TOME III · CHAPITRE IV
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Résumé
1701. Mesures en Italie avec Tessé. Mort et caractère de Barbezieux, le ministre de trente-trois ans emporté par ses excès ; Chamillart lui succède comme secrétaire d'État de la guerre — portrait de son caractère honnête et limité. Torcy chancelier de l'ordre, Saint-Pouange grand trésorier. Mort de Rose, secrétaire du cabinet, l'homme de « la plume » — l'art d'imiter l'écriture du roi, que reçoit Caillières — avec les anecdotes de Rose contre M. le Prince, M. de Duras et les Portail. Morts de Stoppa, du prince de Monaco, de Bontems, premier valet de chambre, remplacé par Bloin ; M. de Vendôme ; bals particuliers à la cour.
Les entrées
- 1701
- 1701 s'ouvre sur les préparatifs d'une guerre vive en Italie.
- Mesures en Italie : Tessé
- Tessé, envoyé « comme un homme agréable à M. de Savoie et à ses ministres » — « un homme doux, liant, insinuant, avec plus de manège que d'esprit ni de capacité, mais heureux en tout au dernier point » —, part chargé d'instructions : Torcy pour le politique, Barbezieux pour « tous les détails des troupes, des vivres et des différentes parties et plans de la guerre ».
- Mort et caractère de Barbezieux
- La mort de Barbezieux, à trente-trois ans à peine : outré de voir Chamillart ministre — « depuis plus de soixante ans ses pères avoient eu, dans sa même place, une très-principale part au gouvernement de l'État » —, il « se livra avec ses amis à la débauche plus que de coutume pour dissiper son chagrin » à l'Étang, sa maison des millions « dans la plus triste situation du monde », et en revint avec fièvre ardente : mort en cinq jours « dans la même chambre où son père étoit mort ». Le grand portrait double : « quand il vouloit plaire, il charmoit… nul homme ne rapportoit mieux une affaire » — « mais orgueilleux à l'excès, entreprenant, hardi, insolent, vindicatif au dernier point », brutal dans ses humeurs, faisant attendre la cour « tandis qu'il se jouoit avec ses chiens dans son cabinet ». « C'étoit à tout prendre de quoi faire un grand ministre, mais étrangement dangereux » ; et à Marly, le soir des Rois, le roi criant « la reine boit ! » et faisant frapper les cuillers sur les assiettes — « les pleureuses y firent plus de bruit que les autres, et de plus longs éclats de rire ».
- Chamillart secrétaire d’État ; son caractère
- Chamillart secrétaire d'État de la guerre, gardant les finances malgré lui : « c'étoit précisément le souvenir de Colbert et Louvois et de leurs débats, qui faisoit vouloir obstinément au roi de réunir les deux ministères. » Le portrait : « un bon et très-honnête homme, à mains parfaitement nettes… d'ailleurs très-borné et, comme tous les gens de peu d'esprit et de lumière, très-opiniâtre, très-entêté, riant jaune avec une douce compassion à qui opposoit des raisons aux siennes » — « sa capacité étoit nulle, et il croyoit tout savoir en tout genre ». « Le rare est que le grand ressort de la tendre affection du roi pour lui étoit cette incapacité même : il l'avouoit au roi à chaque pas, et le roi se complaisoit à le diriger et à l'instruire. »
- Torcy chancelier et Saint-Pouange grand trésorier de l’ordre
- Torcy reçoit la charge de chancelier de l'ordre de Barbezieux, et Saint-Pouange celle de grand trésorier — ne pouvant plus « servir de principal commis à un étranger, comme il avoit fait sous ses plus proches ».
- Mort de Rose, secrétaire du cabinet
- Mort de Rose, secrétaire du cabinet, « qui depuis cinquante ans avoit la plume », à quatre-vingt-six ans « avec toute sa tête » : « un homme de beaucoup d'esprit, et qui avoit des saillies et des reparties incomparables… gai, libre, hardi, volontiers audacieux ; mais à qui ne lui marchoit point sur le pied » — l'homme du cardinal Mazarin, « compté et ménagé même par tous les ministres ». Petit homme au « petit manteau, une calotte de satin », le mouchoir entre habit et veste — « il disoit qu'il étoit là plus près de son nez » —, appelant les ducs « Votre Altesse Ducale… pour rire de ces autres prétendues Altesses ».
- La plume
- La plume expliquée : « avoir la plume, c'est être faussaire public, et faire par charge ce qui coûteroit la vie à tout autre » — imiter l'écriture du roi à s'y méprendre pour toutes les lettres qu'il « doit ou veut écrire de sa main et toutefois n'en veut pas prendre la peine ». « Il n'est pas possible de faire parler un grand roi avec plus de dignité que faisoit Rose. »
- Caillières a la plume
- Callières eut la plume à sa mort.
- Rose et M. le prince
- Rose et M. le Prince : l'affaire des renards — le Prince, voulant sa terre près de Chantilly, lui fait jeter « trois ou quatre cents renards ou renardeaux par-dessus les murailles de son parc ». Rose court au roi : « je vous prie de me dire si nous avons deux rois en France… S'il n'est que premier prince du sang, je vous en demande justice, sire. » Le roi fait tout réparer ; et Rose se venge en pleine chambre du roi, voyant le Prince flagorner les ministres : « Serait-ce point, monsieur, que vous voudriez vous faire premier prince du sang ? — et à l'instant fait la pirouette, et s'écoule. »
- Rose et M. de Duras
- Rose et M. de Duras : jeté par son cheval dans un bourbier, il crie à l'aide — Duras met la tête à la portière « et pour tout secours se mit à rire et à crier que c'étoit là un cheval bien délicieux, de se rouler ainsi sur les roses », puis en fit le conte au roi. « Cela outra Rose à un point qu'il n'a depuis jamais approché de M. de Duras. »
- Rose et les Portail
- Rose et les Portail : sa petite-fille, mariée à Portail — futur premier président — le méprisait, « disoit qu'au lieu d'entrer en quelque bonne maison elle étoit demeurée au portail ». Aux plaintes réitérées du père et du fils : « Vous avez toute raison, c'est une impertinente, une coquine dont on ne peut venir à bout, et si j'entends encore parler d'elle, je l'ai résolu, je la déshériterai. Ce fut la fin des plaintes. »
- Mort de Stoppa, colonel des gardes suisses
- Mort de Stoppa, colonel des gardes suisses, plus de quatre-vingts ans : toute la confiance du roi sur les Suisses et les cantons « au point que tant qu'il vécut, M. du Maine n'y put et n'y fit aucune chose » — sa femme « sans paroître » ayant toute celle de Mme de Maintenon. Sa mort rendit du Maine « effectivement colonel général des Suisses ».
- Mort du prince de Monaco, ambassadeur à Rome
- Mort de M. de Monaco, ambassadeur à Rome, « qui y fut peu regretté, comme il y avoit été peu considéré » : « un Italien glorieux, fantasque, avare, fort bon homme, mais qui n'étoit pas fait pour les affaires, avec cela gros comme un muid, et ne voyoit pas jusqu'à la pointe de son ventre » — accablé des chagrins domestiques de sa femme la belle Mme de Monaco puis de sa belle-fille, et de prétentions « dont pas une ne réussit ».
- Mort de Bontems
- Mort de Bontems, le premier des premiers valets de chambre, gouverneur de Versailles et de Marly, « l'homme le plus profondément secret, le plus fidèle et le plus attaché au roi qu'il eût su trouver — et, pour tout dire en un mot, qui avoit disposé la messe nocturne où le roi épousa Mme de Maintenon en présence de l'archevêque de Paris, Harlay, Montchevreuil et Louvois ». Canal de tous les mystères, « jamais il ne sortit de son état… il fut toute sa vie le père des pauvres, la ressource des affligés, et peut-être le meilleur des humains » : « sa perte causa un deuil public à la cour et à Paris, et dans les provinces. » Et le trait piquant : « tel maître, tel valet » — sa Mlle de La Roche, « sa Maintenon », que personne ne doutait qu'il n'eût épousée.
- Bloin
- Bloin, autre premier valet de chambre, hérite de l'intendance de Versailles et des confidences : « un homme de beaucoup d'esprit, galant et particulier, qui régnoit chez lui dans l'exquise chère… froid, indifférent, inabordable, glorieux, suffisant et volontiers impertinent » — « un vrai personnage qui se fit valoir et courtiser par les plus grands et par les ministres ».
- M. de Vendôme
- M. de Vendôme revient d'Anet après une seconde dose du grand remède : « il se comptoit guéri, et ne le fut jamais. Il demeura plus défiguré qu'auparavant, et assez pour n'oser se montrer aux dames et aller à Marly. Bientôt il s'y accoutuma et tâcha d'y accoutumer les autres… il paya d'audace, en homme qui se sent tout permis et qui se veut tout permettre. »
- Bals particuliers à la cour
- Bals particuliers : le roi s'amusa des bals de Marly tous les voyages jusqu'au carême, « et la maréchale de Noailles en donna souvent à Mme la duchesse de Bourgogne, chez elle à Versailles, qui avoit l'air d'être en particulier ».
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