Disgrâce, retour, faveur et élévation de la marquise de Senecey
- Histoire de la marquise de Senecey, dame d'honneur d'Anne d'Autriche « intimement dans sa confidence » : chassée « lors de l'éclat du Val-de-Grâce, où le chancelier Séguier eut ordre d'aller fouiller la reine jusque dans sa gorge » — il s'en acquitta si adroitement « qu'il en mérita les bonnes grâces de la reine, qui de sa vie n'oublia ce service ». Exilée à Randan pendant que la duchesse de Chevreuse fuyait le royaume, elle ne revint qu'à la mort de Louis XIII : la régente chassa Mme de Brassac, lui rendit sa charge avec survivance pour sa fille la comtesse de Fleix, et l'érection de Randan en duché-pairie, dans « cette monstrueuse promotion de quatorze érections » de 1663, couronna mère, fille et petit-fils.
- Duchesses ôtaient le service de la chemise et de la sale à la dame d’honneur de la reine, et la préférence du carrosse
- Jusqu'au retour de Mme de Senecey, « aucune dame d'honneur de la reine n'avoit disputé la préférence du carrosse à aucune duchesse, ni même l'honneur de donner la chemise à la reine et de lui présenter la sale » — cette « espèce de soucoupe de vermeil » où les boîtes, montres et éventail de la reine se présentaient sous un taffetas brodé. Fortes de la faveur de la reine et des menées lorraines de la comtesse d'Harcourt et de la duchesse de Chevreuse, Senecey et Fleix s'emparèrent de la chemise et de la sale « sous prétexte de ne donner point de préférence aux duchesses ni aux princesses lorraines » ; la préférence du carrosse vint plus tard, au mariage du roi, par la comtesse de Soissons qui « montoit dans le carrosse de la reine, et lui nommoit les dames à appeler » — usage suivi par Navailles et Montausier, « depuis lequel il a valu la préférence aux dames d'honneur sur tout ce qui n'est point princesse du sang ».
- Surintendante ; invention et occasion de cette charge
- Quant à la surintendante : « le cardinal Mazarin, qui fit tout pour que le comte de Soissons ne se trouvât pas mal marié à sa nièce, venoit d'inventer pour elle la charge jusqu'alors inconnue de surintendante de la maison de la reine, et pour conserver toute préférence à la reine mère [...], il fit en même temps la princesse de Conti, son autre nièce, surintendante de sa maison. » La piété et la santé de la princesse de Conti laissant sa charge inactive, la comtesse de Soissons, « toujours à la cour, où elle donnoit le ton par sa faveur auprès du roi qui dans ces temps-là ne bougeoit de chez elle », fit la charge de dame d'honneur — aux dépens de laquelle la surintendance avait été taillée.
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