TOME XIII · CHAPITRE XVIII
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Summary
A commerce treaty 'advantageous to England' signed at Madrid; Alberoni alone in the sovereigns' confidence, reforming the troops — with the Spanish crown's revenues; the slow ratifications of the Barrier and the electors' restoration; 'seeds of discontent' between Spain and England. Alberoni 'keeps the king and queen under his key'; his jealousy of Giudice 'whom he would ruin' and of Daubenton 'whom he would subjugate' — what that Jesuit is; he 'aims at the cardinalate'; Aubrusselle preceptor.
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- Traité de commerce avantageux à l’Angleterre signé à Madrid
- « Le traité qui se négocioit l'année dernière entre le roi d'Angleterre et le roi d'Espagne venoit d'être signé à Madrid, et par la satisfaction extrême qu'on en témoignoit à Londres, sembloit promettre la plus grande liaison entre les deux monarques. » Monteléon, ambassadeur d'Espagne à Londres, « comptoit d'en augmenter sa considération personnelle et sa fortune », et y fondait de grandes espérances — jusque pour le cas « qu'il arrivât en France des choses » sur lesquelles Leurs Majestés Catholiques « tenoient toujours leurs yeux ouverts » : la succession, déjà, en filigrane du moindre traité de commerce.
- Albéroni a seul la confiance du roi et de la reine d’Espagne ; fait la réforme des troupes
- « Albéroni avoit seul la confiance du roi et de la reine d'Espagne. Il étoit seul chargé des réformes des troupes, des dépenses de la marine, de celles de la maison royale, et des principales affaires d'État. » Sa réforme, arrêtée dans le travail de chaque soir avec Leurs Majestés : ne garder que deux des quatre compagnies des gardes du corps (épargne de « soixante mille pistoles par an »), deux bataillons des gardes sur dix — un espagnol, un wallon — (« quatre cent mille réaux par an » sur le seul état-major), puis lever six mille dragons, moitié à pied, « toujours dans la Catalogne ». Le plan conservait au roi « environ quarante-trois mille hommes et huit mille chevaux ».
- Revenus de la couronne d’Espagne
- Confidence d'Albéroni sur les finances espagnoles : « le produit des revenus de 1716, qui devoient se toucher dans son courant, ne se montoient qu'à seize millions, et les dépenses nécessaires de la même année à vingt et un millions, sans les extraordinaires qui pouvoient survenir. » Déficit structurel qui explique la rage d'épargne du ministre — avec cette consolation singulière que « le roi d'Espagne étoit le seul monarque qui n'eût point de dettes, parce qu'il n'avoit pas eu le crédit d'en contracter ».
- Lenteurs de l’échange des ratifications du traité de la Barrière et du rétablissement des électeurs de Cologne et de Bavière
- L'exécution du traité de la Barrière traînait : « La Hollande différoit d'en donner sa ratification avant que l'Angleterre eût fourni la sienne. Les Impériaux menaçoient d'en venir enfin aux voies de fait » ; les peuples des Pays-Bas consultaient secrètement Bergheyck et députaient à Vienne. L'empereur retardait aussi le rétablissement des électeurs de Cologne et de Bavière, l'excusant « sur ceux de la France à restituer quelques bailliages à l'électeur palatin ». Le régent, « instruit de cette malice », jugea sagement « qu'il devoit ôter à l'électeur palatin l'occasion du recours à l'empereur... en faisant de lui-même justice au palatin ».
- Semences de mécontentement entre l’Espagne et l’Angleterre
- La reconnaissance anglaise du traité de Madrid « n'étoit qu'en paroles et en compliments. Ils ne cessèrent point d'insister injustement sur les prétentions qu'il leur plaisoit de former, comme en conséquence de leur traité de l'Asiento des nègres, en sorte que le roi d'Espagne se persuadoit que le roi Georges avoit pris des liaisons fortes avec ses ennemis, et qu'Albéroni cherchoit à découvrir. » Premières semences du mécontentement entre les deux couronnes fraîchement « amies ».
- Albéroni tient le roi et la reine d’Espagne sous sa clef
- Sur le modèle des Ursins, Albéroni fit de la clôture royale un système : « le roi d'Espagne se laissa enfermer dans une prison effective et fort étroite, gardé sans cesse à vue par la reine, en tous les instants du jour et de la nuit. Par là elle-même étoit geôlière et prisonnière... Ainsi Albéroni les tint tous les deux enfermés, avec la clef de leur prison dans sa poche. » Le roi ne vit plus que trois gentilshommes — Santa-Cruz, majordome-major de la reine ; le duc del Arco, « qui ne ploya jamais sous Albéroni » ; Valouse, premier écuyer, « honnête homme, mais fort borné, qui mouroit de peur de tout » — « et quatre ou cinq valets, dont deux étoient François ».
- Sa jalousie du cardinal del Giudice, qu’il veut perdre, et du P. Daubenton, qu’il veut subjuguer
- Deux hommes échappaient encore à la clef d'Albéroni : « le cardinal del Giudice, qui étoit grand inquisiteur, gouverneur du prince des Asturies, et qui végétoit encore dans les affaires », et le jésuite Daubenton, dont les audiences de confesseur étaient de droit. « Ces deux hommes incommodoient infiniment Albéroni qui se résolut à perdre le cardinal, et à subjuguer le jésuite qu'il sentit trop de difficulté à faire chasser. »
- Quel est ce jésuite
- Qui est Daubenton ? « On aura tout dit de lui pour le faire bien connoître en faisant souvenir qu'il avoit été chassé de cette place, qu'il s'étoit retiré à Rome, qu'il y avoit été fait assistant du général de la compagnie, et que c'étoit lui seul, et dans le dernier secret, qui sous les yeux du cardinal Fabroni avoit fait la constitution Unigenitus. » Rappelé quand les Ursins chassèrent le P. Robinet « trop homme de bien et d'honneur », il portait « toute la confiance personnelle du pape, avec lequel il eut un commerce secret et immédiat de lettres, et qui n'étoit pas sans vues, sans projets et sans la plus sourde et forte ambition ».
- Albéroni pointe au cardinalat, et se mêle des différends avec Rome
- « Ce grand crédit et son incertitude... lui fit lever les yeux jusques au cardinalat pour fixer sa fortune. Il songea donc à se procurer la nomination d'Espagne... Il en mouroit d'envie, mais il ne le pouvoit que par la reine qui... n'ajustoit pas dans sa tête la bassesse de ce favori étranger avec la nomination du roi d'Espagne, au mépris de tous prétendants. Cette froideur déconcerta Albéroni », ainsi que le silence calculé du nonce Aldovrandi — lequel, la nonciature toujours fermée, « profitoit doucement et finement de l'ambition du ministre et du confesseur, pour avancer peu à peu les affaires de son maître », dont « la dépouille des évêques d'Espagne ».
- Aubrusselle, jésuite françois, précepteur du prince des Asturies
- Le P. Daubenton profite des dégoûts du cardinal pour placer un homme de sa compagnie : il « donna au prince des Asturies un précepteur de sa compagnie, qu'il fit venir de Paris » — le jésuite français Aubrusselle. Trait de la disgrâce montante de del Giudice, gouverneur du prince : il « n'en fut instruit que deux jours avant son arrivée ».
- Dégoût del Giudice
- « Les dégoûts accueillirent de plus en plus le cardinal del Giudice. » Outre le précepteur imposé, « on resserra beaucoup le prince des Asturies en même temps sur les chasses et sur les promenades, dont il n'eut plus la liberté. Ce dépit, qu'on voulut faire à ses dépens à Giudice qu'il aimoit fort », acheva de marquer aux yeux de tous la chute du gouverneur du prince héritier.
- Fâcheux propos publics sur la reine et Albéroni qui prend un appartement dans le palais et se fait rendre compte en premier ministre
- Le resserrement du prince des Asturies « tourna en fort mauvais discours, et fort publics, sur les desseins qu'on prêtoit à la reine et à son confident ». Albéroni, « ce hardi Italien, ébloui d'une situation si flatteuse », voulut au contraire l'afficher : il se fit donner « la commission secrète de conférer et de travailler avec le confesseur sur les différends avec Rome », et — « ce qui étoit sans exemple » — « un appartement au palais, près de celui de la reine, où les secrétaires des finances, de la guerre et de la marine eurent ordre d'aller travailler avec lui, sans la participation du conseil..., et de ne faire aucune expédition sans les lui communiquer ». Seul Grimaldo, par « un reste de considération mourante » pour del Giudice, en fut excepté.
- Anglois et Hollandois veulent chasser les François des Indes
- Anglais et Hollandais, « se croisant d'ailleurs, s'unissoient pour chasser les François des Indes, et s'en flattoient par la persuasion où ils étoient que le roi d'Espagne s'éloignoit de plus en plus de la France, et par la facilité d'Albéroni à passer aux Anglois des articles si favorables au dernier traité de commerce » — projet convergent des deux puissances maritimes sur le dos du commerce français des Indes espagnoles.
- Brocards sur Albéroni
- Les brocards pleuvaient sur le ministre : sa complaisance au traité anglais était telle « qu'il se disoit hautement qu'il en avoit reçu force guinées, que les moins mal intentionnés l'accusoient de grossière ignorance, et on l'appeloit publiquement par dérision le comte-abbé, par allusion au comte-duc d'Olivarez, qui avoit eu sous Philippe III la même autorité que celui-ci exerçoit sous Philippe V ».
- Friponneries de Stairs
- « Stairs ne s'occupoit qu'à aigrir les ministres d'Angleterre contre le régent, dont il interprétoit sinistrement toutes les actions, et lui en supposoit même pour assister puissamment le Prétendant, sur lequel Stanhope se laissa emporter à plus que des plaintes amères. » Le poison quotidien de l'ambassadeur alimentait toute la machine des soupçons anglais.
- Haine des Anglois pour la France
- « Les deux partis qui divisoient l'Angleterre s'animoient également contre la France : les torys l'accusoient d'ingratitude par son indifférence pour le Prétendant ; les whigs au contraire, de manquer aux paroles données à l'entrée de la régence en soutenant ce prince de tout son pouvoir » — discours violents à la chambre des communes, où « l'Espagne à cette occasion étoit aussi louée que la France blâmée ». Haine à double face, où la France perdait des deux côtés à la fois.
- L’empereur tenté d’attaquer l’Italie
- « On savoit que l'empereur étoit pressé par plusieurs de ceux qui l'approchoient de plus près, même par quelques-uns de ses ministres, de porter la guerre en Italie. Ils lui représentoient qu'il n'en retrouveroit jamais une occasion si favorable, par l'extrême faiblesse de tous les princes d'Italie, qui n'avoient même aucune préparation de défense... L'empereur goûtoit plus ce projet d'Italie qu'il ne s'en laissoit entendre. Il étoit armé ; mais les Turcs, enflés de la conquête de la Morée et de leurs victoires sur les Vénitiens, le tenoient en respect. »
- Crainte de l’Italie de l’empereur et des Turcs
- Double terreur péninsulaire : « l'Italie craignoit également une invasion de l'empereur, ou une du Turc approché d'elle par la Morée » — prise en étau entre l'ambition autrichienne armée et l'avance ottomane en Méditerranée, sans qu'aucun de ses princes affaiblis fût en état de se défendre.
- Traité de la Barrière conclu
- « Le traité de la Barrière venoit enfin d'être conclu sous la médiation et la garantie de l'Angleterre, où on ne se contraignoit pas de laisser entendre que, dès que les mouvements d'Écosse seroient finis, la France verroit éclore des desseins que les divisions domestiques avoient suspendus. » Le règlement des Pays-Bas s'achève ainsi sur une menace à peine voilée contre la France.
- Le régent propose la neutralité des Pays-Bas ; les Anglois, un renouvellement d’alliance aux Hollandois, dangereuse à la France, et y veulent attirer le roi de Sicile
- « La proposition de la neutralité des Pays-Bas que le régent avoit faite, et qui avoit été assez goûtée en Hollande, étoit également suspecte à l'empereur et à l'Angleterre. » Sitôt la Barrière signée, l'Angleterre proposa aux Hollandais « un projet de renouvellement de leurs anciennes alliances, avec une garantie réciproque en cas d'agression. En même temps Stairs eut ordre de travailler auprès du ministre de Sicile à Paris pour engager son maître dans une ligue contre la France, à quoi il n'épargna pas ses soins. »
- Le pape implore partout du secours
- « Le pape mouroit de peur du Turc. Il s'adressa à l'Espagne et au Portugal pour obtenir du secours ; et au milieu de ses rigueurs pour la France, il n'eut pas honte de lui en faire demander aussi par Bentivoglio, qui n'oublioit rien pour la brouiller et y mettre le schisme. La vérité étoit que jamais les princes d'Italie ne furent plus faibles ni plus divisés » — Venise même brouillée avec la France (affaire des Ottobon) et avec l'Espagne pour avoir reconnu l'empereur roi de cette monarchie.
- Situation et ruses d’Albéroni
- « Les plaintes contre l'administration d'Albéroni étoient infinies : il étoit chargé de tout ; il ne pensoit qu'à sa fortune et ne remédioit à rien... et sa jalousie ne lui en permettoit pas le partage ni même le soulagement. » Craignant les cris de la réforme, il rusa : il « engagea le roi à écrire de sa main tout le plan de la réforme, pour lui donner, disoit-il, plus de poids, en effet, s'il l'eût pu, pour se cacher et la faire passer pour son ouvrage ».
- Plaintes et disgrâces que cause sa réforme des troupes
- La réforme parut fin janvier « et souleva non seulement les intéressés, mais leurs parents et leurs amis » : Popoli et le duc d'Havré déclarèrent au roi « qu'en conservant une aussi foible garde, il les mettoit hors d'état de pouvoir répondre de sa personne » ; Bedmar les soutint, le prince Pio « cria tant qu'il put de Barcelone ». La faction espagnole (Arcos, Mejorada), qui « avoit habilement flatté l'épargne d'Albéroni », rêvait du rappel des exilés et correspondait secrètement avec les Espagnols de Vienne. Albéroni, « qui mouroit de peur des menaces publiques des réformés » — le pendre à la porte du palais, ou le rouer de coups de bâton —, fit un coup d'éclat : exil du duc d'Havré, son régiment au prince de Robecque, sa femme privée de sa place de dame de palais ; La Vère et nombre d'officiers quittèrent.
- Le duc de Saint-Aignan s’en mêle mal à propos
- Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur de France, « représenta fortement qu'une résolution de cette conséquence... n'auroit pas dû être prise sans la participation de la France », proposa une suspension de trois mois, « et quoiqu'en effet il n'eût reçu aucun ordre là-dessus, il fit entendre qu'il ne parloit pas de son chef. Cette représentation réussit fort mal et demeura sans réponse » ; Cellamare eut ordre de demander au régent « un ordre du roi au duc de Saint-Aignan de s'abstenir de se mêler du détail et de l'intérieur du gouvernement d'Espagne ». On attribuait sa démarche moins à des ordres qu'à ses liaisons de palais et à son intimité avec Hersent.
- Hersent père ; son caractère ; son état
- Hersent, guardaropa du roi d'Espagne « que le roi avoit donné à son petit-fils en partant de France » : « homme d'esprit, de conduite, de mérite..., homme d'honneur, haut sans se méconnoître, fort au-dessus de son état par ce qu'il valoit, très bien et librement avec le roi d'Espagne ». Ses deux fils, capitaines aux gardes wallonnes, le liaient à la réforme. Le cadet, député de son corps auprès d'Albéroni, « fut arrêté, et conduit à Ségovie, et très resserré en prison, puis exilé, après envoyé dans un cachot à Mérida, sous de fausses accusations qu'Albéroni ne voulut jamais être jugées » ; il ne s'échappa qu'à la disgrâce du ministre, par le Portugal. « Son père ne le pardonna pas à Albéroni. »
- Le Prétendant échoue en Écosse et revient
- L'aventure d'Écosse s'effondre : « Le Prétendant avoit repassé la mer avec le duc de Marr ; le roi Georges paraissoit plus affermi que jamais. » Albéroni, « voyant les affaires du Prétendant tourner mal en Écosse, arrêta les secours d'argent qu'il avoit commencé à lui faire payer » — fin de la brève et coûteuse tentative jacobite de 1715–1716.
- L’Espagne lui refuse tout secours, caressée par l’Angleterre aigrie contre la France
- « Le roi d'Espagne refusa retraite et secours à ce malheureux prince, à qui il en avoit assez libéralement fourni dans l'espérance de succès. Cellamare en parla au régent qui approuva cette dernière résolution de l'Espagne..., qui n'étoit pas en état de se brouiller, ni de soutenir une guerre contre l'Angleterre qui cultivoit toujours Sa Majesté Catholique, et avoit toujours fait semblant d'ignorer qu'elle eût secouru le Prétendant. » Stanhope alla jusqu'à assurer Monteléon « de la satisfaction du roi Georges de la conduite du roi d'Espagne..., jusqu'à promettre de ne prendre jamais d'engagements contraires à ses intérêts, à quoi il ajouta de grandes plaintes contre la France ».
- Impostures de Stairs pour l’aigrir encore plus
- Imposture caractérisée : le secrétaire anglais à Madrid eut ordre de « confier » au roi d'Espagne que le régent aurait dit à Stairs « que l'Espagne avoit fait plus que la France en faveur du Prétendant ». Stanhope montra même à Monteléon une lettre de Stairs rapportant ces mots prêtés au régent : « Enfin, monsieur, vous voilà amis de l'Espagne ; cependant je vous assure que le roi d'Espagne a fait pour le Prétendant ce que moi je n'ai pas voulu faire. » Monteléon répondit « que ce propos lui paraissoit incroyable, qu'il y soupçonnoit plus de malice que de vérité » — mais il en reçut assez d'impression « pour se resserrer beaucoup avec d'Iberville ».
- Soupçons réciproques des puissances principales
- Ronde générale des soupçons : « L'Espagne étoit toutefois inquiète de l'opinion générale qu'il y avoit une ligue secrète formée entre l'empereur et l'Angleterre, tandis que les ministres impériaux n'étoient pas moins agités d'une nouvelle union entre l'Espagne et l'Angleterre..., et n'étoient pas en moindre soupçon des dispositions intérieures de la Hollande, qui n'étoit pas sans en avoir aussi de l'empereur, sur l'exécution du traité de la Barrière, et si alarmée des bruits répandus d'une prochaine rupture de l'Angleterre avec la France, qu'elle s'excusoit déjà d'y entrer sur l'épuisement où la dernière guerre l'avoit mise. »
- Adresse de Stanhope pour brouiller la France et l’Espagne, et pour gagner le roi de Sicile à son point
- Stanhope menait tout de front : cajoleries à Monteléon — « quoi qu'en publiassent les bruits publics, ils ne vouloient point de guerre avec la France » —, tandis qu'on travaillait « à unir le roi de Sicile à l'empereur par un traité ». Dans une première conversation avec Trivié, il « s'étendit sur le préjudice que la Sicile causoit à la maison de Savoie, et montra ainsi à dessein que le premier article qui seroit demandé par l'empereur seroit la cession de cette île ». Les menaces anglaises aboutirent cependant à peu : suspension d'une levée de seize régiments et de l'armement de douze vaisseaux, et circulaires à toutes les cours « pour leur demander de refuser tout asile et retraite au Prétendant ».
- Triste opinion générale de l’Espagne
- « Les étrangers s'apercevoient et déploroient même le mauvais état de l'Espagne et de son gouvernement ; ils regardoient le roi d'Espagne comme le plus foible de ceux qui avoient porté cette couronne, Albéroni comme maître à baguette, uniquement attentif à s'enrichir et à s'élever, très indifférent aux intérêts de l'État qu'il gouvernoit. Ils avoient beaucoup rabattu de l'opinion qu'ils avoient prise de l'esprit et des talents de la reine. »
- Ombrages d’Albéroni qui promet un grand secours au pape
- Les ombrages du ministre : « sa nourrice, qu'elle avoit fait venir de Parme depuis quelques mois, alarmoit infiniment Albéroni, qui ne vouloit partager la confiance avec personne. Il n'étoit guère moins inquiet sur le P. Daubenton, aussi ambitieux et plus pénétrant que lui. » Mi-février, coup de théâtre : il déclara au nonce que l'Espagne secourrait le pape contre les Turcs de « six vaisseaux de guerre, quatre galères, douze bataillons faisant huit mille hommes..., et de quinze cents chevaux », sous les étendards et aux frais du pape une fois livrés — tout en demandant aux ministres d'Angleterre et de Hollande des vaisseaux pour le transport.
- Triste et secrète entrevue du Prétendant et de Cellamare
- « Le roi Jacques, caché près de Paris, hors d'espérance de tout secours de la part du régent..., obtint avec peine de Cellamare une entrevue secrète avec lui dans un coin du bois de Boulogne. Là il lui fit une peinture vive et touchante de sa situation, de son embarras sur le lieu de sa retraite et sur les moyens de subsister » : Rome lui nuirait en Angleterre, la Lorraine se dérobait, restait Avignon — et il finit « par demander cent mille écus au roi d'Espagne. Cellamare s'en tira le plus honnêtement qu'il put, mais sans engagement dont il comprenoit les conséquences. »
- Berwick et Bolingbroke mal avec le Prétendant, qui prend Magny
- Dans cette entrevue, le Prétendant « rejeta le mauvais succès de son entreprise sur la conduite suspecte de Bolingbroke, qu'il venoit de destituer de sa place de secrétaire d'État, et se plaignit amèrement du duc de Berwick, qui n'avoit jamais voulu passer en Écosse. Il pria Cellamare de ne leur rien confier de ses affaires, mais d'en conférer seulement avec Magny qu'il avoit choisi. C'étoit un choix bien étrange, comme on le verra dans la suite. »
- Quel est Magny
- Qui est Magny ? « Ce Magny étoit fils de Foucault, conseiller d'État distingué et riche, qui avoit eu le crédit de le faire succéder en sa place. Intendant de Caen, il y avoit fait tant de sottises qu'il n'y put être soutenu, et de dépit et de libertinage avoit vendu sa charge de maître des requêtes, et s'étoit fait introducteur des ambassadeurs, où il ne put durer longtemps. » Tel était l'homme à qui le dernier des Stuarts confiait le secret de ses affaires.
- Violents offices de l’Angleterre partout contre tout secours et retraite à ce prince
- « Georges demandoit formellement à toutes les puissances de l'Europe de refuser tout secours et toute retraite à son ennemi et à ses adhérents. Stairs venoit de faire cette demande au régent par un mémoire très fort, et l'agent d'Angleterre étoit chargé du même office auprès du roi d'Espagne. La cour d'Angleterre étoit d'autant plus vive là-dessus qu'elle connoissoit la mauvaise disposition des peuples et la haine du sang qu'elle avoit répandu ; ce qui l'engagea à entretenir dans les trois royaumes jusqu'à trente-cinq mille hommes et quarante vaisseaux de guerre. »
- Fausses souplesses à l’Espagne, jusqu’à se liguer avec elle pour empêcher l’empereur de s’étendre en Italie, et secourir le roi d’Espagne en France si le cas d’y exercer ses droits arrivoit
- « Dans cette situation douteuse, le ministre anglois chercha de plus en plus à s'assurer l'Espagne. Les flatteries et les confidences ne furent pas épargnées, jusqu'à montrer de la jalousie de la puissance de l'empereur en Italie ; et enclins à se liguer avec l'Espagne pour l'empêcher de s'y étendre, à lui confier que l'Angleterre avoit refusé un traité proposé par l'empereur, parce qu'il y vouloit stipuler qu'elle lui garantiroit la Toscane..., enfin à leurrer le roi d'Espagne de ses secours dans les cas qui pourroient arriver en France, qui donneroient lieu à ses grands droits. »
- But du secours d’Espagne au pape
- « Le but véritable du secours offert au pape étoit d'avoir un corps de troupes en Italie pour tâcher, suivant les événements, d'y regagner quelque chose de ce qu'elle y avoit perdu ; et si le pape, dans la crainte de se rendre suspect, refusoit un si grand secours, il devoit être donné aux Vénitiens qui en demandoient aussi à l'Espagne. » Sous la piété du geste, la première esquisse de la reconquête italienne d'Albéroni.
- Le roi et la reine d’Espagne ne perdent point l’esprit de retour, si malheur arrivoit, en France
- « Ce qui toucha le plus la reine et Albéroni, pour ne pas dire le roi d'Espagne, ce fut la corde de ses grands droits en France adroitement pincée par Stanhope, qui produisit le plus doux son à leurs oreilles. » Le roi et la reine d'Espagne « ne perdoient point l'esprit de retour » : la perspective de la couronne de France, si l'enfant-roi venait à manquer, restait la pensée de derrière de toutes leurs politiques.
- Albéroni les y confirme
- Albéroni les y confirmait sans relâche : quelque intérêt qu'il eût de préférer l'Espagne « qu'il gouvernoit sans obstacle, à la France où il ne pouvoit espérer la même autorité qu'après bien des concurrences..., il ne laissoit pas d'être véritable qu'il exhortoit sans cesse le roi d'Espagne à n'abandonner pas le trône de ses pères, si le roi son neveu venoit à manquer, et qu'il n'appuyât ses raisons de tous les artifices et de toutes les lettres vraies ou fausses qu'il disoit qu'il recevoit de France. Il n'inspiroit pas ce désir à la reine avec moins d'application. »
- Ses ombrages ; ses manèges ; son horrible duplicité
- Ombrages, manèges, duplicité : alarmé « des Italiens, des Parmesans surtout et de la nourrice », il les faisait renvoyer « sous prétexte de la dépense », et déjouait à son insu, par le duc de Parme « qui le craignoit et le ménageoit beaucoup », les envies de la reine d'en faire venir. Sur le prétendu propos du régent à Stairs, il « fit souvenir le roi d'Espagne du conseil qu'il lui avoit donné à la mort du roi son grand-père de ne se pas fier au régent, mais de se conduire avec lui comme s'il devoit être son plus grand ennemi. En même temps il faisoit écrire à Son Altesse Royale que Leurs Majestés Catholiques étoient parfaitement contentes de ses sentiments, et que lui, Albéroni, n'oublioit rien pour maintenir une parfaite intelligence entre les deux couronnes » — l'« horrible duplicité » dans toute sa candeur.
- Inquiétude de Riperda
- « L'union de l'Espagne et de l'Angleterre, qui se resserroit toujours, inquiéta enfin l'ambassadeur de Hollande à Madrid, qui comprit que les Anglois y trouvoient leur compte, et que ce ne pouvoit être qu'au préjudice du commerce des Provinces-Unies. Par cette considération il pressa ses maîtres de gagner les Anglois de la main, en se hâtant d'achever la négociation commencée avec l'Espagne pour lui fournir des vaisseaux. » Riperda découvrait que le jeu anglais se jouait aussi contre la Hollande.
- Crainte du roi de Sicile
- « Le roi de Sicile, qui craignoit quelque secrète intelligence entre le pape et l'empereur pour le dépouiller de cette île, pressoit le roi d'Espagne de s'employer plus fortement à Rome pour ses intérêts » — l'Espagne ayant elle-même protesté contre la bulle révoquant le tribunal de la monarchie, et regardant la Sicile « comme pouvant un jour lui revenir selon les traités ».
- Liberté de discours du cardinal del Giudice
- Liberté de langage du cardinal déchu : au ministre de Sicile qui s'adressait toujours à lui, del Giudice, « qui n'avoit plus que le nom de premier ministre..., ne se contraignit pas de lui répondre qu'il n'avoit rien à espérer de la faiblesse d'un aussi mauvais gouvernement qui, aussi bien que celui de France, ne se soucioit que de demeurer en paix ». Jugement d'agonisant politique, qui enveloppe Madrid et Paris dans le même mépris.
- Étrange scélératesse de Stairs confondue par elle-même
- « Stairs commit en ce même temps une scélératesse complète : il manda faussement au roi son maître que la France armoit puissamment pour le rétablissement du Prétendant, avec tous les détails des ports, des vaisseaux et des troupes. » Alarme à Londres, chute des fonds publics, le roi prêt à demander des subsides « pour la guerre inévitable ». Monteléon « parla si ferme et si bien à Stanhope, qu'il l'arrêta tout court » ; l'avis démasqué, Stanhope « changea tout à coup de système » et souhaita que la France entrât dans l'union et garantît la succession protestante. « Ainsi la scélératesse de Stairs... fit un effet tout opposé à ses intentions ; et cette époque fut le commencement du chemin de l'union tant souhaitée par l'abbé Dubois entre la France et l'Angleterre, et la base première de la grandeur de cet homme de rien. »
- Faux et malin bruit répandu sur les renonciations
- « Un autre bruit aussi malicieux fut répandu en même temps à Paris » : celui « d'un traité fort secret, signé par le prince Eugène et le maréchal de Villars, qui seuls en avoient eu la conduite, qui annuloit les renonciations du roi d'Espagne à la couronne de France, et qui en ce cas assuroit celle de l'Espagne au roi de Sicile. Ce bruit étoit fomenté avec soin ; le régent n'en prit pas la plus légère inquiétude ; mais on remarqua que Leurs Majestés Catholiques parurent depuis bien plus attentives à tout ce qui pouvoit regarder cette succession. »
- Propositions très captieuses contre le repos de l’Europe faites par l’Angleterre à la Hollande, qui élude sagement
- Le roi d'Angleterre fit aux Hollandais deux propositions : fortifier la garantie de la succession protestante, et « s'expliquer sur l'alliance défensive à faire entre l'empereur, l'Angleterre et les États généraux ». La première fut bien reçue ; « la seconde leur parut très délicate pour le repos de l'Europe, et en particulier sur les intérêts du roi d'Espagne. Ils se tinrent d'autant plus réservés que Walpole montroit plus de chaleur sur cette affaire à la Haye... Ils ne songèrent donc qu'à éluder et à gagner du temps. »
- Frayeur égale du pape, de l’empereur et du Turc
- « Le grand armement des Turcs obligeoit cependant l'empereur à se préparer tout de bon à n'être pas prévenu, et jetoit l'Italie dans l'effroi. Le pape sans défense et sans moyens sollicitoit des secours de France et d'Espagne ; en même temps il craignoit encore plus l'empereur. Il savoit que ce prince ne consentiroit jamais... de laisser entrer des troupes françaises ou espagnoles en Italie ; ainsi le pape refusa celles qui lui furent offertes, et demanda des vaisseaux et des galères dont l'empereur ne pouvoit prendre d'ombrage. »
- Stanhope propose nettement à Trivié de céder à l’empereur la Sicile pour la Sardaigne
- Seconde conversation décisive : Trivié « fut étrangement surpris quand après les compliments et les préfaces ordinaires il entendit Stanhope lui déclarer que la Sicile arrêteroit toujours tout accommodement ; lui vouloir persuader après que cette île étoit à charge à la maison de Savoie, enfin revêtir le personnage du ministre de l'empereur et lui proposer en échange la Sardaigne pour conserver à son maître la dignité royale. Trivié répondit qu'il ne pouvoit négocier sur une condition qu'il étoit sûr que son maître n'accepteroit jamais. » — Proposition qui devait pourtant, deux ans plus tard, devenir la réalité.
- Stanhope emploie jusqu’aux menaces pour engager la Savoie contre la France
- Stanhope passe aux menaces : « l'affaire seroit déjà faite si le roi d'Angleterre eût seulement consenti à le laisser agir » ; il n'oublia rien « pour persuader Trivié des grands avantages que le roi de Sicile retireroit d'une guerre contre la France, étant soutenu d'aussi puissants alliés..., lui déclara que si le roi de Sicile hésitoit encore, le roi d'Angleterre ne pourroit plus empêcher l'empereur d'exécuter ses projets ». Le régent y était peint « comme un ennemi caché, incapable de repos, toujours prêt à exciter des troubles dans la Grande-Bretagne ».
- But et vues de Stanhope
- Le fond du jeu : « Stanhope vouloit susciter de puissants ennemis à la France, et n'en trouvoit point de plus dangereux à porter la guerre dans l'intérieur du royaume que le duc de Savoie par sa situation. Il craignit en même temps que les ministres de France et d'Espagne, que Trivié voyoit souvent, ne traversassent son projet, et mit tout en œuvre pour les lui rendre suspects. » Monteléon, malgré les caresses, « avoit pénétré qu'il se traitoit une alliance défensive entre ces deux dernières puissances et l'empereur, et que la conclusion n'en étoit arrêtée que par l'espérance de l'Angleterre de rendre cette ligue offensive ».
- Préférence du roi Georges de ses États d’Allemagne à l’Angleterre, cause de ses ménagements pour l’empereur
- « Le roi d'Angleterre ne regardoit point sa couronne comme un bien solide ; ses États d'Allemagne l'occupoient bien autrement ; par cette raison il vouloit plaire à l'empereur, et le mettre en état d'agir lorsque l'intérêt commun des puissances, engagées dans la dernière ligue contre Louis XIV et Philippe V, demanderoit qu'elles se réunissent et reprissent les armes. » George électeur avant d'être roi : clef de tous ses ménagements pour Vienne.
- Conseil de Vienne et celui de Constantinople divisés sur la guerre
- Guerre ou paix avec le Turc ? Les conseils étaient divisés des deux côtés : la guerre, « le grand vizir et le prince Eugène [la] vouloient, que presque tous les ministres impériaux, surtout les Espagnols, craignoient, et que le mufti détournoit. Le prince Eugène prétendoit que si l'empereur différoit à attaquer les Turcs lorsqu'il le pouvoit avec avantage, il le seroit lui-même par eux l'année suivante avec un grand désavantage » — et George s'employait de son côté à détourner le Grand Seigneur d'attaquer.
- Escadres anglaise et hollandaise vont presser le siège de Wismar
- La guerre du Nord au profit de Hanovre : « De toutes leurs anciennes conquêtes ils [les Suédois] n'avoient conservé que Wismar. Il fut donc résolu en Angleterre d'envoyer vingt vaisseaux presser la reddition de cette place, auxquels les Hollandois en joignirent douze des leurs. C'étoit bien plus qu'il n'en falloit pour accabler les Suédois dans la réduction déplorable où ils étoient ; mais le gouvernement d'Angleterre faisoit toujours semblant de craindre un secours que le régent n'étoit ni en volonté ni en pouvoir de donner. »
- Nouvelles scélératesses de Stairs
- Stairs, infatigable : « il leur mandoit faussement que le régent lui avoit promis de chasser tous les Anglois rebelles et qu'il manquoit à sa parole, et leur suggéroit de solliciter Son Altesse Royale de poursuivre le Prétendant jusque dans Avignon, et d'obliger le pape à l'en faire sortir s'il s'y vouloit retirer » — nouvelles scélératesses pour entretenir la brouille au moment où elle menaçait de retomber.
- Intérêt du ministère anglois de toujours craindre la France pour tirer des subsides du parlement
- Le secret de tant d'alarmes feintes : « il étoit de l'intérêt de ce ministère de maintenir les alarmes d'une guerre prochaine avec la France, pour continuer d'obtenir des subsides du parlement, qu'il auroit refusés dans une paix bien assurée. » La peur de la France, article budgétaire du gouvernement whig.
- Continuation d’avances infinies de l’Angleterre à l’Espagne
- Les avances à l'Espagne continuaient sans mesure : « résolus de l'ignorer » sur les secours donnés au Prétendant, les Anglais « n'épargnoient aucunes assurances de l'amitié et de l'union la plus intime avec elle. Le roi d'Angleterre déclara qu'il se croyoit comme engagé par le traité d'Utrecht à garantir la neutralité de l'Italie, et qu'il étoit disposé à former de nouvelles liaisons avec le roi d'Espagne pour la maintenir, et de plus pour confirmer et renouveler toutes les alliances précédentes. »
- Monteléon en profite pour s’éclaircir sur la triple alliance proposée par l’Angleterre avec l’empereur et la Hollande
- « Monteléon profita de tant d'empressement extérieur pour parler à Stanhope de la triple alliance proposée par l'Angleterre entre elle, l'empereur et la Hollande, dont Walpole avoit depuis peu présenté le projet aux États généraux. Stanhope ne put désavouer un fait public, mais il assura Monteléon que ce projet n'avoit rien de contraire aux traités de paix, aux intérêts du roi d'Espagne, ni au renouvellement proposé entre l'Angleterre et l'Espagne des anciennes alliances. »
- Souplesse de Stanhope
- Souplesse consommée : Stanhope « lui fit valoir le refus de l'Angleterre à d'autres propositions que l'empereur lui avoit faites, et finit par beaucoup d'aigreurs et de plaintes contre la France, qu'il dit chercher à négocier avec l'Angleterre, laquelle ne l'écouteroit point qu'elle n'eût des preuves de sa sincérité ». Il tirait ainsi avantage « de la disposition de la France à conserver la paix », au point que Monteléon manda à sa cour « qu'il dépendoit de Sa Majesté Catholique de faire seule une alliance avec l'Angleterre ou d'y faire comprendre la France ».
- Crainte domestique du ministère anglois qui veut rendre les parlements septénaires
- Au-dedans, la vraie affaire du ministère : le parti whig « craignoit la vengeance de la tyrannie qu'il avoit si cruellement exercée, si le parti opprimé, soutenu du mécontentement général du gouvernement, reprenoit le dessus. Le parlement rendu triennal n'avoit plus qu'une année à durer » ; ministres et communes s'accordaient à le prolonger — « les membres continués épargnoient les brigues et l'argent d'une autre élection » —, les lords s'y opposaient, « mais en Angleterre comme dans les autres pays, ce n'étoit plus le temps des seigneurs ». Cette prolongation « absorboit presque toute l'application des ministres, parce que les autres affaires n'étoient que celles de l'État et que celle-ci étoit la leur même ». Projet : quatre années de plus — l'acte septennal en germe.
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