TOME XV · CHAPITRE VIII

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Summary

Alberoni 'obstinate against peace'; the pope prints his brief insulting to the king of Spain 'which Aldovrandi had not dared present'; the nuncio has the constitution received by Spain's bishops — 'an anecdote deferred'; the pope's 'servitude to the emperor, who scorns him and makes Czaki cardinal'; Peterborough arrested by the pope then released 'with profuse excuses' under English threat; the terror of pope and duke of Parma; Bentivoglio's 'furious and mad counsels' against France; the papal avowal of impotence for peace.

The entries

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Opiniâtreté d’Albéroni contre la paix
« Au milieu de ces confusions et du péril où étoit la vie du roi d'Espagne, le cardinal déclara qu'il ne trouvoit pas les propositions des Anglois suffisantes pour assurer le repos de l'Italie, et qu'il n'enverroit point de ministre à Londres. Il dit à ses amis qu'il ne se laisseroit point endormir par des négociations apparentes ; qu'il avoit tout l'hiver devant lui pour prendre ses mesures ; qu'il falloit marcher à pas lents, et voir si les nuages du nord ne produiroient pas des tonnerres et des grêles. »
Le pape fait imprimer son bref injurieux au roi d’Espagne, qu’Aldovrandi n’avoit osé lui présenter
« Albéroni parloit plus haut même au pape, dont le bref au roi d'Espagne, qu'Aldovrandi n'avoit osé lui présenter, avoit été imprimé en Hollande par ordre du nonce de Cologne. »
Ce nonce fait recevoir la constitution aux évêques d’Espagne
« Aldovrandi, fort embarrassé, chercha à faire sa cour au pape par engager les évêques d'Espagne, à qui il écrivit, d'accepter la constitution. »
Anecdote différée
Anecdote différée : « on verra à l'occasion de mon ambassade en Espagne, ce que l'archevêque de Tolède, qui étoit lors et qui étoit le même [à l'époque de mon ambassade], m'en dit lui-même sous le dernier secret. Il est mort depuis cardinal. »
Servitude du pape pour l’empereur, qui le méprise et fait Czaki cardinal
La servitude du pape pour l'empereur : « non seulement il faisoit à l'instant tout ce qu'il plaisoit à l'empereur, mais sans attendre qu'il le demandât, et sans que ce prince daignât même le remercier. » L'empereur ayant voulu la promotion de Czaki, « ce prélat fut déclaré cardinal aussitôt, malgré tant de paroles données du premier chapeau à Gesvres, archevêque de Bourges, qui languissoit après depuis si longtemps ».
Le pape fait arrêter le comte de Peterborough ; et, menacé par les Anglois, le relâche avec force excuses
L'affaire Peterborough : averti « qu'il avoit de mauvais desseins sur la vie du Prétendant », le pape « le fit arrêter et garder étroitement dans le fort Urbin ». « Les Anglois prirent feu sur cet affront, et le roi d'Angleterre éclata en menaces de bombarder Civita-Vecchia... Le pape eut grand'peur, fit force compliments à Peterborough, le mit en liberté, et l'orage se dissipa. »
Sa frayeur, et celle du duc de Parme, de l’empereur
La frayeur du duc de Parme : « la proposition d'assurer à un fils de la reine d'Espagne la succession de Toscane, de Parme et de Plaisance lui faisoit déjà voir une garnison impériale dans ces deux places, et se croire perdu sous le joug des Allemands. » Il conseilla au roi d'Espagne « de s'armer au commencement de l'hiver, et avec éclat » — Cellamare donnant les mêmes conseils depuis la prise de Cagliari ; le pape, dans les mêmes frayeurs, fit presser le régent d'agir pour la paix, « mais par insinuations seulement, tant il redoutoit de choquer la cour de Vienne ».
Conseils furieux et fous contre la France de Bentivoglio au pape
Bentivoglio « n'avoit rien oublié pour l'épouvanter des alliances que la France faisoit avec les protestants, et pour le presser de se lier avec l'empereur. Il vouloit aussi qu'il travaillât au rétablissement du Prétendant, avec son peu de sens et de jugement ordinaire, comme si ce projet avoit pu être compatible avec une alliance étroite avec l'empereur, si lié avec le roi d'Angleterre. »
Son extrême embarras entre l’empereur et l’Espagne
Son extrême embarras : effrayé par les Impériaux, il fit imprimer son bref, « en distribua des copies à tous ses nonces, exigea non seulement de celui d'Espagne de le remettre enfin au roi, mais prétendit encore qu'il en tirât réponse » ; il écrivit « d'une manière pathétique et personnelle à Albéroni, dont la promotion n'avoit été faite que sur une parole à laquelle il avoit si cruellement manqué », et ordonna, si les indults révoqués n'étaient pas remis, d'écrire à tous les prélats d'Espagne « de leur défendre d'en rien payer ».
Ses tremblantes mesures
Ses tremblantes mesures : il avoua à Aldovrandi « sa crainte des plaintes que l'empereur faisoit..., et de ses menaces, qui suivoient toujours les moindres complaisances de Rome pour l'Espagne » ; il fit montrer à Vienne le bref offensant, espérant « se laver du soupçon d'intelligence avec l'Espagne..., peut-être même faire accepter sa médiation. Mais la froideur et la sécheresse de la cour de Vienne répondoit peu et souvent point à tant de prostitution. La suspension d'armes en Italie, que le pape lui avoit proposée..., ne reçut pas la moindre réponse. »
Le pape avoue son impuissance pour la paix
« Le pape avoua au cardinal Acquaviva que ses démarches n'avoient et n'auroient aucun succès, qu'il n'en falloit attendre que par la France et l'Angleterre, mais que l'empereur étoit prévenu au dernier point contre tous ceux qui lui parloient de paix, et qu'il protestoit tous les jours qu'il renonceroit plutôt à la couronne impériale qu'à ses prétentions sur celle d'Espagne. »
Avis à l’Espagne et raisonnements sur Naples
Les avis sur Naples : Acquaviva sollicitait de profiter « du désordre et de la consternation où étoient les Allemands du royaume de Naples, de l'empressement que tous les habitants témoignoient de changer de domination ; d'y accorder un pardon général, et l'abolition... de tous [les impôts] que les Allemands y avoient mis » ; mais « rien n'étoit disposé pour entreprendre sur Naples », et il « ne voulut pas risquer beaucoup de seigneurs napolitains qui s'étoient offerts à lui d'exposer leur vie ».
Mesures militaires d’Albéroni, et sur la paix qu’il ne veut point
Les mesures d'Albéroni : « une escadre de trente navires de guerre, vingt mille hommes de débarquement, un train d'artillerie de cent cinquante pièces de canon » pour le printemps ; Castañeda envoyé en Hollande « pour acheter sept vaisseaux équipés », Boissimieux à Ragotzi pour la guerre de Hongrie. « Il ne vouloit point de paix ; mais, comme il ne le pouvoit témoigner avec bienséance », il se parait de la suspension du second embarquement — « son but étoit de ne prendre aucun engagement et de conserver la liberté de prendre, suivant les conjonctures, les partis qu'il jugeroit à propos ».
Mystère du testament du roi d’Espagne
Le mystère du testament : « outre la reine et Albéroni, il n'y eut que le P. Daubenton et le duc de Popoli qui en eussent connoissance. Il fut signé par un notaire de Madrid très obscur. Six grands furent appelés ensuite, qui signèrent que c'étoit la signature du roi et son testament, mais sans qu'ils sussent rien de ce qu'il contenoit » — Popoli, gouverneur du prince des Asturies et « publiquement mal avec le cardinal », surprenant seul dépositaire.
Faiblesse d’esprit du roi d’Espagne guéri
« Vers la fin de novembre, la santé du roi d'Espagne fut tout à fait rétablie : le sommeil, l'appétit, les forces, l'embonpoint ; mais l'esprit demeura si frappé de sa fin comme imminente qu'il vouloit sans cesse son confesseur auprès de lui... Souvent encore il l'envoyoit chercher au milieu de la nuit. »
Vanteries des forces d’Espagne, et conduite d’Albéroni
Les vanteries : « il publioit qu'en mai suivant le roi d'Espagne auroit cinquante mille hommes de pied effectifs, et quinze mille chevaux, et trente vaisseaux de guerre bien armés, non pour faire aucunes conquêtes, mais pour maintenir ses droits et ses amis... Mais il ne persuadoit personne, parce que personne ne pouvoit croire que tant de dépense n'eût d'objet que celui qu'Albéroni publioit. »
Ses mesures
Ses mesures : « il fit laisser en Sardaigne neuf bataillons et huit cents chevaux, prit ses mesures pour faire croiser tout l'hiver des frégates depuis les côtes de Toscane jusqu'au phare de Messine, envoya de Gênes à Cagliari trente-cinq mille pistoles, pourvut toutes les places du roi d'Espagne de tout en abondance. »
L’Angleterre arme une escadre
L'escadre anglaise : « le colonel Stanhope en fut d'autant plus inquiet qu'il le pressoit souvent de lui apprendre le motif de l'armement d'une escadre qui se faisoit en Angleterre pour la Méditerranée. On disoit à Vienne que c'étoit contre l'Espagne. Monteléon mandoit que c'étoit contre le pape, sur l'affaire de Peterborough. »
Forts propos entre le duc de Saint-Aignan et Albéroni
Les forts propos avec Saint-Aignan : Albéroni « paraphrasa l'indignité de sa servitude pour l'Angleterre, la terreur panique qu'on prenoit de l'empereur, les grandes choses qui résulteroient... d'une union effective et stable. Il avoit raison sans doute, mais pour cela il auroit fallu chasser Albéroni et Dubois dans les pays les plus éloignés de la France et de l'Espagne. » Il déclara que le roi d'Espagne « se défendroit jusqu'à la dernière goutte de son sang », et « qu'il ne pouvoit croire que... une nation qui l'avoit porté et maintenu sur ce trône le voulût voir retourner en France simple duc d'Anjou ». « Ce discours fit un grand bruit. »
Chimères de ce cardinal
Ses chimères : « il avoit des motifs cachés d'espérance qu'on ne pénétra point ; il croyoit se faire une ressource d'une ligue qu'il formeroit entre le czar et la Suède ; il comptoit qu'il pouvoit naître de jour en jour des événements favorables à l'Espagne... et se repaissoit ainsi de chimères. » Ses exhortations aux Hollandais étaient vaines : « tous se réunissoient à conserver la paix..., s'attacher indissolublement à suivre les résolutions de l'Angleterre. »
Riperda, tout à Albéroni, tient à del Maro d’étranges propos
Les étranges propos de Riperda à del Maro : il « proposa l'union du roi de Sicile avec le roi d'Espagne, pour attaquer à la fois : l'un l'État de Milan, l'autre le royaume de Naples », osa assurer « que la France favoriseroit secrètement l'exécution », avoua qu'il ne fallait pas compter sur l'Angleterre mais que George « n'auroit ni le temps ni le moyen de songer... aux affaires des autres » ; pour sa république, « son objet à lui étoit que la Hollande se maintînt neutre, mais en aidant l'Espagne de tout ce qu'il seroit possible sans se déclarer ».
Dons faits au cardinal Albéroni, qui est nommé à l’évêché de Malaga, puis à l’archevêché de Séville
Les dons à Albéroni : nommé « à cet évêché [de Malaga] de trente mille écus de rente, qu'il ne reçut que comme l'introduction aux plus grands et aux plus riches sièges », avec « vingt mille ducats, à prendre sur les confiscations..., et tous les meubles qui avoient appartenu au duc d'Uzeda » ; puis, le cardinal Arias mort, « Albéroni fut nommé à ce riche archevêché » de Séville.
Il montre à del Maro son éloignement de la paix, qui en avertit le roi de Sicile
Il s'expliqua « avec tant d'emportement sur la négociation de Londres..., à l'abbé del Maro, que ce dernier assura le roi de Sicile qu'il n'y auroit point de paix ; que l'Espagne... ne feroit pas des préparatifs si considérables, si ce n'étoit pour entreprendre ; et que ces vues étoient conformes au caractère d'esprit d'Albéroni, dont l'ambition étoit d'atteindre à la gloire des cardinaux Ximénès et de Richelieu. »
Le cardinalat prédit à Albéroni
« Il prétendoit qu'un nommé Zanchini, qui demeuroit à Gênes, lui avoit prédit son cardinalat. Quelque temps après y être parvenu, il l'envoya chercher, mais il ne put jamais le retrouver. »
Aldovrandi, pensant bien faire d’engager les prélats d’Espagne d’accepter la constitution, est tancé avec ordre de détruire cet ouvrage comme contraire à l’infaillibilité
Aldovrandi tancé : son projet d'acceptation par les évêques d'Espagne « avoit souverainement déplu. La folie de l'infaillibilité étoit souverainement blessée qu'on pût imaginer qu'elle eût besoin d'autre autorité que de la sienne... Il eut donc ordre de détruire son propre ouvrage, et d'empêcher les évêques d'Espagne d'accepter ce qu'ils devoient adorer d'adoration de latrie, les yeux bandés et les oreilles bouchées, provoluti ad pedes, expression si chérie à Rome et si barbare dans l'Église. »
Aldovrandi fort malmené
« Ce pauvre nonce étoit depuis quelque temps si malmené de sa cour que le cardinal Paulucci, secrétaire d'État, en prit honte et pitié, le consoloit et lui en faisoit comme des excuses. »
Griefs du pape contre lui
Les griefs du pape : « le manquement de parole d'Albéroni sur la flotte, celui de n'avoir pas présenté ce bref injurieux au roi d'Espagne, la complaisance d'avoir remis au premier ministre et au confesseur les brefs de révocation des indults, les soins du nonce d'excuser toujours Albéroni. »
Demandes énormes de l’empereur au pape
Les demandes énormes de l'empereur, « moins une instruction d'un prince catholique... qu'une déclaration de guerre et des lois d'un vainqueur » : Aldovrandi rappelé et privé de tous ses emplois ; Albéroni cité à Rome ou jugé en Espagne par un ministre du pape ; le roi d'Espagne « privé de toutes les grâces que le saint-siège avoit accordées non seulement à lui, mais à tous ses prédécesseurs » ; la croisade levée au profit impérial dans Naples et Milan ; Althan cardinal « sur-le-champ et sans aucun délai » ; des quartiers d'hiver dans l'État ecclésiastique. « Véritablement on voit bien qu'il étoit difficile de rien demander de plus modeste. »
Hauteur incroyable de l’empereur avec le pape qui tremble devant lui et qui est pressé par l’Espagne
La hauteur incroyable : le pape « vouloit répondre dans le premier mouvement que, si l'empereur en venoit à la violence, il iroit le recevoir le crucifix à la main » ; son nonce n'était plus admis chez l'empereur, qui, sur Czaki qu'il avait lui-même exigé, « répondit dédaigneusement qu'il ne savoit encore s'il accepteroit la grâce ». « Ainsi la cour de Vienne exigeoit avec empire les grâces..., les méprisoit après les avoir obtenues, la gouvernoit par cette politique, et la tenoit toujours tremblante. »
Reproches entre le cardinal Acquaviva et le prélat Alamanni de la part du pape
Les reproches entre Acquaviva et Alamanni : le pape s'excusa de n'avoir rien proposé à Vienne « parce qu'il n'avoit point reçu de réponse du roi d'Espagne » ; Acquaviva s'étonna « que depuis deux mois que le pape lui faisoit accroire qu'il avoit proposé sa médiation..., il n'eût encore fait aucune démarche » ; Alamanni répliqua par l'offre espagnole aux États généraux, Acquaviva « par celle de l'impression du bref injurieux..., qui paroissoit même dans toutes les gazettes. Ainsi la visite se passa en reproches. »
Mouvements inutiles dans le royaume de Naples
Les mouvements de Naples : Acquaviva sut par « l'intérieur du palais » une lettre du cardinal Pignatelli au pape « qui lui mandoit les mouvements de la ville et des provinces, où les partisans d'Espagne étoient partout fort supérieurs..., et que tout étoit à craindre d'une subite révolution » ; mais l'Espagne, hors d'état d'assister, s'en tint « à l'avis déjà pris de n'exposer pas les bien intentionnés pour son service ».
Soupçons sur le roi de Sicile, qui envoie le comte de Provane à Paris
« Il n'y avoit que le roi de Sicile qui pût faire pencher la balance du côté qu'il voudroit embrasser. Il envoya le comte de Provane à Paris, et fit en même temps des dispositions pour prendre un corps de Suisses à son service, ce qui fit croire qu'il avoit dessein d'entrer dans une alliance avec la France et l'Espagne pour affranchir l'Italie du joug des Allemands. »
Le duc de Modène n’ose donner sa fille au Prétendant qui est pressé de tous côtés de se marier
« Le duc de Modène, qui avoit toujours fort ménagé la cour de Vienne et qui avoit eu l'honneur d'être beau-frère de l'empereur Joseph, refusa par cette considération de donner sa fille au Prétendant », que tous — Albéroni, ses amis, « les Anglois même, et protestants » — pressaient de se marier « pour avoir toujours un droit légitime à montrer à leur roi » ; le pape voulait « aller lui-même le célébrer à Lorette..., honneur peu conforme aux intérêts du Prétendant en Angleterre ».
Les neveux du pape vendus à l’empereur
Les neveux vendus : « on parloit tout haut à Rome et avec le dernier scandale de la dépendance du cardinal Albane de la cour de Vienne, et des sommes considérables qu'il touchoit sur Naples, dont le payement étoit régulier ou interrompu, selon que Gallas étoit satisfait ou mal content de sa conduite... Dans la suite, ils se raccommodèrent, et le robinet de Naples fut rouvert. »
Faiblesse entière du pape pour le cardinal Albane, sans l’aimer ni l’estimer
« On croyoit communément que personne n'osoit instruire le pape de la vénalité de ses neveux..., parce que le cardinal Albane étoit le maître de les ruiner dans l'esprit de son oncle, quoiqu'il n'eût pour lui ni estime ni tendresse. »
Crainte de ce neveu à l’égard d’Aldovrandi
La crainte d'Albane : Aldovrandi, persécuté par les neveux, « avoit menacé de publier bien des choses, s'il étoit pressé, de faire connoître que ses ennemis étoient ceux qui trahissoient le pape, parce qu'ils étoient vendus à l'empereur. Le cardinal Albane, qui se reconnut aisément à ce portrait..., fit divers manèges pour l'adoucir, sans toutefois risquer de déplaire aux Allemands. »
Gallas et Acquaviva également bien informés par l’intérieur du palais du pape
Gallas et Acquaviva également informés : Albane « ne se faisoit aucun scrupule de prendre sur les tables du pape les mémoires qu'on lui donnoit et de les remettre à Gallas » ; Acquaviva sut de même « qu'Aldovrandi mandoit au pape que le roi d'Espagne pourroit consentir à la restitution de la Sardaigne, non comme préliminaire, mais comme acte de concorde ».
[Le pape] veut se mêler de la paix entre l’empereur et l’Espagne
Le pape voulut se mêler de la paix : fort de ce mot d'Aldovrandi, il dit à Gallas « qu'il s'excuseroit auprès du roi d'Espagne de se charger de la médiation parce qu'il voyoit qu'on se défioit à Vienne de ses offices » ; Gallas, sans ordres, « n'osa prendre sur soi de la rejeter ». Mais les instances de rompre avec l'Espagne continuaient, et « ceux qui connoissoient bien le pape... étoient bien persuadés qu'il n'exécuteroit rien du tout ».
Hauteur et menaces des Impériaux sur la paix, qui déplaisent eu Hollande
La hauteur des Impériaux : « la restitution de la Sardaigne étoit en effet la condition que l'empereur posoit pour base du traité » ; Cadogan dit à Beretti « que Penterrieder étoit à Londres uniquement pour écouter les propositions..., non pour en faire aucune », avec « menaces d'invasion facile de l'Italie, où le duc de Parme seroit la première victime. Les propos si impériaux de Cadogan ne plurent pas à Heinsius, qui ne le cacha pas à Beretti. »
Manèges intéressés de Beretti
Les manèges de Beretti : « qui, pour que la négociation ne lui échappât pas, la souhaitoit à la Haye, [il] n'oublia pas d'insister en Espagne sur la partialité déclarée du roi d'Angleterre et de ses ministres, et sur le danger de traiter à Londres sous leurs yeux. »
Friponnerie de l’abbé Dubois
La friponnerie de Dubois : il écrivit de Londres « que ce seroit un grand bien, si le roi d'Espagne vouloit bien envoyer promptement Beretti en Angleterre, parce que certainement le ministère anglois travailleroit pour ses intérêts..., et que Beretti en seroit convaincu s'il passoit la mer. Ce sincère abbé en écrivit autant à Basnage, en Hollande » — si bien que Beretti, qui avait toujours crié contre Londres, « n'osa changer subitement d'avis » mais s'offrit.
Manèges intéressés de Monteléon, qui compte sur Chavigny, amené par l’abbé Dubois à Londres, et en est trompé
Les manèges de Monteléon : il comptait sur Chavigny, « que l'abbé Dubois avoit amené avec lui à Londres..., ce même Chavigny dont j'ai raconté l'impudente et célèbre imposture » ; il en tira que le maréchal d'Huxelles voulait « la guerre offensive et défensive en union avec l'Espagne et le roi de Sicile » — « sur cette friponnerie, Monteléon se donnoit en Espagne comme pleinement instruit des intentions de la France ». Stanhope lui confia que l'empereur consentirait à des tempéraments « mais qu'il vouloit la cession de la Sicile, et des secours pour la conquérir ». Il ne pénétrait pourtant rien : « l'empereur avoit personnellement une telle répugnance à renoncer à la monarchie d'Espagne pour toujours, que ses ministres, même espagnols, n'osoient lui en parler. »
Inquiétude chimérique des Anglois d’un mariage du prince de Piémont avec une fille du régent
« Les Anglois étoient en peine du voyage du comte de Provane à Paris, et d'une liaison entre le roi de Sicile... et le régent dont le mariage du prince de Piémont avec une fille du régent seroit le lien. »
Même inquiétude, et personnelle, de La Pérouse
« Le ministre de Sicile à Londres en prit une vive alarme » — un des points de sa négociation directe avec Vienne étant « le mariage d'une archiduchesse avec le prince de Piémont, ce qui auroit été renversé si ce qu'on disoit de celle du comte de Provane se trouvoit véritable. La Pérouse ne cessoit d'aliéner son maître du régent. »
Il apprend de Penterrieder que l’empereur veut absolument la Sicile, avec force propos hauts et caressants
Penterrieder à l'envoyé de Modène : « il ne lui déguisa point que l'empereur vouloit avoir la Sicile de gré ou de force ; que, s'il étoit possible de convenir de cette condition par un traité, il faudroit qu'il y eût un ministre piémontois à Vienne..., [avec] le pouvoir de faire cette cession » ; sur l'échange, « l'empereur ne pouvoit céder dans tout cet État [de Milan] un seul pouce de terre, mais qu'en un mot le roi de Sicile seroit satisfait » — l'envoyé fit entendre « qu'on proposeroit la Sardaigne ».
Il l’assure de tout l’éloignement de la France pour le roi de Sicile
« Cela fut soutenu de tous les langages fermes, mais caressants et flatteurs, que Penterrieder sut tenir à La Pérouse, en l'assurant bien surtout des mauvaises dispositions de la France pour le roi de Sicile, dont lui-même se citoit pour témoin lorsqu'il étoit à Paris. »
Court voyage de l’abbé Dubois à Paris
« L'abbé Dubois s'étoit embarqué à la fin de novembre pour aller chercher, disoit-il, de nouvelles instructions... On crut donc qu'il ne le faisoit que pour concilier les différents sentiments de ceux qui composoient le conseil de régence. Comme j'en étois un, je puis assurer que ceux qui le crurent ne rencontrèrent pas mieux. »
Cajoleries du roi d’Angleterre à la reine d’Espagne et à Albéroni, en cas de mort du roi d’Espagne
Les cajoleries en cas de mort : Stanhope eut ordre de faire entendre à la reine par Albéroni « que si Dieu disposoit du roi d'Espagne..., cet événement n'apporteroit aucun changement aux dispositions favorables du roi d'Angleterre pour elle et pour lui, et qu'ils devoient compter tous deux sur un appui solide et sur des assistances effectives de sa part ; qu'il maintiendroit les dispositions que le roi son mari auroit faites en sa faveur. »
Proposition du roi d’Espagne pour entrer en traité avec l’empereur par l’Angleterre
La proposition d'Espagne : « le roi d'Espagne fit dire à Bubb et au colonel Stanhope, que, pour complaire au roi d'Angleterre, il entreroit dans la négociation qu'il proposoit, si l'empereur promettoit pour préliminaire de ne point envoyer de troupes en Italie, et de n'y point demander de contributions. »
Manège des ministres du roi d’Angleterre
Le manège des ministres : Stanhope prépara Monteléon « aux réponses hautaines » de Vienne, assurant que la médiation anglo-française « réduiroit les parties intéressées à la raison » ; mais « Bernsdorff, vendu à l'empereur dont il attendoit tout, voulut tourner en poison la réponse du roi d'Espagne ; dit qu'elle étoit concertée avec la cabale de France opposée au régent » ; et à Vienne, « le conseil destiné aux affaires d'Espagne, tout d'Espagnols et d'Italiens rebelles et réfugiés..., entretenoient l'opiniâtreté de l'empereur » contre la renonciation.
Ils n’ont point de secret pour Penterrieder
« Les ministres d'Angleterre en usoient avec tant de confiance à l'égard de Penterrieder, qu'elle alloit à lui montrer les lettres qu'ils écrivoient et celles qui leur étoient écrites. »
Résolution du régent sur le traité, mandée par l’abbé Dubois en Angleterre
La résolution du régent, mandée par Dubois dès son arrivée à Paris : « le régent étoit ferme dans sa résolution de conclure et de signer le traité, même sans l'intervention du roi d'Espagne, pourvu que l'empereur fît la renonciation dans les termes convenables, et qu'il accordât la satisfaction demandée pour le roi d'Espagne sur l'article de la Toscane » — Stanhope en témoigna beaucoup de joie, George promettant d'appuyer à Vienne « des demandes si raisonnables ».
Inquiétude des ministres de Sicile à Londres et à Paris
L'inquiétude des ministres de Sicile : « cette union alarmoit beaucoup La Pérouse » ; Provane à Paris « n'oublioit rien pour découvrir l'état de la négociation, voyoit souvent le régent, hasardoit de lui faire des questions » ; le régent lui promit que Dubois aurait « ordre précis de communiquer à l'envoyé de Sicile tout ce qui, dans la négociation, auroit rapport aux intérêts de ce prince. Provane n'en pouvoit pas demander davantage ; mais sortant de la cour de Turin, il comptoit peu sur les promesses et sur la sincérité des princes. »
Éclat entre le roi d’Angleterre et le prince de Galles
L'éclat entre George et le prince de Galles : à la naissance d'un fils du prince, « mécontent de ce que le roi son père avoit nommé le duc de New-Castle pour en être le parrain, [il] s'emporta contre ce seigneur jusqu'à le traiter fort injurieusement. Cette affaire... fit augurer des troubles en Angleterre et des révolutions qui inquiétèrent fort les étrangers. »
Manège et embarras de La Pérouse
L'embarras de La Pérouse : persuadé « du peu de sincérité des négociateurs entre le père et le fils », il conseillait au roi de Sicile « de ne pas compter sur les offices ni sur la médiation de l'Angleterre, mais de négocier directement à Vienne » ; mais l'envoyé de Modène, son entremetteur, « mourut dans cette conjoncture. Il fallut chercher un autre canal en attendant le retour de l'abbé Dubois, dont l'absence suspendoit toutes ces négociations. »
L’Angleterre arme doucement une escadre pour la Méditerranée
« L'opinion qu'elles auroient un bon succès engagea le gouvernement d'Angleterre à commencer doucement les dispositions nécessaires pour obliger le roi d'Espagne à souscrire au traité dont la conclusion paroissoit prochaine. On travailla donc, quoique lentement, à l'armement d'une escadre pour la Méditerranée. »
Plaintes de Monteléon
« Monteléon, informé de cette destination, déclara à Sunderland que le roi d'Espagne regardoit avec raison cet armement comme fait contre ses intérêts. »
Réponse honnête, mais claire, des ministres anglois
La réponse honnête, mais claire : « on ne l'armoit que pour intimider la cour de Rome et la forcer à donner une juste satisfaction sur l'arrêt du comte de Peterborough » ; le roi d'Angleterre n'emploierait de forces « que lorsqu'il verroit toutes voies fermées à la conciliation, parce qu'alors il seroit obligé de ne pas laisser allumer en Italie une guerre qui embraseroit toute l'Europe ».
Chimère imaginée par les ennemis du régent, qu’il vouloit obtenir de l’empereur la succession de la Toscane pour M. son fils
La chimère des ennemis du régent : « Beretti fut averti que le régent ménageoit le refus de l'expectative pour l'infant don Carlos, dans la vue de l'obtenir pour le duc de Chartres » — soupçon nourri de ce que Stanhope ne lui avait jamais dit « sur quel prince le roi d'Angleterre jetoit les yeux pour la Toscane ».
Beretti, trompé par de faux avis, compte avec grande complaisance sur la Hollande, dont il écrit merveilles en Espagne, et de la partialité impériale des Anglois
Beretti trompé : Duywenworde lui annonça un second plan de Vienne — « ajouter, en faveur de l'empereur, la Sicile à Naples, et Mantoue, avec le petit État de Guastalla, au Milanois ; donner la Toscane au duc de Guastalla et la Sardaigne à M. de Savoie » — tout en déclamant contre les Anglais. Beretti, « flatté de ces dispositions de la France, se tenoit encore plus assuré de celles de la Hollande. Il les regardoit comme son ouvrage », vantait « le changement entier du Pensionnaire », l'indignation des Hollandais contre « l'ingratitude de l'Angleterre, qui vouloit exclure la Hollande de la négociation », et leurs plaintes de la prétention anglaise que leurs ministres « fussent choisis, envoyés et rappelés suivant le caprice de la cour d'Angleterre ».

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