TOME X · CHAPITRE XI
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Summary
The great legal work continued: conferences with Beauvilliers on the forms; the 'essential difference of validity' between the king of Spain's renunciation and those of Berry and Orléans; the king 'susceptible of no other form than an ordinary registration'; Beauvilliers's 'extreme pain' at the author's objections, who proposes 'an unheard-of way out' and 'annihilates himself' before him; the two dukes' powerful means of supporting valid forms — and the author bringing them to let the king settle all without resistance.
The entries
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- Conférences sur les formes des renonciations entre le duc de Beauvilliers et moi
- Restait à MM. de Chevreuse et de Beauvilliers « à voir comment ils s'y prendroient pour oser faire au roi une proposition qu'il trouveroit si choquant cette autorité dont il étoit idolâtre, à la déification de laquelle il avoit employé tout son règne. Ils m'ont laissé ignorer ce qui se passa là-dessus » — soit qu'ils n'aient pas osé, soit « qu'ils aient été repoussés sans espérance ». Vers la fin de Fontainebleau, M. de Beauvilliers déclara à Saint-Simon « que le roi n'entreroit jamais dans ces formes, et qu'il ne vouloit ouïr parler que d'un simple enregistrement des renonciations au parlement et tout au plus d'y appeler les deux princes intéressés et les pairs ; encore n'en voudroit-il pas répondre ».
- Différence essentielle de validité entre celle du roi d’Espagne et celle des ducs de Berry et d’Orléans
- Saint-Simon répliqua que « cela n'auroit nulle validité ; que les alliés seroient bien simples s'ils s'en contentoient, et les deux princes intéressés encore plus, à qui cela coupoit la gorge ». Car les renonciations étaient doubles et réciproques : en Espagne, las cortes — grands, prélats, noblesse, conseils, députés des villes, le roi présidant — donnaient à toute législation une forme certaine « où tout ce qui passoit étoit immuable » ; les renonciations de MM. les ducs de Berry et d'Orléans y passeraient « en loi, sans retour pour eux et leur postérité », tandis que celle du roi d'Espagne à la couronne de France, « destituée de celle de la nation française à lui et aux siens…, ne seroit qu'un vain leurre », laissant la branche d'Anjou aînée dans tous ses droits.
- Le roi non susceptible d’aucune autre forme que d’un enregistrement ordinaire
- Le lendemain, Beauvilliers représenta « la nécessité pressante de la paix, les instances continuelles des Anglois…, l'impossibilité de vaincre le roi sur un article qui lui étoit aussi sensible que celui de son autorité unique » : l'enregistrement des traités étant d'usage et n'allant qu'à promulguer son autorité, non à la confirmer, le roi y consentirait ; mais on aurait peine à obtenir même un enregistrement séparé, et surtout d'y faire appeler les pairs, « par cette délicatesse extrême d'autorité qui l'effaroucheroit…, et qui le hérisseroit par le soupçon d'une autorité confirmative de la sienne ».
- Peine extrême du duc de Beauvilliers là-dessus, sur ce que je lui représente
- Beauvilliers conjura Saint-Simon de ramener les deux princes « à l'absolue nécessité ». Refus : « c'étoit à eux, que la chose regardoit, à prendre leur parti d'eux-mêmes » ; s'ils faisaient instruire les Anglais, ceux-ci « tiendroient ferme, et obligeroient enfin le roi à les contenter…, pour ne laisser pas persuader l'Europe que, par cette feinte de délicatesse d'autorité, il se vouloit moquer de toute l'Europe…, et les éblouir d'un enregistrement vain qui laissoit la branche d'Anjou dans tous ses droits, et en état, si le cas en arrivoit, de porter à la fois les deux couronnes de France et d'Espagne, après tant de sang répandu pour l'empêcher. Ce propos, vrai et solide, effraya étrangement le duc de Beauvilliers. »
- Le duc de Beauvilliers de plus en plus en peine
- Le lendemain matin, Beauvilliers envoya prier Saint-Simon de venir : « il n'avoit point pu dormir de la nuit dans le détroit où je l'avois laissé. Il m'exhorta de nouveau, je demeurai ferme. » Saint-Simon vivait « une vraie angoisse de résister ainsi, pour la première fois, à un homme que je regardois comme mon père et mon oracle depuis toute ma vie », et qu'il retrouva le jour suivant « dans un état encore plus peiné ».
- Je lui propose une façon inouïe d’en sortir
- Alors la proposition inouïe : « C'est battre l'eau, monsieur…, jamais [vos raisons] ne me persuaderont ; mais prenez une autre voie… quittez tout raisonnement…, prenez la voie de l'autorité, et sans nulle sorte de raisonnement, dites-moi crûment et nettement en deux mots : “Je veux que vous fassiez telle chose.” Je ne répliquerai pas un seul mot ; et contre mon sens, contre ma conviction la plus intime, contre tout l'ouvrage que j'ai bâti…, j'obéirai comme un enfant… mais rien sans un je le veux, et je l'exige. » Les yeux de Beauvilliers « se mouillèrent de larmes. Jamais je ne vis homme si concentré ni si touché. Il se jeta à mon cou, et parlant à peine : “Non, me dit-il, c'en est trop, cela n'est pas juste, je n'y puis consentir.” »
- Je m’anéantis au duc de Beauvilliers
- Au rendez-vous du lendemain, Beauvilliers, « effrayé de la grandeur de mon sacrifice », voulut encore raisonner. « Je m'en vais, lui dis-je…, c'est votre décision que j'attends : ou laissez-moi dans ma liberté avec les deux princes, ou prononcez en deux mots avec autorité. » Ses yeux « se baignèrent encore » ; puis, « avec un air de modestie, même de honte qui ne se peut décrire » : « J'exige donc de vous que vous tâchiez à détruire ce que vous avez fait, non qu'il ne soit bon, mais parce que le roi n'y passera jamais, et qu'il nous faut finir la paix, et que vous rameniez les deux princes à se contenter de l'enregistrement en leur présence et en celle des pairs. — Vous le voulez, monsieur, repris-je, vous serez obéi. » Anéantissement unique, que Saint-Simon déclare n'avoir accordé « à nul autre homme sur la terre ».
- Puissants moyens des ducs de Berry et d’Orléans d’appuyer les justes formes valides en leur faveur
- Les princes avaient pourtant des armes puissantes : les Anglais alléguaient sans cesse « le violement des renonciations de la reine, aussitôt après la mort du roi Philippe IV », pourtant jurées face à face dans l'île des Faisans ; le traité de partage avait montré « ce qu'on pensoit en France des renonciations » ; et ils n'avaient pas oublié « par quelle forme de jugement Philippe de Valois avoit emporté la couronne de France, en vertu de la loi salique, sur leur roi Édouard III », lequel « rendit personnellement hommage à Philippe de Valois, 6 juin 1329, dans l'église d'Amiens », avant que Robert d'Artois ne le jetât dans la guerre. « Eux instruits et bien persuadés, c'étoit à M. le duc de Berry et à M. le duc d'Orléans à les laisser faire, à ne se montrer en rien » : le roi n'aurait eu d'autre choix « que celui de souffrir les formes que les Anglois auroient exigées, ou de rompre la paix ».
- Je ramène les ducs de Berry et d’Orléans à laisser le roi régler sans nulle résistance la forme des renonciations
- « Défaire ce même ouvrage étoit une triste entreprise. Persuader contre sa propre conviction est un étrange embarras. » Saint-Simon commença par « éloigner, et empêcher après, toute instruction et tout concert des Anglois », puis joua de la timidité des deux princes : M. le duc de Berry, « tenu de très-court depuis son enfance, étoit accoutumé à dépendre du roi jusque pour les choses les plus ordinaires…, et à trembler sous son moindre sérieux » ; M. le duc d'Orléans, « si battu de l'oiseau par les diverses aventures de sa vie », ne le craignait guère moins. « Ce furent les armes dont je me servis contre moi-même, et pour les ramener à ce que je voulus, en ruinant ce que j'avois édifié. »
- Caractère, état et friponnerie de Nancré
- Nancré, capitaine des Suisses de M. le duc d'Orléans par Mme d'Argenton, « étoit un bourgeois de Paris qui s'appeloit Dreux », dont le père était pourtant devenu officier général estimé. « Nancré avoit beaucoup d'esprit… Lui se fourra tant qu'il put dans le monde. Il avoit ce qu'il falloit pour en être goûté, et la probité ne l'arrêtoit sur rien. Il vouloit cheminer et être de quelque chose ; les moyens ne lui coûtoient pas. » Il vivait au Palais-Royal « dans la liaison la plus étroite avec sa belle-mère, vieille beauté riche et fort du grand monde de Paris », qui y « tint le dé ».
- Il ne tient pas à lui et à Torcy de me faire une affaire cruelle auprès du roi sur les renonciations
- Ayant « écumé quelques mots de fins de conversations » entre Orléans et Saint-Simon, Nancré, dépité de n'avoir pas obtenu de Torcy la commission d'en parler au prince, « alla lui dire que c'étoit moi qui, entêté de pairie, lui tournois la tête sur les formes, et arrêtois la paix. Torcy…, alla rendre au roi ce que Nancré lui avoit rapporté. Le roi en colère en parla à M. le duc de Berry, et lui cita ses auteurs. » Averti par le prince même, Saint-Simon cessa tout à fait de le voir, continuant par Mme de Saint-Simon et M. le duc d'Orléans ; il se plaignit amèrement « de la scélératesse de Nancré, qui s'enfuit à Paris aussitôt ». Comme il parvint à ramener les princes à l'enregistrement, « cette friponnerie de Nancré et ce mauvais office de Torcy n'eurent aucune suite ».
- Ducs d’Hamilton et d’Aumont ambassadeurs en France et en Angleterre
- Les choses étant si avancées avec l'Angleterre, « le duc d'Aumont fut nommé pour y aller en ambassade, sur ce que le duc d'Hamilton fut déclaré ambassadeur en France ». M. d'Aumont était alors « fort en liaison avec le duc de Noailles et moi », et Saint-Simon aura lieu d'en reparler.
- Grand traitement de ce dernier, qui, avant son départ, est fait seul chevalier de l’ordre
- Le duc d'Aumont « eut vingt-quatre mille écus d'appointements par an, vingt-quatre mille livres pour dédommagement de la perte du change, et cinquante-quatre mille livres pour ses équipages et pour trois mois d'avance. Il eut de plus cinq cent mille livres de brevet de retenue sur sa charge de premier gentilhomme de la chambre, et fut chevalier de l'ordre, seul et extraordinairement à une messe basse avant son départ. C'est le dernier que le roi ait fait. »
- Extraction et mort du duc d’Hamilton
- Le duc d'Hamilton, « assez jeune seigneur, fort du parti de la reine et considéré », était Douglas — petit-fils du comte de Selkirk fait duc d'Hamilton par Charles II, héritier du duc décapité « peu de jours après » Charles Ier. Le parti contraire à la reine, « outré de n'avoir pu empêcher la paix », le piqua jusqu'à forcer milord Mohun, qui venait de perdre contre lui un procès en plein parlement, à se battre : « Mohun fut tué sur la place, mais Macartnay, qui lui servit de second, enfila sur-le-champ le duc Hamilton par derrière et s'enfuit » — assassinat politique déguisé en duel, qui priva la France de son ambassadeur.
- Duc de Shrewsbury ambassadeur en France
- « La reine, qui sentit d'où le coup partoit, en fut également affligée et offensée, et nomma à l'ambassade de France le duc de Shrewsbury, chevalier de la Jarretière, l'un de ses plus confidents ministres, aîné de la maison Talbot. »
- Bailli de La Vieuville ambassadeur de Malte, au lieu du feu bailli de Noailles
- « Le bailli de La Vieuville, beau-frère de la dame d'atours de Mme la duchesse de Berry, succéda au feu bailli de Noailles à l'ambassade de Malte et y fit tout fort noblement. »
- Course de l’électeur de Bavière à Fontainebleau
- « L'électeur de Bavière fit une légère apparition à Fontainebleau. Il y vint de Petit-Bourg, vit le roi un quart d'heure dans son cabinet, dit en sortant à d'Antin qu'il partoit beaucoup plus content qu'il ne l'avoit espéré en venant, et s'en retourna à Petit-Bourg » — mystérieuse entrevue de l'allié exilé, aux approches de la paix qui devait le rétablir.
- Retour du roi par Petit-Bourg à Versailles
- « Quinze jours après, c'est-à-dire le mercredi 14 septembre, le roi, après le conseil d'État, alla coucher à Petit-Bourg, et le lendemain à Versailles » — retour par la maison de d'Antin, à qui ces étapes royales tenaient lieu de faveur.
- Départ de la duchesse d’Albe pour l’Espagne
- Peu de jours après, la duchesse d'Albe prit congé du roi chez Mme de Maintenon « et partit peu de jours après, sans avoir laissé un sou de dettes de leur longue et magnifique ambassade en des temps très-malheureux » — probité rare que Saint-Simon souligne chez la veuve de l'ambassadeur d'Espagne.
- Abbé de Castillon ; quel
- Elle emmena avec elle « un petit abbé de Castillon qui n'avoit pas de chausses, et qui n'avoit de ressource que les lieux et les heures publics, où il ennuyoit même beaucoup de sa présence qui étoit aussi assez vilaine. Il étoit Gonzague, mais arrière-cadet, et il cherchoit ici fortune depuis quelques années. Je ne sais comment il fit connoissance avec la duchesse d'Albe. »
- Il l’épouse, et sa fortune
- « Fort peu après être arrivé en Espagne, il quitta le petit collet et elle l'épousa. Il parvint en cette considération, peu après, à la grandesse et à la clef de gentilhomme de la chambre. » Elle venait de mourir quand Saint-Simon arriva en Espagne, « où je le vis sans meubles, avec un châlit et un capucin, qui en vouloit prendre l'habit. La douleur ne fut pas de durée ; il s'étoit déjà remarié, lorsque j'en partis, à une beauté fille du prince de Santo-Buono-Caraccioli, chose infiniment rare en Espagne. »
- La Salle ; son extraction, son caractère, sa fortune, son mariage
- La Salle, qui venait de vendre pour la seconde fois sa charge de maître de la garde-robe, « pour le petit-fils d'un vendeur de sabots dans la forêt de Senonches, avoit fait une grande fortune, n'en étoit pas encore content, et se rendoit peu de justice » — un vieux bailli de la Ferté avait connu le grand-père « qui vendoit des sabots en gros après en avoir fait dans sa jeunesse ». Le fils du sabotier s'était distingué à la guerre jusqu'à la tête des gens d'armes de la garde ; le petit-fils monta par la volonté de Mme de Soubise, qui lui acheta la garde-robe pour délivrer M. de Soubise d'un prétendant à sa compagnie. Retiré et désœuvré à Montpinçon, il y trouva l'ennui, et, à soixante-six ans, épousa sur un propos de table Mlle de Bénouville, vingt ans, jolie et sans dot, « uniquement à condition de demeurer à Montpinçon sans jamais aller à Paris. Le cordon bleu du vieux galant… leur parut les cieux ouverts. » Le mariage « a été très-heureux ».
- Quelques anciennes et courtes anecdotes
- Anecdotes anciennes au passage : Vardes, chassé pour l'affaire qui perdit la comtesse de Soissons et le comte de Guiche, relégué à Aigues-Mortes avec ordre de vendre sa charge des Cent-Suisses — « si gâté de la fortune, que j'ai ouï dire aux contemporains qu'il regarda pour la première fois son cordon bleu avec quelque complaisance en chemin de son exil. C'est le même qui se battit avec mon père. » M. de Louvois, « ennemi terrible et implacable, mais également bon ami et bon parent », fit acheter sa dépouille par Tilladet ; et c'est le cardinal Mazarin, « qui avoit aisément peur » des bravaches et « vouloit aussi s'en attacher partout », qui avait jadis poussé le premier La Salle dans les gens d'armes de Miossens, le futur maréchal d'Albret.
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