TOME I · CHAPITRE XIX
Read the full text of the chapter (in French) →
Summary
Cavoye's fortune; the aborted descent on England, James II at Calais for nothing. Then a litany of deaths that sets the chapter's tone: Mme de Guise, Blanchefort, Saint-Géran (with his widow's portrait), the pious Mme de Miramion, the proud Mme de Nesmond — and Mme de Sévigné, saluted with a famous eulogy. The bishop of Orléans's outburst against La Rochefoucauld over a place behind the king. La Bruyère dies too, with Daquin the ex-physician and the queen mother of Spain.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Cavoye et sa fortune
- Cavoye, ou le courtisan inexplicable : « il y a dans les cours des personnages singuliers, qui sans esprit, sans naissance distinguée, et sans entours ni services, percent dans la familiarité de ce qui y est le plus brillant, et font enfin, on ne sait pourquoi, compter le monde avec eux. » Exclu par Louvois de la promotion militaire de 1688 pour cause d'amitié avec Seignelay — « il en pensa mourir de douleur » —, il menace de quitter la cour ; le roi le retient : « il y avoit trop longtemps qu'ils étoient ensemble pour se séparer. » Suit le « roman » de sa fortune : Mlle de Coetlogon, fille de la reine, « s'éprit de Cavoye jusqu'à la folie » — quittant toute parure pendant ses campagnes, refusant de servir le roi à table tant qu'il fut à la Bastille, lui présentant « ses ongles » — jusqu'à ce que le roi impose le mariage en dotant la fille de la charge de grand maréchal des logis. « Il a depuis bien vécu avec elle, et elle toujours dans la même adoration… c'est quelquefois une farce de voir les caresses qu'elle lui fait devant le monde, et la gravité importunée avec laquelle il les reçoit. »
- Projet avorté sur l’Angleterre
- Le projet sur l'Angleterre : Berwick, parti « sous prétexte d'aller faire la revue des troupes », va secrètement sonder le parti jacobite en Angleterre, « où il fut découvert, et au moment d'être arrêté et peut-être pis ». Son retour donne de telles espérances que tout se prépare à Calais — troupes, escadre, Harcourt commandant sous le roi Jacques.
- Le roi d’Angleterre à Calais
- Mais « ces messieurs s'y morfondirent tout le reste de l'hiver et tout le printemps, longtemps contrariés des vents, puis bloqués par les vaisseaux anglois ». « Tout échoua de la sorte comme il arriva toujours aux projets de ce malheureux prince », qui revient à Saint-Germain, les troupes rejoignant la Flandre.
- Mort de Mme de Guise ; du marquis de Blanchefort ; de M. de Saint-Géran
- Mort de Mme de Guise, « bossue et contrefaite à l'excès », qui « avoit mieux aimé épouser le dernier duc de Guise que de ne se point marier » : long récit de ce mariage inégal négocié par Mlle de Guise, où tous les respects dus à une petite-fille de France furent maintenus — M. de Guise debout à donner la serviette, n'ayant qu'un ployant, admis chaque jour au bout de la table sur l'ordre de sa femme, « sans que le rang de la femme baissât en rien ». Veuve dès 1671, son fils mort à cinq ans, elle vécut « très pieuse et tout occupée de la prière et de bonnes œuvres », régentant l'intendant d'Alençon « comme un petit compagnon », dirigée par M. de la Trappe. Morte le 17 mars, cancer caché, enterrée sur son ordre « aux Carmélites, et en tout comme une simple religieuse ». Meurent aussi le marquis de Blanchefort, second fils du maréchal de Créqui, et M. de Saint-Géran — le héros du fameux procès sur son état —, tombé mort dans Saint-Paul « au sortir de ses dévotions ».
- Mme de Saint-Géran
- Mme de Saint-Géran, « charmante d'esprit et de corps », l'avait été « pour d'autres que pour lui ; leur union étoit moindre que médiocre » — Seignelay entre autres l'avait fort aimée. « Sa viduité ne l'affligea pas ; elle ne sortoit point de la cour et n'avoit pas d'autre demeure » : femme d'excellente compagnie « qui fourmilloit d'amis et d'amies ».
- Mort de Mme de Miramion
- Mort de Mme de Miramion, née Bonneau, « et ce fut une véritable perte » : veuve à dix-neuf ans, jeune, belle et riche, enlevée par Bussy-Rabutin qui voulait l'épouser absolument — en arrivant au château, « elle prononça devant ce qu'il s'y trouva de gens un vœu de chasteté, puis dit à Bussy que c'étoit à lui à voir ce qu'il vouloit faire ». Bussy, « étrangement déconcerté de cette action si forte et si publique », relâche sa proie. Consacrée dès lors aux bonnes œuvres, fondatrice de la communauté de Sainte-Geneviève sur le quai de la Tournelle, considérée du roi, des ministres et des magistrats — considération « dont son humilité ne se servoit qu'avec grande réserve et pour le bien des autres ».
- Mme de Nesmond ; son orgueil
- Sa fille, Mme de Nesmond, fait contraste : « devenue veuve se fit dévote en titre d'office et d'orgueil, sans quitter le monde qu'autant qu'il fallut pour se relever sans s'ennuyer. » « Ce fut la première femme de son état qui ait fait écrire sur sa porte hôtel de Nesmond. On en rit, on s'en scandalisa, mais l'écriteau demeura et est devenu l'exemple et le père de ceux qui de toute espèce ont peu à peu inondé Paris. » — « une créature suffisante, aigre, altière, en un mot une franche dévote ».
- Mort de Mme de Sévigné
- Mort de Mme de Sévigné à Grignan, « chez sa fille, qui étoit son idole et qui le méritoit médiocrement » : « cette femme, par son aisance, ses grâces naturelles, la douceur de son esprit, en donnoit par sa conversation à qui n'en avoit pas, extrêmement bonne d'ailleurs, et savoit extrêmement de toutes choses sans vouloir jamais paraître savoir rien. » Saint-Simon était « fort des amis » du jeune marquis de Grignan, son petit-fils.
- Éclat de l’évêque d’Orléans contre le duc de La Rochefoucauld, sur une place derrière le roi donnée au dernier
- L'éclat de M. d'Orléans : au carême du P. Séraphin — l'homme du mot « sans Dieu point de cervelle » —, le roi reproche à La Rochefoucauld de n'aller jamais au sermon ; celui-ci, « en courtisan avisé », plaide qu'il ne peut demander une place comme les derniers de la cour — et le roi lui donne sur-le-champ une quatrième place derrière lui, auprès du grand chambellan. Or c'était celle que M. d'Orléans, premier aumônier, « à force de s'y mettre la vouloit croire sienne » : hauts cris, brouille ouverte avec son ami de tout temps, cabale de M. le Grand et des Lorrains, « toute la cour se partialisa ». La Rochefoucauld, « vraiment affligé de perdre son amitié, fit fort au delà de ce dont il étoit ordinairement capable » ; M. d'Orléans, inflexible, « s'en alla bouder dans son diocèse ». M. de Vendôme, lui, avait fait rire le roi : il ne pouvait « aller entendre un homme qui disoit tout ce qu'il lui plaisoit sans que personne eût la liberté de lui répondre ».
- Mort de La Bruyère ; de Daquin, ci-devant premier médecin ; de la reine mère d’Espagne
- Trois morts pour finir : La Bruyère, d'apoplexie à Versailles, « après avoir surpassé Théophraste en travaillant d'après lui, et avoir peint les hommes de notre temps dans ses Nouveaux Caractères d'une manière inimitable » — « fort honnête homme, de très-bonne compagnie, simple, sans rien de pédant et fort désintéressé ; je l'avois assez connu pour le regretter ». Daquin, l'ancien premier médecin, « ne put survivre longtemps à sa disgrâce » et meurt en arrivant à Vichy, « et avec lui sa famille qui retomba dans le néant ». Et la reine mère d'Espagne, d'un cancer : « méchante et malhabile femme, toujours gouvernée par quelqu'un », qui remplit de troubles la minorité de son fils, rendit fort malheureuse la fille de Monsieur et « haïssait extrêmement la France et les François » — « en sorte que le roi en drapa pour un an sans regret ».
◀ Previous chapter · ← Back to the chapter table · Next chapter ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved