TOME I · CHAPITRE PREMIER
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Résumé
Saint-Simon ouvre ses Mémoires en expliquant où et comment il les commence : en 1691, à seize ans, à la lecture du journal de Bassompierre. Il noue sa première liaison avec le duc de Chartres, futur Régent, et croque au passage Maupertuis, capitaine des mousquetaires gris, sa fortune et son caractère. Vient 1692 et sa première campagne comme mousquetaire : le siège de Namur conduit par Louis XIV en personne, la reddition de la place, la retraite pluvieuse du couvent de Marlaigne et l'anecdote de la poudre cachée par les jésuites. Au loin, la flotte française est défaite à la Hogue. Le chapitre se ferme sur deux leçons de jeunesse : le danger de badiner avec des armes, et la mort du jeune Coetquen.
Les entrées
- 1691
- Où et comment ces Mémoires commencés
- Saint-Simon date lui-même l'acte de naissance de son œuvre. Né dans la nuit du 15 au 16 janvier 1675 d'un père de soixante-neuf ans, favori de Louis XIII, et de Charlotte de L'Aubépine, élevé « avec un grand soin » par une mère lucide qui lui répète qu'il entrera seul dans le monde, sans oncles, sans cousins, sans appuis, il avoue sa froideur pour l'étude mais sa passion née pour l'histoire et les Mémoires particuliers depuis François Ier. De cette lecture naît l'envie d'écrire ce qu'il verra : il commence ses Mémoires en juillet 1694, mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom, au camp de Guinsheim sur le Vieux-Rhin, dans l'armée du maréchal-duc de Lorges — résolu d'en garder le secret « à moi tout seul ».
- Ma première liaison avec M. le duc de Chartres
- En 1691, écolier en philosophie qui s'ennuie des maîtres et brûle d'entrer au service, Saint-Simon voit le siège de Mons attirer tous les jeunes gens de son âge — et surtout le duc de Chartres, son cadet d'affection, « comme élevé avec lui », qui y fait sa première campagne. Piqué d'émulation, il ruse : il endort sa mère, persuade son père que le roi se reposera l'année suivante, et se fait présenter à Versailles le jour de la Saint-Simon-Saint-Jude. Le roi, le trouvant « petit et l'air délicat », le juge bien jeune ; le père répond qu'il l'en servira plus longtemps. Il entre dans la première compagnie des mousquetaires, choisie à cause de Maupertuis, ami particulier du père — dont les témoignages font les premières opinions du roi sur les jeunes gens.
- Maupertuis, capitaine des mousquetaires gris ; sa fortune et son caractère
- Portrait du capitaine des mousquetaires gris : Maupertuis se dit de la maison de Melun « de bonne foi », car il est « la vérité et l'honneur et la probité même » — mais aucun Melun ne le reconnaît. Monté par tous les degrés depuis maréchal des logis jusqu'à commander en chef et devenir officier général, il doit son crédit à son équité, sa bonté, sa valeur ; ses « vétilles » et une vivacité qui d'un rien fait un crime le font moins aimer, mais c'est par là qu'il plaît au roi, qui lui confie les emplois délicats : conduire Lauzun à Pignerol, puis l'en ramener à Bourbon — avec une exactitude de geôlier que Lauzun n'oubliera de sa vie. Saint-Simon attribuera à ses bons offices « la première bonne opinion que le roi prit de moi ».
- 1692
- Ma première campagne, mousquetaire gris
- Après une revue à Compiègne et une première garde chez le roi, le grand voyage se prépare : le père se repent d'avoir cru son fils, la mère boude puis s'exécute magnifiquement — un équipage de trente-cinq chevaux ou mulets « et de quoi vivre honorablement soir et matin ». Contretemps fâcheux : vingt jours avant le départ, un nommé Tessé, intendant du père depuis des années, homme doux et considéré, avocat au parlement, disparaît en emportant cinquante mille livres, laissant derrière lui de fausses quittances. Le 10 mai 1692, le roi part avec les dames ; le jeune mousquetaire fait le voyage à cheval, avec la troupe et tout le service, accompagné de son ancien gouverneur et d'un écuyer de sa mère.
- Siège de Namur par le roi en personne
- L'armée du roi se forme au camp de Gevry, presque jointe à celle de Luxembourg ; le roi y régale les dames de Mons et leur montre « la plus superbe revue qui ait peut-être jamais été faite » — deux armées sur deux lignes, trois lieues d'étendue. Puis le siège de Namur est déclaré : Monseigneur, Monsieur, M. le Prince et le maréchal d'Humières commandent sous le roi, Luxembourg couvre le siège face au prince d'Orange. Vauban — « l'âme de tous les sièges que le roi a faits » — emporte d'attaquer la ville séparément du château, contre l'avis du baron de Bressé qui avait fortifié la place. Trois attaques sont menées ; au onzième jour de tranchée ouverte, la ville bat la chamade et obtient presque tout ce qu'elle désire : la garnison se retire au château, avec convention mutuelle de ne pas se tirer dessus.
- Reddition de Namur
- Le siège du château tourne à l'épreuve : le beau temps se change, autour de la Saint-Médard, en un déluge « dont personne de l'armée n'avait vu d'exemple » — les soldats brisent et brûlent les images du saint. Tranchées noyées, canons immobilisés trois jours pour changer de batterie, chariots inutiles : il faut porter bombes et grains à dos de mulet, et le roi ordonne à sa maison de porter des sacs de blé à l'armée de Luxembourg qui périt de faim. Les troupes rouges refusent avec hauteur ; le jeune Saint-Simon charge son sac à leur vue, et Marin les cingle : puisque ce service n'est pas au-dessous de lui, gens d'armes et chevau-légers « ne seront ni déshonorés ni gâtés de l'imiter ». Tout plie ; le roi le sut et chercha dès lors à lui « dire quelque chose avec bonté ». Le 1er juillet 1692, au vingt-septième jour de tranchée, Barbançon bat la chamade — il était temps : les chevaux mêmes du roi vivaient de feuilles. La garnison défile devant M. le Prince ; Barbançon, au désespoir de perdre un gouvernement de cent mille livres de rente, sera tué l'été suivant à Neerwinden. La place, « qui avait la gloire de n'avoir jamais changé de maître », pleure ; le gouvernement va à Guiscard, choix surprenant qui se fait pardonner par l'affabilité et la magnificence.
- Solitude de Marlaigne
- Tableau de la solitude de Marlaigne, ce monastère de carmes déchaussés fondé par les archiducs Albert et Isabelle sur une éminence en forêt, près duquel les tentes du roi furent dressées. Saint-Simon décrit avec une précision amoureuse cette laure moderne : cellules pauvres, silence perpétuel, jeûne presque continuel, huit ou dix maisonnettes éparses dans un parc immense où chaque religieux s'isole un mois, disant sa messe qu'un voisin invisible vient répondre, entre prière, contemplation et paniers tressés. Le roi les ménagea : il n'y logea que le cardinal de Bouillon, le comte de Grammont et le P. de La Chaise, ne fit passer le canon par leur parc qu'à la dernière extrémité, et leur rendit au double le blé perdu dans Namur. Rien n'y fit : après la prise, « ils ne pouvaient regarder un Français », et l'un d'eux refusa une bouteille de bière à un huissier du roi qui offrait du champagne en échange.
- Poudre cachée par les jésuites
- Après la prise, on visite tout dans Namur, quoique la capitulation eût tout fait montrer. Chez les jésuites, qui ouvrent tout en marquant leur surprise « et quelque chose de plus » qu'on ne s'en fie pas à leur parole, on fouille où ils ne s'y attendaient pas : leurs souterrains se trouvent pleins de poudre dont ils s'étaient bien gardés de parler. Ce qu'ils en prétendaient faire « est demeuré incertain ». On enleva la poudre — « et, comme c'étaient des jésuites, il n'en fut rien » : la phrase, d'une sécheresse assassine, dit tout le crédit de la Compagnie sous ce règne.
- Bataille navale de la Hogue
- Pendant le siège, le désastre naval : Tourville, avec une flotte moitié moindre que les escadres anglo-hollandaises réunies, reçoit l'ordre de combattre « fort ou faible, où que ce fût » — le roi d'Angleterre ayant persuadé Louis XIV que la moitié des vaisseaux anglais feraient défection pendant le combat. Deux courriers de représentations de Tourville n'y changent rien. Il obéit, « fait des prodiges » ; pas un vaisseau ennemi ne tourne ; accablé par le nombre, il sauve ce qu'il peut, mais presque tout est brûlé dans la Hogue sous les yeux de Jacques II, accusé d'avoir laissé paraître de la partialité pour sa nation. Suit l'inoubliable histoire des deux courriers : celui de terre soutire à celui de mer la « nouvelle » d'une victoire, le double, et l'annonce au roi ; quatre heures après, les dépêches vraies apportent la défaite. Le roi « lava la tête » à Barbezieux — et le jeune mémorialiste vit « pour la première fois, que les cours ne sont pas longtemps dans l'affliction ».
- Danger de badiner avec des armes
- Au retour, à la couchée de Marienbourg, la leçon qui faillit coûter la vie au mémorialiste — et ces Mémoires au monde : entré en folâtrant dans la tente de son ami Coetquen, il le chasse de son lit et s'y couche ; Coetquen, badinant, le couche en joue avec un fusil qu'il croit déchargé. Le coup part : trois balles passent « à trois doigts » au-dessus de sa tête — il était heureusement couché tout à plat — et frôlent encore les deux gouverneurs qui se promenaient derrière la tente. Coetquen se trouve mal du malheur qu'il a pensé causer et met plusieurs jours à s'en remettre. « Je rapporte ceci pour une leçon qui doit apprendre à ne badiner jamais avec les armes. »
- Coetquen et sa mort
- Suite et fin de l'ami : le comte de Coetquen, camarade de compagnie « qui savait infiniment et agréablement », doux, particulier et paresseux, très riche par sa mère malouine. Curieux de son avenir, il se fait dire la bonne aventure par la du Perchoir, qui lui prédit qu'il sera noyé, et bientôt ; Saint-Simon le gronde de cette « curiosité si dangereuse et si folle » et met la prédiction au compte de la physionomie « triste et sinistre » de son ami. Un second diseur, à Amiens, répète la même chose. Peu après, marchant avec le régiment du roi, Coetquen veut abreuver son cheval dans l'Escaut et s'y noie sous les yeux de tout le régiment, sans pouvoir être secouru. « Perte irréparable » pour ses amis ; ses deux sœurs, l'une mariée au fils de Montchevreuil, l'autre religieuse au Calvaire.
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