TOME II · CHAPITRE XXIV

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Summary

Europe partitions Spain on paper: the partition treaty, Harcourt back from Spain leaving Blécourt. The financiers' hunts and gains; Desmarets and the author's tie with him; the lotteries. Châteauneuf dies, his charges passing to his son with Mlle de Mailly's hand, the order's 'râpé' to the chancellor. Cauvisson lieutenant-general of Languedoc through du Maine; Noailles of Paris made cardinal; abbé de Vaubrun exiled. Bouillon's ruses and 'obstinate disobedience' — dean of the Sacred College, stripped by the king. Money to Bourgogne, 100,000 livres to Mansart; the clergy assembly; the Jesuits condemned in the Sorbonne over the Chinese rites; La Rue confessor.

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Traité de partage de la monarchie d’Espagne
Le traité de partage de la monarchie d'Espagne : le roi Guillaume, « l'âme et le chef » de la grande alliance, entreprend de régler la succession pour qu'elle « ne causât point de guerre » — et de façon que la part de la France « n'augmentât pas sa puissance » : à l'archiduc, l'Espagne, les Indes, les Pays-Bas et le titre ; à la France, le Guipuscoa aride, Naples et Sicile « dont l'éloignement étoit plutôt un embarras et un sauve-l'honneur », et la Lorraine — le Milanais dédommageant M. de Lorraine. Le roi, « las de la guerre, disputa peu et accepta » ; mais l'empereur, voulant tout, refusa « de partager une succession avant qu'elle fût ouverte » — et sa résistance divulgua le secret : le roi d'Espagne « jeta les hauts cris comme si on l'eût voulu dépouiller de son vivant ».
Harcourt revient d’Espagne et y laisse Blécourt
Harcourt, réduit à Madrid « à la plus honteuse solitude » et à l'inutilité par la découverte du traité, obtient de revenir en laissant Blécourt, « homme ferme et capable d'affaires », avec le caractère d'envoyé — non sans avoir dû abandonner, sur ordre, les ouvertures de l'amirante détaché par la Berlips, « la sœur de l'impératrice trop suspecte » : il s'éloigna de Madrid « et ne songea plus qu'à s'amuser avec son domestique et à tirer des lapins ».
Recherche et gain des gens d’affaires
La recherche des gens d'affaires, pour se tenir « en bonne posture et prêt à tout événement » : par compte fait et arrêté avec eux, ils « se trouvèrent avoir gagné depuis 1689 quatre-vingt-deux millions. On s'abstient de réflexions sur un si immense profit en moins de dix ans, et sur la misère qu'il entraîne nécessairement. »
Desmarets ; ma liaison avec lui
Desmarets, l'instrument de l'opération : neveu de Colbert, formé à toutes les maximes des finances — et perdu par son oncle même, qui de son lit de mort « écrivit au roi contre son neveu ». La scène de la disgrâce, orchestrée par Pelletier en pleine audience : « Monsieur Desmarets, le roi m'a commandé de vous dire que vous êtes un fripon… Allez-vous-en, monsieur Desmarets, je n'ai pas autre chose à vous dire. » Exilé des années à Maillebois, en butte aux vengeances de la petite noblesse, il fut relevé par le père de Saint-Simon — « coupable ou non, il trouva que sa chute étoit bien assez profonde, sans se trouver encore mangé des mouches dans le lieu de son exil » ; « un reste de seigneurie palpitoit encore en ce temps-là ». D'où l'amitié durable avec Saint-Simon, « telle qu'on en verra bientôt une marque singulière » — et le rappel par Chamillart, « à grand-peine ».
Loteries
Les loteries, « pour attirer la cupidité publique » : Mme la duchesse de Bourgogne en fit une de vingt mille pistoles, elle et ses dames faisant les billets, tout le monde « depuis Monseigneur jusqu'à M. le comte de Toulouse » les cachetant — « le gros lot tomba à un garde du roi de la compagnie de Lorges ; il étoit de quatre mille louis ».
Mort de Châteauneuf ; ses charges de secrétaire d’État et de greffier de l’ordre données à son fils en épousant Mlle de Mailly, et le râpé de l’ordre au chancelier
Mort de Châteauneuf, « d'une prodigieuse grosseur ainsi que sa femme, fort peu de chose, bon homme », mort presque subitement chez lui en revenant de Bourbon. Le coup de génie de son fils La Vrillière, à cinq heures du matin : il envoie éveiller la princesse d'Harcourt — « dont le métier étoit de faire des affaires depuis un écu jusqu'aux plus grosses sommes » — pour proposer à Mme de Maintenon son mariage « pour rien » avec Mlle de Mailly moyennant la charge : accordé au lever du roi. La petite future, pas douze ans, « se mit à pleurer et à crier qu'elle étoit bien malheureuse ; qu'on lui donnât un homme pauvre, si l'on vouloit, pourvu qu'il fût gentilhomme, et non pas un petit bourgeois pour faire sa fortune » — « jamais elle ne s'est accoutumée à être Mme de La Vrillière, et souvent elle le leur a montré ».
Cauvisson lieutenant général de Languedoc par M. du Maine
Cauvisson mort, sa lieutenance générale de Languedoc disputée : le roi, pour suivre sa maxime contre ceux qui ont quitté le service tout en élevant M. du Maine, « donna la charge à M. du Maine, pour en disposer en faveur de qui il voudroit. Il la donna à Cauvisson, qui de la sorte la tint de lui et point du roi. »
Noailles, archevêque de Paris, fait cardinal
Noailles, archevêque de Paris, fait cardinal dans la promotion des couronnes — nommé par le roi « sans qu'il en eût fait aucune démarche. Mais son frère et Mme de Maintenon firent tout pour lui » ; il ne l'apprit que par les lettres de Rome et reçut la calotte des mains du roi « avec force gracieusetés ». « Cette promotion fut une cuisante douleur pour le cardinal de Bouillon, de voir un Noailles paré comme lui de la pourpre. »
Abbé de Vaubrun exilé
L'abbé de Vaubrun exilé à Serrant : « tout à fait nain… il s'en falloit pour le moins un pied que ses courtes jambes tortues ne fussent égales », esprit « dangereux tout tourné à la tracasserie et à l'intrigue » — devenu l'espion et l'agent du cardinal de Bouillon, « et d'un coup de pied il fut chassé ».
Ruses et opiniâtre désobéissance du cardinal de Bouillon, qui devient doyen et que le roi dépouille
Les ruses et l'opiniâtre désobéissance du cardinal de Bouillon : faux départ jusqu'à Caprarola, maladie jouée, courriers lents — jusqu'à la mort du cardinal Cibo le 21 juillet : il rentre à Rome la veille, opte le décanat « et être doyen malgré lui ». « Le roi, ne pouvant plus souffrir une si longue dérision de ses ordres », le fait dépouiller par Monaco : démission de la charge de grand aumônier, cordon bleu quitté, armes de France ôtées de son palais, défense à tous les Français de le voir — « il se crut si grand d'être doyen du sacré collège qu'il ne pensa pas au-dessus de lui de commencer avec éclat une lutte avec le roi ».
Argent à Mgr le duc de Bourgogne
Le duc de Bourgogne, s'étant trouvé court, demande de l'argent au roi lui-même : « le roi le loua fort, et d'en demander quand il en avoit besoin, et de lui en demander lui-même sans mettre de tiers entre eux… et qu'il n'étoit de nulle importance d'en perdre à des personnes comme eux. »
Cent mille livres à Mansart
Le roi donne aussi « cent mille francs à Mansart, qui fit son fils conseiller au parlement ».
Détails de l’assemblée du clergé
L'assemblée du clergé : M. de Reims préside avec l'archevêque d'Auch, sans évêques présidents ; sa harangue nomme inutilement M. de Cambrai « dont les amis et même les indifférents furent scandalisés » ; commission de douze, M. de Meaux en tête, pour examiner les livres de morale relâchée « la plupart d'auteurs jésuites » — cent vingt propositions condamnées. Et le vin de Champagne de M. de Reims : au roi d'Angleterre qui en redemandait, l'archevêque « lui manda tout net que son vin n'étoit point fou et ne couroit point les rues, et ne lui en envoya point ».
Jésuites condamnés par la Sorbonne sur la Chine
Les jésuites condamnés par la Sorbonne sur la Chine : les cérémonies de Confucius et des ancêtres, qu'ils tenaient pour « purement civiles » et les Missions étrangères pour « superstitieuses et idolâtriques » — les livres des PP. Tellier et Le Comte « fortement condamnés » après long examen.
P. de La Rue, confesseur de Mme la duchesse de Bourgogne, au lieu du P. Le Comte, renvoyé
Le roi, « alarmé que la conscience de Mme la duchesse de Bourgogne fût entre les mains du P. Le Comte », le lui ôte : la princesse, qui « auroit bien voulu ne se confesser à pas un » jésuite — élevée à Turin, « la seule cour catholique qu'ils ne gouvernent pas » —, dut pourtant en prendre un et « s'en tint au P. de La Rue, si connu par ses sermons ».
Rage du P. Tellier
« Cette affaire mortifia cruellement les jésuites… et remplit le P. Tellier d'une rage qui devint bien funeste dans la suite. »
Jésuites affranchis pour toujours des impositions du clergé
En revanche, « pincés sur leur morale d'Europe et d'Asie », les jésuites « s'en revanchèrent sur le temporel » : alléguant leur pauvreté, ils obtinrent du roi d'être « pour toujours affranchis des taxes et des impositions du clergé » — « ils ne parloient pas de leurs ressources ».
Pelletier va visiter les places et ports de l’Océan
Pelletier, conseiller d'État chargé des fortifications, envoyé « visiter toutes les places et les ports de l'Océan » : « cela ne laissoit pas d'être plaisant d'un homme de robe de décider de l'importance des places… tandis que Vauban avoit acquis en ce genre la première réputation de l'Europe ; mais c'étoit le règne de la robe pour tout. »
M. de Vendôme retourne publiquement suer la vérole
M. de Vendôme « prit une autre fois congé publiquement du roi » pour retourner suer la vérole à Anet : « il reconnut enfin qu'il avoit été manqué » — « mais il rapporta, celle-ci, un visage sur lequel son état demeura encore plus empreint que la première fois ».
Mort de la duchesse d’Uzès
Mort de Mme d'Uzès, fille unique du prince de Monaco, du même mal : « une femme de mérite et fort vertueuse, peu heureuse et qui méritoit un meilleur sort » — son mari « un homme obscur, qui ne voyoit personne que des gueuses et qui s'en tira mieux qu'elle ».
Mariage du duc d’Albemarle avec Mlle de Lussan
Le « mariage de la faim et de la soif » : Mme du Maine marie Mlle de Lussan au duc d'Albemarle, « bâtard du roi d'Angleterre et d'une comédienne… bien l'homme le plus stupide qui se pût trouver », logé et nourri chez M. du Maine « où il fila le parfait amour » — la mariée assise comme duchesse d'Angleterre par complaisance pour le roi Jacques.
Mme Chamillart, pour la première femme de contrôleur général, admise dans les carrosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne
Mme Chamillart, « pour la première femme de contrôleur général », admise dans les carrosses et à manger avec la duchesse de Bourgogne, sa fille de même : « la vérité est que, dès que les femmes des secrétaires d'État y étoient parvenues, celles des contrôleurs généraux pouvoient bien valoir autant. »
L’évêque de Chartres gagne son procès contre son chapitre de la voix du roi unique
L'évêque de Chartres gagne son procès contre son chapitre « de la voix du roi unique » : tout le conseil des dépêches ayant opiné pour l'usurpation ancienne et confirmée, le roi conclut : « votre avis n'est pas le mien, et je trouve la religion, la raison, le bon ordre et la hiérarchie si blessés par les usurpations du chapitre, que je me servirai en cette occasion, contre ma constante coutume, de mon droit de décision. » Le chancelier ayant osé adoucir l'arrêt, « le roi écouta encore ses raisons, puis raya lui-même l'arrêt » ; et le saint évêque, vainqueur, n'usa pas de son arrêt « et ne songea qu'à regagner l'amitié de son chapitre ».
M. de Reims cède la présidence de l’assemblée générale du clergé à M. de Noailles
M. de Reims, à force de « brutalités et d'incartades », bande l'assemblée contre lui et se résout « au remède du monde le plus honteux et dont il fit le premier exemple » : céder la présidence au cardinal de Noailles — qui gouverna tout le reste « sans peine, et s'y acquit beaucoup de réputation ». Portrait du cardinal : l'air de béatitude, « un parler gras, lent et nasillard » pris pour niaiserie, et la surprise des discours improvisés révélant « un grand fonds d'érudition » ; l'homme du bouilli « avec deux petites et grossières entrées », servi splendidement l'occasion venue puis retournant « tout court à son petit ordinaire » — « jamais ecclésiastique plus prêtre ni plus évêque qu'il le fut toujours ».
Comte d’Albert cassé
Le comte d'Albert cassé : accusé de duel avec Rantzau et Schwartzenberg, enfui puis revenu à la Conciergerie, « il fut cassé pour sa désobéissance » — et malgré tout le crédit de M. de Chevreuse « et la belle action de s'être jeté dans Namur à la nage, son épée entre ses dents, ne put jamais être rétabli ». « Il étoit plus que bien avec Mme de Luxembourg, Rantzau aussi ; cela fit la querelle. »
Étrange embarras de M. le prince de Conti avec M. de Luxembourg
L'étrange embarras du prince de Conti à Meudon : tout le monde parlait du combat et de sa cause — « M. de Luxembourg étoit le seul qui l'ignorât. Il la demandoit à tout le monde », pressant son ami Conti « avec des presses et des instances à le mettre au désespoir. Il en sortit pourtant sans le lui dire, et il m'assura qu'il n'avoit jamais été si aise de sortir de Meudon. »
Mme de Villacerf admise dans les carrosses et à manger avec Mme la duchesse de Bourgogne
Mme de Villacerf, femme du premier maître d'hôtel de la duchesse de Bourgogne, admise dans les carrosses et à manger avec elle — « sur l'exemple de Mme de Chamarande, quoique Mme de Villacerf la mère, en pareille place et femme d'un homme bien plus accrédité et considéré, n'eût jamais osé y prétendre ; mais aussi d'elle, elle n'étoit rien ».
Dons pécuniaires à M. le prince de Conti, à M. de Duras et à Sainte-Maure
Dons pécuniaires : dix-huit mille livres d'augmentation de pension au prince de Conti, vingt mille d'appointements à M. de Duras, et deux mille louis de Monseigneur à Sainte-Maure « qui lui fit représenter par Mme la princesse de Conti l'embarras où il étoit d'avoir beaucoup perdu au jeu ».
Fiançailles de La Vrillière et de Mlle de Mailly, et leur mariage
Les fiançailles de La Vrillière et de Mlle de Mailly « en présence du roi et de toute la cour, dans le grand cabinet de Mme la duchesse de Bourgogne » ; mariage dès les douze ans accomplis, dîner de noce chez la chancelière — le roi ayant donné au fils la charge de greffier de l'ordre de son père, « et le râpé au chancelier, qui en avoit grand besoin pour le parer un peu ».
P. Martineau confesseur de M. le duc de Bourgogne à la place du feu P. Valois
Mort du P. Valois, confesseur des enfants de France, « jésuite célèbre, mais meilleur homme que ceux-là ne le sont d'ordinaire », un de ceux qui avaient tenu pour M. de Cambrai : le P. Martineau le remplace auprès du duc de Bourgogne.
Mort de Le Nôtre
Mort de Le Nôtre à quatre-vingt-huit ans, « illustre pour avoir le premier donné les divers dessins de ces beaux jardins qui décorent la France » : la naïveté charmante de l'homme qui sauta au cou du pape — « Eh ! Bonjour, mon révérend père… que vous avez bon visage ! » —, le mot sur la colonnade de Versailles : « d'un maçon vous avez fait un jardinier ; il vous a donné un plat de son métier » ; et, roulé en chaise à côté de celle du roi un mois avant sa mort : « Ah ! mon pauvre père, si tu vivois et que tu pusses voir un pauvre jardinier comme moi, ton fils, se promener en chaise à côté du plus grand roi du monde, rien ne manqueroit à ma joie. » Il disait des parterres « qu'ils n'étoient bons que pour les nourrices qui, ne pouvant quitter leurs enfants, s'y promenoient des yeux du deuxième étage ».
Mort de Labriffe, procureur général
Mort de Labriffe, procureur général, « d'une longue maladie, du chagrin dans lequel il vécut dans cette charge, des dégoûts et des brocards dont le premier président Harlay l'accabla ».
D’Aguesseau, avocat général, fait procureur général en sa place
D'Aguesseau, avocat général, fait procureur général en sa place — « qui longtemps depuis a fait une si grande et si triste fortune ».

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