TOME XIX · CHAPITRE XI
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Summary
The Balsaín journey: the 'cool reception soon warmed', the audience, Segovia and its night, Chalois's Cordelier, dinner at Balsaín and the sequel at la Granja — 'how la Granja became Saint-Ildefonso', the superb charterhouse, Segovia's manufactures 'much fallen'. The replies to Dubois's and Belle-Isle's letters; the 'ridiculous rumour' the journey sets running; Their Majesties' 'strange hardihood' going and coming; more 'curious letters' from the cardinal; the duke of Arcos's 'keen feeling' on the cardinals' precedence.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Voyage à Balsaïm
- Le voyage à Balsaïm par la Guadarama : les voitures laissées au pied du mur de roc, la montée à mules par un chemin en zigzag « uni, mais étroit », si contourné « qu'en parlant un peu haut on peut causer un peu avec des gens au-dessous et au-dessus de soi, qui sont à près d'une lieue les uns des autres ». Neige épaisse, arbres chargés de frimas « qui n'étoient que les plus belles grappes et les plus brillantes » : « toute cette singularité faisoit dans son affreux quelque chose de charmant. » Balsaïm, « bâti par les Maures, et brûlé par malice sous Charles II, qui y alloit trop souvent », n'est que « le reste d'un grand et beau château » : Saint-Simon attend une heure et demie dans l'office du duc del Arco, sur des chaises de paille auprès du feu.
- Fraîche réception tôt réchauffée
- Grimaldo avait prévenu Leurs Majestés : « la réception du roi fut froide, pour ne pas dire rechignée, sans dire une parole ; celle de la reine, embarrassée mais plus humaine ». Mais la suite réchauffa tout : la reine rit de l'embarras où met le cardinal Dubois, questionna, et le roi « se radoucit », déclarant « qu'il ne vouloit point se mêler de l'intérieur de la cour de France, encore moins des disputes et des querelles ».
- Audience à Balsaïm
- L'audience dans le réduit royal — un degré de bois extérieur « comme la montée d'un paysan dans son village », un petit carré « à tenir cinq ou six personnes pressées », une seule chambre pour le roi et la reine. En tiers dans la fenêtre « parce que le jour baissoit fort » : « Qu'y a-t-il, monsieur, donc de si pressé ? » dit le roi sèchement. Saint-Simon expose la sortie du conseil « fort simplement, sans dire un mot de cabale », puis présente la relation de l'arrivée de l'infante, « ce qui plut fort au roi et le remit de belle humeur » : on fit entrer la suite, la reine s'inquiéta de son gîte, et il ne fut congédié « qu'à condition de revenir tous le lendemain dîner chez le duc del Arco » et de suivre Leurs Majestés à la Granja.
- Je couche à Ségovie
- Le coucher à Ségovie tourna à l'aventure : malgré la berline du duc del Arco et les flambeaux, « on les renvoyoit par les fenêtres comme des bandits dont on avoit peur » ; « pendant près d'une heure nous eûmes toute la peur de coucher sur ce pavé sans souper ». Une grande maison s'ouvrit enfin après menaces, mais « point de pain ni de viande » : il fallut « bien du temps et de l'industrie pour surmonter la mauvaise humeur de gens qui nous avoient reçus malgré eux », dans un pays « où les cabarets et les hôtelleries sont inconnus ».
- Ségovie
- Ségovie au matin : « ce superbe aqueduc construit par les Romains, qui paroît d'une seule pierre, et qui, sans s'être encore démenti, porte l'eau de la montagne voisine par toute la ville » — « je ne pouvois me lasser de considérer ce merveilleux édifice que tant de siècles ont respecté ». Ville « grande, bien bâtie », aux rues « moins étroites, moins obscures, moins tortues » qu'ailleurs en Espagne ; et le château, « comme Vincennes, un palais » rebâti par Charles-Quint et « une prison de criminels d'État », dont les appartements royaux rappellent Fontainebleau, Saint-Simon « ne balançant pas toutefois à préférer ceux de Ségovie ».
- Cordelier de M. de Chalois
- Au plus haut du donjon à sept étages croupissait « ce cordelier fameux que M. de Chalois amena à Paris avec tant de précaution et de mystère ». Le concierge le peignit « insatiable de romans, et guère moins de vin et de viande » ; « il juroit et blasphémoit sans cesse, et il passoit sa vie à hurler de fureur ou à chanter pour se divertir », criant « à l'injustice contre la cour d'Espagne, mais sans jamais rien laisser entendre de la cause de sa prison ». On lui passait livres, vin et nourriture à volonté, « mais on ne lui laissoit voir personne ni rien de quoi il pût s'aider pour écrire ». « Je fis ce que je pus pour le lorgner à sa fenêtre, mais je ne pus l'y apercevoir. »
- Je dîne à Balsaïm, et suis Leurs Majestés Catholiques à la Granja
- Retour à Balsaïm : « un fort splendide dîner et fort bon, quoique presque tout à l'espagnole » chez le duc del Arco, avec Santa-Cruz, San-Estevan de Gormaz et Valouse — « de fort bons vins, de très bon café, bon appétit, bons propos. Ces seigneurs espagnols étoient ravis de me voir donner sur leurs mets de bonne grâce. » Puis le roi et la reine parurent au bas du petit escalier de bois et emmenèrent tout le monde à la Granja : « le roi me parut tout accoutumé à me voir à Balsaïm ».
- Comment la Granja devenue Saint-Ildephonse
- La Granja : « ce mot espagnol veut dire une grange. C'en étoit une en effet, et tout esseulée, qui appartenoit aux moines de l'Escurial. » La solitude et l'abondance des eaux avaient décidé Philippe V à acheter le lieu « et à y bâtir la retraite dans laquelle il méditoit de se jeter dès que le prince des Asturies commenceroit à pouvoir porter la couronne, qu'il lui vouloit remettre, comme il l'exécuta depuis » — dessein connu seulement « de la reine et du P. Daubenton, qui tous deux en mouroient de peur ». La chapelle fondée en riche collégiale sous l'invocation de saint Ildephonse « a donné le nom à ce vaste palais ».
- Saint-Ildephonse
- Saint-Ildephonse, « que la retraite de Philippe V, pendant sa courte abdication, a rendu célèbre » : « il seroit difficile de trouver une situation plus ingrate, ni d'avoir mieux réussi à la rendre triste, pour ne pas dire affreuse, par le choix de l'emplacement du château », posé trop bas pour voir la plaine de Ségovie. Mais les jardins, « véritablement charmants par la variété et le bon goût », regorgent d'eaux : des jets « gros comme la cuisse, le double de la hauteur de ce beau jet d'eau de Saint-Cloud, qui faisoit la jalousie du feu roi » — la montagne « fourmilloit des plus grosses sources ». Revers : « tout le terrain de ces jardins n'étoit que roche vive et dure », creusée au pic et à la poudre, la terre rapportée à dos de mulet, si bien que les arbres, racines arrêtées par le roc, « dépériront et mourront en peu d'années ». Le commun touchait le château à trois toises : « ils vouloient entendre du bruit et voir aller et venir » — l'intention secrète étant de « désennuyer leur retraite ». La promenade dura « toute la journée sans se reposer », la reine « toujours charmante », et Bannière le courrier fut même appelé et entretenu par Leurs Majestés.
- Superbe et riche chartreuse
- Au revers de la chaîne de montagnes, « une superbe et vaste chartreuse, de plus de cent mille écus de rentes, dont le principal revenu étoit des laines fines de leurs immenses troupeaux ». Leurs Majestés Catholiques y allaient parfois, « parfaitement défrayées » — « mais la chère ne pouvoit être bonne dans un pays sans poisson et presque sans légumes ».
- Manufactures de Ségovie fort tombées
- Quant aux laines : « j'en vis les manufactures à Ségovie, qui me parurent peu de chose et fort tombées de leur ancienne réputation. »
- Je réponds aux lettres du cardinal Dubois et de Belle-Ile
- Rentré à Madrid après un dernier soir chez le roi (qui pria de retarder Bannière pour le charger de ses paquets), Saint-Simon conta tout à Grimaldo, puis répondit au cardinal Dubois « nettement » : s'il avait été à Paris, « rien ne m'auroit empêché de sortir du conseil » ; Leurs Majestés Catholiques « ne faisoient aucun cas de cet événement ». Il allongea de Balsaïm, de Saint-Ildephonse, et finit « par des compliments sur ses lumières à prévenir, et sa sagesse et son habileté à détruire tous les complots » — « je tâchai d'ajuster cette fin, en sorte qu'il ne crût pas que je me moquois de lui, comme néanmoins je faisois en effet ». À Belle-Ile, même style, plus la pointe sur Chavigny : le réaccréditer « seroit pour moi de trop longue haleine » — « c'étoit encore me moquer d'eux et leur faire comprendre que je ne serois pas la dupe de leurs prétextes de me retenir en Espagne ».
- Bruit ridicule que fait courir mon voyage de Balsaïm
- Ce voyage si brusque à Balsaïm malgré les défenses « à qui que ce fût, sans exception », fit courir « le bruit le plus ridicule » : « que je quittois le caractère d'ambassadeur de France, et que j'allois être déclaré premier ministre d'Espagne ». Le peuple « se mit à crier après moi dans les rues », s'assembla autour de la maison ; et le marquis de Montalègre, sommelier du corps, « accourut à moi, m'embrassa », transporté de joie — puis, détrompé, « jetant sur moi des yeux de dépit et de colère, tourna tout court, et me quitta sans révérence et sans me répondre un seul mot ».
- Hardiesse étrange de Leurs Majestés Catholiques allant et venant de Balsaïm
- Bagatelle « mais singulière » réparée ici : le roi et la reine passaient la Guadarama « dans un grand carrosse de la reine à sept glaces », si large qu'« il n'y avoit pas deux doigts de marge entre leurs roues et le précipice » et qu'en plusieurs endroits « les roues portoient à faux et en l'air, tantôt cent, tantôt deux cents pas ». Des paysans commandés en grand nombre tenaient le carrosse « par de longues et fréquentes courroies » à travers les rochers. « Le roi et la reine n'en avoient pas la moindre peur. Les femmes qui la suivoient en mouroient. » — « Je n'ajouterai point de réflexions à un usage si surprenant. »
- Autres lettres curieuses du cardinal Dubois à moi
- Une lettre de Dubois du 8 mars, « dont le singulier entortillement me divertit », acheva de décider le départ : « un tissu de oui et de non », l'importance de rester, le désir du retour, « toujours la condition de ne partir point sans avoir accrédité Chavigny », le tout remis « à ma prudence ». Comprenant que les lettres suivantes « se trouveroient d'un style décisif », appuyées de celles du régent « que le cardinal Dubois faisoit telles que bon lui sembloit », Saint-Simon prit jour dès le lendemain pour son audience de congé. « J'avouerai même que ce ne fut pas sans peine que je quittai un pays où je n'avois trouvé que des fleurs et des fruits, et auquel je tenois et je tiendrai toujours par l'estime et la reconnoissance. »
- Vif sentiment du duc d’Arcos sur la préséance des cardinaux au conseil de régence
- Dans la visite d'adieu au duc et à la duchesse d'Arcos, le duc « me conjura de ne rentrer point au conseil de régence et de ne céder point aux cardinaux » — « je le suppliai de n'avoir pas assez mauvaise opinion de moi pour en être en peine ». Quelque rang que les cardinaux eussent « peu à peu usurpé en Espagne, on ne l'y supportoit qu'avec dépit » : depuis que l'affaire fut publique, « je ne vis, ni grands surtout, ni même gens de qualité qui n'en fussent indignés ».
- Cardinaux, chanoines de Tolède, mêlés avec les autres chanoines en leur rang d’ancienneté entre eux
- Curiosité vérifiée sur ce grand rang des cardinaux : Pecquet, dépêché à Tolède pour suivre « pas à pas » le cardinal Borgia, chanoine de Tolède, le vit au chœur « en rochet et camail violet… ayant des chanoines au-dessous et au-dessus de lui, sans chaire vide entre eux et lui », avec pour seule distinction le tapis et les carreaux de velours rouge « qu'ont les grands d'Espagne dans les églises » ; et en procession, « marcher en son rang d'ancienneté de chanoine… sans que la queue du cardinal Borgia fût portée par personne ». « Voilà de ces choses qu'il faut avoir vues pour les croire, avec la superbe cardinalesque et les immenses usurpations de ces prétendus égaux des rois. »
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