TOME XVIII · CHAPITRE XIV

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Summary

The ambassador's life: the form of the king of Spain's private audiences and the queen's 'jealousy to be always present'; Grimaldo's 'important stroke of friendship'; the 'admirable and surprising' illumination of the Plaza Mayor; the superb ball where 'Their Catholic Majesties dance and make me dance'; 'escaped with all advantage from all cardinal Dubois's snares, I perceive his pique through his praises'; the private audience of the morrow, the queen's game, Grimaldo's service, the office for don Patricio Laullez; the king of Spain's attachment to the Jesuits.

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Forme de demander les audiences particulières du roi d’Espagne
La demande directe d'audience faite au roi pendant la lecture du contrat « étoit contraire à l'usage de cette cour, où les ambassadeurs et tous les sujets ne la demandent qu'en s'adressant à celui qui est préposé pour en rendre compte au roi » — alors La Roche, qui avait aussi l'estampille — « et leur dire le jour et l'heure, quand le roi accorde l'audience, qu'il ne refuse jamais aux ministres étrangers et rarement à ses sujets ».
Jalousie de la reine pour y être toujours présente
Une heure et demie après, lettre de Grimaldo « qui me demandoit si j'avois à dire quelque chose de particulier au roi sans la reine » : jalousie de la reine, toujours présente aux audiences particulières. Saint-Simon répondit qu'il « serois très fâché qu'elle ne se trouvât pas à cette audience ».
Trait important d’amitié pour moi de Grimaldo
Ce billet fut un trait d'amitié capital : sans lui, la reine « auroit su également par le roi ce que je lui aurois dit sans elle, et ne me l'auroit jamais pardonné ».
Illumination de la place Major, admirable et surprenante
L'illumination de la place Major : « en entrant sur le balcon la parole me manqua de surprise plus de sept ou huit minutes ». Sur chaque balcon des cinq étages parfaitement pareils, « deux gros flambeaux de cire blanche, simplement appuyés » : « il est incroyable la clarté que cela donne, la splendeur en étonne et a je ne sais quelle majesté qui saisit. On y lit sans peine les plus petits caractères. » Le peuple s'amassa sous les fenêtres criant « Señor, tauro ! tauro ! » — réclamant une fête de taureaux « que le roi ne vouloit plus permettre depuis plusieurs années par principe de conscience ».
Bal superbe chez le roi d’Espagne
Le soir, bal superbe au salon des Grands « jusqu'après deux heures après minuit » : les six fauteuils, la camarera-mayor sur son carreau noir « tenant un grand chapelet à découvert, causant et devisant sur le bal et les danses, tout en marmottant ses patenôtres », trois évêques en camail, les dames des grands sur leurs carreaux, et « la parure éclatoit avec somptuosité : il faut avouer que le coup d'œil de nos plus beaux bals parés n'approche point de celui-là ». Saint-Simon et Maulevrier eurent des ployants « sans jalousie devant nous, qui fut une faveur singulière ».
Leurs Majestés Catholiques y dansent et m’y font danser
« La danse de ce prince fut pour moi un grand sujet de surprise ; en dansant ce fut tout un autre homme, redressé du dos et des genoux, de la justesse, en vérité de la grâce. Pour la reine, je n'ai vu qui que ce soit danser mieux en France. » Puis la princesse de Robecque vint « me dénicher dans ma reculade pour me prendre à danser » ; la reine appela : « le roi et elle vouloient que je dansasse ». « J'alléguai mon âge, mon emploi, tant d'années que je n'avois dansé ; tout fut inutile, le roi s'en mêla, enfin commandèrent et de façon qu'il fallut obéir ; je m'en tirai donc comme je pus » — jusqu'aux contredanses, dont il sortit « fort en sueur, avec un habit très pesant ».
Échappé avec tout avantage de tous les pièges du cardinal Dubois, j’en aperçois son dépit à travers ses louanges
Bilan triomphal envoyé par courrier le 28 : signature par Leurs Majestés elles-mêmes « contre tout usage et exemple », deux instruments originaux, le traitement de frère passé, les témoins réduits à l'acte séparé, le piège de l'instrument français retourné. Mais les réponses de Dubois, « farcies » de « louanges excessives » et de chicanes de détail, montrèrent « le dépit, caché sous tant de fleurs et de parfums, qu'il ressentoit de me voir échapper contre toute espérance à tant de sortes de parties qu'il avoit pris tant de soin à me dresser » — friponnerie « trop profonde et trop adroitement ourdie pour la croire du seul cru de Maulevrier ». « S'il eut le chagrin de me voir hors des prises, on verra qu'il sut bien s'en dédommager sur ma bourse. »
Audience particulière que j’eus seul le lendemain de la signature
À l'audience du lendemain, la reine s'avança : « Ho çà, monsieur, point de façons ; vous avez envie de dire au roi quelque chose en particulier, je m'en vais à la fenêtre et vous laisser faire. » Saint-Simon protesta « que je n'ouvrirois pas la bouche devant le roi qu'elle ne fût retournée près de lui » — remerciements, louanges de l'infante, de l'illumination, du bal, « sur quoi la reine se mit fort à louer le roi d'Espagne, et à me faire admirer jusqu'à sa beauté, dont il ne fit que sourire ».
Manége de la reine
Le manège de la reine était transparent : elle gagna la fenêtre « comme en deux sauts légers », mais « elle auroit su également par le roi ce que je lui aurois dit sans elle, et ne me l'auroit jamais pardonné ».
Service de Grimaldo
Le service de Grimaldo — son billet de la veille — avait permis d'éviter ce piège : Saint-Simon en vit « dès en approchant de Leurs Majestés Catholiques, l'importance ».
Office à don Patricio Laullez
Il fit ensuite l'office pour don Patricio Laullez « par la passion que j'avois de rendre utilement à cet ambassadeur les services que j'en avois premièrement reçus » : « le roi d'Espagne m'écouta là-dessus avec satisfaction, mais beaucoup plus la reine, qui en mêla quelques mots à mon discours en regardant le roi avec un désir très marqué d'en attirer des grâces à Laullez ».
Attachement du roi d’Espagne aux jésuites, peu conforme au goût de la reine
Le roi interrompit « pour me dire, sans occasion et tout à coup, qu'il désiroit que l'infante fût mise sous la conduite d'un jésuite, pour former sa conscience et lui apprendre la religion ; qu'il avoit eu toute sa vie confiance aux pères de la compagnie ». « Ce désir me parut en lui d'autant plus affectionné, que la reine, qui entroit toujours dans tout ce qu'il disoit, ne dit alors presque rien ; que le peu qu'elle dit fut très foible, le roi poussant toujours sa pointe. »
Bontés ou compliments singuliers de la reine pour moi
Puis la grâce inouïe : la reine « me dit avec un air de bonté qu'il ne falloit point qu'il y eût d'heure pour moi, ni d'étiquette ; que je pouvois les venir voir à toute heure, quand je voudrois, sans audience et sans avoir rien à leur communiquer ; que le roi et elle seroient ravis de me voir ainsi familièrement ».
Audience particulière du comte de Céreste
« Le comte de Céreste, frère du marquis de Brancas, désiroit avoir l'honneur de présenter au roi une lettre de son frère » — Brancas avait eu « permission d'écrire au roi d'Espagne ». Céreste fut appelé aussitôt après : « cette audience s'étoit tout à fait passée à sa satisfaction ».
Je consulte Grimaldo sur les bontés ou les compliments de la reine
Saint-Simon consulta Grimaldo sur l'invitation royale : « je craignis que ce couvi redoublé de chose qui sans exception n'étoit accordée à personne ne fût qu'un excès de politesse » ; « j'eus peur aussi qu'en usant sans l'attache pour ainsi dire de Grimaldo, il n'en conçût de la jalousie ».
J’en reçois un bon conseil
Grimaldo conseilla « de regarder l'invitation de la reine comme une politesse, une honnêteté singulière, mais dont le roi et elle ne seroient pas fort aises que j'en usasse, et qu'ils s'en trouveroient bientôt importunés ; que, de plus, je n'avancerois rien dans ces particuliers, si j'y voulois mêler des affaires sur lesquelles ils ne me répondroient point sans s'en être consultés ».
Confiance et amitié véritable entre ce ministre et moi
« Je le remerciai fort de son conseil, que je l'assurai que je suivrois, comme je fis en effet. De cette façon je fus avec ce ministre sur un pied d'amitié, de liberté, de confiance, qui, outre les agréments, les facilités et la commodité qu'il me procura, me fut aussi extrêmement utile. »
Pompe de Leurs Majestés Catholiques allant à Notre-Dame d’Atocha
L'après-dînée, Leurs Majestés allèrent « en pompe à Notre-Dame d'Atocha, la grande dévotion du pays » : le long cortège de carrosses, la camarera-mayor « seule dans son carrosse, à ses armes et à ses livrées », les gardes espagnoles et wallonnes en haie, « les boutiques ornées de gradins chargés avec élégance de tout ce que ces orfèvres ont de plus riche », les balcons « magnifiquement ornés de tapis pendants », le tout « admirablement illuminé au retour » : « le spectacle le plus imposant que j'aie jamais vu par sa majesté et par la plus superbe magnificence et la plus parfaitement ordonnée ». Montalègre conseilla aux deux ambassadeurs de s'abstenir d'y paraître.
Compétence entre les deux majordomes-majors, uniquement aux audiences publiques de la reine, qui en exclut celui du roi, et entre les mêmes et les deux grands écuyers, uniquement dans les carrosses du roi et de la reine, qui en exclut les deux majordomes-major
Curiosité des compétences : le carrosse commun de la reine « ne va plus, parce que le majordome-major n'y veut pas céder la première place au grand écuyer qui l'a de droit » dans les carrosses ; et « le majordome-major du roi ne se trouve jamais aux audiences publiques de la reine », où le majordome-major de la reine « est en droit et en usage de la première place et de ne la pas céder » — tandis que celui de la reine assiste sans prétention aux audiences du roi.
Départs (18 novembre) de Mlle de Montpensier de Paris
Le jeudi 27 au matin, un courrier apporta « l'avis du départ de Paris de Mlle de Montpensier, le 18 novembre, de ses journées, de ses séjours, de son accompagnement et de sa suite », avec le récit des honneurs faits au duc d'Ossone et à la princesse.
Leurs Majestés Catholiques donnent une longue audience à Maulevrier et à moi seuls, étant au lit, contre tout usage d’y être vus par qui que ce soit
Les deux ambassadeurs coururent au palais : « Leurs Majestés Catholiques étoient encore au lit. Or, il est inouï que qui que ce soit les vît jamais au lit » — elles firent pourtant entrer. Dans une très petite pièce, « un lit de quatre pieds et demi tout au plus, de damas cramoisi » : « le roi, presque tout couché sur des oreillers, avec un petit manteau de lit de satin blanc ; la reine à son séant, un morceau d'ouvrage de tapisserie à la main, des pelotons près d'elle, des papiers épars sur le reste du lit ». « Bonne nouvelle ! sire : Mlle de Montpensier est partie le 18. » « La joie se peignit à l'instant sur leurs visages » ; la conversation « dura plus d'une heure ». Au nom de Rialp, « c'est un Catalan », dit le roi piqué ; réponse en le regardant fixement : « Sire, il n'y a rien de plus mauvais que les transfuges, ils sont pires que tous les autres » — « la reine se mit à rire », sentant que le trait « portoit à plomb » sur les réfugiés français de l'affaire de Cellamare.
Maulevrier en étrange habitude de montrer au ministre d’Espagne les dépêches qu’il devois de sa cour
Étonnement dans cette audience : Maulevrier « tira la dépêche de sa poche et se mit à la leur lire d'un bout à l'autre. Elle ne contenoit rien qui ne pût être vu ; mais qu'un ambassadeur montre ses dépêches au prince auprès duquel il est ou à son ministre me parut la chose du monde la plus dangereuse et un sacrilège d'État ; je sus depuis que Maulevrier étoit dans cette habitude. »
Départ de Leurs Majestés Catholiques pour Lerma
L'après-dînée, départ de Leurs Majestés pour Lerma : « j'en reçus là encore mille marques de bonté. Tous deux, surtout la reine, insista à deux ou trois reprises à ce que je ne différasse pas après eux à me rendre à Lerma, sur quoi je les assurai que je m'y trouverois à leur arrivée et à la descente de leurs carrosses. » Le courrier du soir emporta dépêches et instrument signé, confié à « un gentilhomme de bon lieu, peu à son aise, lieutenant dans le régiment du marquis de Saint-Simon », pour qui furent demandées « la commission de capitaine, la croix de Saint-Louis et une pension ». « La façon dont on verra que ces trois choses furent accordées mérite assurément de trouver place ici. »
Je présente enfin une lettre du roi à l’infante au moment de son départ pour Lerma
« Ce même courrier m'apporta enfin la lettre du roi pour l'infante, que je lui allai présenter au moment de son départ pour Lerma, qu'elle reçut de la meilleure grâce du monde. »
Je reçois chez moi les compliments de la ville de Madrid
« Le roi d'Espagne, ayant appris que la ville de Paris avoit été par ordre du roi faire compliment au duc d'Ossone, voulut que je reçusse le même honneur, que la ville de Madrid me vint rendre dès le lendemain. »
Lettre curieuse du cardinal Dubois à moi, sur l’emploi de l’échange des princesses
La lettre particulière de Dubois du 18 novembre « m'apprenoit, comme si je l'avois ignoré, le choix fait du prince de Rohan pour l'échange des princesses, avec toutes les raisons de ce choix qui sentoient l'embarras et l'excuse » — « en homme qui sentoit que j'aurois dû être chargé de l'échange ». « Je ne dissimulerai pas que cette lettre me fit un peu rire » : ayant l'ambassade, « l'emploi unique par lequel je pouvois arriver à ce que je m'étois proposé », « le choix du prince de Rohan ne me fit aucune peine ».
Santa-Cruz chargé par le roi d’Espagne de l’échange des princesses
« Le marquis de Santa Cruz, ancien grand d'Espagne de Philippe II et de grande maison, majordome-major de la reine, fut chargé de l'échange des princesses de la part du roi d'Espagne avec le prince de Rohan. »
Je prends avec lui d’utiles précautions à l’égard du prince de Rohan, chargé par le roi du même échange
« Je compris bien que le seigneur breton voudroit y faire le prince, et qu'il falloit exciter sur cela el punto du seigneur espagnol. » Par le duc de Liria, ami intime de Santa Cruz, et directement, Saint-Simon fit sentir « toute la conséquence pour la dignité des grands » des titres et qualités de l'acte d'échange : « Santa Cruz étoit haut et sentoit fort tout ce qu'il étoit. Il comprit qu'il ne falloit pas mollir dans une occasion pareille, il me le promit bien positivement et il me tint parole très fermement. »

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