TOME III · CHAPITRE XXII
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Summary
General war breaks out: Kaiserswerth besieged, England and Holland declare war — with the portrait of Marlborough, his wife and their fortune begun in an antechamber. The cannonade of Nijmegen and places lost; Bourgogne, du Maine and Toulouse return; Varennes carried off, restored and displaced; Blainville and Brancas out of Kaiserswerth. Rouen withdrawn from Lyon's primacy; Aubercourt and the Jesuits condemned; the grand prior serves under Catinat with a 20,000-livre pension; five grandees knighted; La Rochefoucauld's hard fall at the hunt; Duras loses a pretension to Noailles.
The entries
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- Kaiserswerth assiégé
- « La campagne de Flandre fut triste. L'électeur de Brandebourg et le landgrave de Hesse assiégèrent Kaiserswerth de bonne heure. Blainville le défendit à merveille : il y eut force combats. » Premier siège de la guerre nouvelle, et premier des malheurs de cette frontière : la place, avancée sur le Rhin, tenait seule contre les forces coalisées, sans espoir de secours — annonce de la longue litanie de « places perdues » qui va rythmer les campagnes du Nord.
- Déclaration de guerre de l’Angleterre et de la Hollande
- « L'Angleterre et la Hollande déclarèrent solennellement la guerre aux deux couronnes : leur armée unie fut commandée par le comte d'Athlone pour les États généraux, et par le comte de Marlborough pour les Anglois. » La grande alliance nouée par Guillaume III entrait en action : la guerre de Succession d'Espagne, jusque-là confinée à l'Italie, devenait générale, et la France se trouvait affronter à la fois l'Empire, l'Angleterre et les Provinces-Unies.
- Marlborough, sa femme et leur fortune
- Portrait de Marlborough : « c'étoit milord Churchill, favori du roi Jacques, qui fit son élévation de très simple gentilhomme qu'il étoit, et frère de sa maîtresse dont il eut le duc de Berwick. » Jacques II lui donna titre et commandement lors de l'invasion du prince d'Orange, « auquel il l'auroit livré si le comte de Feversham [...] ne l'eût empêché d'aller à son camp faire une revue, où il eut avis que le piège étoit tendu ». Sa femme, favorite et dame d'honneur de la princesse de Danemark, fut confirmée quand celle-ci devint reine, qui envoya aussitôt le mari en Hollande comme ambassadeur et général, « le fit duc et chevalier de la Jarretière bientôt après. Il n'y aura que trop d'occasions de parler de lui dans la suite, à qui nos malheurs donnèrent un si grand nom. »
- Canonnade de Nimègue, etc
- « M. de Boufflers fut accusé d'avoir par incertitude manqué une occasion heureuse de le battre au commencement de la campagne : elle ne se retrouva plus ; on subsista dans leur pays. » On crut tenir les ennemis aux environs de Nimègue : « la canonnade dura tout le jour ; on leur prit quelques chariots et quelques munitions, et on leur tua quelque monde : peu à peu ils se retirèrent sous Nimègue et passèrent de l'autre côté. » Occasion encore manquée : la campagne de Flandre s'écoulait en démonstrations sans résultat pendant que l'ennemi grignotait les places.
- Places perdues
- « Kaiserswerth, Venloo, Ruremonde, la citadelle de Liège et divers petits postes perdus furent les fruits de leur campagne et les prémices de leur bonheur. » En une phrase, le bilan de 1702 dans les Pays-Bas : la ligne de la Meuse démantelée pièce à pièce par Marlborough et Athlone, sans qu'une seule bataille ait été livrée — « prémices » du long renversement de fortune que Saint-Simon voit commencer avec le siècle.
- Retour de Mgr le duc de Bourgogne et du duc du Maine
- « Mgr le duc de Bourgogne marqua beaucoup d'affabilité, d'application et de valeur ; mais en tutelle, il ne put que se laisser conduire, se présenter au feu du canon de bonne grâce, et proposer divers partis qui marquoient son envie de faire. » L'armée n'imposant plus aux ennemis, il fut rappelé à Versailles, « et M. du Maine le suivit de près ». Celui-ci n'avait su tirer parti de sa situation de premier lieutenant général : « le roi en eut une douleur qui renouvela les précédentes ; il comprit enfin que les lauriers s'offriroient ingratement à ce fils bien-aimé : il prit avec amertume la résolution de ne le plus exposer à des hasards si peu de son goût. »
- Retour du comte de Toulouse
- « Le comte de Toulouse se promena sur la Méditerranée. » De la hauteur de Civita-Vecchia, il envoya d'O complimenter le pape ; il passa à Palerme et à Messine où on lui fit de grands honneurs, « il y passoit les journées à terre, mais il coucha toujours à bord. Le pape y envoya le complimenter à son tour, sur ce qu'il fut trouvé que don Juan avoit reçu un pareil honneur autrefois. Le roi y fut fort sensible, et fit tôt après revenir le comte de Toulouse » — première campagne d'amiral sans coup férir, mais riche en précédents cérémoniels soigneusement collectionnés.
- Varennes commandant de Metz, etc., enlevé, rendu et déplacé
- Varennes, qui commandait à Metz, « allant sans précaution à Marsal sur la foi de la neutralité de la Lorraine, fut pris par un parti ». Après de longues contestations, le roi prétendant que c'était à M. de Lorraine de le faire rendre, celui-ci « en craignit les suites et obtint sa liberté comme ayant été pris mal à propos ». Saint-Simon exécute le personnage : « c'étoit une manière d'ennuyeux important qui, parce qu'il étoit fort proche du maréchal d'Huxelles et de M. le Premier [...], avoit tout fait et tout mérité, et qui à la valeur près ne méritoit que l'oubli. Il trouva son poste rempli par Locmaria, et ne servit plus depuis. »
- Blainville lieutenant général, et Brancas, brigadier sortent de Kaiserswerth
- « Blainville, après plusieurs assauts et un siège soutenu au double de ce qu'on en devoit attendre, à bout d'hommes, de vivres et de munitions, et ouverts de toutes parts, rendit Kaiserswerth, qu'on n'essaya pas même de secourir. Il fut fait lieutenant général et le marquis de Brancas brigadier, à qui nous verrons faire une rare fortune. Il avoit fort bien fait dans cette place à la tête du régiment d'Orléans, où il avoit passé depuis peu de lieutenant de galère qu'il avoit été assez longtemps. » La belle défense récompensée — et l'abandon de la place passé sous silence.
- Rouen soustroit à la primatie de Lyon
- « Le roi jugea deux procès singuliers. » Le premier : « Colbert, archevêque de Rouen, prétendit soustraire sa métropole à la primatie de Lyon, reconnue par celles de Tours, de Sens et de Paris ; Saint-Georges, archevêque de Lyon, défendit sa juridiction. Les deux prélats étoient savants, et leurs factums furent curieux, historiques et pièces de bibliothèque. » Pontcarré, maître des requêtes, rapporta l'affaire devant des commissaires puis devant le roi, « qui y donna deux conseils entiers en un même jour, et gain de cause à l'archevêque de Rouen » : la métropole normande échappait au primat des Gaules.
- Aubercourt et les jésuites condamnés
- Le second procès touchait les jésuites, « qui seuls dans l'Église [...] ont un quatrième vœu qu'ils ne font faire qu'à qui d'entre eux il leur plaît » : liés à eux sans que la compagnie le fût à eux, les renvoyés — parfois après quinze ou vingt ans — prétendaient rentrer dans leur part d'héritage, fort d'une déclaration d'Henri IV de 1604. La famille du P. d'Aubercourt résista ; les jésuites firent évoquer l'affaire devant le roi, « tout à fait favorable aux jésuites », qui « voulut bien que les juges s'en aperçussent ». Mais « la subversion des familles par ces retours surannés à partage » détermina les juges : le chancelier « parla si fortement, qu'Aubercourt et les jésuites furent condamnés, et que, pour couper toute racine de prétention, l'édit de 1604 fut révoqué ». Le roi, ne pouvant user d'autorité sur le fond, « succomba au moins en quelque chose à son affection pour les jésuites » en ajoutant de sa pleine puissance une pension viagère pour les renvoyés. « Ce fut néanmoins une grande douleur aux jésuites que cet arrêt » — qui obtinrent bientôt bénéfices et abbaye pour leur fidèle Aubercourt.
- Grand prieur veut rendre ses bénéfices, et va servir sous Catinat avec vingt mille livres de pension
- « Le grand prieur, noyé de dettes, voulut rendre les siens au roi à condition qu'il y seroit mis un économe chargé de payer tout ce qu'il devoit, même après sa mort, jusqu'à parfait acquit. Il falloit le consentement de Rome pour une condition si étrange. Cela dura et varia fort longtemps. » Mme de Maintenon, par M. du Maine, « s'employa si bien pour lui, qu'il arracha, mais sourdement, une pension de vingt mille livres, et qu'il obtint vers le milieu de l'été d'aller servir de lieutenant général dans l'armée du maréchal Catinat » — le coup de caveçon du printemps déjà amorti par les protections.
- Cinq grands d’Espagne chevaliers de l’ordre
- Le jour de la Pentecôte, « le roi déclara au chapitre cinq grands d'Espagne chevaliers de l'ordre », choisis parmi les plus attachés à son petit-fils, qui les lui avait demandés. Pour le cardinal Portocarrero, il fit « ce qui étoit jusqu'alors sans exemple, et qui n'en a pas eu depuis » : le nommer d'avance à la première place de cardinal de l'ordre vacante, avec permission de le porter en attendant, croix envoyée « de plus de cinquante mille écus » — « il n'y avoit point de règle qui ne dût faire hommage à ses services ». Les quatre chevaliers : le marquis de Villafranca, majordome-major ; le duc de Medina-Sidonia, grand écuyer ; le comte de Benavente, sommelier du corps ; et le duc d'Uzeda, ambassadeur à Rome, « Acuña y Pacheco y Sandoval et beau-frère du duc de Medina-Celi ».
- Rude chute de M. de La Rochefoucauld à la chasse
- « M. de La Rochefoucauld, emporté par son cheval à la chasse à Marly, fut désarçonné et se cassa le bras gauche entre le coude et l'épaule, qu'il avoit eu rompue autrefois au passage du Rhin. Le roi et Monseigneur y accoururent avec toute sorte d'amitié. Félix lui raccommoda le bras, et il en fut quitte pour le mal. » L'accident du grand veneur, vers la mi-juillet, sert surtout d'occasion au démêlé de bâton qui suit entre les capitaines des gardes.
- M. de Duras perd une prétention contre M. de Noailles
- M. de Noailles, premier capitaine des gardes, avait continué le bâton après son quartier pour M. de Duras, malade à Paris. M. de Duras, « accoutumé en leur absence à continuer le quartier de juillet après le sien, se disposoit à se trouver à Versailles [...] y prendre le bâton. C'étoit entre les grands officiers à qui serviroit, et cet empressement leur tournoit à grand mérite. » Noailles, averti, représenta au roi « qu'ayant commencé le quartier qui n'étoit pas celui de M. de Duras, le bâton lui devoit demeurer ; il avoit raison, le roi le jugea ainsi, et manda à M. de Duras de ne point venir et de ne songer qu'à sa santé : il entendit le françois et demeura à Paris. »
- Époque de mon intime liaison avec M. le duc d’Orléans
- « Je ne m'arrêterois pas à la bagatelle que je vais raconter, si elle n'étoit une époque très considérable dans ma vie » : à Saint-Cloud, où Mme la duchesse d'Orléans tenait sa première cour libre — « pour la première fois Saint-Cloud se vit sans tracasseries » —, Mme de Fontaine-Martel, vieille amie, attaqua M. le duc d'Orléans sur sa brouille avec Saint-Simon : avec la duchesse de Villeroy et Mme de Saint-Simon, « tous trois se mirent à dire mille choses obligeantes de moi, et M. le duc d'Orléans ses regrets de ce que je le trouvois trop libertin pour le voir, et son désir de renouer ». La vie licencieuse du prince — piquée d'émulation avec M. le Duc et Conti, aigrie par « le dégoût d'un mariage forcé » — les avait séparés depuis des années. La visite de retour « fut reçue avec empressement [...], tout se passa de si bonne grâce de sa part, que je crus me retrouver en notre ancien Palais-Royal. [...] La confiance entière en devint bientôt le sceau qui a duré jusqu'à la fin de sa vie sans lacune » : « telle fut l'époque de cette liaison intime qui m'a exposé à des dangers, qui m'a fait figurer un temps dans le monde, et [...] qui n'a pas été moins utile au prince qu'au serviteur. »
- Avances inutiles vers moi de M. et de Mme du Maine
- Contraste voulu : au même temps, M. et Mme du Maine firent à Saint-Simon des avances par sa femme et sa belle-sœur — Lauzun ayant introduit sa jeune femme à Sceaux pour se rapprocher de Mme de Maintenon. « Ils n'ignoroient pas combien leur rang me déplaisoit [...] ; la politique leur persuada, je pense, de s'ôter en moi une épine qui pourroit peut-être les piquer un jour. » Saint-Simon se sonda : « nulle faveur ne m'étoit comparable à consentir à la durée de ce rang et à renoncer à l'espérance de travailler à m'en délivrer. Je demeurai donc ferme dans mes compliments et mes refuites », jusqu'à lasser messages et reproches de Mme du Maine elle-même. « J'ai toujours cru que M. du Maine me voulut nuire dès lors, qu'il me mit mal dans l'esprit de Mme de Maintenon [...] : je n'ai su que depuis la mort du roi qu'elle me haïssoit parfaitement » — Chamillart le lui apprit alors. Suivit la brouille de Mme du Maine et de Mme de Lauzun, retenue à Marly par Mme la duchesse de Bourgogne : sortie si vive que Mme de Lauzun ne rentra de sa vie chez elle qu'aux excuses réglées des années plus tard. « Tout ce narré, qui semble maintenant inutile, retrouvera dans la suite un usage important. »
- Philippe V à Crémone
- De Milan — où le duc de Saint-Pierre le régala « d'un opéra superbe à ses dépens » — Philippe V vint à Crémone, où M. de Vendôme le salua le 14 juillet, avec M. de Mantoue et le duc de Parme. Le 29 juillet, jour où le roi devait joindre l'armée, « M. de Vendôme surprit Visconti, campé avec trois mille chevaux à Santa-Vittoria, le culbuta, le défit, prit ses bagages et son camp tout tendu, fit un grand carnage » — le reste se précipita « de fort haut dans un gros ruisseau qui en fut comblé ». Le roi d'Espagne « laissa sa cavalerie derrière pour arriver plus vite au feu qu'il entendoit ». Mantoue fut enfin débloquée par Zurlauben. Marsin, « toujours occupé de plaire, fit déclarer par le roi d'Espagne M. de Vendôme conseiller d'État [...] et le fit asseoir au despacho au-dessus de tous. Cette séance ne plut pas aux grands d'Espagne » ; le duc d'Ossone s'était dispensé de suivre le roi au feu, ce que Philippe V manda au roi.
- Combat de Luzzara
- Le 15 août, les deux armées, marchant chacune sur le camp de Luzzara, arrivèrent vers quatre heures « chacune au pied de ce rideau, sans avoir le moindre soupçon l'une de l'autre, ce qui paroît un prodige ». « Jamais combat si vif, si chaud, si disputé, si acharné ; jamais tant de valeur de toutes parts [...] ; jamais de succès si incertain ; la nuit finit le combat. » Philippe V « se tint longtemps au plus grand feu avec une tranquillité parfaite [...]. Il rioit assez souvent de la peur qu'il croyoit remarquer dans quelques-uns de sa suite » ; Louville l'attira sous des arbres « parce qu'il y seroit plus à couvert du feu », puis le ramena se montrer aux troupes. « La présence du roi d'Espagne fut un aiguillon au prince Eugène, qui dans le souvenir de la bataille de Pavie, lui fit faire des prodiges. » On compta trois mille hommes perdus, « et les ennemis beaucoup plus » ; les deux armées se retranchèrent face à face et subsistèrent longtemps « avec un péril et une vigilance continuels ». Ce combat fut enfin suivi d'un cartel en Italie.
- Marquis de Créqui tué : son caractère
- « Le marquis de Créqui, lieutenant général, y fut tué. C'étoit le seul fils du feu maréchal de Créqui et gendre du duc d'Aumont, sans enfants. Sa probité ni sa bonté ne le firent regretter de personne, mais bien ses talents à la guerre, où il étoit parvenu à une grande capacité par son application et son travail ; sa valeur étoit également solide et brillante, son coup d'œil juste et distinctif. [...] C'étoit un homme qui touchoit au bâton et qui l'auroit porté aussi dignement que son père. Il avoit été fort galant [...]. Avec cela beaucoup d'esprit, plus d'ambition encore, et tous moyens bons pour la satisfaire. » Oraison à double tranchant : le capitaine regretté, l'homme point.
- Prince de Commercy fils tué
- « Les Impériaux y perdirent les deux premiers généraux de leur armée après le prince Eugène : le prince de Commercy fut tué, et le prince Thomas de Vaudemont survécut deux ans à sa blessure », tous deux feld-maréchaux, le dernier fils unique du gouverneur du Milanais, « à qui ce fut une grande douleur. Celle de Mme de Lislebonne et de ses deux filles fut extrême » — Commercy était leur proche, qu'elles n'avaient pas vu depuis vingt ans. « Monseigneur prit des soins d'elles qui relevèrent encore leur considération. Il ne fut occupé qu'à les consoler. Quelque accoutumé qu'on doive être dans les cours aux choses singulières, ce soin du Dauphin d'une douleur qui devoit demeurer cachée se fit fort remarquer » — le neveu tué servait l'empereur. Ce fut le duc de Villeroy qui apporta la nouvelle, et retourna peu après en Italie lieutenant général.
- Autre conspiration découverte à Naples
- Sur la conspiration contre Philippe V, Saint-Simon ajoute que le vice-roi de Naples « en découvrit une à Naples qui devoit s'exécuter en cadence de l'autre. Un envoyé de Venise très suspect, et gagné par le cardinal Grimani, l'avoit tramée » — rappelé à la prière du roi. « Force moines furent arrêtés, et le duc de Noja Caraffa et le prince de Trebesaccio qui en étoient les chefs. Ils avoient vingt-cinq complices, chacun de quelque considération dans leur état. Le projet étoit de se saisir d'abord du tourion des Carmes. » Le duc de Medina-Celi, repassant par Versailles, avait nommé à Torcy plusieurs seigneurs napolitains suspects « qui se trouvèrent depuis de cette conspiration, qui fut d'abord étouffée et plusieurs complices punis ».
- Descente inutile de dix mille Anglois dans l’île de Léon, près Cadix
- Le duc d'Ormond, avec une grosse escadre, essaya de surprendre Cadix, fort dégarnie : dix mille Anglais et Hollandais s'établirent dans l'île de Léon. Mais « par leur pillage, surtout des églises », ils achevèrent « d'indisposer le pays. On ne sauroit croire avec quel zèle tout s'offrit, tout monta à cheval, tout marcha contre eux. » Deux mois d'attente vaine : « qui que ce soit ne branla » en faveur de la maison d'Autriche. Villadarias marcha enfin sur eux, et le 27 octobre ils regagnèrent leurs vaisseaux, « vivement poursuivis dans leur retraite », déchargés d'hommes et d'argent « et fort désabusés des espérances que M. de Darmstadt leur avoit données d'un soulèvement général en Espagne ».
- M. de Vendôme chevalier de la Toison
- Le reste de la campagne d'Italie fut calme : « M. de Vendôme prit Guastalla, où le roi d'Espagne vit fort les travaux. Le 28 septembre il partit pour aller à Milan, et, en disant adieu à M. de Vendôme, il lui donna le collier de l'ordre de la Toison d'or. » Récompense éclatante du vainqueur de Santa-Vittoria et de Luzzara, qui consacrait aussi la position sans égale du bâtard de bâtard de France : ministre au despacho, généralissime de fait et chevalier de la Toison de la main du roi.
- Philippe V à Milan et à Gênes, suivi du cardinal d’Estrées, donne l’Altesse au doge et fait couvrir quelques sénateurs, à l’exemple de Charles-Quint
- Le cardinal d'Estrées vint de Rome joindre le roi d'Espagne, « qui s'embarqua à Gênes pour la Provence, et de là aller par terre en Espagne suivi du même cardinal ». À Gênes, Philippe V, « sur l'exemple de Charles-Quint, traita le doge d'Altesse, et fit couvrir quelques sénateurs » — geste de majesté impériale ressuscité pour flatter la république, et que Saint-Simon note en collectionneur de précédents.
- Abbé d’Estrées va en Espagne
- L'abbé d'Estrées, neveu du cardinal, « eut ordre d'aller le trouver, pour y être chargé sous lui des affaires du roi en la place de Marsin, qui avoit instamment demandé son retour, et qui quitta le roi d'Espagne à Perpignan, dont il refusa la grandesse et la Toison, pour que cela ne tirât pas à conséquence pour les autres ambassadeurs de France, à ce qu'il écrivit au roi. Il n'étoit point marié, étoit fort pauvre, très nouveau lieutenant général ; il vouloit une fortune en France ; il l'espéra de ce refus ; on verra bientôt qu'il n'y fut pas trompé. » Le calcul du refus vaudra à Marsin le bâton de maréchal.
- Maréchal de Villeroy libre
- « Le roi eut en ce même temps nouvelle du maréchal de Villeroy qu'il alloit être libre en conséquence du cartel, dont Sa Majesté témoigna une grande joie. » Le cartel d'échange conclu après Luzzara rendait au roi son favori, prisonnier depuis Crémone — huit mois de captivité autrichienne dont la fin fut célébrée à Versailles comme une victoire.
- Marquis de Legañez vient se purger de soupçon à Versailles
- Le roi « donna aussi une longue audience au marquis de Legañez, venu exprès d'Espagne pour se justifier sur son attachement à la maison d'Autriche, et beaucoup de choses qui lui avoient été imputées en conséquence, sur lesquelles le roi parut d'autant plus content de lui, que la lenteur de son voyage avoit fait douter de son arrivée ». Le grand seigneur suspect venait se purger à Versailles même : preuve de la subordination nouvelle de la noblesse espagnole au grand-père du roi.
- Amirante de Castille se retire en Portugal
- L'amirante de Castille, « fort suspect » et nommé pour cela ambassadeur à Paris, « accepta, fit de grands et lents préparatifs, partit le plus tard qu'il put, et marcha à pas de tortue », accompagné de son bâtard, de gentilshommes de confiance et du jésuite Cienfuegos, son confesseur, ayant pris « toutes ses pierreries, ce qu'il avoit pu d'argent, et mis à couvert argent et effets. Comme il approcha de la Navarre, il disparut », gagnant par des routes détournées, aux relais secrètement disposés, la frontière de Portugal avant qu'on pût le rattraper. « Il eut tout lieu de se repentir d'avoir pris ce conseil » — la défection du premier seigneur de Castille vers le camp autrichien tournera mal pour lui.
- Cienfuegos, jésuite
- « Et son jésuite de se remercier de l'avoir donné » : le conseil de la fuite « valut enfin » à Cienfuegos « la pourpre, l'archevêché de Montréal en Sicile et la comprotection d'Allemagne, dont il jouit près de vingt ans ». Le confesseur du transfuge, passé au service de l'empereur, y fit donc l'une des grandes fortunes ecclésiastiques du siècle — trait final de l'affaire de l'amirante, où la trahison paya mieux le directeur que le maître.
- Retour des galions [qui sont] brûlés par les Anglois dans le port de Vigo, et quinze vaisseaux françois
- « Cependant les galions, retardés de près de deux années, étoient désirés avec une extrême impatience. » Châteaurenauld les ramena « très richement chargés » ; on n'osa les confier à Cadix par crainte de la jalousie espagnole, « et ils furent conduits dans le port de Vigo », malgré ses représentations sur le danger du lieu. On eut la sage précaution de transporter or, argent et effets précieux « à plus de trente lieues dans les terres, à Lugo. On y étoit encore occupé, lorsque les ennemis arrivèrent », s'emparèrent des forts, forcèrent l'estacade, rompirent la chaîne, « brûlèrent les quinze vaisseaux de Châteaurenauld, à la plupart desquels lui-même avoit fait mettre le feu, et tous ceux que les Espagnols y avoient ramenés des Indes » — il restait à bord « pour huit millions de marchandises. Ce malheur arriva le 23 octobre, et répandit une grande consternation. »
- La reine d’Espagne se fait garder à Madrid, quoique sans exemple
- « La reine d'Espagne, quelque temps auparavant, s'étoit trouvée fort inquiétée plusieurs nuits de beaucoup de bruits dans le palais de Madrid, et jusqu'autour de son appartement. Elle s'en plaignit à la junte, et demanda des gardes pour sa sûreté. » Or « jamais les rois d'Espagne n'avoient eu que quelques hallebardiers dans l'intérieur du palais, qui le plus souvent y demandoient l'aumône, et quand ils sortoient en cérémonie, quelques lanciers fort mal vêtus. Cette nouveauté de donner des gardes à la reine reçut donc beaucoup de difficultés, mais enfin lui fut accordée » — première brèche dans la vieille tradition d'un palais royal sans garde, que le règne bourbonien achèvera de transformer.
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