TOME IX · CHAPITRE XVI

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Summary

The author often sees the Dauphin alone — even surprised with him by the Dauphine; his situation with her, Mme de Saint-Simon's merit 'most useful', Mme de Maintenon's aversion 'and its grounds'. He labours to unite Orléans with the Dauphin; the royal family's interior and his own with it; the 'strange advice' given Orléans, who makes 'a stranger use of it' with his daughter — quarrel and reconciliation, with lasting coldness towards the duchesse de Berry; the king's disgusts at Orléans; du Maine's 'dangerous games'.

The entries

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Je vois souvent le Dauphin tête à tête
« Je voyois souvent le Dauphin en particulier, et je rendois aussitôt après au duc de Beauvilliers ce qui s'y étoit passé. » Le prince entrait avec liberté dans tout, donnait des mémoires, en recevait, les discutait : « je garnissois toutes mes poches de force papiers toutes les fois que j'allois à ces audiences, et je riois souvent en moi-même, passant dans le salon, d'y voir force gens qui se trouvoient actuellement dans mes poches, et qui étoient bien éloignés de se douter de l'importante discussion qui alloit se faire d'eux ».
Le Dauphin, seul avec moi, surpris par la Dauphine
Un jour, Saint-Simon pressa le prince de pousser le verrou de la porte du côté de la Dauphine ; « il fut opiniâtre et n'en voulut rien faire ». Après une longue séance, comme ils triaient leurs papiers, « tout à coup la porte s'ouvrit vis-à-vis de moi, et la Dauphine entra ». « Le fixe des yeux et l'immobilité de statue, le silence, l'embarras également dans tous trois, dura plus d'un lent Pater. » Elle dit enfin, « d'une voix très-mal assurée, qu'elle ne le croyoit pas en si bonne compagnie » ; le prince, souriant : « Puisque vous m'y trouvez, madame, allez-vous-en. » Elle « fit après la pirouette » et sortit. « Jamais je ne vis femme si étonnée ; jamais…, homme si penaud que le prince » — qui avoua son tort sur le verrou et répondit du secret, si bien gardé « qu'il n'en a jamais rien transpiré ». Beauvilliers « en pâlit d'abord ».
Ma situation à l’égard de la Dauphine
Situation avec la Dauphine : elle craignait Saint-Simon « en gros, parce qu'elle craignoit fort les ducs de Chevreuse et de Beauvilliers, dont les allures graves et sérieuses n'étoient pas les siennes » ; elle redoutait surtout Beauvilliers « sur l'article le plus délicat auprès de son époux », ignorant qu'il était tout occupé à barrer chemin aux avis fâcheux. Nulle familiarité — « cela ne pouvoit guère arriver que par le jeu, et je ne jouois point » — mais nul éloignement effectif non plus : depuis la surprise du cabinet, « la Dauphine me sourit souvent, comme pour m'en faire souvenir, et prit pour moi un air d'attention marqué ».
Mérite de Mme de Saint-Simon m’est très-utile
Le mérite de Mme de Saint-Simon fut un appui puissant : le Dauphin et la Dauphine, l'éprouvant « sans cesse dans la familiarité des particuliers », y trouvaient « un assemblage de vertu, de douceur, de sagesse, de grand sens et de discrétion, qui les charma, dans l'exercice d'un emploi que l'humeur de Mme la duchesse de Berry ne rendoit pas moins difficile que son tempérament ». Sa réputation entière, acquise « sans soins, surtout sans bassesses ni rien qui les sentît, et avec beaucoup de dignité », la faisait « singulièrement respecter, et… dans tous les temps de ma vie m'a été un grand soutien et une puissante ressource ». Le Dauphin comme la Dauphine voulaient la faire succéder à la duchesse du Lude.
Aversion de Mme de Maintenon pour moi ; sur quoi fondée
L'aversion de Mme de Maintenon, apprise de Chamillart après la mort du roi : lorsqu'il travailla à raccommoder Saint-Simon avec le roi, « ç'avoit été moins lui qu'il avoit eu à ramener que Mme de Maintenon qu'il avoit eue à combattre…, sans l'avoir jamais pu faire revenir sur moi, ni tirer d'elle contre moi que des lieux communs ». Saint-Simon soupçonne M. du Maine, « outré de n'avoir pu parvenir à me lier », de lui avoir inspiré cette haine, servie par Nyert, Bloin et les valets principaux, « sur lesquels j'étois averti et défendu souvent par Maréchal ». « Je ne puis donc comprendre encore d'où m'est venue, et moins encore comment a pu subsister constamment la considération, même personnelle, que le roi m'a toujours montrée. »
Je travaille à unir M. le duc d’Orléans au Dauphin
Grande affaire : « unir bien M. le duc d'Orléans avec le Dauphin, et pour cela le lier avec le duc de Beauvilliers. Tout m'y secondoit, excepté lui et Mme sa fille. » Pour : l'obligation du grand mariage, l'union Dauphine–duchesse d'Orléans, la liaison avec Chevreuse, « la partialité publique et non interrompue de ce prince pour l'archevêque de Cambrai ». Contre : « les mœurs de M. le duc d'Orléans, l'affectation de se parer de ses débauches et d'impiété, des indiscrétions là-dessus les plus déplacées », qui faisaient fuir le Dauphin, et la haine de Mme de Maintenon « que le mariage de sa fille n'avoit point émoussée, dans le temps même qu'elle le faisoit ».
Intérieur de la famille royale, et le mien avec elle
Intérieur terrible : Mme la duchesse de Berry, « nourrie dans l'aversion de Mme la duchesse d'Orléans et dans l'indignation du vice de sa naissance », éclatait « par les scènes les plus scandaleuses » contre sa mère ; forte de son double ascendant, elle abusait d'un mari amoureux et effrayé et d'un père « la faiblesse et la fausseté même » : s'il voulait lui faire entendre raison, « les injures ne lui coûtoient rien : elle le traitoit comme un nègre ». L'assiduité du père chez sa fille « donna beau jeu aux langues de Satan » : leur affreux bruit « fut porté jusqu'à M. le duc de Berry », déjà importuné d'avoir « presque toujours son beau-père en tiers ». L'importance d'un éclat entre gendre et beau-père « sur un fondement si faux mais si odieux » parut aux Saint-Simon devoir être détournée avec promptitude.
Je donne un étrange avis à M. le duc d’Orléans, qui en fait un plus étrange usage avec Mme sa fille
Saint-Simon donna donc l'étrange avis à M. le duc d'Orléans, qui « en fut étourdi, s'écria sur l'horreur d'une imputation si noire », et le remercia d'un service « qu'il n'y avoit guère que moi qui le lui pût rendre ». Usage plus étrange encore : il alla tout conter à sa fille « une heure après ». Le soir même, Mme la duchesse de Berry appela Mme de Saint-Simon dans sa garde-robe et, « d'un air colère et sec », lui dit « qu'elle étoit bien étonnée que je la voulusse brouiller avec M. le duc d'Orléans…, que je voulois l'éloigner d'elle, mais que je n'en viendrois pas à bout ». Mme de Saint-Simon répondit que ce bruit horrible était public et qu'il importait que le père en fût averti, « finit brusquement par la révérence et sortit ».
Je me brouille et me laisse après raccommoder avec lui, et je demeure très-froidement avec Mme la duchesse de Berry depuis
« Le trait me parut énorme » : Saint-Simon annonça à Mme la duchesse d'Orléans qu'il verrait désormais le duc « si rarement et si sobrement » qu'il en éviterait tous les risques. Elle, outrée mais effrayée d'une rupture, déploya son éloquence ; il cessa de voir le prince, qui vint le surprendre chez elle : « excuses, propos, tout ce qui se peut dire de plus touchant. Je demeurai longtemps sur la glace du silence, puis du respect ; à la fin je me mis en colère…, ce ton-là leur déplut moins que le premier. » « L'amitié, je n'oserois dire la compassion de sa faiblesse, me séduisit » : réconciliation, mais résolution ferme de ne plus jamais parler de la fille. Avec elle, froideur définitive : « j'allois à sa toilette publique une fois en deux mois et des moments chaque fois ; et tant qu'elle a vécu je ne m'en suis pas rapproché davantage, malgré force agaceries directes et indirectes ».
Dégoûts du roi de M. le duc d’Orléans
« La lueur de raison et de religion » d'après la rupture avec Mme d'Argenton n'avait pas duré : le duc « se rembarqua dans la débauche et dans l'impiété » ; « c'étoit entre le père et la fille à qui emporteroit le plus ridiculement la pièce sur les mœurs et sur la religion, et souvent devant M. le duc de Berry », que leurs attaques n'ébranlèrent jamais. Le roi n'ignorait rien : « fort choqué de son retour à la débauche et à ses compagnies de Paris », il faisait retomber sur le neveu « des dégoûts continuels qu'il prenoit » de Mme la duchesse de Berry et des déplaisirs qu'elle donnait à sa mère — un mécontentement « qui augmentoit sans cesse, moins peut-être par sa conduite personnelle que par celle de Mme la duchesse de Berry ».
Dangereux manéges du duc du Maine, qui projette le mariage de son fils avec une sœur de Mme la duchesse de Berry
Dangereux manèges de M. du Maine : un de ses motifs pour le mariage de Berry « étoit aussi celui d'une sœur de cette princesse avec le prince de Dombes », l'obstacle principal levé par le rang entier de prince du sang de ses enfants ; Mme la duchesse d'Orléans, « toute bâtarde et uniquement occupée de la grandeur de ses frères et de ses neveux, le désiroit passionnément ». Du Maine, jaloux aussi de voir dans l'intérieur du roi « un prince aussi supérieur à lui », voulait « plonger au plus bas M. le duc d'Orléans, pour ne lui laisser de ressource auprès du roi que le mariage du prince de Dombes » ; et Saint-Simon y voit la clef des « ménagements si recherchés de M. du Maine pour moi » — il ne désespérait pas de le gagner, et par lui le duc d'Orléans.
Je travaille à unir M. le duc d’Orléans au Dauphin et au duc de Beauvilliers, [union] à laquelle je réussis
Plus il voyait cette noire politique, plus Saint-Simon sentait la nécessité de l'union : il l'exposa fortement à Beauvilliers — l'ascendant à prendre sur la faiblesse du prince, « un esprit supérieur en tout genre, et capable d'atteindre à tout ce qu'il voudroit sitôt qu'il en voudroit faire usage », les faits historiques, les arts et les sciences comme terrain commun avec le Dauphin. Le duc « convint de tout » mais opposa les mœurs et les propos : Saint-Simon vit « un homme intérieurement rendu à cette condition », et alla traiter avec le duc d'Orléans. L'expédient tenait en deux points : une garde continuelle « de tout propos le moins du monde licencieux en présence du Dauphin », et faire la débauche « au moins à huis clos ». « Il goûta un expédient qui n'attaquoit point ses plaisirs ; il me promit de le suivre. Il y fut fidèle » ; le Dauphin s'aperçut du changement, « peu à peu ils se rapprochèrent ; et…, tout entre eux passa par moi », puis aussi par le duc de Chevreuse.

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