TOME VI · CHAPITRE XXII
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Résumé
L'Europe au tournant de l'année : victoires de Charles XII sur les Moscovites, mais Lewenhaupt défait par le czar — Poltava se prépare ; les mécontents hongrois perdent les montagnes ; Estaing défait les miquelets ; succès qui terminent la campagne d'Espagne. Villars de retour à la cour. Le pape, « fort malmené » par les troupes impériales, forcé de recevoir Prié à Rome ; l'« intrigue de chapeaux » ; l'abbé de Polignac obtient la nomination du roi d'Angleterre ; démêlé de Fériol à Constantinople — l'ambassadeur fou. Morts et caractères du comte de Fiesque, de Bréauté, de l'abbé de La…
Les entrées
- Victoires du roi de Suède sur les Moscovites
- Le roi de Suède battit les Moscovites fin août, « leur tua beaucoup de monde et trois de leurs généraux, passa le Borysthène, se proposant toujours de percer jusqu'à Moscou et de détrôner le czar » ; il gagna encore une bataille et força les retranchements moscovites, s'ouvrant le passage vers Moscou — « succès qui lui devint funeste ».
- Lewenhaupt défait par le czar
- Deux mois après, le czar « eut sa revanche sur le général Lewenhaupt, qu'il défit entièrement », alors qu'il allait joindre le roi de Suède « avec un fort gros corps des recrues, de l'argent et force provisions de guerre et de bouche, dont ce prince commençoit fort à manquer dans des pays assez déserts que les Moscovites avoient eux-mêmes dévastés ».
- Divers succès des mécontents, qui perdent les montagnes de Hongrie
- Ragotzi se soutint en Hongrie : son parti « se maintint dans la haine de la cour de Vienne », et les mécontents battirent « un fort gros corps des troupes impériales. Néanmoins ils perdirent bientôt après toutes leurs places des montagnes. »
- Estaing défait les miquelets en Catalogne
- En Catalogne, « d'Estaing battit, tua, prit et dissipa un grand nombre de miquelets et quelques troupes réglées…, ce qui donna un grand pays de subsistance ».
- Succès en Espagne qui terminent la campagne
- Asfeld emporta Denia et son château « avec mille Portugois ou Anglois prisonniers », puis Alicante dont il bloqua le château : la campagne d'Espagne finie, le duc d'Orléans regagna Madrid. Staremberg tenta sur Tortose une entreprise « bien près de réussir » : le gouverneur espagnol « enferma d'abord dans une église les bourgeois qui lui étoient suspects », reprit vaillamment faubourg et ouvrage — « ce fut grand dommage qu'il y fut tué ».
- Retour du maréchal de Villars à la cour
- Le maréchal de Villars « arriva à la cour avec les airs avantageux qui ne le quittoient jamais, et qui lui réussirent toujours auprès du roi, qui fut le seul qui crut qu'il avoit fait une belle campagne ».
- Le pape sans secours, fort malmené par les troupes impériales, est forcé à recevoir à Rome Prié, plénipotentiaire de l’empereur
- Le pape, « qui se conduisit fort vigoureusement » tant qu'il ne s'agit que de paroles, se repentit « d'avoir trop compté sur une ligue aussi lentement tissue et aussi mal exécutée » : les Impériaux « vivoient à discrétion dans l'État ecclésiastique », il souffrit du cardinal Grimani des insolences à le priver de la pourpre, et « cette oppression força le pape à recevoir enfin dans Rome le marquis de Prié en qualité de plénipotentiaire de l'empereur, au grand regret du maréchal de Tessé ».
- Intrigue de chapeaux à Rome
- Intrigue de chapeaux : après la double victoire de Metternich sur le frère de M. de Lorraine pour Munster, Vienne exigea un chapeau pour le prince de Lorraine. L'empereur prétendit de plus « un autre chapeau au nom de l'archiduc, comme roi d'Espagne » — « cette prétention étoit absurde » ; Mme de Soubise, « mourante et alors fort près de sa fin, n'en étoit pas moins attentive à l'élévation des siens », et compliqua tout en demandant que son fils passât aussi. « La difficulté d'un chapeau pour l'archiduc demeura si entière, qu'elle devint obstacle à toute promotion. »
- L’abbé de Polignac obtient la nomination du roi d’Angleterre
- L'abbé de Polignac « prit un autre tour » : ayant « toujours fort ménagé la cour de Saint-Germain », il se tourna vers le roi d'Angleterre, dont la nomination « étoit comme la seule marque de royauté qui restât » à ce prince. Torcy, « ravi d'une occasion de revenir sur l'abbé de Polignac, le servit de toutes ses forces » ; le pape, « qui ne demandoit qu'un prétexte de le faire cardinal, l'agréa avec plaisir ».
- Démêlé de Fériol, ambassadeur de France à Constantinople
- Démêlé de Fériol à Constantinople : le ministre de Hollande, menacé par le grand vizir, se vit refuser l'asile par l'ambassadeur d'Angleterre « malgré l'union si étroite des deux nations » ; il « espéra trouver plus de générosité dans l'ennemi que dans l'allié » et s'adressa à Fériol, qui le reçut « en quoi il mérita louange », mais « avec une hauteur sur les plaintes du grand vizir qu'il auroit dû éviter ». Un aga vint s'en plaindre — « le fait et le contraste m'ont paru d'une singularité à mériter de n'être pas oubliés ».
- Mort, naissance et caractère du comte de Fiesque
- Mort du comte de Fiesque, dernier de la branche aînée établie en France de « l'une des quatre premières [maisons] de Gênes », proscrite après la conjuration. « Homme de fort bonne compagnie, d'esprit et orné…, né fort libre, ennemi de toutes sortes de contraintes, et qui fit toujours peu de cas du bien et de la fortune » ; sa chanson sur Bechameil fit que le roi « en pensa mourir de rire », et le roi lui fit payer cent mille écus par les Génois « qu'il vouloit mortifier ».
- Mort, naissance et caractère de Bréauté
- Mort de Bréauté, petit-neveu du célèbre duelliste « de vingt-deux François contre vingt-deux Espagnols » : ruiné « à souffler », retiré à Saint-Magloire « d'où il fallut sortir faute d'y pouvoir payer sa pension », recueilli par le duc de Foix, il « alloit chercher à vivre aux tables du voisinage, où il ennuyoit souvent par ses sermons ». Ce fut lui qui fit reconnaître l'innocence de Langlade, mort aux galères. « Il lui étoit resté de sa soufflerie des remèdes qu'il faisoit lui-même. Apparemment qu'il les fit mal à la fin, car il mourut très brusquement pour en avoir pris. »
- Mort et caractère de l’abbé de La Rochefoucauld
- Mort de l'abbé de La Rochefoucauld, oncle du duc, avec qui « leur amitié fut la plus intime et dura toute leur vie » : « le meilleur gentilhomme du monde, le plus noble et le plus droit, mais aussi le plus imbécile, et qui ressembloit le mieux à un vicaire de village. Il étoit passionné de la chasse…, cela l'avoit fait appeler l'abbé Tayaut. Il n'eut jamais d'ordres, mais force abbayes. »
- Mort de l’abbé de Châteauneuf
- Mort de l'abbé de Châteauneuf, « celui qui fut envoyé en Pologne redresser la conduite de l'abbé de Polignac, homme de beaucoup d'esprit, de savoir et de bonne compagnie, désiré dans les meilleures ».
- Mort et abrégé de la comtesse de Soissons
- Mort de la comtesse de Soissons à Bruxelles, « dans le plus grand délaissement, pauvre et méprisée de tout le monde, même fort peu considérée du prince Eugène, son célèbre fils ». Jadis « la maîtresse de la cour, des fêtes, et des grâces », chassée après l'affaire de la Voisin, réfugiée en Espagne : la reine désira du lait, la comtesse « lui en vanta d'excellent qu'elle promit de lui apporter à la glace. On prétend qu'il fut préparé chez le comte de Mansfeld… La reine l'avala, et mourut peu de temps après, comme Mme sa mère. » La comtesse « ne s'amusa guère au palais après avoir vu avaler ce lait à la reine » et s'enfuit en Allemagne. « Elle y mourut en opprobre. »
- Époque et suite de la charge de surintendante
- Époque de la charge de surintendante : « ce fut en sa faveur que le cardinal Mazarin, son oncle, inventa au mariage du roi la nouvelle charge », d'où il en fallut une à la reine mère (la princesse de Conti) et une à Madame (Mme de Monaco) — « l'unique exemple pour les filles de France ». À la démission de la comtesse, la charge passa à Mme de Montespan : le roi, « ne sachant comment la faire asseoir…, supposa que la charge de surintendante emportoit le tabouret ».
- Mort d’Overkerke, général en chef des Hollandois
- « En ce même temps mourut aussi, au camp devant Lille, M. d'Overkerke, général en chef des Hollandois et de leur armée, qui étoit des bâtards de Nassau-Orange, et qui avoit été dans l'intime confiance du roi Guillaume, dont il étoit grand écuyer. »
- Desmarets fait ministre d’État ; marie sa fille au marquis de Béthune-Orval
- Desmarets fut fait ministre d'État : appuyé de Chevreuse et de Beauvilliers, il « fit entendre la grandeur et la capacité de son travail…, et la convenance de le faire ministre » ; le roi, « qui comptoit alors avoir besoin de lui, se laissa prendre à cette amorce ». Il maria sa troisième fille au marquis de Béthune-Orval, riche « mais noyé dans une mer de procès qu'on l'accusoit d'aimer beaucoup » ; Desmarets refusa les deux cent mille livres d'usage « dans la presse où étoient les finances » — la pension fut de dix mille livres.
- Mariage d’Armentières avec la fille de Mme de Jussac
- Mariage d'Armentières avec la seconde fille de Mme de Jussac, « fort jolie » : Sassenage voulant se défaire de sa charge, le duc d'Orléans, « pressé pour la même grâce par Mme d'Argenton d'une part et par Mme la duchesse d'Orléans de l'autre », donna à d'Armentières l'agrément de premier gentilhomme de la chambre en faisant ce mariage.
- Fortune de lui et de ses frères
- Fortune des Conflans : d'une maison « entièrement tombée », vivant « à leur campagne de leurs choux et de leur fusil », les deux cadets, « à force de vouloir, firent des connoissances, et s'ornèrent l'esprit à force de lecture ». La maréchale de Chamilly les attira à Paris ; Mme d'Argenton, les trouvant « de si bonne compagnie », les présenta au duc d'Orléans : place de chambellan pour Conflans, puis maître de la garde-robe et enfin premier gentilhomme de la chambre pour d'Armentières — pendant que l'aîné, « brave homme…, mais sans la moindre trace d'esprit », sortait de quinze ans de citadelle pour s'être battu contre Pertuis.
- Retour de M. le duc d’Orléans à la cour
- « M. le duc d'Orléans arriva le 6 décembre, et fut aussi bien reçu que le méritoit sa glorieuse et pénible campagne, qui ne le raccommoda pourtant pas avec Mme des Ursins, ni avec Mme de Maintenon. »
- Mariage de Tonnerre avec la fille de Blansac
- Le comte de Tonnerre épousa la fille de Blansac : « ce mariage le fit sortir de la Bastille immédiatement avant de le célébrer ».
- Je suis averti à la Ferté, par l’évêque de Chartres, qu’on m’a mis fort mal auprès du roi
- À la Ferté, Saint-Simon reçut une lettre de l'évêque de Chartres, datée de Saint-Cyr, « qui m'avertissoit qu'on m'avoit rendu les plus mauvais offices du monde auprès du roi et de Mme de Maintenon, et qui avoient pris ». Son exprès manqua l'évêque, retourné à Chartres, « et il ne voulut pas depuis m'en apprendre davantage. De cette affaire-là, j'en fus noyé plus d'un an. »
- Je retourne bientôt après à la cour
- « Je ne demeurai pas longtemps à la Ferté, et je voulus être à la cour pour le retour de M. le duc d'Orléans, et surtout pour celui de Mgr le duc de Bourgogne. »
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