TOME IV · CHAPITRE XIV
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Summary
Spain in crisis: the archduke carried to Lisbon by England, ill supported; the Admiral of Castile fallen into contempt. The princesse des Ursins's first disgrace, recalled with orders straight to Italy — her government summarised, the motives of Berwick's and Puységur's mission, Orry's 'negligence, impudence and crime', the 'strange yoke' laid on abbé d'Estrées and its astounding abuse: she intercepts and annotates in her own hand his letter to the king. The abbé obtains recall, is made commander of the order — with the explanation of abbé des Chastelliers; cardinal d'Estrées an abbot.
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- L’archiduc par l’Angleterre à Lisbonne ; mal secouru
- « L'archiduc, après un long séjour dans la basse Allemagne et la Hollande [...], avoit essuyé une terrible tempête qui le jeta deux fois en Angleterre, où la première fois il vit la reine et ses ministres. Il étoit arrivé en Portugal avec fort peu de secours ; il trouva que tout lui manquoit. » Et surtout, « la fidélité des Espagnols ne répondoit pas aux promesses de l'amirante qui leur avoit persuadé que tout se révolteroit en Espagne ; et rien n'y branla, ni à l'arrivée de l'archiduc, ni depuis, que deux ou trois particuliers au plus ».
- L’amirante de Castille tombé dans le mépris
- L'amirante de Castille « tomba dans un discrédit total. Le Portugal, abandonné presque à sa faiblesse, s'en prenoit à lui de l'avoir comme engagé dans ce péril, et l'archiduc d'avoir pressé son arrivée sur des espérances dont il ne voyoit aucun effet. [...] Ces contrastes qui laissèrent l'amirante sans ressources [...] le mirent souvent en danger d'être assommé par le peuple, et le firent tomber dans le dernier mépris » — fin misérable du grand transfuge.
- Disgrâce de la princesse des Ursins, rappelée d’Espagne avec ordre de se retirer droit en Italie ; détails raccourcis de son gouvernement
- Récapitulation du gouvernement des Ursins avant la chute : M. de Beauvilliers, « qui n'y vit point de remède, prit enfin le parti de prier le roi de le dispenser de se mêler plus d'aucune chose qui regardât l'Espagne » ; le chancelier n'en entendait plus parler, Torcy réduit aux « choses sèches et résolues ». À Madrid, « la princesse et Orry gouvernoient seuls [...], souvent d'Aubigny en tiers, et la reine présente quand elle vouloit, qui ne voyoit que par leurs yeux ». Le roi, dont les journées étaient réglées par la reine jusqu'à demander ses propres chasses « par Vaset, huissier françois, dévoué à Mme des Ursins », apportait chaque soir les mémoriaux du conseil « pour être décidés le lendemain par eux, et portés par lui ensuite au conseil, où il n'y avoit point à opiner ».
- Motifs qui firent passer Berwick en Espagne et Puységur
- Pour l'armée de Portugal, Mme des Ursins « imagina de faire donner au duc de Berwick le commandement des troupes françaises en Espagne. Elle le connoissoit doux, souple, fort courtisan, sans aucun bien, avec une famille » — un général qui « auroit un continuel besoin d'elle pour s'élever et pour s'enrichir ». Le roi, « par la similitude de ses bâtards, fut ravi d'une occasion si naturelle de le distinguer d'eux en lui donnant une armée à commander » ; et comme Berwick n'avait jamais commandé en chef, il lui adjoignit Puységur, « unique directeur » des troupes, des magasins et des vivres : « le roi crut avoir pris toutes les précautions qui se pouvoient prendre pour la guerre en Espagne. »
- Négligence, impudence et crime d’Orry
- Le crime d'Orry : à Madrid, « papier sur table, il montra [à Puységur] tous ses magasins faits [...] et tout son argent prêt ». Puységur, « homme droit et vrai », manda au roi « de grandes louanges d'Orry, par conséquent de Mme des Ursins ». « Mais quelle fut sa surprise lorsque, de Madrid à la frontière, il ne trouva rien [...], et qu'en arrivant à la frontière même, il ne trouva quoi que ce soit de tout ce qu'Orry lui avoit montré sur le papier comme exécuté ! Il se porta dans tous les lieux [indiqués] : il les trouva tous vides et nul ordre même donné. [...] On comprend de tout temps que les fripons volent, mais non pas qu'ils le fassent avec l'audace de persuader contre les faits sitôt et si aisément prouvés. »
- Joug étrange de la princesse des Ursins sur l’abbé d’Estrées, et son plus que surprenant abus
- Le joug sur l'abbé d'Estrées : elle « l'avoit si bien lié et garrotté [...] qu'il avoit consenti à l'inouïe proposition que lui, ambassadeur de France, n'écriroit au roi et à sa cour que de concert avec elle, et bientôt après qu'il n'y enverroit aucune lettre sans la lui avoir montrée. Une dépendance si gênante pour qui que ce fût, si folle pour un ambassadeur, et si destructive de son devoir et de son ministère, devint à la fin insupportable » : il se mit à souffler quelques dépêches — mais la princesse, avertie par le bureau de la poste, « prit ses mesures ».
- Princesse des Ursins intercepte et apostille de sa main une lettre de l’abbé d’Estrées au roi
- Le coup fatal : « elle envoya enlever la dépêche de l'abbé d'Estrées au roi » et l'ouvrit. L'abbé y détaillait le conseil secret, exagérait l'autorité de d'Aubigny, « et ajoutoit que c'étoit son écuyer, qu'on ne doutoit point qu'elle n'eût épousé. Outrée de rage et de dépit, elle mit en marge à côté, de sa main : Pour mariée, non, montra la lettre en cet état au roi et à la reine d'Espagne et à beaucoup de gens de cette cour avec des clameurs étranges, et ajouta à cette folie celle d'envoyer cette même lettre, ainsi apostillée, au roi » — interceptant, ouvrant et annotant une dépêche de l'ambassadeur du roi à son maître. La reine éclata contre l'abbé ; le roi d'Espagne « se mêla peu dans la querelle, mais ce peu fut en faveur de la princesse ».
- Abbé d’Estrées obtient son rappel
- Arrivée en même temps que les lettres de Puységur, la lettre apostillée acheva tout : « ce surcroît arrivé si fort en cadence forma un tout qui accabla Orry et la princesse : dès lors l'un et l'autre furent perdus. » Mais le roi calcula : réprimande sévère à la princesse, et à l'abbé d'Estrées le simple droit de se plaindre. L'abbé, « qui comptoit que Mme des Ursins en seroit chassée, tomba dans le désespoir quand il l'en vit quitte pour si peu de chose » et demanda son congé : « il fut pris au mot, et ce fut un nouveau triomphe pour la princesse » — triomphe voulu, pour endormir celle qu'on allait frapper.
- Abbé d’Estrées commandeur de l’ordre sur l’exemple de l’abbé des Chastelliers ; quel étoit l’abbé des Chastelliers
- Pour dédommager l'abbé rappelé sans tort, on se tourna vers l'ordre du Saint-Esprit : l'évêché lui était fermé (« ses mœurs »), les abbayes trop peu éclatantes. Le seul précédent d'un prêtre commandeur non évêque était René de Daillon du Lude, abbé des Chastelliers — dont Saint-Simon détaille la grande naissance et les alliances, trois sœurs mariées à trois chevaliers du Saint-Esprit —, nommé sous Henri III et devenu ensuite évêque de Bayeux. Malgré la disparité, « le roi se détermina enfin à déclarer qu'il réservoit à l'abbé d'Estrées le premier cordon bleu dont il auroit à disposer pour un ecclésiastique ».
- Cardinal d’Estrées abbé de Saint-Germain des Prés
- « Le cardinal de Fürstemberg mourut presque aussitôt après, qui fut une autre occasion de triomphe pour les Estrées. Le roi apprit sa mort en se levant. Aussitôt il envoya Bloin au cardinal d'Estrées [...] lui dire que, se doutant que la modestie l'empêcheroit de demander Saint-Germain des Prés, il la lui donnoit. Ces deux grâces si considérables, et si près à près, faites à l'oncle et au neveu, les comblèrent de joie ; et le cardinal, d'ailleurs tout à fait noble et désintéressé, ne se contenoit pas, et disoit franchement que toute sa joie étoit du dépit qu'auroit la princesse des Ursins. »
- Le roi d’Espagne à la tête de son armée en Portugal
- Le roi avait mandé à son petit-fils « qu'ayant été chercher ses ennemis jusqu'en Lombardie, et ayant son compétiteur en personne dans le continent des Espagnes, il seroit honteux et indécent qu'il ne se mît pas à la tête de son armée contre lui » ; il s'opposa nettement à ce que la reine l'accompagnât, et Philippe V parut à l'armée à la mi-mars. « C'étoit le point où le roi avoit voulu venir » : la reine, toute aux Ursins, eût fait résister son mari — « il n'espéra pas être obéi sans des fracas qu'il voulut éviter en tenant le roi son petit-fils éloigné de la reine. »
- Princesse des Ursins chassée ; son courage ; ses mesures
- Le roi séparé de la reine, Louis XIV « envoya un ordre à la princesse des Ursins de partir incontinent de Madrid, de sortir tout de suite d'Espagne, et de se retirer en Italie. Ce coup de foudre mit la reine au désespoir, sans accabler celle sur qui il tomboit. » Elle comprit l'artifice du faux triomphe, « ne désespéra pas pour un autre temps », et employa ses derniers jours à tout préparer : la douce et bornée duchesse de Montellano pour camarera-mayor, « sûre de la déplacer si elle revenoit » ; une femme de la reine « entièrement à elle » pour son commerce secret ; les instructions détaillées à la reine sur chacun. Elle fit ses adieux par la ville « avec un courage mâle et réfléchi, sans hauteur pour ne pas irriter davantage, encore plus sans la moindre odeur de bassesse », puis tint bon cinq semaines à Alcala contre les ordres réitérés, « toutes ses trames bien ourdies », la reine l'ayant conduite à deux lieues de Madrid « se pleurant elle-même en pleurant cette séparation ».
- Son départ vers Bayonne
- « Enfin, toutes ses machines arrangées, elle s'avança vers Bayonne aux plus petites journées et aux plus fréquents séjours qu'elle put et qu'elle osa » — chaque tour de roue calculé pour laisser à ses appuis de Versailles le temps de travailler, la disgraciée gouvernant encore sa propre chute.
- Duc de Grammont ambassadeur en Espagne ; son caractère
- Le successeur « ne surprit pas peu tout le monde. Ce fut le duc de Grammont qui avoit pour lui son nom, sa dignité et une figure avantageuse, mais rien de plus. » Fils du maréchal de Grammont « si adroit à être et à se maintenir bien avec tous les personnages », lui-même n'avait « point acquis bon bruit sur le courage, il ne l'avoit pas meilleur au jeu ni sur les choses d'intérêt [...], et sa bassesse passoit tous ses défauts ». Sa grande invention de courtisan : « se proposer au roi pour écrire son histoire » — plume « peu taillée pour une si vaste matière, et qu'il n'entreprenoit que pour faire sa cour ». Il attrapa l'ambassade « dans une conjoncture où peu de gens eurent envie d'aller essuyer la mauvaise humeur de la catastrophe de Mme des Ursins ».
- Son misérable mariage
- « Il venoit d'achever de se déshonorer en épousant une vieille gueuse qui s'appeloit La Cour » : ancienne femme de chambre de la femme du premier médecin Daquin puis de Mme de Livry, entretenue publiquement des années par des Ormes, dont Grammont soupait « continuellement en tiers ou en quart » ; à la mort de des Ormes, « il la prit et l'entretint, et l'épousa enfin quoique devenue vieille, laide et borgnesse » — au désespoir de toute sa famille.
- Duc de Grammont déclare son indigne mariage, et, par l’insensé raffinement d’en vouloir faire sa cour, s’attire la colère du roi et de Mme de Maintenon
- Le comble : « le mariage fait en secret, puis déclaré [...], il se mit dans la tête d'en faire sa cour au roi par la plus délicate de toutes les approbations qui est l'imitation, et plus encore à Mme de Maintenon. » Il employa « des barbes sales de Saint-Sulpice et de ces cagots abrutis de barbichets des Missions [...] pour faire goûter ce grand acte de religion et le tourner en exemple. On peut juger si le roi et Mme de Maintenon s'en trouvèrent flattés. La comparaison prétendue mit en fureur Mme de Maintenon, et le roi si en colère, que le duc de Grammont fut plusieurs jours sans oser se présenter devant lui » : défense à sa femme de porter « aucune marque ni aucun rang de duchesse », d'approcher la cour, et surtout de mettre le pied en Espagne. L'ambassade, déclarée avant l'éclat, ne put être ôtée : « cela eût trop montré la corde. »
- Princesse des Ursins insiste sur la permission d’aller à Versailles
- Mme des Ursins, « s'avançant toujours à lents tours de roue, ne cessoit d'insister sur la permission de venir se justifier à la cour. Ce n'étoit pas qu'elle osât l'espérer, mais à force d'instances et de cris d'éviter l'Italie, et d'obtenir un exil en France, d'où avec le temps elle sauroit peut-être se tirer. » Ses alliés avaient le même intérêt : « Harcourt, par l'Italie, perdoit jusqu'à l'espérance de tous les secrets détails par lesquels il se maintenoit, et Mme de Maintenon toute celle de part directe au gouvernement de l'Espagne. »
- Princesse des Ursins exilée à Toulouse
- Mme de Maintenon prit le biais de « la pitié après une exécution si éclatante », et du ménagement de la reine d'Espagne : Toulouse fut accordé « enfin comme une grâce [...], et même avec beaucoup de peine ». Le choix était habile : sur le chemin apparent de l'Italie, mais « une grande ville où elle auroit toutes ses commodités et la facilité nécessaire pour ses commerces en Espagne [...] et à Versailles ». « Un châtiment mis en évidence sur ce théâtre de province [...] parut une grâce à l'exilée et une certitude de retour. Elle comprit par ce premier pas qu'il n'y avoit qu'à attendre » — forte de Mme de Maintenon, d'Harcourt, de l'intrigant Cosnac, archevêque d'Aix, et de la reine d'Angleterre.
- Des Pennes, confident de Mme des Ursins, rappelé d’Espagne
- « On fit revenir en même temps le chevalier des Pennes, qui passoit pour la créature de Mme des Ursins la plus attachée à elle. Elle l'avoit fait enseigne des gardes du corps ; il étoit à Plasencia auprès du roi d'Espagne, et il étoit enfermé trois heures tête à tête avec lui tous les jours, lorsqu'il reçut cet ordre [...]. Le roi d'Espagne lui envoya quinze cents pistoles » — tandis que la princesse elle-même n'eût pu sortir de Madrid « sans le crédit de l'abbé d'Estrées qui trouva cent mille écus ».
- Orry rappelé d’Espagne
- « Orry eut ordre en même temps de venir rendre compte de l'impudence de ses mensonges et d'une administration qui sauvoit l'archiduc, et empêchoit la conquête du Portugal que les progrès des armées de France et d'Espagne, nonobstant des manquements de tout si universels, montrèrent avoir été facile et sûre, si on eût trouvé la moitié seulement de ce que cet audacieux fripon avoit dit et assuré à Puységur être partout dans les magasins établis sur cette frontière. »
- Folle prétention du connétable de Castille
- « Plusieurs grands suivirent le roi d'Espagne. Le connétable de Castille qui en vouloit être s'en abstint, sur la folle prétention de faire à l'armée les mêmes fonctions et avec la même autorité que le connétable de France commande les nôtres. Cette charge de connétable de Castille est devenue un nom et rien davantage par une hérédité qui, sans cette sage réduction, le rendroit beaucoup plus grand que le roi d'Espagne. »
- Conduite du duc de l’Infantado
- « Le duc de l'Infantado, du nom de Silva, partit de Madrid pour aller à une de ses terres quelques jours avant le roi, sans prendre congé de lui, et y rentra le soir même que le roi en partit. Cette conduite scandalisa fort. Je la remarque parce qu'elle a été soutenue toute sa vie, et qu'il y aura encore occasion d'en parler » — première bouderie publique du plus grand seigneur de Castille.
- Appointements du duc de Grammont
- Le duc de Grammont « eut soixante mille livres pour son équipage ; douze mille livres par an pour le dédommager du droit de franchise que les ambassadeurs avoient pour les provisions de leurs maisons, et que l'abus qui s'en faisoit a fait retrancher ; et cinq mille livres par mois » — le train d'une grande ambassade, pour un ambassadeur si peu fait pour elle.
- Franchise des ambassadeurs ; abus qui s’en fait à Venise par Charmont
- L'abus des franchises à Venise : Charmont, « qui de procureur général du grand conseil s'étoit fait secrétaire du cabinet pour le plaisir de ne rien faire, d'aller à Versailles et de porter une brette », obtint l'ambassade « et n'avoit pas résolu de s'y appauvrir » : les Vénitiens attrapèrent « de ses passeports qu'il avoit donnés à des marchands qui faisoient sortir les sels de l'État de la république, pour les porter dans ceux de l'empereur au bout du golfe sans payer aucuns droits ».
- Plaintes de la république de Venise ; Charmont protégé
- La république envoya les pièces à son ambassadeur à Paris, qui « fit de grandes plaintes au roi [...] dans une audience demandée uniquement pour cela. Un homme de qualité auroit mal passé son temps, mais Charmont étoit Hennequin. Les ministres le protégèrent, et l'affaire se passa fort doucement. La fin fut pourtant qu'il fut rappelé, mais au bout de son temps achevé, et avec des ménagements admirables. Il fut même fort bien reçu à son retour, et il eut la plume de Mgr le duc de Bourgogne par le choix du roi » — impunité de robe que Saint-Simon souligne d'un trait.
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