TOME XVII · CHAPITRE XI
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Résumé
L'agonie de la duchesse de Berry : le transport à la Muette, la conduite de Mme de Saint-Simon, le « raccourci » de la princesse — le portrait-bilan de la fille préférée, superbe et perdue ; les sacrements reçus « superbement » puis « pieusement », le baguier de deux cent mille écus offert à la Mouchy — que le Régent reprend, « et elle demeure perdue » ; la « scélératesse insigne de Chirac, impunie » ; la conduite de l'auteur « en sa dernière extrémité » ; à la Muette auprès du Régent, chargé de ses volontés — la mort à vingt-quatre ans.
Les entrées
- Mme la duchesse de Berry se fait transporter de Meudon à la Muette
- Transportée de Meudon à la Muette le 14 mai, « couchée dans un carrosse entre deux draps », Mme la duchesse de Berry « ne s'y trouva point soulagée. Le mal eut son cours, les accidents et les douleurs augmentèrent..., et la fièvre le plus ordinairement marquée et souvent forte. » Cet état donna du moins « des trêves à l'ardeur de déclarer le mariage de Rion » et rapprocha les visites du régent, de Mme la duchesse d'Orléans et de Madame. « Ces maux augmentèrent tellement le 14 juillet, qu'on commença tout de bon à tout craindre » ; la nuit fut si orageuse qu'on éveilla le régent au Palais-Royal.
- Conduite de Mme de Saint-Simon à l’égard de Mme la duchesse de Berry
- Mme de Saint-Simon, qui ne voyait la princesse « que pour des cérémonies » et n'usait presque jamais de son logement de la Muette, se rendit à l'avis pressant de Mme de Pons « et s'y en alla sur-le-champ pour y demeurer. Elle trouva le danger grand. Il y eut une saignée faite au bras, puis au pied ce même jour 15 juillet, et on envoya chercher un cordelier son confesseur. »
- Raccourci de Mme la duchesse de Berry
- Suit le raccourci de la princesse : « née avec un esprit supérieur..., une éloquence naturelle qui lui étoit particulière, et qui couloit avec aisance et de source..., que n'eût-elle point fait de ces talents..., si les vices du cœur, de l'esprit et de l'âme, et le plus violent tempérament n'avoient tourné tant de belles choses en poison le plus dangereux ! L'orgueil le plus démesuré et la fausseté la plus continuelle, elle les prit pour des vertus..., et l'irréligion, dont elle croyoit parer son esprit, mit le comble à tout le reste. » Et « l'étonnant contraste d'un orgueil qui la portoit sur les nues, et de la débauche » qui l'attablait avec le P. Riglet et « d'autres espèces de canailles » ; elle « débitoit hardiment qu'il n'étoit jamais permis de parler des personnes de son rang ».
- Mme la duchesse de Berry reçoit superbement ses sacrements, fait après à Mme de Mouchy présent d’un baguier de deux cent mille écus
- « Elle reçut ses sacrements à portes ouvertes, et parla aux assistants sur sa vie et sur son état, mais en reine de l'une et de l'autre » ; puis, renfermée avec ses familiers, « elle s'applaudit avec eux de la fermeté qu'elle avoit montrée, et leur demanda... si ce n'étoit pas mourir avec grandeur et avec courage ». Peu après, elle fit apporter son baguier et en fit présent à Mme de Mouchy : « ce baguier valoit seul plus de deux cent mille écus. La Mouchy, tout avide qu'elle étoit, ne laissa pas d'en être étourdie. » Le couple, craignant « d'être accusés de vol, tant leur réputation étoit bonne », en parla ; la chose vint à Mme de Saint-Simon, qui en informa le régent, puis conseilla à la Mouchy, devant témoins, « d'en aller rendre compte au plus tôt à M. le duc d'Orléans, et de le lui porter ».
- M. le duc d’Orléans le prend, et elle demeure perdue
- Le lendemain matin au Palais-Royal, « M. le duc d'Orléans, pour toute réponse, lui demanda où étoit le baguier. Elle le tira de sa poche et le lui présenta. M. le duc d'Orléans le prit, l'ouvrit, considéra bien si rien n'y manquoit, car il le connoissoit parfaitement, le referma, tira une clef de sa poche, l'enferma dans un tiroir de son bureau, puis les congédia par un signe de tête, sans dire un mot, ni eux non plus... Oncques depuis ils ne reparurent à la Muette » ; et le régent en parla dans le salon « en termes fort désavantageux..., au grand applaudissement de toute la compagnie, même jusque des valets ».
- Mme la duchesse de Berry reçoit une seconde fois ses sacrements, et pieusement
- Peu après, la princesse « parut fort rentrée en elle-même, et souhaita de recevoir encore une fois Notre-Seigneur. Elle le reçut, à ce qu'il parut, avec beaucoup de piété, et tout différemment de la première fois » — l'abbé de Castries, son premier aumônier, fit « une exhortation courte, belle, touchante et tellement convenable, qu'elle fut admirée de tout ce qui l'entendit ».
- Scélératesse insigne de Chirac, impunie
- On eut recours à l'élixir de Garus, qui « réussit au delà de toute espérance », à condition expresse « que rien sans exception ne fût donné à Mme la duchesse de Berry que par lui ». Mais Chirac, craignant « d'en avoir l'affront », « prit son temps que Garus dormoit sur un sofa, et avec son impétuosité présenta un purgatif à Mme la duchesse de Berry, qu'il lui fit avaler sans en dire mot à personne » : rechute immédiate et sans ressource. Garus s'écria « qu'on avoit donné un purgatif qui, quel qu'il fût, étoit un poison dans l'état de la princesse » ; et Chirac, « voyant avancer l'agonie, traversa la chambre, et, faisant une révérence d'insulte au pied du lit..., lui souhaita un bon voyage en termes équivalents, et de ce pas s'en alla à Paris. La merveille est qu'il n'en fut autre chose, et qu'il demeura auprès de M. le duc d'Orléans comme auparavant. »
- Ma conduite à l’égard de Mme la duchesse de Berry en sa dernière extrémité
- Brouillé avec la princesse depuis qu'elle avait su, dès les premiers mois de son mariage, un avis donné au régent, Saint-Simon ne la voyait plus « qu'aux occasions indispensables..., une fois ou deux l'an tout au plus ». « Mme de Saint-Simon, voyant que la fin s'approchoit, et qu'il n'y avoit personne à la Muette avec qui M. le duc d'Orléans fût bien libre, me manda qu'elle me conseilloit d'y venir pour être auprès de lui dans ces tristes moments. »
- Je vais à la Muette auprès de M. le duc d’Orléans
- « Il me parut en effet que mon arrivée lui fit plaisir, et que je ne lui fus pas inutile au soulagement de s'épancher en liberté avec moi. » Le soir, poussé dans le cabinet aux fenêtres ouvertes, le régent « s'y mit appuyé sur le balustre de fer, et ses pleurs y redoublèrent au point que j'eus peur qu'il ne suffoquât » ; puis « il se mit à me parler des malheurs de ce monde et du peu de durée de ce qui est de plus agréable. J'en pris occasion de lui dire ce que Dieu me donna, avec toute la douceur, l'onction et la tendresse qu'il me fut possible » — plus d'une heure, avant que Saint-Simon parvînt à « arracher de là M. le duc d'Orléans plongé dans la plus amère douleur » et à le mettre dans son carrosse.
- Il me charge de ses ordres sur tout ce qui devoit suivre la mort
- Le régent le chargea « de tout ce qui devoit se faire après que Mme la duchesse de Berry seroit morte, sur l'ouverture de son corps, et le secret en cas qu'elle se trouvât grosse..., et de tout ce qui regardoit les funérailles », le déclarant à toute la maison assemblée ; il ne comptait plus Mme de Mouchy « pour être de la maison, avec sa chimère de charge de seconde dame d'atours..., qu'elle avoit perdu sa fille, qu'elle l'avoit pillée », et chargea les Saint-Simon d'empêcher qu'elle parût à la Muette ou aux convois.
- J’empêche toute cérémonie et l’oraison funèbre
- Saint-Simon proposa « qu'il n'y eût ni garde du corps, ni eau bénite, ni aucune cérémonie ; que le convoi fût décent, mais au plus simple, et les suites de même, surtout qu'au service de Saint-Denis, où on ne pouvoit éviter le cérémonial ordinaire, il n'y eût point d'oraison funèbre : je lui en touchai légèrement les raisons, qu'il sentit très bien, me remercia, et convint avec moi que les choses se passeroient ainsi. »
- Mort de Mme la duchesse de Berry regrettée, sans exception, de personne que de M. le duc d’Orléans, et encore peu de jours
- « Enfin, sur le minuit du 21 juillet, Mme la duchesse de Berry mourut, deux jours après le forfait de Chirac. M. le duc d'Orléans fut le seul touché. Quelques perdants s'affligèrent ; mais qui d'entre eux eut de quoi subsister ne parut pas même regretter sa perte. Mme la duchesse d'Orléans sentit sa délivrance, mais avec toutes les mesures de la bienséance. Madame ne s'en contraignit que médiocrement. » La consolation du père même « ne tarda guère » : il se trouvait « affranchi des affres de la déclaration du mariage de Rion et de ses suites, embarras d'autant plus grand qu'à l'ouverture du corps, la pauvre princesse fut trouvée grosse ; on trouva aussi un dérangement dans son cerveau. Cela... fut soigneusement étouffé pour le temps. »
- Scellés mis par La Vrillière, secrétaire d’État
- « Sur les cinq heures du matin..., La Vrillière arriva à la Muette, où il mit le scellé en présence de Mme de Saint-Simon », puis tous deux firent de même à Meudon et au Luxembourg avant d'en rendre compte au régent. « Une plus cruelle nuit l'attendoit par l'horreur de ses fonctions à l'ouverture du corps, de laquelle j'allai rendre compte à M. le duc d'Orléans. »
- Convois du cœur et du corps
- Le samedi 22 au soir, l'abbé de Castries porta le cœur au Val-de-Grâce avec Mlle de La Roche-sur-Yon, Mme de Saint-Simon et la duchesse de Louvigny ; le dimanche 23, « sur les dix heures du soir, le corps... fut mis dans un carrosse dont les huit chevaux étoient caparaçonnés. Il n'y eut aucune tenture à la Muette..., qu'une quarantaine de flambeaux portés par ses pages et ses gardes. Le convoi passa par le bois de Boulogne et la plaine de Saint-Denis, avec beaucoup de simplicité, et fut reçu de même dans l'église de l'abbaye. » Le service se fit à Saint-Denis « avec les cérémonies accoutumées, mais sans oraison funèbre, les premiers jours de septembre ».
- Ni manteaux ni mantes au Palais-Royal
- « Comme il n'y eut point de cérémonie, tout le monde fut dispensé des manteaux et des mantes au Palais-Royal, où on se présenta en deuil, mais en habits ordinaires. Il ne se trouva point de testament, et Mme la duchesse de Berry ne donna rien à personne, que ce que Mme de Mouchy s'étoit fait donner. Elle jouissoit de sept cent mille livres de rente. »
- Les appointements et logements continués à toutes les dames de Mme la duchesse de Berry
- Le régent conserva d'avance à Mme de Saint-Simon ses appointements entiers de vingt et un mille livres ; Saint-Simon obtint sur-le-champ la même grâce pour toutes les dames et la première femme de chambre, avec leurs logements du Luxembourg. Ayant assemblé toutes les dames — « j'eus la malice de ne leur rien dire jusqu'à ce que toutes fussent arrivées » —, il leur annonça les grâces : « la joie fut grande et sans contrainte, et je fus bien embarrassé. » Mme de Saint-Simon remit son appartement du Luxembourg et le fit rendre à Mlle de Langeois et à ses frères.
- Mouchy et sa femme chassés
- Mme de Mouchy demanda une audience : le régent « ne voulut pas la voir, et lui fit dire d'aller parler à La Vrillière. Elle y fut donc avec son mari. Elle y reçut l'ordre de sortir tous deux en vingt-quatre heures de Paris et de n'y pas revenir. Longtemps après ils y revinrent, mais aucun des événements arrivés dans la suite n'a pu les rétablir dans le monde, ni les tirer d'obscurité, de mépris et d'oubli. »
- Gouvernement de Meudon rendu à du Mont
- « M. le duc d'Orléans, dès les premiers jours, envoya chercher du Mont, lui rendit le gouvernement de Meudon, et lui ordonna d'y faire revenir tous les gens qui y étoient lorsque Mme la duchesse de Berry eut Meudon, et que leurs emplois leur seroient rendus. »
- Désespoir de Rion, qui à la fin se console
- « On peut juger en quel état tomba Rion en apprenant à l'armée une aussi terrible nouvelle pour lui ; quel affreux dénouement d'une aventure plus que romanesque... Aussi fut-il plus d'une fois sur le point de se tuer, et longtemps gardé à vue par des amis que la pitié lui fit. Il vendit bientôt après... son régiment et son gouvernement... Il fit bonne chère avec [ses amis] pour se consoler. Mais au fond, il demeura obscur, et cette obscurité l'absorba. »
- Maladie de Mme de Saint-Simon à Passy
- Mme de Saint-Simon, délivrée d'une place qu'elle n'avait jamais pu quitter — « elle sentit tout le plaisir, pour ne pas dire toute la satisfaction, d'une délivrance qu'elle n'attendoit pas d'une princesse de vingt-quatre ans » —, paya cher « l'extrême fatigue des derniers jours » : « une fièvre maligne dont elle fut six semaines à l'extrémité » dans une maison prêtée par Fontanieu à Passy. « Cet accident, qui me pensa tourner la tête, me séquestra de tout pendant deux mois. »
- Le régent nous prête le château neuf de Meudon
- Au rétablissement, Saint-Simon demanda quelques logements au château neuf de Meudon : « il me le prêta tout entier et tout meublé. Nous y passâmes le reste de l'été et plusieurs autres depuis. C'est un lieu charmant pour toute espèce de promenades... mais la proximité nous accabla de monde, en sorte que tout le château neuf fut souvent tout rempli. »
- Deuil de la cour prolongé six semaines au delà de celui du roi
- Le deuil eut « une chose jusqu'alors sans exemple, et qui n'en a pas eu depuis » : le roi ne le portant que six semaines, « il y eut ordre de le continuer au delà du roi et de le porter trois mois, c'est-à-dire autant que M. le duc d'Orléans le porta » ; et le chevalier d'Hautefort obtint de conserver « les livrées et un carrosse aux armes de Mme la duchesse de Berry ».
- Il visite Madame, M. [le duc] et Mme la duchesse d’Orléans
- « Le roi alla voir sur cette mort Madame, M. [le duc] et Mme la duchesse d'Orléans. »
- Le roi au Louvre, en visite toutes les académies pendant qu’on nettoie les Tuileries
- Le roi, « qui étoit depuis trois semaines dans l'appartement de la reine mère au Louvre pour laisser nettoyer les Tuileries, alla, pendant ce séjour, voir toutes les académies et le balancier. Le maréchal de Villeroy voulut parler aux Académies française, des sciences et des belles-lettres ; on ne comprit ni pourquoi ni trop ce qu'il y dit. »
- M. et Mme du Maine fort relâchés
- « Mme du Maine obtint d'aller demeurer dans un château voisin de Châlon-sur-Saône où La Billarderie la fut conduire, et le duc du Maine, celle de chasser autour de Dourlens, mais sans en découcher. »
- Aveux de la duchesse du Maine
- C'est que la duchesse du Maine « avoit enfin commencé à parler » : par un mémoire signé d'elle, elle avoua « que le projet d'Espagne étoit véritable », nomma les complices « fort diversement » — Pompadour traité « avec un grand mépris », la chimère de Richelieu sur Bayonne confirmée, Boisdavid fort chargé, « et Laval plus qu'aucun autre, comme la clef de meute, l'homme de confiance et d'expédients, qui conduisoit Cellamare en beaucoup de choses » — et détailla le plan : révolte à Paris et dans les provinces, « faire déclarer le roi d'Espagne régent », enregistrements dans tous les parlements, et la Bretagne recouvrant ses privilèges du temps d'Anne de Bretagne en échange des troupes d'Espagne reçues et du Port-Louis livré. Laval, interrogé, « entra en furie contre la duchesse du Maine..., s'écria que c'étoit bien la dernière personne dont il auroit soupçonné la faiblesse et l'infamie de révéler et de perdre ses amis » ; on sut de lui la nuit où Mme du Maine, allant secrètement chez Cellamare, « Laval le menant au lieu de cocher et sans flambeaux », fut accrochée par un autre carrosse avec « la plus grande frayeur d'en être reconnus ».
- Misérable comédie entre elle et son mari
- Ces aveux s'accompagnèrent « de toutes sortes d'assurances et de protestations que le duc du Maine n'avoit jamais su un mot de toute cette affaire..., que leur plus épineux embarras avoit été de se cacher de lui » ; et lui, apprenant ces aveux, jura « de son ignorance, de son aveuglement, de son imbécillité à ne s'être ni aperçu ni même douté de rien..., et se déchaîna contre elle avec peu de ménagement ». « Ce fut à cette momerie que tout l'esprit de la duchesse du Maine s'aiguisa..., comédie dont qui que ce soit ne put être la dupe. » Au régent qui en riait, Saint-Simon répondit « un peu dédaigneusement... qu'il n'est rien de si certain que de persuader qui veut absolument être persuadé, et aussitôt je changeai de discours ».
- Le secrétaire du prince de Cellamare mis au château de Saumur
- « En même temps le secrétaire du prince de Cellamare, qui avoit eu enfin permission de retourner en Espagne, fut arrêté en chemin à Orléans, et mené dans le château de Saumur » — suite des aveux de la duchesse.
- MM. d’Allemans, Renaud et le P. Malebranche ; quels
- Vient un épisode de finance : M. d'Allemans, « homme fort distingué parmi la noblesse du Périgord..., considéré comme un arbitre général..., comme un coq de province », ami de Saint-Simon depuis sa jeunesse ; le « petit Renaud », lieutenant général des armées navales, « très savant, très homme d'honneur, modeste, désintéressé, zélé citoyen, avec des distractions plaisantes de géomètre » ; tous connus chez « le célèbre P. Malebranche, de l'Oratoire, dont la science et les ouvrages ont fait tant de bruit, et la modestie, la rare simplicité, la piété solide ont tant édifié », qui s'était mêlé des études de Saint-Simon et l'avait « pris en amitié... qui a duré autant que sa vie ».
- Mémoires d’Allemans sur la manière de lever la taille
- D'Allemans, « témoin oculaire des malheurs de la campagne », apporta des mémoires sur une taille proportionnelle ; Louville l'aboucha avec Renaud, qui faisait des essais dans la généralité de la Rochelle, et le tout fut lu au régent le 2 août : « lecture ou conférence durèrent quatre bonnes heures..., la conclusion fut louanges et remercîments du régent et approbation du mémoire », avec décision d'attendre un an d'expérience. « Ce projet, qui étoit sage, n'eut pas le temps d'être exécuté » : Renaud, malade « de fatigue et du chagrin que lui causoient les obstacles..., mourut à Pougues les derniers jours de septembre » — d'un excès d'eaux, « car par principe, comme le père Malebranche, il étoit grand buveur d'eau » — et d'Allemans « ne le survécut que de peu de mois ; ainsi tout ce projet s'en alla en fumée ».
- La Muette donnée au roi, et le gouvernement à Pezé
- Le régent « fit au roi une galanterie très convenable à son âge » : lui donner la Muette « pour s'en amuser et y aller faire des collations. Le roi en fut ravi. Il crut avoir quelque chose personnellement à lui, et se fit un plaisir d'y aller, d'en avoir du pain, du lait, des fruits, des légumes. » Pezé, sur la demande du duc d'Humières portée par Saint-Simon, en eut le gouvernement et la capitainerie du bois de Boulogne.
- Vingt mille livres de pension à Mme la princesse de Conti la mère
- M. le Duc accommoda son procès « fort aigre » avec Mme la princesse de Conti sa tante, « mais ce fut aux dépens du roi, à qui il en coûta une pension de vingt mille livres..., outre celles qu'elle avoit déjà ».
- Cent cinquante mille livres de brevet de retenue à Lautrec sur la lieutenance générale de Guyenne
- « M. le duc d'Orléans accorda aussi à Lautrec cent cinquante mille livres de brevet de retenue sur sa lieutenance générale de Guyenne. »
- Toutes pensions se payent
- « Il profita aussi du bon état de la banque de Law pour faire payer toutes les pensions, vieux et courant. »
- Forte augmentation de troupes
- « Il fit aussi une grande augmentation de troupes pour environ sept à huit millions. »
- M. le duc d’Orléans achète pour M. le duc de Chartres le gouvernement de Dauphiné, de La Feuillade, qu’il accable d’argent
- Peu après, « un marché qui scandalisa étrangement » : sur les persuasions de Canillac, le régent acheta de La Feuillade — l'homme des « exécrables propos... sur la mort de M. le Dauphin et de Mme la Dauphine », à qui Saint-Simon avait à grand-peine épargné les coups de bâton — le gouvernement de Dauphiné pour M. le duc de Chartres : « cinq cent cinquante mille livres comptant, trois cent mille livres en outre pour le brevet de retenue..., et de plus les appointements d'ambassadeur à Rome... Ce fut donc près d'un million pour un gouvernement de soixante mille livres de rente, et dix ans d'appointements d'ambassadeur à Rome où il n'alla jamais. On verra, dans la suite, la rare reconnoissance de ce galant homme, le plus corrompu et le plus méprisable que j'aie jamais connu. » Clermont fut fait capitaine des gardes du jeune gouverneur.
- La Vrillière présente au roi les députés des états de Languedoc, de préférence à Maillebois, lieutenant général de la province
- À l'audience des députés des états de Languedoc, une « étrange dispute » s'éleva entre Maillebois, lieutenant général de la province, et La Vrillière, secrétaire d'État du département, « qui, plus étrangement encore, l'emporta. Voilà ce que perdent les charges à tomber à des gens infimes... Et de là en avant, voilà cette fonction ôtée aux lieutenants généraux par les secrétaires d'État, dans un pays où rien de suivi par règle, par principes, par maximes, tout par exemple et par considération. »
- Extraction de Maillebois
- Sur l'extraction de Maillebois : son bisaïeul Desmarets « étoit laboureur de l'abbaye d'Orcamp, comme l'avoit été son père », enrichi dans le commerce des blés ; Colbert, « fort petit compagnon alors », leur fit épouser sa sœur, puis « recrépit son beau-frère » d'une charge de trésorier de France à Soissons ; de là le ministre Desmarets, père de Maillebois. « Le même, mot pour mot, m'a été fait dans l'abbaye d'Orcamp par le prieur et par ses principaux religieux, et m'a été confirmé unanimement par tout le pays. »
- Belle action des moines d’Orcamp
- Des mêmes moines d'Orcamp, une action « de la plus extrême rareté » : ayant su que deux enfants gentilshommes, descendants des quasi-fondateurs de leur abbaye, « étoient tombés dans la nécessité, ils les prirent chez eux, les élevèrent..., les firent officiers, leur achetèrent après des compagnies, et tous les hivers défrayoient leurs équipages chez eux ; enfin au printemps leur faisoient une bourse pour leur campagne... Aussi ces moines, tout riches qu'ils sont, en ont recueilli la vénération de tout leur pays : ils la méritent sans doute et d'être proposés en exemple. »
- Mme la duchesse d’Orléans refuse audience à tous députés d’états, depuis la prison du duc du Maine
- La députation des états allait toujours haranguer aussi Madame et le couple d'Orléans : « Mme la duchesse d'Orléans ne voulut point la recevoir cette année, pour marquer le deuil qu'elle demenoit de la situation du duc du Maine, quoique si étrangement adoucie, d'une manière plus solennelle et plus publique. »
- Le duc de Richelieu peu à peu en liberté
- « Peu de jours après, le duc de Richelieu sortit de la Bastille et alla coucher à Conflans chez le cardinal de Noailles » — lui qui, par son traité avec l'Espagne, avait voulu dépouiller du régiment des gardes le duc de Guiche, autre neveu du cardinal. « Il devoit s'en aller à Richelieu ; il obtint d'aller faire une pause à Saint-Germain..., puis d'y demeurer, après d'être à Paris sans voir le roi ni le régent ; au bout de trois mois il eut permission de les saluer, et tout fut bientôt oublié. »
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