TOME XV · CHAPITRE XVI
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Résumé
Négroni, « odieux à la France », vice-légat d'Avignon « sans participation de la France, contre la coutume » ; Ottobon veut lier avec Albéroni ; « nouvelles scélératesses de Bentivoglio » ; le pape refuse à Albéroni les bulles de Séville — le cardinal-ministre bloqué dans son propre gain. « Audace, plan, propos » d'Albéroni uni au duc de Parme ; manèges réciproques entre le Régent et Cellamare « qui le veut entraîner dans la guerre contre l'empereur » ; le concert Cellamare-Provane et la découverte du mariage proposé de Chartres avec une sœur du roi de Portugal, « sans succès par les difficultés du rang ».
Les entrées
- Négroni, odieux à la France, nommé vice-légat d’Avignon sans participation de la France, contre la coutume établie
- La vice-légation d'Avignon : contre l'usage constant de communiquer les noms au ministre du roi à Rome, le pape « crut devoir profiter d'un temps de faiblesse et de minorité..., pour secouer ce qu'il voulut trouver être servitude. Ainsi il nomma le prélat Négroni sans en avoir rien fait dire au cardinal de La Trémoille. Tout le mérite du nouveau vice-légat étoit d'être neveu du cardinal Négroni, si noté par l'extravagance de ses emportements contre la France. »
- Ottobon veut lier avec Albéroni
- « Le cardinal Ottobon, qui en étoit si comblé [des bienfaits de la France], écrivit au cardinal Albéroni, sous prétexte de zèle pour le bien de l'Italie, pour lui proposer d'établir et d'entretenir un commerce de lettres avec lui. »
- Nouvelles scélératesses de Bentivoglio
- Les scélératesses de Bentivoglio : il « avançoit hardiment que, sous prétexte de concilier..., le régent songeoit uniquement à s'unir et à faire des ligues avec les puissances principales de l'Europe, pour être secouru d'elles en cas d'ouverture à la succession à la couronne » ; il « ne cessoit d'empoisonner tout ce qui se passoit en France, et de porter le pape à tout ce qu'il pouvoit de plus violent sur les affaires de la constitution ».
- Le pape refuse au cardinal Albéroni les bulles de l’archevêché de Séville
- Le refus des bulles de Séville : le pape « lui fit dire qu'elle les lui auroit accordées, si... elle n'eût appris que l'évêque de Vich et un autre avoient été chassés violemment de leurs diocèses par ordre du roi d'Espagne. Ce frivole prétexte ne trompa personne. » Albéroni prétendit même « avoir rendu un grand service au pape d'avoir gardé ce bref [du 25 août] entre ses mains, parce qu'il ne pouvoit produire qu'un effet pernicieux ».
- Audace, plan, propos d’Albéroni uni d’attachement et de sentiment au duc de Parme
- L'audace d'Albéroni, uni au duc de Parme : « il traitoit de verbiages et d'illusoire le plan proposé à Londres » ; il assurait que le régent, en suivant ces routes, « verroit la guerre civile allumée dans le sein de la France » ; il « se savoit gré d'avoir menacé Bubb, à Madrid, de donner de puissants secours au Prétendant » — tout en affectant de répandre « que, sur l'article des négociations pour la paix, il n'étoit pas maître de l'esprit du roi d'Espagne. Ces discours modestes ne firent nulle impression à Paris ni à Londres. »
- Manèges réciproques entre le régent et Cellamare, qui le veut entraîner dans la guerre avec l’Espagne contre l’empereur
- Les manèges réciproques : Cellamare, employant Monti, « ne parloit que de tirer la France de sa léthargie » et de « la nécessité d'une union inaltérable entre la France et l'Espagne » ; le régent « convenoit de tous les avantages..., ajoutoit même que, si les offices étoient inutiles, la France emploieroit ses forces », l'assura que Dubois confierait le plan à Monteléon et que Nancré porterait « un plan de paix dont le roi d'Espagne eût lieu d'être satisfait » — sans s'ouvrir des nouvelles de Vienne « qui tenoient Cellamare dans une grande curiosité ».
- Concert entre Cellamare et Provane
- Le concert Cellamare-Provane : « Provane disoit à Cellamare que son maître s'exposeroit aux plus grands dangers plutôt que de consentir à l'échange de la Sicile. Cellamare faisoit agir Provane, soit auprès du régent..., soit auprès des ministres étrangers résidents lors à Paris. »
- Ils découvrent le mariage proposé de M. le duc de Chartres avec une sœur du roi de Portugal sans succès par les difficultés du rang
- « Il sut par là que l'ambassadeur de Portugal avoit dit que le régent avoit fait proposer le mariage de M. le duc de Chartres avec l'infante, sœur du roi de Portugal, et qu'il s'y trouvoit des difficultés sur le rang de M. le duc de Chartres. Cette affaire n'étoit qu'un incident. »
- Objets des ministres d’Espagne
- Les objets des ministres d'Espagne : « ils regardoient Georges comme un ennemi, et livré à l'empereur pour ses intérêts d'Allemagne » ; ils voulaient « persuader les membres du parlement de s'opposer au départ des vaisseaux destinés pour la Méditerranée » ; et Cellamare et Provane, découvrant « qu'il s'agissoit d'échanger la Sicile avec la Sardaigne, se plaignoient tous deux de la liberté que se donnoient les médiateurs de disposer d'États dont ils n'étoient pas les maîtres ».
- Corsini envoyé du grand-duc à Paris ; quel ; passe à Londres pour y faire des représentations inutiles
- « Le grand-duc envoya ordre à son envoyé à Paris de passer à Londres, et d'y représenter l'injustice de disposer de ses États contre son gré. Ceux qui connoissoient le négociateur jugèrent peu favorablement de son succès... Cet envoyé du grand-duc étoit Corsini, qui est devenu cardinal et premier ministre à Rome, sous le pontificat de son oncle Clément XII, douze ans après. »
- Le régent s’ouvre à Provane de l’état de la négociation de Londres
- « M. le duc d'Orléans expliqua lors à Provane de quoi il étoit question, mais verbalement. Provane auroit souhaité le plan du traité par écrit. Il se plaignit à Stairs de l'appui que le roi d'Angleterre donnoit à l'échange de la Sicile. La réponse fut simplement en termes fort généraux. »
- Sentiment de Cellamare là-dessus
- Le sentiment de Cellamare : « instruit par Provane, [il] dit à Nancré que, s'il ne portoit à Madrid des propositions plus avantageuses que celles dont on le disoit chargé, il ne devoit pas être étonné de ne pas réussir. Il se vanta même d'avoir convaincu Nancré, qui néanmoins partit. »
- Plaintes de la cour de Vienne de la France, et ses propositions sur la Toscane appuyées des Anglois
- Les plaintes de Vienne : elle prétendait le plan de Londres « absolument différent de celui dont [Dubois] étoit convenu à Hanovre », menaçait « de se rendre plus difficile, si elle parvenoit à faire la paix avec la Porte » ; elle demandait que la Sardaigne fût remise « en dépôt » au roi d'Angleterre, voulait « faire revivre l'ancienne république de Pise » et « que Livourne fût érigée en ville libre sous la protection de l'empire » — propositions que les ministres anglais appuyaient, disant au régent « que souvent on n'obtenoit rien pour trop demander ».
- Quel étoit Schaub
- Schaub : « un Suisse, grand fripon, nommé Schaub, qui avoit servi de secrétaire à Stanhope et qu'on renvoyoit de Londres à Vienne », secondait Stairs qui « parloit haut dans les conférences qu'ils eurent tous deux avec le régent ».
- L’empereur répond par de fortes demandes aux demandes préliminaires de l’Espagne, et y est appuyé par l’Angleterre
- La réponse impériale aux préliminaires : sur les troupes, « il falloit [que l'Espagne] discontinuât auparavant ses armements par mer et par terre..., et que, pour sûreté de sa parole, elle remît la Sardaigne en dépôt au roi d'Angleterre » ; sur les contributions, l'empereur ne les exigeait « qu'en vertu d'un résultat de la diète de l'empire..., toute puissance dépendante de l'empire, comme étoient les princes d'Italie », devant concourir à la guerre contre le Turc. « Ces réponses furent non seulement goûtées à Londres, mais particulièrement appuyées du roi d'Angleterre et de ses ministres. »
- Manèges et souplesses de Stanhope
- Les souplesses de Stanhope : il représentait à Monteléon que la guerre d'Italie « en deux ans deviendroit générale, feroit revivre les droits de l'empereur sur l'Espagne, ceux de Philippe sur la France, et qu'il se trouveroit peut-être des princes qui prétendroient aussi régler la succession d'Angleterre » ; il « employoit les espérances et les menaces », tout en ayant « l'adresse de faire voir un penchant particulier pour l'Espagne ».
- Langage de l’abbé Dubois à Monteléon
- Le langage de Dubois à Monteléon : il l'assurait « que le régent communiqueroit tout au roi d'Espagne ; que c'étoit le principal objet de la mission de Nancré » ; et, pour preuve de confiance, « il lui dit qu'il reconnoissoit en tout la partialité des ministres hanovriens et des Anglois de leur parti pour la cour de Vienne ».
- Il lui envoie avec précaution le modèle d’un billet à Albéroni en faveur de Nancré et de sa négociation, qu’Albéroni méprise, averti par Monteléon
- Le billet dicté : voulant disposer Albéroni pour Nancré, Dubois « envoya par Chavigny le modèle du billet qu'il le pria d'écrire à Madrid, et pour plus de sûreté, de lui en renvoyer la minute » — conjurant Albéroni « de ne perdre pas cette occasion de réunir la France, l'Angleterre et la Hollande avec l'Espagne, contre l'empereur ». « Malgré ces précautions prudentes, Albéroni sut que le billet n'étoit pas du style de Monteléon, que l'abbé Dubois l'avoit dicté, et cependant n'en fit pas grand cas. »
- Conversation de Monteléon avec Stanhope qui le veut tromper, puis éblouir sur la destination de l’escadre anglaise
- La conversation sur l'escadre : Monteléon pressa Stanhope de déclarer par écrit qu'elle « ne passeroit pas dans la Méditerranée » — refusé ; Stanhope allégua d'abord la satisfaction à tirer du pape pour Peterborough, puis voulut l'éblouir : « la Méditerranée n'en étoit pas l'objet, mais la mer Baltique » ; enfin il avoua que George ne pouvait donner une telle parole « sans manquer formellement aux engagements du traité qu'il avoit signé avec l'empereur ».
- Monteléon tâche à prendre d’autres mesures pour arrêter l’effet de cet armement
- Les autres mesures de Monteléon : « celle qu'il crut la plus sûre fut d'intéresser la nation. Rien ne lui étoit plus sensible que l'interruption de son commerce avec l'Espagne » ; l'orateur de la chambre basse « vit secrètement Monteléon ; il reçut de lui des instructions », et deux députés des communes représentèrent « que ce seroit ruiner l'Angleterre que de donner occasion à l'Espagne d'interrompre le commerce ».
- Sagacité de Monteléon
- Sa sagacité : « le premier effet de ses diligences ne l'éblouit pas » — la cour saurait gagner les parlementaires ; quant aux ministres, il était persuadé « que ce seroit inutilement qu'il entreprendroit de faire combattre la raison contre le désir qu'ils avoient de plaire aux Allemands ». Il croyait pourtant que le parti sage était « de savoir plier aux conjonctures présentes », comptant que la cour de Vienne, « inflexible et déraisonnable », découvrirait elle-même son ambition.
- Fermes réponses des ministres de Sicile à Paris et à Londres à l’égard de la conservation de cette île à leur maître
- Les fermes réponses des ministres de Sicile : La Pérouse protesta que son maître « s'exposeroit à toute sorte de péril » plutôt que de plier ; « Provane employoit moins de paroles, mais il parloit plus fortement à Paris » : si son maître ne pouvait défendre la Sicile, « il pourroit bien songer à des échanges très douloureux pour la France » — entendez le Piémont et le Montferrat cédés à l'empereur « pour avoir de lui le royaume de Naples à joindre à la Sicile ».
- Plaintes et mouvements de Cellamare
- Les mouvements de Cellamare : « il se plaignoit qu'il ne trouvoit que léthargie dans le gouvernement..., que tout le monde crioit à la paix » ; il vit Peterborough de passage à Paris, qui promit de soutenir l'Espagne, mais « Cellamare s'aperçut cependant qu'il battoit la campagne, et qu'il y avoit aussi peu de fondement à faire sur ses raisonnements que sur ses promesses ».
- Monti peu satisfoit du régent
- Monti peu satisfait : au discours de guerre qu'il tint au régent, celui-ci « répondit qu'il avoit nouvellement combattu pour procurer au roi d'Espagne les conditions meilleures et les plus avantageuses, et qu'il ne falloit pas exposer au hasard d'une guerre ce qu'on pouvoit obtenir par un traité ».
- Monteléon, sur des ordres réitérés, fait à Londres les plus fortes déclarations sur la destination de l’escadre
- Les fortes déclarations : sur ordres réitérés, Monteléon « déclara que, si elle passoit dans la Méditerranée, il partiroit sur-le-champ..., parce que le roi son maître regarderoit cette démarche comme un premier acte d'hostilité » ; il instruisit les intéressés de l'Asiento, disant que le roi d'Espagne « vouloit enfin connoître ceux qui seroient ses amis ou ses ennemis, et pour mettre l'épée à la main s'il étoit nécessaire ».
- Efforts d’Albéroni en Hollande
- Les efforts en Hollande : Beretti eut ordre « de déclarer que le roi son maître ne se laisseroit pas amuser par de prétendus médiateurs ni par des propos de paix dont on répandoit les conditions dans le monde sans toutefois que Sa Majesté Catholique en eût encore la moindre connoissance..., [et] que la république de Hollande se tromperoit elle-même si elle laissoit à la maison d'Autriche la supériorité que les traités d'Utrecht lui avoient procurée ».
- Ses sentiments sur les traités d’Utrecht
- Ses sentiments sur Utrecht : « il détestoit la paix d'Utrecht, il soutenoit que le feu roi n'avoit point de pouvoir légitime pour faire tomber comme il avoit fait tout le poids du traité sur le roi, son petit-fils, et que le consentement qu'y avoit donné ce prince n'avoit point été libre, mais forcé par une juste crainte pour le roi son grand-père... Il ajoutoit que les souverains étoient toujours mineurs, maîtres par conséquent de se délivrer des violences qu'ils avoient souffertes quand la Providence en faisoit naître les occasions. »
- Ses vanteries
- Ses vanteries : « la puissance de l'Espagne, qui avoit sur pied quatre-vingt mille hommes, une bonne marine, ses finances en bon état » ; et cette fanfaronnade : « nonobstant tout ce qui pourroit arriver, le roi d'Espagne suivroit son projet ; s'il ne réussissoit pas, il en seroit quitte pour se retirer sur son fumier où il attendroit des conjonctures plus favorables. »
- Cache bien où il veut attaquer
- « Il réussit mieux à lui cacher son véritable projet ; en sorte que bien des gens crurent qu'il pourroit tourner ses armes contre le Portugal, autant que les porter en Italie » — l'opinion publique tenant pour Naples, qu'on disait devoir être attaquée « sans s'amuser à Gaëte ni à Capoue ».
- Sagacité de l’abbé del Maro
- La sagacité de del Maro : la cession de la Sicile citée par Albéroni « ne fut pas regardée si simplement » par lui ; « il soupçonnoit depuis longtemps la cour d'Espagne de former des desseins sur ce royaume, et il persista toujours dans sa pensée, quoique l'opinion publique fût que la destination de la flotte fût pour Naples. »
- Beretti trompé ou trompeur sur la Hollande
- Beretti trompé ou trompeur : il assurait la neutralité hollandaise sur la foi de Santen, nouveau bourgmestre d'Amsterdam, « que cette ville n'admettroit rien contre le service du roi d'Espagne » ; la faiblesse de la république et « les dettes immenses qu'elle avoit contractées » lui rendaient les levées impossibles — mais lui ôtaient « aussi toute espérance de porter les États à attaquer l'empereur, et c'est ce qui redoubloit le désir d'Albéroni que la France leur en donnât l'exemple ».
- Sage avis de Cellamare à Albéroni sur la France
- Le sage avis de Cellamare à Albéroni : « quelques bonnes dispositions que le régent eût fait paroître..., son but n'avoit jamais varié sur la conservation de la paix, à quelque prix que ce pût être ; ce n'étoit que pour gagner du temps qu'il avoit quelquefois flatté le roi d'Espagne d'espérances agréables ; le moyen d'éviter ces pièges étoit d'obliger Nancré de s'expliquer tout en arrivant et clairement, et de ne pas remettre à son retour à Paris la décision des affaires. »
- Propos publics de Cellamare ; retient sagement Provane ; dit à Nancré qu’il ne réussira pas
- Ses propos publics : « il publia que le roi d'Espagne se vengeroit enfin des outrages qu'il avoit reçus..., quand même il seroit abandonné » ; Provane voulait que l'Espagne demandât « passage par la France pour cinquante mille hommes », mais « Cellamare y trouva trop de rodomontade, et crut qu'il falloit ne dire que ce qu'on étoit à peu près en état de faire » ; et il « dit à Nancré avant son départ qu'il ne pouvoit faire que de mauvais augures de la négociation dont il étoit chargé ».
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