TOME IX · CHAPITRE III

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Summary

Conti, Médavy, du Bourg, Albergotti and Goesbriant knighted — with singularities on Conti; Goesbriant governor of Verdun; the Châtillon-Voysin marriage; the elector of Cologne says mass before the duchess — and his 'strange April fool'; the elector of Trier dies; the Porte declares war on Russia; Nangis colonel of the king's regiment. Deaths of Feuquières — with the 'reflection on the base-born' — and Estrades. And d'Antin's claim to the Épernon peerage: royal leave to sue — the affair that will reopen the whole law of the peerages.

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Prince de Conti, Médavy, du Bourg, Albergotti, Goesbriant reçus chevaliers de l’ordre
L'année commença par la réception comme chevaliers de l'ordre de M. le prince de Conti, de Médavy et du Bourg — « longtemps depuis maréchaux de France » —, d'Albergotti et de Goesbriant. Le prince de Conti « n'avoit pas quinze ans » : l'âge des princes du sang est vingt-cinq ans, mais le roi, qui avait donné l'ordre au comte de Toulouse avant quatorze ans, « ne sut que répondre à cet exemple que M. du Maine fit valoir » : « moyennant les bâtards qui peu à peu renversèrent tout et défigurèrent tout, les princes du sang eurent l'ordre sans âge comme les fils de France » — « les fils de la couronne et ceux de l'adultère y étant traités pour l'âge en toute égalité ».
Singularités sur le prince de Conti
Autre nouveauté étrange : les parrains doivent être du rang du présenté, or il n'y avait de prince du sang chevalier que M. le Duc. La raison voulait qu'on lui joignît M. du Maine ou le comte de Toulouse ; mais la pique entre Mme la Duchesse et M. du Maine sur la succession de M. le Prince fit hésiter le roi, et le rang de petit-fils de France s'accommodait encore moins de coupler M. le Duc avec M. le duc d'Orléans. « Pour couper court, on remonta au faîte, afin que tout y fût sans proportion » : la présentation se fit par Monseigneur et Mgr le duc de Bourgogne.
Goesbriant gouverneur de Verdun
Goesbriant, reçu chevalier, s'en alla commander à Saint-Omer avec une pension de vingt mille livres « en attendant le premier gouvernement vacant. C'étoit bien le moins pour le gendre de celui qui les payoit. » Il n'attendit pas longtemps : la mort de Feuquières lui procura le gouvernement de Verdun.
Mariage de Châtillon avec une fille de Voysin
Voysin maria sa seconde fille au comte de Châtillon, « fils et neveu des deux premiers gentilshommes de la chambre de Monsieur et de M. le duc d'Orléans » — qui n'auraient pas cru à l'horoscope de la fortune où il est aujourd'hui. Signe des temps : « au lieu des deux cent mille livres que le roi, avant cette dernière guerre, donnoit aux filles de ses ministres », Voysin eut dix mille livres de pension pour sa fille.
Électeur de Cologne, à Paris et à la cour, dit la messe à Mme la duchesse de Bourgogne
L'électeur de Cologne, arrivé à Paris aux premiers jours de l'année, eut une audience du roi incognito, dîna à Meudon vis-à-vis de Monseigneur « parmi les courtisans, sur un siége pareil à eux », sans serviette ni soucoupe, s'arrêtant aux portes étroites « avec un air de respect » et l'appelant toujours Monseigneur. Le 3 février, il alla dire la messe à Mme la duchesse de Bourgogne, qu'il avait instamment priée de l'entendre : il la dit basse au grand autel « comme un évêque ordinaire », s'inclinant « comme un chapelain » ; la princesse, en tribune pour éviter le corporal à baiser, lui rendit ses révérences. « Madame fut outrée de cette messe, et se garda bien de s'y trouver. » « Il n'y avoit point de cérémonies qu'il n'aimât à faire. »
Son étrange poisson d’avril
Il aimait même à prêcher, « et on peut juger comment il prêchoit. Il s'avisa un premier jour d'avril de monter en chaire » à Valenciennes, toute l'église remplie sur son invitation : « l'électeur parut en chaire, regarda la compagnie de tous côtés, puis tout à coup se prit à crier : “Poisson d'avril ! poisson d'avril !” et sa musique avec force trompettes et timbales à lui répondre. Lui cependant fit le plongeon et s'en alla. Voilà des plaisanteries allemandes, et de prince. » Avant de partir, il offrit galamment à Mme de Dangeau, qui l'avait promené dans Saint-Cyr, un canonicat de Liège pour son frère le comte de Lowenstein.
Mort de l’électeur de Trêves
On apprit quelques jours après la mort de l'électeur de Trêves : « ainsi le frère de M. de Lorraine ne fut pas longtemps coadjuteur ; et ces chapitres de Mayence et de Trêves, si résolus, par l'exemple de celui de Cologne, à se faire sages contre l'ambition des princes, et à n'en point recevoir parmi eux, tombèrent dans le même inconvénient, Trêves dès lors et Mayence ensuite », dont le coadjuteur fut le grand maître de l'ordre Teutonique, frère de l'électeur palatin.
La Porte déclare la guerre à la Russie
Le roi de Suède, de son asile de Bender, « sut si bien remuer la Porte en sa faveur » qu'on apprit par des Alleurs, ambassadeur à Constantinople, que le Grand Seigneur déclarait la guerre « et prétendoit, avec une armée de trois cent mille Turcs, Tartares ou Cosaques, chasser les Moscovites et les Saxons de Pologne, et rétablir le roi de Suède et le roi Stanislas. Cette nouvelle, qui pouvoit influer sur les affaires de l'empereur, fit un peu de soulagement. »
Nangis colonel du régiment du roi
Le roi, « lassé de voir son régiment d'infanterie dans un assez mauvais état », donna le gouvernement de Landrecies à du Barail avec le grade de maréchal de camp, et son régiment à Nangis. « Cela parut un grand commencement de fortune », à cause des tête-à-tête fréquents que ce colonel avait avec le roi, « qui se croyoit le colonel particulier de ce régiment, avec le même goût qu'un jeune homme qui sort des mousquetaires ».
Mort, famille et caractère de Feuquières
Mort de Feuquières, ancien lieutenant général « d'une grande et froide valeur, de beaucoup plus d'esprit qu'on n'en a d'ordinaire…, et d'une science à la guerre qui l'auroit porté à tout, pour peu que sa méchanceté suprême lui eût permis de cacher au moins un peu qu'il n'avoit ni cœur ni âme ». Il ne servait « qu'à dessein de commander, de s'emparer du général », devenant l'ennemi de qui refusait son joug jusqu'à faire échouer les entreprises ; « aucun général ne le vouloit dans son armée, pour en avoir tous tâté ». Ses Mémoires sur la guerre « seroient un chef-d'œuvre en ce genre… si, comme un chien enragé, il n'avoit pas déchiré, et souvent mal à propos, tous les généraux sous lesquels il a servi. Aussi mourut-il pauvre, sans récompense et sans amis. »
Réflexion sur les vilains
Sa fille unique porta tous les biens de la maison de Pas « à un Seiglière, dont la vie honteuse a même déshonoré jusqu'à la bassesse de sa naissance » : « et voilà comme on donne des filles de qualité à des vilains, parce qu'ils les prennent pour rien, desquelles après ils ont tous les biens de leurs maisons ! Ce fameux Soyecourt est mort fugitif à Venise… ; et leur fils a eu un régiment, tandis que les gens les plus qualifiés n'en peuvent obtenir du cardinal Fleury : Similis simili gaudet. »
Mort et caractère d’Estrades ; sa naissance
Mort d'Estrades, fils aîné du fameux maréchal négociateur de Nimègue. Dépêché au roi avec la paix signée en 1678, « il s'amusa à Bruxelles à une maîtresse, et donna ainsi le temps au prince d'Orange…, de donner la bataille de Saint-Denis à M. de Luxembourg », qui croyait la paix faite : « Filii heroum noxæ ». Il mena « une vie obscure, avec peu de commerce, peu d'amis et moins de considération », vivant du gouvernement de Dunkerque et de la mairie perpétuelle de Bordeaux gagnés par son père. Saint-Simon note au passage la bisaïeule « Jeanne, dite de Mendoze, de race juive d'Espagne » — les juifs convertis d'Espagne recevant nom et armes de leur parrain.
Prétention et procès de d’Antin sur la dignité de duc et pair d’Épernon
Vient le procès que d'Antin intenta « sur des chimères aussi folles que rances de l'ancienne duché-pairie d'Épernon » : récit qui peint « les ruses d'un courtisan, la jalousie des autres, les artifices des bâtards, un intérieur de cour et de seigneurs peu connu ». Après l'échec des Estrées pour Mlle de Rouillac, feu M. de Montespan avait passé avec elle tous les actes pour lui succéder en sa terre et ses prétentions — essayant même en Guyenne le nom de duc d'Épernon, « et de s'y faire moquer de lui ». « Il étoit mort dans ses idées, et d'Antin s'en étoit toujours nourri » : « arrivé enfin à la faveur et aux privances avec le funeste appui de la coupable fécondité de sa mère, il sentit ses forces ».
D’Antin obtient permission du roi d’intenter son procès
D'Antin choisit Marly, épia son moment dans les cabinets et le trouva le samedi 10 janvier : il représenta au roi « qu'il souffroit une injustice de sa part », que la prétention d'Épernon avait été « suspendue par un coup d'autorité du roi », qu'il ne demandait « pour toute grâce que celle qu'il ne refusoit à personne » — le libre cours de la justice — ; « que ce seroit un procès à l'ordinaire à la grand'chambre » dont il ne l'importunerait de rien. Parler en ce sens « et obtenir ne fut qu'une même chose, laquelle fut plus tôt faite qu'éventée ».
Ruse et artifice de son discours
Artifice consommé du discours : « c'étoit là toucher le roi par l'endroit sensible, après lui avoir menti de point en point sur tous les faits », en lui offrant de voir son favori « devenu duc et pair sans grâce », sans qu'il lui en coûtât rien. Car « la raison intime, et que d'Antin avoit bien sentie, étoit la jalousie du roi contre ses favoris, dont il redoutoit autant l'apparence d'être gouverné, comme il leur en abandonnoit la réalité de bonne grâce » ; et d'Antin « sut mettre le roi si avant dans ses intérêts, par ce tour adroit et si ajusté à son goût, que la partialité du roi eut peine à demeurer en quelques bornes ».
Appartement du roi à Marly
Comment la chose fut sue : le roi, à Marly, « n'avoit que deux cabinets, encore le second étoit-il retranché en deux pour une chaise percée » ; « les valets intérieurs dont ces cabinets étoient pleins, et dont les portes étoient toujours toutes ouvertes, voyoient tout ce qui s'y passoit, et entendoient tout. Bloin, qui n'aimoit pas d'Antin, n'avoit pas perdu un mot de son discours, et l'avoit rendu aux ducs de Villeroy et de La Rocheguyon ses intimes, et qui soupoient chez lui presque tous les soirs. »
Ferme et nombreuse résolution de défense
Saint-Simon, d'abord fataliste — « le triomphe ne coûteroit guère sur des victimes comme nous » —, trouva chez les ducs de Villeroy, Berwick et La Rocheguyon « une vigueur qui ranima un peu la mienne » : ils venaient de répondre à d'Antin « avec la fermeté la plus nette » et voulaient « une juste et verte défense ». Céder « seroit la dernière lâcheté » ; unis, « le roi n'oseroit nous en montrer du mécontentement, ni, pour d'Antin seul, fâcher tout ce qui l'environnoit dans les principales charges ». Saint-Simon proposa les deux préliminaires : signer une opposition et la signifier au procureur général et au greffier en chef, et reformer le conseil du procès de M. de Luxembourg — « et je m'offris de pourvoir à ces deux préliminaires ».
Avis sensé et hardi d’Harcourt
Avis sensé et hardi d'Harcourt, « menant la parole » chez le maréchal de Boufflers : « nous payerions d'Antin de compliments ; nous déclarerions notre union et notre attachement à notre défense ; nous ne ferions pas semblant de nous douter que le roi, quoi qu'il fît, pût souhaiter contre nous, afin de l'obliger par cette surdité volontaire à des démarches plus marquées, que nous savions bien que d'Antin avec toute sa faveur n'arracheroit pas contre des personnes, desquelles plusieurs l'approchoient de si près » — stratégie du respect aveugle qui liait les mains royales.
Causes de fermeté
Causes de tant de fermeté « dans un temps de si misérable faiblesse » : Villeroy et La Rocheguyon vivaient « dans un parfait mépris pour d'Antin » de tout temps ; Harcourt le regardait « comme un dangereux rival pour le conseil » ; Boufflers, « si droit, et si touché de la dignité, n'avoit pas oublié les mauvais offices de d'Antin lors de la bataille de Malplaquet » ; Villars, lié à d'Antin, « n'osa jamais abandonner une communauté d'intérêts qui lui faisoit un si prodigieux honneur » ; « Tresmes, né noble, je ne sais pas pourquoi, avoit de plus Harcourt pour boussole ; et Berwick, fort anglois, ne pouvoit souffrir l'interversion des rangs ».
Mesures prises
Les mesures furent prises en quelques heures : « notre conseil fut formé en vingt-quatre heures » — le hasard fit que celui de d'Antin fut celui de Mme la Duchesse pour la succession de M. le Prince, « et le nôtre, le même qui lui fut opposé par ses belles-sœurs ». Chez le maréchal de Boufflers, on dressa la liste des ducs sûrs ou non, chacun se chargea d'écrire à ses amis, on régla la conduite de cour et l'imitation du procès de M. de Luxembourg. En rentrant, Beauvilliers se jeta à l'oreille de Saint-Simon « de ne me point séparer des autres ducs, de faire même tout ce que je pourrois contre d'Antin », en gardant l'extérieur mesuré — avis surprenant d'un homme si prudent.
Je refuse la direction de l’affaire, dont je fais charger les ducs de Charost et d’Humières
Pressé par deux fois de prendre la direction de l'affaire, Saint-Simon refusa : son assiduité à la cour, ses expériences passées, ses démêlés personnels avec d'Antin. « Plus j'y avois pensé…, plus je m'étois fortifié dans ma résolution, mais de faire en sorte d'en tenir les rênes de derrière la tapisserie. » Il proposa les ducs de Charost et d'Humières, « par qui je comptois bien gouverner l'affaire comme si j'en avois accepté le soin », faisant valoir que les ducs vérifiés seraient flattés d'avoir part à la direction. « Ces raisons, et, s'il faut l'avouer, celle de l'influence que j'aurois avec ces messieurs…, déterminèrent à s'y arrêter. »
Opposition à d’Antin signée
L'opposition fut signée le jour même, datée de Paris, et signifiée le lendemain au procureur général d'Aguesseau et au greffier en chef : les ducs de La Trémoille, Sully, Saint-Simon, Louvigny, Villeroy, Mortemart, Tresmes, Aumont, Charost, Boufflers, Villars, Harcourt et Berwick, pairs ; La Rocheguyon « pour soi et pour M. de La Rochefoucauld pair et aveugle » ; Humières et Lauzun, vérifiés. On n'en fit pas signer davantage « pour en réserver en adjonction » ; et l'on se garda du jeune duc de Brissac, qui aurait consulté son oncle Desmarets, « et celui-ci le roi ».
Étrange procédé du duc de Mortemart
Étrange procédé du duc de Mortemart : Saint-Simon avait averti « que ce n'étoit pas un homme sûr » — on traita cela de fantaisie. Chargé de faire signer Villars et de rendre le papier discrètement, Mortemart complimenta d'abord Gondrin, fils aîné de d'Antin, puis « tout haut, en plein salon et devant tout le monde », rendit l'opposition à Saint-Simon, le poursuivant jusque dans la Perspective « disant : “Tenez, tenez !” son papier à découvert en main ». « Une heure après, Gondrin donna au public notre opposition. » Il fut résolu « de se défier de lui comme de d'Antin même, et de l'exclure de toutes nos assemblées » ; d'Antin, de son côté, « pouilla son fils d'importance ».
Souplesse de d’Antin
Souplesse de d'Antin : il avait affecté de publier « que, s'il avoit un fils honoré de cette dignité, il l'obligeroit à s'opposer à lui ; mais le gascon parloit au plus loin de sa pensée » — propos jeté « pour décorer sa cause si la lâcheté se trouvoit telle qu'il espéroit ». Quand Saint-Simon, pressé par ses amis, lui fit une honnêteté, d'Antin l'accabla « de respects…, et de remercîments plus excessifs », vint chez lui les redoubler, « affecta de publier ma politesse à son égard…, il s'en vanta au roi, et cela me revint aussitôt : j'en fus extrêmement surpris, et beaucoup de gens aussi le furent ».
Partialité du roi pour d’Antin, inutile
Partialité du roi, inutile : à la promenade, il demanda au duc de Villeroy « d'un air et d'un ton mal satisfait » s'il serait des opposants ; réponse ferme. Tresmes essuya la même question. Une troisième fois, le roi soutint que la prétention « ne faisoit rien à personne » ; Villeroy répondit « que ce pas de plus ou de moins étoit ce qui de tout temps étoit le plus cher aux hommes », et que la prétention « ouvriroit la porte à quantité d'autres ». Le roi, rebuté « et en garde contre la réputation d'être gouverné, n'osa jamais passer outre ». Se joignirent alors les ducs de Ventadour, Montbazon, Lesdiguières, Brissac, La Rochefoucauld, La Force, Valentinois, Saint-Aignan et Foix, La Feuillade et Lorges — et, surprise, M. de Luxembourg lui-même, qui trouvait la prétention de d'Antin « si étrange, malgré la sienne qui ne l'étoit guère moins ».
Misérable procédé de La Feuillade
Misérable procédé de La Feuillade : joint d'abord de bonne foi, « séduit tôt après par l'abbé de Lignerac, détaché par d'Antin, il chercha à se retirer », alléguant des prétextes puis une prétention de pairie de Roannois « qu'il inventa parce qu'elle étoit sans apparence ». Saint-Simon fit savoir par Mme Dreux que les avocats énonceraient en plaidant « les raisons et les motifs de chacun des déserteurs » ; La Feuillade protesta alors « qu'il n'avoit jamais eu dessein de se séparer de nous », s'entortilla chez Chamillart « dans un long éclaircissement… La fin fut que la peur le tint joint à nous, mais le premier payement fait, il n'en voulut plus ouïr parler. » Il s'attira le mépris du monde, sans apaiser « l'ancienne haine de d'Antin ».
Ducs dyscoles
Revue des ducs dyscoles : Noailles ne répondit jamais un mot ; d'Uzès, franc, manda à d'Antin son beau-frère qu'il se tairait, mais que s'il le faisait assigner « il feroit la sienne contre lui » ; Elbœuf « n'eut point honte de chercher bassement à faire sa cour en se déclarant verbalement pour d'Antin » ; Chevreuse se tint à part avec son petit-fils Luynes ; Richelieu et Rohan s'abstinrent — Rohan piqué de n'avoir pas été invité à signer ; Bouillon n'osa choquer d'Antin dans sa situation critique ; « le duc d'Estrées, fidèle au cabaret et au tripot, y attendit paisiblement les événements » ; « M. Mazarin absent, et toujours au troisième ciel, ne se détourna point aux choses de la terre » ; La Meilleraye se rangea pour d'Antin « sans qu'il sût lui-même pourquoi, et s'attira la risée » ; Duras, tout aux Noailles, valut à Saint-Simon le mot du « portemanteau de M. le comte de Toulouse, et du courrier de M. le duc de Noailles » ; Noirmoutiers, aveugle et sans enfants, déclara « qu'il n'avoit aucun intérêt à prendre ».
Aiguillon
Sur les prétentions parentes : Matignon, ayant racheté la terre d'Estouteville, forma sa prétention à la dignité ; « je fis un mémoire sur cela, que je donnai au chancelier ; sur le compte qu'il en rendit au roi, la permission de poursuivre fut refusée ». Quant à celle d'Aiguillon, « qui n'est pas mieux fondée », portée au parlement sous la Régence malgré le refus du feu roi, « le procès mal défendu de notre part et sollicité par Mme la princesse de Conti, qui en fit publiquement son affaire, réussit pour Aiguillon, comme fit, vers le même temps, la czarine pour la Courlande, et par les mêmes raisons, que ni l'une ni l'autre ne s'embarrassèrent pas de cacher ».
Le roi fait déclarer son impartialité au parlement
Les sollicitations faites « ensemble et en apparat » déconcertèrent d'Antin, qui avait su persuader au parlement la partialité du roi. Les maréchaux de Boufflers et d'Harcourt parlèrent au roi « en gens de leur sorte, et si bien, que le roi ne fut pas fâché de s'en trouver quitte pour une déclaration d'entière neutralité », signifiée par le premier président à sa compagnie « d'une manière nette et positive » — Charost, Humières et Saint-Simon s'en assurèrent auprès de lui et de plusieurs juges. « Le public revint de l'opinion qu'il avoit prise que la cause du favori étoit celle du roi, et le parlement commença à trouver qu'il avoit au moins la cause à juger, et non plus uniquement les personnes. » Les choses n'allèrent pas jusqu'au jugement.
Inquiétude singulière du duc de Beauvilliers à la réception du duc de Saint-Aignan, son frère
À la réception de son frère Saint-Aignan au parlement, le 22 janvier, le duc de Beauvilliers, averti qu'on préparait une opposition — le cas chimérique d'un fils à naître qui exclurait l'oncle —, attendait Saint-Simon derrière la porte de la grand'chambre, « dans l'inquiétude extrême ». Saint-Simon le rassura par l'exemple ignoré des deux ducs d'Halluyn : la duchesse d'Halluyn remariée, ses deux maris successivement reçus pairs au même titre, le premier huissier disant au second arrivé « que M. le duc d'Halluyn étoit en place ». La difficulté fut effectivement soufflée aux ducs de La Meilleraye et de Villeroy ; Saint-Simon « la rejeta comme ridicule », fit peur du roi et allégua les Halluyn : « nulle voix ne s'éleva. Le duc de Saint-Aignan fut reçu tout à l'ordinaire, et M. de Beauvilliers sortit de là fort aise et fort content. »

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