TOME IX · CHAPITRE XV

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Summary

Entry into the new Dauphin's intimacy: the duchesse de Saint-Simon's standing at court, the author's precautions; he 'happily sounds' the prince, a stolen exchange, then a tête-à-tête — dignity, government, ministry: 'fine and just hopes' of a reforming reign; conferences with Beauvilliers between interviews; a second tête-à-tête — princes, princes of the blood, legitimised princes, and the Dauphin's 'fine words on the bastards'; the secrecy of these interviews; Beauvilliers's solid weight, the entire concert — and one difference of opinion between the two friends.

The entries

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Situation personnelle de la duchesse de Saint-Simon à la cour
Situation de Mme de Saint-Simon : la place remplie malgré elle auprès de Mme la duchesse de Berry « l'approcha de tous les particuliers ; plus elle fut vue de près, plus elle fut goûtée, aimée…, honorée et respectée ; et les écarts de la princesse à qui on l'avoit attachée malgré elle ne firent que plus d'impression en faveur de son grand sens, de la prudence, de la justesse de son esprit ». Sa vertu, « austère pour elle-même, étoit aimable et bien loin de rebuter par ses rides » ; les jeunes femmes les plus éloignées de sa conduite venaient « se jeter à elle pour en être conseillées ». Le Dauphin « avoit pris pour elle beaucoup d'estime, d'amitié, même de confiance, qui me fut un autre appui très-fort près de lui ».
Précautions de ma conduite
La cour changée, il fut question de changer de conduite envers le nouveau Dauphin — « mais fort lentement, et de manière à y accoutumer sans effaroucher » : ayant « en divers temps échappé à d'étranges noirceurs », Saint-Simon devait compter « que les regards se fixeroient sur moi à proportion de la jalousie », et ne s'approcher à découvert du prince qu'à mesure que celui-ci croîtrait « auprès du roi en confiance, et en autorité dans les affaires et dans le monde ».
Je sonde heureusement le Dauphin
Il le sonda pourtant dès les premiers jours : un soir, dans les jardins de Marly, il lui dit « comme à la dérobée » que les raisons qui l'avaient tenu éloigné avaient cessé. Le prince répondit bas « qu'il y avoit en effet des raisons quelquefois qui retenoient ; qu'il croyoit qu'elles avoient cessé ; qu'il savoit bien quel j'étois pour lui ; et qu'il comptoit avec plaisir que nous nous verrions maintenant plus librement de part et d'autre. J'écris exactement les paroles de sa réponse pour la singulière politesse de celles qui la finissent. »
Court entretien dérobé avec le Dauphin
Court entretien dérobé au salon : le Dauphin, partant pour sa première visite de Dauphin à Saint-Germain, expliqua le changement de cérémonial avec la princesse d'Angleterre — la Dauphine devant désormais la précéder en lieu tiers — « et appuya avec vivacité sur l'obligation de ne laisser rien perdre de ses droits légitimes ». Saint-Simon saisit le moment : si lui, si grand, y était attentif, « combien plus nous autres, à qui on disputoit et souvent on ôtoit tout » ; le prince « entra là-dessus avec moi jusqu'à devenir l'avocat de notre cause, et finit par me dire qu'il regardoit notre restauration comme une justice importante à l'État », et qu'il voulait en être entretenu.
Tête-à-tête du Dauphin avec moi
Peu après, le Dauphin l'envoya chercher : première audience dans son cabinet, introduit par du Chesne. Le prince déclara que depuis l'ordre du roi « il regardoit tout son temps comme étant dû à l'État et au public, et comme un larcin tout ce qu'il en déroberoit aux affaires » ; il parla du roi « avec une extrême tendresse et une grande reconnoissance » — et Saint-Simon, glissant que le roi ignorait bien des choses, toucha une corde qui « rendit aussitôt un grand son ».
Dignité : gouvernement, ministère
Le prince tomba sur les ministres : « l'autorité sans bornes qu'ils avoient usurpée…, l'impossibilité de faire rien passer au roi, ni du roi à personne, sans leur entremise » — cette forme de gouvernement « entièrement contraire à son goût et à ses maximes » ; puis sur « la mauvaise éducation » du roi et les pernicieuses mains où il était tombé. L'indignation lui échappa « sur le monseigneur qu'ils nous refusent, et qu'ils exigeoient de tout ce qui n'étoit point titré, à l'exception de la robe ». Saint-Simon cita les trois lettres de M. Colbert à son père, où le ministre écrivait « monseigneur » : le prince « admira la hardiesse d'un changement si entier » et voulut les voir, remontant de lui-même à « la ténuité de l'origine » des charges de secrétaire d'État.
Belles et justes espérances
En sortant : « un magnifique et prochain avenir s'ouvroit devant moi… Je connus avec certitude un changement de gouvernement par principes. J'aperçus sans chimères la chute des marteaux de l'État et des tout-puissants ennemis des seigneurs et de la noblesse qu'ils avoient mis en poudre à leurs pieds. » Ce rétablissement de l'ordre et du rang avait été « toute ma vie le principal de mes désirs, et fort supérieur à celui de toute fortune personnelle ». Il résolut de cacher avec grand soin cette faveur « si propre, si on l'apercevoit, à effrayer et à rameuter tout contre moi », mais d'en faire « hommage entier » à celui dont il la tenait toute.
Conférence entre le duc de Beauvilliers et moi
Il alla donc tout rendre au duc de Beauvilliers, « qui n'en fut pas moins ravi que je l'étois moi-même » : ce duc, « à travers une éminente piété presque de l'autre monde…, d'un respect pour le roi trop peu distant de l'adoration de latrie, n'étoit pas moins pénétré que moi du mauvais de la forme du gouvernement…, enfin non moins duc et pair que je l'étois moi-même ». Il fut étonné d'une ouverture si grande : « il me parut qu'il ne l'avoit guère ouï parler si clairement » — le prince n'avait pas été si net avec son gouverneur même — et il prit aussitôt des mesures « pour agir sur plusieurs choses de concert ».
Autre tête-à-tête du Dauphin avec moi
Autre audience : Saint-Simon présenta les lettres de Colbert, puis promena le prince sur toute la dignité — le précédent de Saint-Germain, les prétentions nouvelles de l'électeur de Bavière avec Monseigneur à Meudon, la comparaison des grands d'Espagne « et la politique de Charles-Quint », l'usage que les papes ont tiré des cardinaux, le tour de l'Europe prouvant que « la France seule… souffre en la personne de ses grands ce que pas un des autres n'a jamais toléré », la Ligue et les félonies des princes. Il assena en passant sur M. d'Espinoy « le terme d'apprenti prince » ; et à la simple mention des deux premiers articles de l'édit de 1711, le prince prit la parole « et me déduisit lui-même et avec ardeur l'iniquité de ces deux premiers articles ».
Secret de ces entretiens
Secret des entretiens : du Chesne, « très-homme de bien, sûr », avertissait de l'heure ou prenait l'ordre ; « où que ce fût dans la suite, Fontainebleau, Versailles, Marly, j'entrois toujours à la dérobée par la garde-robe, où du Chesne avoit soin de m'attendre toujours seul pour m'introduire aussitôt, et de m'attendre à la sortie seul encore, de façon que personne ne s'en est jamais aperçu, sinon une fois la Dauphine…, mais qui en garda parfaitement le secret ».
Dignité : princes, princes du sang, princes légitimés
Sur les princes du sang, le prince se montra « le plus au fait » : il admettait l'équité de l'édit d'Henri III donnant préséance aux héritiers possibles de la couronne, mais se souvenait de lui-même « qu'avant Henri III nos dignités précédoient le sang royal qui n'en étoit pas revêtu », et « ne pouvoit souffrir l'avilissement de notre dignité, par ceux-là mêmes qui s'en étoient si bien servis pour leur élévation ». Sur toutes les usurpations, « il ne put souffrir l'attribution aux princes du sang, par l'édit, de la représentation des anciens pairs au sacre » : « il me laissa bien clairement apercevoir qu'il vouloit être couronné comme l'avoient été ses ancêtres ».
Belles paroles du Dauphin sur les bâtards
Amené enfin de lui-même aux légitimés, il parcourut leurs degrés d'élévation — « car ce mot [de bâtards] fut souvent employé » —, opposant « une extraction qui tire toute celle qui la distingue de son habileté innée à la couronne, d'avec une autre qui n'est due qu'à un crime séducteur et scandaleux qui ne porte avec soi qu'infamie » ; le point du sacre lui sembla « odieux, et presque sacrilége dans les légitimés ». Puis, se concentrant : « C'est un grand malheur d'avoir de ces sortes d'enfants… Je puis tomber dans toutes sortes de désordres, je prie Dieu de m'en préserver ! mais je crois que, si j'avois des bâtards, je me garderois bien de les élever de la sorte, et même de les reconnoître. » Sur les grandeurs des enfants de du Maine, « jamais rien ne peut être plus expressif que le fut sa réponse muette ». Après plus de deux heures, il pria Saint-Simon « avec ardeur » de lui présenter la recherche de toutes les pertes de la dignité, par dates.
Conférence entre le duc de Beauvilliers et moi
Compte rendu au duc de Beauvilliers, qui « mêla sa joie à la mienne » et ne fut point surpris des sentiments du prince sur les bâtards — ils s'en étaient expliqués ensemble lors des grandeurs accordées aux enfants du duc du Maine. Ils convinrent « d'un concert entier » : voir le prince « plutôt à ses promenades qu'aux heures de cour chez lui », éviter de l'aborder près du roi, « enfin tout ce que la prudence peut suggérer pour éviter tout éclat ». Le duc l'avertit qu'il pouvait « parler de tout sans aucune sorte de crainte au Dauphin » : « c'étoient les fruits de ce qu'il avoit de longue main préparé…, et il étoit si sûr de moi que c'étoit initier un autre soi-même ».
Importance solide du duc de Beauvilliers
Importance solide de Beauvilliers : il « préparoit et dirigeoit le travail particulier du Dauphin avec les ministres, eux-mêmes ne le pouvoient guère ignorer ». La rancune ancienne de Mme de Maintenon « cédoit au besoin présent d'un homme qu'elle n'avoit pu renverser », sûre de la reconnaissance du prince et de la Dauphine ; et le roi, n'y trouvant plus d'aigreur, « suivoit son penchant d'habitude, d'estime et de confiance ». Saint-Simon lui-même fut « regardé, examiné, compté tout autrement que je ne l'avois été jusqu'alors. On me craignit, on me courtisa. Mon application fut de paroître toujours le même, surtout désoccupé…; jusqu'à mes plus intimes amis, jusqu'au chancelier même, je ne laissai voir que l'écorce que je ne pouvois cacher. »
Concert entier entre lui et moi
Concert entier : le duc était « presque tous les jours enfermé longtemps avec le Dauphin et le plus souvent mandé par lui. Ils digéroient ensemble les matières principales de la cour, celles d'État, et le travail particulier des ministres. Beaucoup de gens qui n'y pensoient guère y passoient en revue en bien et en mal, qui presque toujours avoient été ballottés entre le duc et moi, avant d'être discutés entre lui et le Dauphin. »
Contrariété d’avis entre le duc de Beauvilliers et moi sur la succession de Monseigneur
Une matière les divisa : la succession de Monseigneur. Saint-Simon voulait que le Dauphin fît présent de toute sa part de Meudon à M. le duc de Berry, qui n'avait aucune demeure et le désirait passionnément : le don ne coûtait rien à qui vivait de la couronne, et gagnait « le plaisir, la reconnoissance, la bienséance même ». Beauvilliers s'y opposa : rien de plus dangereux que de donner aux Berry l'occasion « d'une cour à part qui déplairoit souverainement au roi » ; « il falloit que l'aîné jouît de tous ses avantages, que le cadet dépendît toujours de lui ; qu'il valoit mieux qu'il fût pauvre en attendant que son frère fût roi ». « Mon raisonnement… devint celui de tout le monde, mais il ne persuada point M. de Beauvilliers. Meudon demeura au Dauphin », et cette rigueur « ne fit pas honneur dans le monde ».
Manière dont elle fut traitée ; extrême indécence qui s’y commit à Marly
La succession fut traitée « comme celle du plus simple particulier » : Meudon et Chaville, environ quarante mille livres de rente, un million et demi de meubles et pierreries, trois cent mille livres de dettes ; trois lots — les plus beaux meubles et les cristaux au roi d'Espagne, les diamants à M. le duc de Berry, les pierres de couleur au Dauphin. Mais les principaux bijoux « se vendirent avec une indécence qui n'a peut-être point eu d'exemple. Ce fut dans Marly, dans l'appartement de Mme la Dauphine, en sa présence… : chacun achetoit à l'enchère ; on examinoit les pièces, on riait, on causoit, en un mot un franc inventaire, un vrai encan. » Il y eut des riotes entre la Dauphine et M. le duc de Berry, poussées assez loin sur l'excellent tabac de Monseigneur — « et pour le coup la Dauphine avoit tort, et en vint même à la fin à quelques excuses de fort bonne grâce ». Les Berry, mal apanagés et dépensiers, « ne tardèrent pas à vendre beaucoup de diamants de leur héritage ».

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