TOME XV · CHAPITRE XIV
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Summary
The London negotiation between emperor and Spain: the 'two chief difficulties', Starhemberg 'most opposed' to the future cession of Tuscany; the imperial propositions 'full of jealousy and hatred' and the 'artful complaints' against the Regent; the point of Italy's tranquillity; the English's 'open partiality for the emperor', their 'hauteurs and threats to the Regent'; the king of England secures the tsar and 'despises the king of Prussia'; the tsarina would secure Sweden for her son's succession; agitations and reproaches.
The entries
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- État de la négociation à Londres pour traiter la paix entre l’empereur et le roi d’Espagne
- « La paix à faire entre l'empereur et le roi d'Espagne étoit toujours sur le tapis et l'objet de l'attention de toute l'Europe. Penterrieder pour l'empereur, et l'abbé Dubois pour la France, la négocioient à Londres » — la Hollande s'en rapportant à George. Monteléon, « très habile et fort expérimenté », croyait la paix bonne pour l'Espagne « mais il craignoit de dire franchement son avis, persuadé qu'Albéroni ne pensoit pas comme lui, et que ce seroit se perdre inutilement » ; il se borna à combattre l'espérance de troubles en Angleterre.
- Deux difficultés principales
- « Les principales difficultés roulèrent sur deux points, tous deux essentiels, que le régent demandoit : le premier une renonciation absolue et perpétuelle de la part de l'empereur à tous les États de la monarchie d'Espagne actuellement possédés par Philippe V ; le second que, les maisons de Médicis et Farnèse venant à s'éteindre, la succession aux États de Toscane et de Parme fût assurée au fils aîné de la reine d'Espagne. »
- Staremberg le plus opposé à la cession future de la Toscane
- Staremberg, fort de sa guerre d'Espagne, insistait au refus de la Toscane : « cet article, au lieu d'établir une paix solide, entretiendroit une cause de guerre perpétuelle, et feroit perdre l'Italie à l'empereur ; il lui conseilleroit plutôt de faire la paix avec les Turcs aux dépens même de toutes ses conquêtes..., et il n'estimoit pas que l'acquisition de la Sicile pût balancer la crainte d'un pareil établissement » — l'expectative devant aller au duc de Lorraine, « que Vienne vouloit faire regarder comme un prince neutre, quoique de tout temps et lors plus que jamais seule et même chose avec elle », moyennant la cession du Barrois mouvant.
- Propositions des Impériaux pleines de jalousie et de haine
- Les propositions impériales : céder sur Parme et Plaisance, « enclavés comme ils sont dans les terres », mais partager la Toscane « en faisant céder l'État de Pise au duc de Lorraine. Leur grand objet étoit que le prince d'Espagne n'eût point de ports de mer » ; et renouveler les instances de Rastadt et de Bade pour « la restitution des privilèges de l'Aragon et de la Catalogne, et celle des biens confisqués sur les Espagnols qui avoient suivi le parti de l'empereur ».
- Plaintes artificieuses des Impériaux du régent
- Les plaintes artificieuses : « la cour de Vienne, accoutumée à reprocher à ceux avec qui elle traite le peu de bonne foi dont elle-même ne sait que trop s'aider », accusait le régent des démarches de Bonnac auprès des Ottomans, d'avoir « envoyé Ragotzi en Turquie », du traité prussien, d'avoir communiqué à l'Espagne le plan de Hanovre, « et d'être, sinon le promoteur, au moins la cause indirecte de l'entreprise de Sardaigne ».
- Point de la tranquillité de l’Italie pendant la négociation
- La tranquillité de l'Italie pendant la négociation : aux trois demandes espagnoles — ni hostilité, ni contributions, ni passage de troupes —, l'empereur consentit aux deux premières mais prétendit pour la troisième « que ce seroit abandonner l'Italie à un ennemi qui l'avoit attaqué..., et il en demandoit la restitution [de la Sardaigne] si l'Espagne vouloit un engagement formel » ; ses ministres déclarèrent « que leur maître feroit la paix avec le Turc à quelques conditions que ce pût être ».
- Partialité ouverte des Anglois pour l’empereur
- La partialité anglaise : la cour de Londres pressait le régent de finir, promettant de le délivrer « de la tutelle insupportable d'une cabale espagnole très puissante en France » ; les Hanovriens soutenaient « comme excellent » le projet de Pise et Livourne au duc de Lorraine, et y firent « un dernier effort sans espérance, mais pour se justifier auprès de l'empereur ».
- Leurs hauteurs et leurs menaces au régent
- Leurs hauteurs : à la proposition du régent « de s'unir à lui et à l'Espagne, pour forcer les oppositions de l'empereur », ils répondirent « que, si la proposition étoit sérieuse, il ne restoit que de rompre toute négociation », et déclarèrent que George faisait dresser un plan du traité tel qu'il prétendait qu'il fût signé : « si le régent refusoit sa signature, le roi d'Angleterre sauroit à quoi s'en tenir, et prendroit d'autres mesures. Ces menaces furent faites à l'abbé Dubois à Londres, en même temps que Stairs eut ordre d'expliquer à Paris, en même sens, les intentions du roi d'Angleterre. »
- Le roi d’Angleterre, inquiet sur le nord, s’assure du czar ; méprise le roi de Prusse
- George, inquiet du Nord, fut rassuré par la promesse du czar « de fermer tout accès auprès de lui aux Anglois rebelles, et d'interdire l'entrée de Pétersbourg au duc d'Ormond » ; quant au roi de Prusse, ses ministres « le regardoient comme un zéro (c'étoit leur expression), capable de rien sans l'appui du czar » ; et l'entrée du roi de Suède en Norvège « leur parut aussi folle qu'elle l'avoit semblé à ses ministres et à ses généraux ».
- La czarine veut s’assurer de la Suède pour la transmission de la succession de Russie à son fils
- « Georges crut savoir avec certitude que les négociations avec la Suède n'étoient fondées que sur les instances de la czarine..., par sa passion dominante d'assurer la succession au trône de Russie à son fils, au préjudice de son frère aîné du premier mariage » — le roi de Suède devant garantir ce nouvel ordre moyennant restitution d'une partie des conquêtes.
- Agitations et reproches du czar sur cette affaire
- Les agitations du czar : il « parut sentir les remords du renversement de l'ordre naturel et légal de la succession, surtout quand il vit la joie de ses peuples au retour d'Italie du czarowitz, qui lui fit craindre même une révolution... Il reprochoit à la czarine les embarras où le jetoit son ambition pour son fils... Il traitoit de scélérat Menzicoff jusqu'alors son favori..., il en disoit autant de Goertz..., et le tenoit capable de tromper et lui et son propre maître. »
- Le régent pressé par l’Angleterre
- Le régent pressé : le ministère anglo-hanovrien se fondait sur ces dispositions du Nord « pour montrer au régent qu'il se flatteroit en vain d'y former une ligue capable de tenir tête à l'empereur ; qu'il n'y avoit d'alliance assurée pour Son Altesse Royale que celle dont il s'agissoit actuellement..., et que l'article de la Toscane n'en étoit pas une assez importante pour retarder une conclusion si essentielle. »
- L’Espagne ne pense qu’à se préparer à la guerre ; déclare à l’Angleterre qu’elle regardera comme infraction tout envoi d’escadre anglaise dans la Méditerranée
- « Le roi d'Espagne, loin de souscrire au projet dont il s'agissoit pour la paix, ne songeoit qu'à se préparer à la guerre » : il fit déclarer que « si [l'Angleterre] envoyoit quelque escadre dans la Méditerranée, il regarderoit cette expédition comme faite contre ses intérêts », exigeant même « une déclaration générale à l'égard de toute escadre anglaise qui pourroit être employée dans la Méditerranée ».
- Albéroni ennemi de la paix
- « Il sembloit qu'Albéroni, en faisant demander toutes ces sûretés, cherchoit un prétexte de déclarer la guerre » ; il menaçait Anglais et Hollandais « de la ruine de leur commerce », regardait la négociation de Londres « comme un vain amusement », et dit de Nancré « qu'il y seroit le bienvenu, mais qu'il s'ennuieroit bientôt à Madrid, et souhaiteroit retourner promptement à Paris, comme il étoit arrivé à Monti ».
- Ses efforts ; ses manèges ; sa politique
- Ses manèges : pour le public, il fondait l'éloignement de l'Espagne sur « la conduite tyrannique [des Allemands] en Italie..., parce qu'ils bloquoient actuellement les États de Parme et de Plaisance » — tout en exhortant le duc de Parme « de souffrir ces vexations..., et d'attendre que l'oppression de tous les princes d'Italie les obligeât d'implorer unanimement le secours du roi d'Espagne ».
- Il veut gagner le régent et le roi de Sicile
- Il voulait gagner le régent et le roi de Sicile : « il fit dire au régent que, s'il vouloit s'unir au roi d'Espagne, le roi de Sicile entreroit sur-le-champ dans la même union ; qu'elle suffiroit pour forcer les Allemands à sortir d'Italie » — les Hollandais devant voir la chose « avec plaisir et tranquillité ».
- Forte conversation d’Albéroni avec le ministre d’Angleterre
- La forte conversation : à l'offre anglaise d'obtenir la renonciation et la Toscane, il répondit « qu'un médiateur seroit inutile lorsqu'il ne s'agiroit que de telles conditions..., quant à la succession de Toscane, il la regardoit comme un futur contingent », citant « l'effet des garanties promises pour la Catalogne et pour Majorque » ; et comme l'Anglais alléguait les engagements de son maître avec l'empereur, il « répondit, suivant le génie de sa nation, que tout bon Anglois connoissoit assez la force des engagements pris avec l'empereur, qui au fond étoient considérés comme s'ils n'existoient pas ».
- Plaintes et chimères d’Albéroni
- Ses plaintes et chimères : « Albéroni s'élevoit souvent contre la léthargie des puissances de l'Europe. Il condamnoit l'ignorance crasse, disoit-il, de ceux qui croyoient une guerre universelle nécessaire pour mettre l'empereur à la raison » ; son projet : « que la France fournît quarante mille hommes, et s'unît aux rois d'Espagne et de Sicile..., que les Hollandois demeureroient spectateurs ; que les Anglois, retenus par l'intérêt du commerce, n'oseroient... fournir à l'empereur les secours qu'il lui avoit promis. »
- Il écrit au régent avec hardiesse
- Sa hardiesse : « il écrivoit au régent qu'il ne pouvoit trouver d'intérêt ni de bonheur solide que dans une union avec le roi d'Espagne, la seule que l'honneur et la probité lui indiquoient ; que tout autre engagement seroit au contraire accompagné de déshonneur et d'opprobre » — les garanties de Parme et de Toscane n'étant « que des sûretés imaginaires ».
- Inquiétude sur Nancré
- L'inquiétude sur Nancré : les ministres étrangers à Madrid, alarmés du bruit de son envoi, interrogèrent Albéroni, qui répondit que le motif « étoit inconnu à l'ambassadeur et à lui-même..., et qu'il protestoit cependant non comme ministre, mais comme homme d'honneur, qu'il n'en avoit pas la moindre connoissance ».
- Albéroni espère du régent, pressé par Cellamare et Provane, d’augmenter l’infanterie et d’envoyer un ministre à Vienne
- Cellamare et Provane « ne cessoient de détourner le régent des mesures qu'il vouloit prendre avec l'empereur et l'Angleterre » et prétendirent qu'il leur avait promis deux choses : « l'une d'augmenter incessamment l'infanterie françoise, l'autre d'envoyer à Vienne de la part du roi ; mais ils n'eurent pas longtemps cette espérance. »
- Le régent élude enfin leurs demandes
- Le régent éluda : à l'audience du 13 janvier, il répondit qu'il attendait « des réponses de l'abbé Dubois » avant de nommer pour Vienne — où Biron, choisi, avait une « répugnance invincible » —, et confia qu'au lieu d'augmenter l'infanterie, « son dessein étoit de former un corps de soldats de milices de soixante mille hommes commandés par les officiers réformés ».
- Reproches de Cellamare à la France ; sort peu content d’une audience du régent
- Les reproches de Cellamare : « il reprochoit lui-même aux François de se laisser tellement frapper de la crainte de la puissance des Allemands, qu'il sembloit que ceux qui avoient part aux affaires eussent toujours devant les yeux le fantôme formidable de la dernière ligue... Il disoit que le régent, seul capable de calmer ces frayeurs, étoit poussé par une force secrète, dont la source étoit dans son intérêt particulier » — et il sortit « peu content de son audience ».
- Cellamare, pour vouloir trop pénétrer et approfondir, se trompe grossièrement sur les causes de la conduite du régent
- Son erreur : « je me suis toujours étonné qu'un homme d'autant d'esprit, de perspicacité, d'application que Cellamare... se trompât si lourdement dans ses conjectures. » Ce n'étaient ni Villars — « jamais Anglois, mais toujours Espagnol..., l'homme du monde que le régent consultoit le moins » — ni Broglio, retombé « au bas étage des roués » ; « l'intérêt particulier ne dominoit point le régent... ; mais il l'étoit par l'abbé Dubois, qui l'avoit infatué de bonne heure de l'Angleterre..., [et] Stairs, qui se faisoit jour chez lui avec audace..., une dépêche de cet abbé renversoient à l'instant les idées que le régent avoit prises, et l'attachoient de nouveau à l'Angleterre. C'étoit l'unique cause du changement que Cellamare cherchoit à démêler. »
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