TOME XIII · CHAPITRE III

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Summary

Mme de Maintenon's 'mechanics': private life, conduct, 'address in governing'; the king's 'jerks of the cavesson', 'which do not prevent his being governed outright'; the king's hardness and the 'excess of constraint' she endured; the king's journeys and manner of travel — with the duchesse de Chevreuse's adventure; Mme de Maintenon travelling apart 'scarcely less constrained'; her household; the 'necessity of these details', her 'particular grandeur', her 'particular authority'.

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Mécanique, vie particulière et conduite de Mme de Maintenon
Après l'expulsion de Mme de Montespan, Mme de Maintenon, « ayant manqué pour la seconde fois la déclaration de son mariage..., eut assez de force sur elle-même pour couler doucement par-dessus, et ne se pas creuser une disgrâce pour n'avoir pas été déclarée reine ». Sa mécanique : « elle ne voyoit personne chez elle en visite, et n'en rendoit jamais aucune » — exceptions rarissimes : la reine d'Angleterre, les Montchevreuil, le duc de Richelieu, Mme de Caylus, Mme d'Heudicourt ; « jamais chez aucune princesse du sang, même chez Madame » ; les filles du roi, mandées « pour leur laver la tête..., y arrivoient tremblantes, et en sortoient en pleurs. Pour le duc du Maine, les portes tombèrent toujours devant lui. » Matinées d'audiences obscures « de charité ou de gouvernement spirituel », journées à Saint-Cyr à « gouverner l'Église au dehors..., recevoir des avis et des lettres d'espionnages », retour « à peu près justement au temps que le roi passoit chez elle » ; à neuf heures, souper et coucher « en présence du roi et du ministre, qui n'en discontinuoit pas son travail ».
Adresse et conduite de Mme de Maintenon pour gouverner
L'adresse pour gouverner : pendant le travail du ministre chez elle, « elle lisoit ou travailloit en tapisserie..., jamais elle ne paroissoit affectionner rien..., mais elle étoit d'accord avec le ministre qui n'osoit en particulier ne pas convenir de ce qu'elle vouloit ». Toute grâce s'arrêtait entre eux avant le travail ; le ministre balançait les candidats « pour embarrasser le roi sur le choix » ; le roi demandait son avis, « elle sourioit, faisoit l'incapable..., puis revenoit sur celui que le ministre avoit appuyé, et déterminoit ; tellement que les trois quarts des grâces et des choix, et les trois quarts encore du quatrième quart..., c'étoit elle qui en disposoit... Il croyoit disposer de tout et seul, tandis qu'il ne disposoit, en effet, que de la plus petite partie. » D'où le « cercle de besoins et de services réciproques » entre elle et les ministres : « dès qu'elle se voyoit à bout de les pouvoir ramener..., leur perte étoit jurée » — Louvois, Chamillart. Torcy seul « sut bien sagement se préserver de ce dangereux piège » du travail réglé chez elle ; c'est ce désir des affaires étrangères qui lui fit faire régner Mme des Ursins en Espagne.
Coups de caveçon du roi pour gouverner, qui ne l’empêchent pas de l’être en plein
Les coups de caveçon : quand le roi apercevait qu'on favorisait « un parent ou un protégé de Mme de Maintenon, il tenoit ferme contre, pour cela même » — « Un tel a bien fait sa cour... » Et la leçon de Le Tellier à son ami : « De vingt affaires que nous portons ainsi au roi, nous sommes sûrs qu'il en passera dix-neuf à notre gré ; nous le sommes également que la vingtième sera décidée au contraire... Le roi se réserve cette bisque pour nous faire sentir qu'il est le maître et qu'il gouverne » ; après une sortie essuyée, « le roi, content d'avoir montré que nous ne pouvons rien et peiné de nous avoir fâchés, devient après souple et flexible, en sorte que c'est alors le temps où nous faisons tout ce que nous voulons. » « C'est, en effet, comme le roi se conduisit avec ses ministres toute sa vie, toujours parfaitement gouverné par eux..., et toujours persuadé qu'il réussissoit pleinement à ne le point être. » À elle aussi, « des sorties terribles » ; elle « se mettoit à pleurer devant lui », ou « faisoit la malade » avec l'aide de Fagon qu'elle avait mis en place de Daquin.
Dureté du roi ; excès de contrainte avec lui
Sa dureté : « c'étoit un homme uniquement personnel, et qui ne comptoit tous les autres, quels qu'ils fussent, que par rapport à soi. » Ses maîtresses « grosses, malades, moins de six semaines après leurs couches..., il falloit être en grand habit, parées et serrées dans leurs corps, aller en Flandre et plus loin encore, danser, veiller..., ne paroître craindre, ni être incommodées du chaud, du froid, de l'air, de la poussière, et tout cela précisément aux jours et aux heures marqués. Ses filles, il les a traitées toutes pareillement » — et jusqu'à la duchesse de Bourgogne, qui s'en blessa.
Voyages du roi
Ses voyages : « il voyageoit toujours son carrosse plein de femmes », se défiant « des conversations que ses grands officiers auroient pu tenir devant lui » ; dans le carrosse « beaucoup de toutes sortes de choses à manger... Il falloit avoir faim, être gaies, et manger avec appétit et de bonne grâce, autrement il ne le trouvoit pas bon » — et le soir souper à sa table « comme si elles n'avoient mangé de la journée ».
Sa manière d’aller
Sa manière d'aller : « d'aucuns besoins il n'en falloit point parler » ; toutes glaces baissées — « il auroit trouvé fort mauvais que quelque dame eût tiré le rideau contre le soleil, le vent ou le froid... Se trouver mal étoit un démérite à n'y plus revenir. »
Aventure de la duchesse de Chevreuse
L'aventure de la duchesse de Chevreuse, contée par elle-même : prise en carrosse d'un « de ces besoins pressants », de Versailles à Fontainebleau, la dînée sans descendre redoublant « l'extrémité de son état », « prête aussi très souvent à perdre connoissance, son courage la soutint jusqu'à Fontainebleau » — où, prenant le duc de Beauvilliers par le bras, elle « se soulagea pleinement dans cette chapelle [de la cour Ovale], derrière le duc de Beauvilliers qui en tenoit la porte. Je rapporte cette misère pour montrer quelle étoit la gêne qu'éprouvoit journellement ce qui approchoit le roi avec le plus de faveur et de privance. »
Mme de Maintenon voyage à part, n’en est guère moins contrainte
Mme de Maintenon, « qui craignoit fort l'air », n'obtint que de voyager à part — mais « en quelque état qu'elle fût, il falloit marcher, et suivre à point nommé, et se trouver arrivée et rangée avant que le roi entrât chez elle. Elle fit bien des voyages à Marly dans un état à ne pas faire marcher une servante. » Chez elle, fût-elle au lit « suant la fièvre à grosses gouttes », le roi « faisoit ouvrir les fenêtres, et n'en rabattoit rien..., et jusqu'à dix heures qu'il s'en alloit souper, et sans considération pour la fraîcheur de la nuit. S'il devoit y avoir musique, la fièvre, le mal de tête n'empêchoit rien ; et cent bougies dans les yeux. »
Domestique de Mme de Maintenon
Son domestique : « en très petit nombre, peu répandus, modestes, respectueux, humbles, silencieux » ; ses femmes « passoient leur vie enfermées chez elles ». La seule distinguée : Nanon, la servante de la montée de Saint-Eustache, devenue « Mlle Balbien, dévote comme elle, et vieille », coiffée et habillée comme sa maîtresse — « à commencer par les enfants légitimes et les bâtards..., il n'y avoit celui ni celle qui ne la ménageât, et qui ne fût en contrainte, et, le dirai-je, en respect devant elle. Elle étoit très raisonnablement sotte. »
Nécessité des détails sur Mme de Maintenon
Nécessité de ces détails : « on voudroit voir [dans toutes les histoires] les princes, avec leurs maîtresses et leurs ministres, dans leur vie journalière » ; à plus forte raison pour « un personnage unique dans la monarchie depuis qu'elle est connue, qui a, trente-deux ans durant, revêtu ceux de confidente, de maîtresse, d'épouse, de ministre, et de toute-puissante, après avoir été si longuement néant, et comme on dit, avoir si longtemps et si publiquement rôti le balai ».
Grandeur particulière de Mme de Maintenon
Grandeur particulière : « reine dans le particulier, Mme de Maintenon n'étoit jamais que dans un fauteuil..., devant le roi, devant toute la famille royale, même devant la reine d'Angleterre » ; appelant la Dauphine « mignonne », disant « la duchesse de Bourgogne..., le duc de Bourgogne, le Dauphin » tout court. Et le spectacle des promenades de Marly : le roi à pied « à côté de la chaise. À tous moments il ôtoit son chapeau et se baissoit pour parler à Mme de Maintenon » ; elle, craignant l'air, « poussoit à chaque fois la glace de côté de trois doigts, et la refermoit incontinent », les princesses suivant à pied ou à distance « sans jamais doubler. C'étoit un spectacle auquel on ne pouvoit s'accoutumer. »
Autorité particulière de Mme de Maintenon
Autorité particulière : la conduite des princesses, les galanteries et la dévotion des dames, les espionnages, les pénitences et les distinctions « entroient dans les occupations de Mme de Maintenon. Elle en amusoit le roi..., à prendre de loin des tournants auprès du roi sur bien des choses. » Et toujours l'inconstance : « ce qui lui plaisoit hier, pas plus loin que cela, étoit un démérite aujourd'hui..., tellement qu'on ne savoit jamais si on étoit digne d'amour ou de haine... La domination et le gouvernement furent les seules choses sur lesquelles elle n'en eut jamais. »

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