TOME XVIII · CHAPITRE IX

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Summary

'Dubois cardinal at last': his conduct, the reciprocal conduct with the author, the audiences he 'carries off marvellously', the pectoral cross, Fréjus's embarrassment, Mme de Torcy's imprudence. Dubois, 'informed of my embassy, draws near me through Belle-Isle to deceive and injure me — I feel it and cannot avoid it'; the Belle-Isle-Le Blanc intimacy and 'their servitude under Dubois'. The king's illness: the duchesse de La Ferté's 'pestilential audacity', Villeroy's 'strange conduct', the 'affectation of endless Te Deums', and his 'abominable public instruction' to the little king — 'see all this people; it is yours…'.

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Dubois enfin cardinal
L'impatience de Dubois « croissoit avec ses espérances, et ne lui laissoit plus de repos ». « Il se trouva bien étourdi quand il apprit que le pape avoit fait cardinal tout seul, le 16 juin, son frère, évêque de Terracine » ; il « jeta feu et flammes ». « Son attente ne fut pas longue : un mois après, le 16 juillet, le pape le fit cardinal avec don Alexandre Albane, neveu du feu pape. »
Sa conduite en cette occasion
« Il en reçut la nouvelle et les compliments avec une joie extrême, mais qu'il sut contenir dans quelque décence, et en donner tout l'honneur à la protection de M. le duc d'Orléans, qui, comme on l'a vu, y eut peu ou point de part. Mais il ne se put empêcher de débiter à tout le monde que ce qui l'honoroit plus que la pourpre romaine étoit le vœu unanime, et l'empressement de toutes les puissances à la lui procurer. Il s'éventoit là-dessus, et ne pouvoit finir sur ce chapitre qu'il recommençoit à tout moment, et dont personne ne fut la dupe. »
Conduite réciproque entre lui et moi
Saint-Simon, devant avoir « un commerce nécessaire et forcé » avec Dubois dans son ambassade, alla chez lui : le nouveau cardinal « me combla de respects, de compliments, de protestations de reconnoissance », « me fit litière de la main, de termes de respect, de conduite jusqu'au bout de son appartement ». « M. le duc d'Orléans me témoigna beaucoup de gré de cette démarche, et je ne rencontrai plus le nouveau cardinal chez ce prince qu'il ne vînt à moi, se reculât aux portes et ne me fît merveilles, auxquelles je n'avois garde de me fier. »
Il sort à merveille de ses audiences
Ses audiences du sang royal furent un chef-d'œuvre : devant Madame — qui avait demandé au régent « de n'employer à rien ce petit fripon-là qui le vendroit et le déshonoreroit » —, il « parut pénétré de respect et d'embarras », « commença par sa propre surprise de se trouver en cet état devant Madame, parla de la bassesse de sa naissance et de ses premiers emplois » pour « relever d'autant plus la bonté, le cœur et la puissance de M. le duc d'Orléans ». « Il parla si judicieusement et si bien que tous ceux qui l'entendirent en furent charmés, et Madame elle-même ne put s'empêcher, après qu'il fut sorti, de louer son discours et sa contenance, tout en ajoutant qu'elle enrageoit de le voir où il étoit. »
Croix pectorale
« En recevant sa calotte des mains du roi, il détacha de son cou sa croix épiscopale, la présenta à l'évêque de Fréjus, lui dit qu'elle portoit bonheur, et que c'étoit pour cela qu'il le prioit de la porter pour l'amour de lui. »
Embarras de M. de Fréjus
« Fréjus rougit et la reçut avec beaucoup d'embarras. Cette croix, quoique faite comme toutes les autres, avoit pourtant une façon très remarquable, et qui la faisoit parfaitement distinguer. Fréjus, exposé à rencontrer très fréquemment le cardinal nouveau chez le roi, n'osa ne pas porter cette croix assez souvent. »
Imprudence de Mme de Torcy
Dînant chez la duchesse du Lude, Mme de Torcy, « qui n'aimoit pas Dubois » et était « fort mécontente de l'ardente conduite de Fréjus sur la constitution », « l'entreprit sur cette croix à table avec beaucoup d'esprit, de licence et d'aigreur, tombant sur tous les deux avec une finesse aiguë, et mit Fréjus dans un tel désordre qu'il ne savoit plus où il en étoit ». « Fréjus n'a jamais pardonné cette chasse à Mme de Torcy, ni même à son mari, quoiqu'il n'y eût rien mis du sien. À la vérité ce fut une grande imprudence à Mme de Torcy. »
Dubois, informé de mon ambassade, me rapproche par Belle-Ile pour me tromper et me nuire
Apprenant l'ambassade promise, Dubois « en fut outré et résolut bien de me faire du pis qu'il pourroit en tous genres. Pour cela il fallut couvrir son jeu, ne point montrer de mécontentement à M. le duc d'Orléans et me combler de gentillesses pour me mieux tromper. » Il se servit de Belle-Ile, qui vint parler de l'ambassade « en homme qui n'en ignoroit rien » et apporta « le choix de la paix ou de la guerre » : Dubois offrait de se raccommoder « à de certaines conditions » — oubli réciproque, silence en public et auprès du régent, commerce « avec ouverture et liberté ».
Je le sens et ne puis l’éviter
Saint-Simon sentit le piège mais ne put l'éviter : « comment éviter le commerce réglé de lettres avec l'homme chargé seul des affaires étrangères ? » Refuser « donneroit beau jeu à Dubois auprès de M. le duc d'Orléans » ; il consentit, « quitte à marcher avec les précautions raisonnables ». Mais dès les premiers propos sur l'ambassade, « je vis clairement son venin et sa duplicité ».
Liaison plus qu’intime de Belle-Ile avec Le Blanc
« Belle-Ile étoit ami de Le Blanc. Le commerce des femmes et leur attachement commun au char de Mme de Plénoeuf les avoit liés. Le Blanc étoit un esprit doux, fort inférieur à celui de Belle-Ile, qui s'attacha de plus en plus à lui pour le gouverner et en tirer, dès qu'il le vit en place. »
Leur servitude sous Dubois
Dubois « avoit fait de Le Blanc comme son secrétaire, pour ne pas dire comme son valet, l'avoit rendu assidu auprès de lui jusqu'à l'esclavage, tout secrétaire d'État de la guerre qu'il étoit ». Par Le Blanc, Belle-Ile « s'approcha de Dubois, et si bien que Dubois ne les regarda plus que comme ne faisant qu'un » : « tous les soirs ils entroient tous deux seuls chez Dubois, et, entre eux trois, il se disoit et se passoit bien des choses ».
Maladie du roi
« Le dernier juillet, le roi, jusqu'alors dans une santé parfaite, se réveilla avec mal à la tête et à la gorge » ; la maladie « ne dura que cinq jours, mais dont les trois premiers furent violents » — « je vis partout une grande consternation ». « Helvétius en eut tout l'honneur, les médecins avoient perdu la tête ; il conserva seul la sienne, il opiniâtra une saignée au pied : le mieux très marqué suivit incontinent et la guérison bientôt après. » Saint-Simon avoue ses nuits : « j'étois si aise d'avoir opiniâtrement refusé d'être gouverneur du roi, et si agité en me représentant l'être, que je m'en réveillois la nuit en sursaut, et ces réveils étoient pour moi de la joie la plus sensible de ne l'être pas ».
Audace pestilentielle de la duchesse de La Ferté
Au chevet du roi, la duchesse de La Ferté, penchée « sur les épaules de Boulduc », apercevant Saint-Simon, « me dit entre haut et bas : « Il est empoisonné, il est empoisonné. — Taisez-vous donc, madame, lui répondis-je, cela est horrible ! » Elle redoubla et si bien et si haut, que j'eus peur que le roi ne l'entendît. Boulduc et moi nous nous regardâmes, et je me retirai aussitôt d'auprès du lit et de cette enragée. »
Conduite étrange du maréchal de Villeroy
« Le maréchal de Villeroy ne manqua pas cette occasion de signaler tout son venin et sa bassesse » : « il ne vint point si petit magistrat aux Tuileries qu'il ne se fît avertir pour lui aller dire lui-même des nouvelles du roi et le caresser, tandis qu'il étoit inaccessible aux premiers seigneurs ». Il faisait entrer les magistrats « à toute heure dans la chambre du roi et tout auprès de son lit », « privativement aux plus grands de la cour et aux ambassadeurs ; il se croyoit tribun du peuple et aspiroit à leur faveur et à leur dangereuse puissance ».
Affectation de Te Deum sans fin
« Il multiplia les Te Deum, qu'il incita les divers états des petits officiers du roi de faire chanter en différents jours et en différentes églises, assista à tous, y mena tout ce qu'il put, et courut encore plus de six semaines les Te Deum qui se chantèrent dans toutes les églises de Paris. » « Sur sa joie véritable de la guérison, il en entoit une fausse qui puait le parti et le dessein à ne s'y pouvoir méprendre. » « Ces momeries, ainsi allongées, gagnèrent la fin du mois d'août et la Saint-Louis. »
Instruction abominable et publique du maréchal de Villeroy au roi
À la fête de la Saint-Louis aux Tuileries, la foule fut telle « qu'une épingle ne seroit pas tombée à terre dans tout le parterre ». Le maréchal tirait par le bras le roi « qui se vouloit toujours aller cacher » : « Voyez donc, mon maître, tout ce monde et tout ce peuple, tout cela est à vous, tout cela vous appartient, vous en êtes le maître ; regardez-les donc un peu pour les contenter, car ils sont tous à vous. » « Belle leçon pour un gouverneur, qu'il ne se lassoit point de lui inculquer ! Aussi l'a-t-il très pleinement retenue. La leçon fit grand bruit et à lui peu d'honneur. Lui-même a éprouvé le premier effet de ses belles instructions. »
Excellente conduite de M. le duc d’Orléans et des siens dans la maladie du roi
« M. le duc d'Orléans se conduisit d'une manière si simple et si sage qu'il y gagna beaucoup » : « une attention exacte et soutenue en propos et en contenance », « surtout à ne jamais montrer croire le roi trop bien ni trop mal ». « Comme dans la vérité il ne souhaita jamais la couronne, quelque peu vraisemblable que cela paroisse, il n'eut besoin que de s'observer et point du tout de se contraindre. » Et « c'est une merveille » : tous les siens, « jusqu'aux valets », gardèrent la même conduite « sans laisser échapper de quoi faire naître le plus léger soupçon » — « la cabale opposée fut entièrement réduite au silence ».
Mort de Trudaine ; du duc de Bouillon ; son caractère
« Trudaine, conseiller d'État, à qui M. le duc d'Orléans avoit fort mal à propos ôté la prévôté des marchands, mourut à soixante-deux ans. Ce n'étoit pas un aigle, mais un très honnête homme, intègre, désintéressé, vertueux. » Le duc de Bouillon mourut à quatre-vingt-deux ans : « le père étoit fort bon homme, prince tant qu'il pouvoit, du reste fort valet, mais du roi seulement, et d'une assiduité qui, jointe avec un esprit extrêmement court, lui avoit entièrement gagné le roi ».
Mort de Thury ; son caractère
« Thury mourut aussi à soixante-deux ans, sans avoir été marié, ayant donné ou plutôt trafiqué tout ce qu'il avoit avec le maréchal d'Harcourt. » « Thury étoit noir, méchant, cynique, atrabilaire, avec beaucoup d'esprit insolent et dangereux » ; « il est pourtant vrai qu'un soufflet que le duc d'Elbœuf lui appliqua à table, avec une épaule de mouton, dont il ne fut autre chose, étoit resté imprimé sur sa mauvaise physionomie ».
Mort du P. Lelong, de l’Oratoire
« Ils furent suivis du P. Lelong, prêtre de l'Oratoire, bibliothécaire de leur maison de Saint-Honoré, mort à cinquante-six ans, regretté de tous les gens de bien, des savants et des hommes de lettres », auteur de la « Bibliothèque historique » de tous les ouvrages sur l'histoire de France et de la « Bibliotheca sacra » des manuscrits et éditions de la Bible.
Armenonville obtient la survivance de sa charge de secrétaire d’État pour son fils ; la duchesse celle de gouvernante des enfants de France pour Mme de Soubise, sa petite fille ; Saumery, de la sienne de sous-gouverneur du roi pour son fils aîné, chose sans exemple
« Armenonville obtint pour son fils Morville la survivance de sa charge de secrétaire d'État, et Mme de Ventadour celle de sa charge de gouvernante des enfants de France, pour Mme de Soubise, femme de son petit-fils. » Et Saumery, « comblé déjà de grâces, avec tout ce qu'il falloit pour n'en obtenir aucune », lié « avec toute la cabale opposée à M. le duc d'Orléans », obtint « une grâce sans exemple : la survivance de sa place de sous-gouverneur du roi pour son fils aîné ».
Leur caractère
« C'étoit grossièrement lui faire passer les entrées et les appointements de sous-gouverneur, parce que le père étoit de santé à n'y avoir pas besoin d'aide » ; le fils, du moins, « valoit en tout mieux que lui, car il étoit fort honnête homme, avec du sens, avoit bien servi » ; Mme de Soubise, « quoique très jeune », était « très sage et très convenable à cette place ».
Mort et caractère, vie et conduite de Mme la grande-duchesse [de Toscane]
« Mme la grande-duchesse de Toscane mourut à soixante-dix-sept ans, après plusieurs apoplexies. » Fille de Gaston d'Orléans, « fort belle, et très bien faite », « bonne et peu d'esprit, mais arrêtée en son sens sans pouvoir être persuadée », elle avait épousé en 1661 Cosme de Médicis « avec un esprit de retour que rien ne put amortir » : « elle vouloit vivre en liberté à la française, et se moquoit de toutes les manières italiennes ». Elle obtint enfin de revenir en France « sous des conditions qui lui donnèrent plus de contrainte qu'elle n'en auroit eue à Florence » : confinée à Picpus, « fort peu accueillie », « sans crédit et avec peu ou point de considération ». Son fils Jean-Gaston mourut sans postérité « et finit les Médicis, grands-ducs de Toscane ». Elle mourut place Royale « dans une grande dévotion à sa manière, et, quoique avare, fort appliquée aux bonnes œuvres ».
La conduite avec moi du cardinal Dubois m’affranchit des conditions de notre raccommodement
« J'étois alors aux prises avec le cardinal Dubois sur ce qui regardoit mon ambassade, et je voyois en plein ses bonnes intentions qui n'alloient à rien moins qu'à me ruiner et me perdre, en me suscitant des embarras en Espagne les plus ridicules, les plus fous et les plus difficiles à m'en tirer. » Sa conduite « me délivra ainsi des conditions de notre raccommodement, sur quoi néanmoins il fallut me conduire avec la prudence que demandoit la nécessité de passer sans cesse par lui ».
Familiarité, liberté, confiance conservée entre M le Duc et moi, depuis le lit de justice des Tuileries
« Depuis le commerce étroit et plein de confiance que l'affaire du lit de justice des Tuileries m'avoit procuré avec M. le Duc, il avoit toujours duré le même. M. le duc d'Orléans et M. le Duc l'avoient tous deux désiré, et j'étois souvent entre eux deux pour conserver leur union nécessaire. »
Conversation importante et très curieuse entre M. le Duc et moi
Conversation curieuse avec M. le Duc : à la proposition d'épouser Mlle de La Roche-sur-Yon, « il se mit à sourire, et me répondit que, pour des Conti, il en avoit sa suffisance ». Sur ses plaintes du peu de confiance du régent, Saint-Simon osa la vraie raison : « M. le duc d'Orléans étoit persuadé qu'il n'avoit point de secrets pour » Mme de Prie — « il rapporta ce point jaloux de notre conversation à Mme de Prie, sa maîtresse, qui ne me le pardonna pas ». Saint-Simon suggéra d'user de l'affection du roi pour faire renvoyer Dubois « à Cambrai avec sa calotte rouge, et gorgé d'abbayes » ; M. le Duc rit : « si je venois à mourir aujourd'hui, il ne s'en soucieroit non plus que de Mme la grande-duchesse, dont nous portons le deuil ». Résultat : « la parfaite et très certaine inutilité, peut-être même le danger de cette tentative », le roi étant « radicalement incapable » de s'y prêter, « quoiqu'on vît bien qu'il avoit une sorte d'éloignement du cardinal Dubois ».

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