TOME XIX · CHAPITRE IX

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Résumé

La réception du fils aîné dans la Toison d'or : l'« indécence du défaut des habits » et la manière confuse d'accompagner le roi les jours de collier ; comment le roi prend toujours son collier ; la règle des deux ordres jamais portés l'un sans l'autre ; nulle marque aux grands officiers ; le rang dans l'ordre « d'où se prend » ; le prince des Asturies « premier infant qui ait obtenu la préséance » ; les chevaliers « couverts au chapitre » — le cérémonial de la Toison décrit de l'intérieur, par un père.

Les entrées

Réception de mon fils aîné dans l’ordre de la Toison d’or
« La santé de mon fils aîné qui ne se rétablissoit point, et son impatience de quitter un pays où il avoit toujours été malade, me pressoit de le renvoyer » : sa réception dans l'ordre de la Toison d'or — que la princesse des Asturies « voulut voir » — fut donc fixée, et Saint-Simon en donne le plan détaillé : le fauteuil du roi « un peu retiré sur la gauche à cause de la table, par le respect de ce qui est dessus », les bancs des chevaliers, le banc nu du chancelier, la reine et la princesse debout « en voyeuses ».
Indécence du défaut des habits de la Toison, et de la manière confuse des chevaliers d’accompagner le roi les jours de collier, qui sont fréquents
« Les habits de l'ordre appartiennent à l'ordre » ; demeurés aux Pays-Bas, ils « furent perdus pour l'Espagne » après Ramillies : « ce défaut d'habits, qui eût pu être réparé si aisément, ne l'a point été, et on ne peut nier qu'il ne gâte extrêmement les cérémonies. En Espagne, rien de plus indécent » : chaque chevalier en habit à sa fantaisie — « l'un a un justaucorps brun, un autre noir, un autre rouge, un autre bleu » — et les jours de collier ils accompagnent le roi « en confusion comme tout autre jour ».
Manière dont le roi prend toujours son collier
« Quand le roi sort de l'appartement intérieur, il s'arrête sur le pas de la porte. Les deux plus anciens chevaliers de la Toison se mettent à ses côtés, y reçoivent d'un valet intérieur ses colliers de la Toison et du Saint-Esprit, les lui mettent autour des épaules et les lui attachent. »
Sa Majesté et tous ceux qui ont la Toison et le Saint-Esprit ne portent jamais un collier sans l’autre
« Tous les jours de collier, les chevaliers de la Toison, qui le sont aussi du Saint-Esprit, portent les deux colliers » — le roi de même, qui « ne porte jamais un collier sans l'autre ».
Nulle marque de l’ordre dans ses grands officiers, quoique d’ailleurs pareils en tout à ceux du Saint-Esprit
« Le chancelier de l'ordre, qui étoit lors le marquis de Grimaldo, et les autres grands officiers, aussi considérables et aussi respectés que les nôtres, ne portent aucune marque de l'ordre, ni sur eux, pas même aux chapitres, ni à leurs armes. »
Rang dans l’ordre ; d’où se prend
« Nulle naissance, nulle dignité ne donne de préséance dans l'ordre de la Toison. Elle n'est affectée qu'à l'ancienneté dans l'ordre, et entre nouveaux chevaliers reçus en même promotion, par leur âge. »
Le prince des Asturies est le premier infant qui ait obtenu la préséance
« Le prince des Asturies est le premier de sa naissance qui ait précédé les chevaliers plus anciens que lui. Le roi son père demanda même au chapitre de le lui accorder comme une grâce » — mais il ne fut « que le premier à droite sur le même banc, coude à coude avec le chevalier son voisin », avec pour seule distinction un carreau à ses pieds « plus petit et avec moins de dorure que celui du roi ».
Les chevaliers, grands ou non, couverts au chapitre
« Dès qu'ils sont tous assis, le roi se couvre et tous les chevaliers en même temps, grands ou non, et demeurent couverts pendant toute la cérémonie. »
Les grands officiers découverts
« Le chancelier et les autres grands officiers de l'ordre s'asseyent en même temps sur un banc de bois nu et sans tapis, placé vis-à-vis du roi, et ne se couvrent point pendant toute la cérémonie. C'est ainsi que j'y vis toujours le marquis de Grimaldo. »
Différence très marquée de leur séance d’avec celle des chevaliers
Cette différence de séance — bancs à tapis et couverture pour les chevaliers, banc nu et tête nue pour les officiers — marque « très » fortement la distance entre les uns et les autres, si considérables que soient ceux-ci par leurs charges.
Préliminaires immédiats à la réception
Préliminaires : le duc de Liria, parrain, vint prendre père et fils dans son carrosse « attelé de quatre parfaitement beaux chevaux de Naples » — « qui sont extrêmement fantasques » et « ne voulurent point démarrer. Coups de fouet redoublés, cabrioles, ruades, fureurs. Ce manège dura une demi-heure entière », puis reprit à mi-chemin, jusqu'à un message du roi « dire qu'il nous attendoit » ; Liria refusa obstinément de changer de carrosse. Au chapitre, le roi proposa « le vidame de Chartres » en deux mots ; Liria fut envoyé « voir si le vidame de Chartres ne seroit point ici quelque part » — « parce qu'il est censé que le nouveau chevalier ignore la proposition qui se fait de lui, et que ce n'est que par un pur hasard qu'on le trouve quelque part dans le palais ».
Réception
La réception : introduit par son parrain, le vidame « s'alla mettre à genoux devant le roi, sans quitter son épée, ayant son chapeau sous le bras et sans gants » ; promesses point par point, long serment sur le livre ouvert « sur les genoux » du roi, puis serments à la table « mettant la main tantôt sur le canon, tantôt sur l'évangile ».
Épée du grand capitaine devenue celle de l’État
Alors parut « l'épée du grand capitaine, qui est don Gonzalve de Cordoue, qu'on n'appelle point autrement » — devenue l'épée de l'État.
Son usage aux réceptions des chevaliers de la Toison
Le duc del Arco et Valouse la portèrent « à pas comptés », Valouse « sur ses deux mains, avec un grand air d'attention et de respect » ; tous deux à genoux, Valouse « tira l'épée du fourreau, en baisa la garde et la présenta au duc del Arco », qui « baisa la garde, la présenta au roi, qui, sans se découvrir, en baisa le pommeau ».
Singuliers respects rendus à cette épée
Les respects rendus à cette épée sont singuliers : Valouse la porta « sans aucune inclination, à cause du respect de l'épée ». « Cette épée, avec sa poignée, avoit plus de quatre pieds, la lame large en haut de quatre gros doigts. Je l'examinai fort, et je ne la pus lever en l'air d'une main. J'admirai la force des hommes de ces temps. Je fus touché d'un si grand honneur fait à sa mémoire : si j'étois le duc de Sesse, il n'y a rien que je ne fisse pour obtenir la Toison, afin d'avoir l'honneur d'être frappé de cette épée. »
Courte digression sur le grand capitaine
Courte digression : « tout grand capitaine qu'il fût, il ne chassa les François du royaume de Naples que par la perfidie la plus insigne et la plus sacrilège ; et quand son maître, plus perfide que lui encore, n'en eut plus besoin », Ferdinand le Catholique, « jaloux et soupçonneux » de l'honneur que Louis XII lui avait fait à Savone de le faire manger à sa table, « l'accabla de tant de dégoûts qu'il le força de se retirer loin de sa cour, où il mourut bientôt après de chagrin ».
Accolade
Le roi « d'une main, mais presque aussitôt des deux, en frappa trois fois alternativement chaque épaule de mon fils, en lui disant : Par saint Georges et saint André, je vous fais chevalier. Et les coups tomboient assez pesamment par le grand poids de l'épée. » Suivit l'accolade — cérémonie « qui ne se fait point à ceux qui, ayant déjà un autre ordre, l'ont ou sont censés l'avoir reçue ».
Imposition du collier
L'imposition du collier : Grimaldo le présenta au roi, qui « le passa » au récipiendaire incliné « fort bas sans se mettre à genoux » ; « le collier lui fut attaché sur l'épaule gauche par le prince des Asturies, sur l'épaule droite par le marquis de Villena, par derrière par Grimaldo, le roi tenant toujours le mouton ».
Révérences et embrassades
Puis « cette cérémonie des révérences si étourdissante pour ceux qui la font » : parrain et reçu, alternant chaque fois une révérence au roi, allèrent de chevalier en chevalier, chacun se levant pour embrasser le nouveau reçu — « et ainsi à droite et à gauche alternativement, les mêmes cérémonies jusqu'au dernier chevalier », après quoi le fils « s'assit à côté, joignant et après le dernier chevalier, et se couvrit ».
Visites et repas
Visites et repas : « l'usage est, avant la réception, de visiter tous les chevaliers de la Toison, et lorsque le jour en est pris, de retourner chez tous les convier à dîner pour le jour de la cérémonie ». « Presque tous les chevaliers vinrent dîner chez moi » — dont le duc d'Albuquerque et ses potages : « il en mangea de six, et se fit après des mouillettes de son pain, qu'il trempoit légèrement dans tout ce qu'on servit de ragoûts à sa portée ». Suit la liste des trente-huit chevaliers existant alors, dont « treize François ou comptés pour tels » et quatre Espagnols seulement outre le prince des Asturies.
Cause du si petit nombre de chevaliers espagnols
Cause de ce petit nombre d'Espagnols : « les ordres anciens d'Espagne, Saint-Jacques, etc., sont fort riches », et « incompatibles avec la Toison » : « les grands seigneurs espagnols préféroient presque tous l'utilité des commanderies à l'honneur de porter la Toison, et les rois d'Espagne en étoient bien aises » pour répandre les Toisons en Italie, aux Pays-Bas et chez les empereurs.
Expédient qui rend enfin les ordres anciens et lucratifs d’Espagne compatibles avec ceux de la Toison, du Saint-Esprit, etc
L'expédient : Rome, « qui avoit su jeter le grappin » sur les uns et les autres, et « où rien n'étoit impossible pour de l'argent », régla « qu'elle ne refuseroit aucune dispense en payant une annate lorsqu'ils recevroient ces autres ordres et tous les cinq ans une autre annate ; moyennant quoi ces deux ordres devinrent l'objet du désir et de l'espérance de tout ce qui se flatta d'y pouvoir parvenir » — l'affaire venait d'être consommée à l'arrivée de Saint-Simon.
Fâcheux dégoût donné sur la Toison à Maulevrier, qui rejaillit sans dessein sur La Fare
Cette autorité pontificale fournit aux Espagnols « une occasion de mortifier Maulevrier, qu'ils haïssoient avec raison » : commandeur de Saint-Louis, il fut arrêté tout court, sa croix prétendue « incompatible avec la Toison » sans dispense du pape. Ses exemples « existants et péremptoires » — Brancas, Asfeld — ne servirent de rien : « les Espagnols dirent que, si on s'étoit trompé à leur égard, ce n'étoit pas une raison de continuer cette erreur, et ne se cachèrent pas que ce n'étoit qu'une invention pour lui faire de la peine. Il lui fallut recourir à Rome, y payer, en essuyer les lenteurs, que les Espagnols prenoient plaisir à allonger. » Le contrecoup tomba « sans dessein » sur La Fare, chevalier de Saint-Louis lui aussi, qui dut recevoir la Toison à Paris « des mains de M. le duc d'Orléans, par commission du roi d'Espagne ».
Mon fils aîné s’en retourne à Paris ; voit l’Escurial
« Deux jours après que mon fils aîné eut reçu la Toison, il prit congé de Leurs Majestés Catholiques et partit pour Paris avec l'abbé de Mathan. Ils passèrent par l'Escurial, chargés des lettres du roi d'Espagne, du nonce, de Grimaldo, pour le prieur du monastère. »
Sottise des moines
Sottise des moines : tout leur fut bien montré, « mais l'appartement où Philippe II mourut leur demeura, comme à moi, inaccessible ; et pour le pourrissoir, ils ne purent jamais obtenir qu'il leur fût ouvert. Les moines étoient encore fâchés des remarques que j'y avois faites sur le malheureux don Carlos, et crurent s'en venger par là. »

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