TOME XIX · CHAPITRE XVIII
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Summary
1723, the final year: the 'sterility of this year's narratives; its cause' — the author withdrawn from the game. Deaths of abbé de Dangeau, the prince de Vaudémont, the duke of Popoli, Le Hacquois; Madame's obsequies at Saint-Denis — the old Palatine gone; the death, family, character and obsequies of Mme la Princesse. Biron, Lévi and La Vallière made dukes and peers 'at the majority'; the king's majority and lit de justice; the royal visits; 'the regency council extinguished, a new form of government' — the Regency is over; the survivance of the secretary's charge…
The entries
Entry summaries are given in French, the language of the source.
- Année 1723
- « Cette année, dont la fin est le terme que j'ai prescrit à ces Mémoires, n'aura ni la plénitude ni l'abondance des précédentes. »
- Stérilité des récits de cette année ; sa cause
- La cause de cette stérilité : « j'étois ulcéré des nouveautés du sacre ; je voyois s'acheminer le complet rétablissement de toutes les grandeurs des bâtards, j'avois le cœur navré de voir le régent à la chaîne de son indigne ministre… l'État en proie à l'intérêt, à l'avarice, à la folie de ce malheureux sans qu'il y eût aucun remède ». « Je n'approchois plus de ce pauvre prince à tant de grands et utiles talents enfouis, qu'avec répugnance… Nauseat anima mea super cibum istum levissimum. » Le cardinal, n'osant rompre des liens si anciens, essaya « de me dégoûter par imposer à son maître une réserve à mon égard » ; la conviction de « mon inutilité parfaite » fit le reste : « ce que j'aurai à raconter de cette année sentira moins la curiosité et l'instruction de bons et de fidèles Mémoires, que la sécheresse et la stérilité des faits répandus dans des gazettes. »
- Mort de l’abbé de Dangeau
- L'abbé de Dangeau mourut au commencement de l'année, à quatre-vingts ans, « aussi bon homme et aussi fade que son frère », avec une abbaye et « un joli prieuré à Gournay-sur-Marne, qui lui faisoit une très agréable maison de campagne à la porte de Paris ».
- Mort du prince de Vaudémont ; du duc de Popoli à Madrid, et sa dépouille
- Le prince de Vaudemont mourut à quatre-vingt-quatre ans à Commercy : « il a tant et si souvent été parlé de la naissance, de la famille, de la fortune, des perfidies, des cabales de cet insigne Protée, que je ne m'y étendrai pas ici. » La princesse d'Espinoy recueillit « l'immense héritage de ce cher oncle », excepté Commercy revenu au duc de Lorraine. Le duc de Popoli mourut à Madrid quelques jours après, à soixante-douze ans : Bejar eut sa place de majordome-major du prince des Asturies, le duc d'Atri sa compagnie italienne des gardes. « Ce fut une perte pour la cabale italienne, et un gain pour les Espagnols et pour les honnêtes gens. » Son fils « trouva un prodigieux argent comptant et force pierreries, qu'il ne tarda pas à manger ».
- Mort et caractère de M. Le Hacquois
- « Un plus honnête homme qu'eux les suivit de près » : Le Hacquois, « par corruption M. des Aguets », conseiller d'honneur à la cour des aides après y avoir été avocat général « avec la plus grande réputation de droiture et la première d'éloquence ». Ami de jeunesse du chancelier de Pontchartrain, de tous ses voyages et de toutes ses chasses ; devenu « fort homme de bien et même pénitent », si silencieux que « le chancelier l'appeloit son muet, et on y perdoit infiniment. Quand il faisoit tant que de dire quelque chose, c'étoit toujours avec un sel et une grâce qui ravissoit. Je lui disois souvent que j'avois envie de le battre jusqu'à ce qu'il se mît à parler. » Mort à quatre-vingt-quatre ans, « avec une réputation grande et rare ».
- Obsèques de Madame à Saint-Denis
- Les obsèques de Madame se firent à Saint-Denis le 13 février : Mlles de Charolois, de Clermont et de La Roche-sur-Yon firent le deuil ; l'archevêque d'Albi (Castries) officia, « et l'évêque de Clermont (Massillon) fit l'oraison funèbre, qui fut belle ».
- Mort, famille, caractère, obsèques de Mme la Princesse
- Mme la Princesse suivit Madame de près, morte à Paris le 23 février à soixante-quinze ans — cousines germaines, petites-filles de l'électeur palatin roi de Bohème. Sa mère, Anne Gonzague, « se rendit illustre par son esprit et sa conduite », devenue « la plus intime et confidente amie du célèbre prince de Condé ». Mme la Princesse « étoit laide, bossue, un peu tortue, et sans esprit, mais douée de beaucoup de vertu, de piété, de douceur et de patience, dont elle eut à faire un pénible et continuel usage tant que son mariage dura, qui fut plus de quarante-cinq ans ». Veuve, elle bâtit somptueusement le Petit-Luxembourg — mais on entrait « par une vilaine petite salle à manger ». Portée aux Carmélites de la rue Saint-Jacques ; « il n'y fut pas question de la garde de son corps par des dames ».
- Biron, Lévi et La Vallière faits et reçus ducs et pairs à la majorité
- À l'approche de la majorité, trois ducs et pairs : Biron, premier écuyer du régent ; Lévi, gendre du feu duc de Chevreuse, pour qui Saint-Simon « réussit, quoique avec grande peine » ; et La Vallière, arraché par la princesse de Conti au régent « qui n'eut pas la force de résister ». Le prince de Talmont, « qui à son mariage avoit escroqué le tabouret au feu roi par surprise », n'y put réussir. « Biron et Lévi passèrent sans grand murmure par leur naissance et leurs services ; mais La Vallière qu'on aimoit d'ailleurs excita les clameurs publiques, au point que M. le duc d'Orléans en fut honteux. »
- Majorité du roi
- « Le 19 février, le roi reçut à Versailles les respects de M. le duc d'Orléans et de toute la cour sur sa majorité, et déclara les trois nouveaux ducs et pairs. Le lendemain il vint en pompe, après dîner, à Paris aux Tuileries. »
- Lit de justice
- Le 22, lit de justice au parlement « pour la déclaration de sa majorité », réception des trois nouveaux ducs et pairs, « et la séance finit par l'enregistrement d'un nouvel édit contre les duels, qui redevenoient communs ».
- Il visite les princesses belle-fille, filles, même la sœur de feu Mme la Princesse, et point ses petites-filles, quoique princesses du sang
- Le 24, le roi alla voir Mme la Duchesse et les deux filles de Mme la Princesse, morte la veille — « on vit avec surprise qu'il alla voir aussi la duchesse de Brunswick, sa sœur. Ses visites s'y bornèrent ; elles ne s'étendirent pas jusqu'aux princes et princesses du sang, petits-enfants de Mme la Princesse. »
- Conseil de régence éteint
- « Le conseil de régence prit fin. » Le conseil d'État ne fut composé que du régent, du duc de Chartres, de M. le Duc, du cardinal Dubois et de Morville, à qui Dubois remit sa charge de secrétaire d'État des affaires étrangères.
- Forme nouvelle du gouvernement
- Forme nouvelle : Maurepas commença sa charge avec la marine ; La Vrillière demeura comme sous le feu roi ; Le Blanc garda la guerre « pour ne pas y rester longtemps » ; conseil des finances avec Armenonville et Dodun, le maréchal de Villeroy, son chef, « exilé à Lyon » ; conseil des dépêches avec les quatre secrétaires d'État. « Ainsi tout cet extérieur, aux princes du sang près, reprit tout celui du temps du feu roi. »
- Survivance de la charge de secrétaire d’État de La Vrillière à son fils
- « On consola La Vrillière de son déchet par la survivance de sa charge de secrétaire d'État à son fils. »
- Mariage secret du comte de Toulouse avec la marquise de Gondrin
- Le comte de Toulouse, épris de la marquise de Gondrin — sœur du duc de Noailles, veuve « jeune, gaie et fort Noailles ; la gorge fort belle, un visage agréable, et n'avoit point fait parler d'elle » — l'épousa « dans le dernier secret » : il prit « le moment de la séance du lit de justice de la majorité, dont il s'excluoit », la maréchale de Noailles menant seule sa fille à l'archevêché, où le cardinal de Noailles « leur dit la messe et les maria dans sa chapelle, au sortir de laquelle chacun s'en retourna comme il étoit venu. Rien n'en transpira. »
- Fin de la peste de Provence, et le commerce universellement rétabli
- « En ce même temps la peste qui avoit si longtemps désolé la Provence y fut tout à fait éteinte » : barrières levées, actions de grâces « publiquement célébrées dans toutes les églises du royaume », et le commerce « entièrement rouvert avec tous les pays étrangers ».
- Mlle de Beaujolois remise à la frontière par le duc de Duras au duc d’Ossone, et reçue par Leurs Majestés Catholiques, etc., à une journée de Madrid, où il se fait de belles fêtes
- Mlle de Beaujolois fut remise à la frontière par le duc de Duras au duc d'Ossone ; la duchesse de Duras la remit à la comtesse de Lemos, camarera mayor, « dont la complaisance d'accepter cette place surprit fort toute la cour d'Espagne. Aucun François ni Française ne passa en Espagne avec Mlle de Beaujolois. » Leurs Majestés Catholiques et le prince et la princesse des Asturies la reçurent à Buytrago, « qui lui présentèrent don Carlos à la descente de son carrosse », puis « beaucoup de fêtes » à Madrid.
- Le chevalier d’Orléans, grand prieur de France, et le comte de Bavière, bâtard de l’électeur, faits grands d’Espagne
- Le chevalier d'Orléans, grand prieur de France, arrivé quelques jours avant, « fut fait grand d'Espagne. Bientôt après il fit sa couverture, et s'en revint aussitôt. » Sur cet exemple, l'électeur de Bavière obtint la même grâce pour son bâtard le comte de Bavière, « qui étoit dans le service de France ».
- Explication des diverses sortes d’entrées chez le roi, et du changement et de la nouveauté qui s’y fit
- Longue explication des entrées chez le feu roi : les grandes entrées (grand chambellan, premiers gentilshommes, garde-robe — « sans charge elles furent toujours très rares » : Montausier, La Feuillade, Lauzun) ; les entrées des derrières, « qui entroient ainsi sans être vus dans les cabinets du roi à toutes heures » ; les premières entrées avec leur second petit lever ; celles de la chambre et du cabinet ; enfin le botter et le débotter, à la nomination du premier gentilhomme en année. Le régent les avait prodiguées « sans choix ni distinction aucune… c'étoit un peuple dont la foule ôtoit toute distinction ». Dubois, « qui ne buttoit pas moins à se rendre maître de l'esprit du roi qu'il avoit fait à dominer M. le duc d'Orléans », fit rendre tous les brevets, n'exceptant que Berwick et Belle-Ile qu'il voulait tromper — « et il fut la dupe de l'un et de l'autre ». « Je fus du nombre des supprimés, et M. le duc d'Orléans le souffrit. Je renvoyai mon brevet dès qu'il me fut redemandé, sans daigner m'en plaindre. » Dubois inventa des entrées « familières », les prit pour lui et les étendit aux princes du sang et aux bâtards : « il ne sera pas facile désormais de les leur ôter par un roi qu'une familiarité si grande pourra facilement gêner et importuner beaucoup ».
- Rétablissement des rangs et honneurs des bâtards, avec des exceptions peu perceptibles, dont ils osent n’être pas satisfaits
- Tel fut le préparatif du rétablissement des bâtards « dans tous les rangs, honneurs et distinctions dont ils jouissoient à la mort du roi », par déclaration enregistrée, qui n'excepta que « le droit de succession à la couronne, le nom et le titre de prince du sang… et le traversement du parquet ». « C'étoit, ce semble, de quoi être plus que contents… Ils ne le parurent point du tout, et Mme la duchesse d'Orléans encore moins qu'eux. » — « Nous fîmes nos protestations, dernière ressource des opprimés. Cet événement acheva de m'éloigner du cardinal et de M. le duc d'Orléans… Personne de nous ne visita les bâtards sur ce rétablissement si honteux et si fort à pure perte pour M. le duc d'Orléans. »
- Cardinal Dubois éclate sans mesure contre le P. Daubenton
- Le P. Daubenton ayant mandé nettement « qu'il n'avoit jamais trouvé dans le roi d'Espagne une inflexibilité si dure ni si arrêtée » sur l'ambassade de Berwick, « le cardinal entra en furie ». Le frère du jésuite venant insister sur l'abbaye promise, « le cardinal l'envoya très salement promener, le traita comme un nègre, lui chanta pouille du P. Daubenton… et rompit tout commerce avec le P. Daubenton pour tout le reste de sa vie. On peut juger de l'effet de cette sortie sur un jésuite accoutumé aux adorations des ministres des plus grandes puissances. On en verra bientôt les funestes effets. »
- Cause de cet éclat sans retour
- La cause de l'éclat : Dubois négociait avec Daubenton le retour des bonnes grâces du roi d'Espagne à Berwick et son agrément comme ambassadeur, « tant il étoit pressé de se défaire de ce duc, dont l'estime, l'amitié, la familiarité pour lui de M. le duc d'Orléans lui étoit si importune » — retenant en gage l'abbaye promise au frère du jésuite « pour hâter le jésuite d'obtenir du roi d'Espagne ce qu'il avoit si fort à cœur ».
- Mort du prince de Courtenay
- Mort du vieux prince de Courtenay à quatre-vingt-trois ans. « Je n'ai point su par quelle heureuse fantaisie, car le cardinal Dubois n'étoit rien moins que noble et bienfaisant, il avoit pris en gré, du temps de la splendeur de Law », ce prince « qui n'avoit pas de quoi vivre », lui procurant le paiement de ses dettes « et plus de quarante mille livres de rentes au delà ». En son fils s'éteignit « toute cette maison de Courtenay, vraiment et légitimement de la maison royale, sans en avoir jamais pu être reconnue, quoiqu'elle n'en doutât pas, ni le feu roi non plus ».
- Détails des troupes et de la marine rendus aux secrétaires d’État
- Fort tôt après, Dubois ôta le détail de l'infanterie, de la cavalerie et des dragons au duc de Chartres, au comte d'Évreux et à Coigny, colonels généraux, « et le rendit aux départements du secrétaire d'État de la guerre. Le comte de Toulouse retint encore quelque peu de temps celui de la marine ; mais il le perdit enfin à très peu de chose près. »
- Duc du Maine conserve ceux de l’artillerie et des Suisses, et y travaille chez le cardinal Dubois
- Pour les Suisses et l'artillerie, « tout fut rendu à cet égard, à peu de chose près, au duc du Maine, comme il l'avoit du temps du feu roi, mais en allant travailler chez le cardinal Dubois sur ces deux matières ».
- Maulevrier arrivé de Madrid, où Chavigny est chargé des affaires, sans titre
- Maulevrier revint d'Espagne « et fut médiocrement reçu. Il s'en alla tôt après montrer sa Toison dans sa province… Qui lui auroit dit alors qu'il deviendroit maréchal de France, il en auroit été pour le moins aussi étonné que le monde le fut quand le bâton lui fut donné. » Chavigny demeura en Espagne « sans titre, mais chargé des affaires en attendant un ambassadeur ».
- Mariage de Maulevrier-Colbert avec Mlle d’Estaing, et du comte de Peyre avec Mlle de Gassion
- Un autre Maulevrier, « mais qui étoit Colbert », petit-fils du maréchal de Tessé, épousa une fille du comte d'Estaing ; et le comte de Peyre une fille de Gassion, petite-fille du garde des sceaux Armenonville.
- Mort de la princesse de Piémont (palatine Soultzbach) ; du duc d’Aumont ; de Beringhen, premier écuyer du roi ; de la marquise d’Alègre ; de Mme de Châteaurenaud et de Mme de Coëtquen, sœur de Noailles ; du fils aîné du duc de Lorraine
- Morts en série : la princesse de Piémont (Palatine-Soultzbach), « morte en couche à Turin, au bout d'un an de mariage. Elle n'avoit pas vingt ans, et étoit fort belle » ; le duc d'Aumont, d'apoplexie à cinquante-six ans ; Beringhen, premier écuyer du roi, « homme d'honneur, de fort peu d'esprit, aimé et compté à la cour » ; la marquise d'Alègre, « dévote fort singulière », celle « qui me donna le premier éveil de toute la conspiration du duc et de la duchesse du Maine, sans rien nommer, dont son mari étoit tout du long, qui étoit fort bête et qui ne s'en doutoit pas » ; deux sœurs du duc de Noailles, Mmes de Châteaurenaud et de Coëtquen ; et le fils aîné du duc de Lorraine, « de la petite vérole à dix-sept ans ».
- Cardinal Dubois préside à l’assemblée du clergé
- « Le cardinal Dubois, que l'assemblée du clergé avoit élu son premier président… en fut fort flatté. »
- La Jonchère à la Bastille
- Il suivait « chaudement l'affaire de La Jonchère pour perdre Le Blanc qu'il y fit impliquer. Mme de Prie et M. le Duc ne s'y épargnèrent pas. Ce trésorier avoit été mis à la Bastille et fort resserré, où il dit et fit à peu près ce qu'on voulut. »
- Le Blanc exilé
- « Ainsi, toute l'affection, la confiance, tous les services publics et secrets que M. le duc d'Orléans avoit reçus de Le Blanc ne purent tenir » : ordre de démissionner et de partir sur-le-champ à Doux, chez son gendre. « Jamais Le Blanc ne s'étoit méconnu. Il étoit poli jusque avec les moindres… obligeant et serviable à tous, gracieux et payant de raison jusque dans ses refus, expéditif, diligent, clairvoyant, travailleur fort capable… On peut dire que ce fut un cri et un deuil public sans ménagement. »
- Breteuil secrétaire d’État de la guerre
- « La surprise ne fut pas moins grande et générale de voir Breteuil en sa place », tiré « d'une des dernières et des plus chétives intendances du royaume, sans avoir jamais vu ni ouï parler de troupes, de places ni de rien de ce qui appartient à la guerre ».
- Cause singulière et curieuse de sa fortune
- La cause « longtemps secrète » de sa fortune : Dubois « étoit marié depuis longues années » dans le Limousin. Nommé à Cambrai, il conjura Breteuil, intendant de Limoges, « d'enlever les preuves de son mariage avec adresse et sans bruit ». Breteuil « vit les cieux ouverts » : arrivé de nuit au village, hébergé chez le curé « faute d'hôtellerie », il l'enivra — « le broc étoit sur la table ; ils s'en versoient tour à tour avec une familiarité qui transportoit le bon curé » — puis, le bonhomme « à ne pouvoir se soutenir, ni voir, ni proférer un mot », prit ses clefs, ouvrit l'armoire, « en tira le registre des mariages… en détacha bien proprement la feuille qu'il cherchoit, et malheur aux autres mariages qui se trouvèrent sur la même feuille ». Puis chez le notaire de Brive, « de force et d'autorité se fit remettre la minute du contrat », et menaça la femme « des plus profonds cachots… de la faire condamner de calomnie et d'imposture, et la faire raser et pourrir dans la prison d'un couvent ». « Breteuil remit les deux importantes pièces à Dubois, qui l'en récompensa de la charge de secrétaire d'État quelque temps après. La femme n'osa souffler… Dans la suite, cette histoire a été sue, et n'a été désavouée ni contredite de personne. »
- Son caractère
- Le caractère du nouveau ministre : jeune, « sans avoir jamais eu ni travail ni application », c'était « de ces petits-maîtres étourdis de robe, qui ne s'occupoit que de son plaisir » — mais « il avoit de l'esprit et il sut s'en servir », et « il aimoit à boire et y étoit expert ». Quant au frère du cardinal, à qui celui-ci « avoit donné sa charge de secrétaire du cabinet du roi » — « assez mauvais médecin de village dans son pays » avant d'être appelé à Paris —, « bon et honnête homme », il « vécut toujours fort bien » avec la femme cachée du cardinal, « morte à Paris plus de vingt ans après le cardinal Dubois ».
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