TOME IV · CHAPITRE XVI

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Résumé

Le chapitre du désastre : naissance du premier duc de Bretagne — et fêtes qui continueront, contraste cruel — ; progrès des mécontents hongrois ; mesures des alliés pour l'Allemagne ; la marche de Marlborough au Danube. « Première faute principale », faute de Villeroy, marches et dispositions — puis la bataille d'Hochstedt (Blenheim) : le « bon et sage avis de l'électeur méprisé », l'armée de Tallard détruite, Tallard prisonnier, la Bavière perdue, l'électeur repassant à Strasbourg puis Bruxelles. L'« obscurité et rareté des nouvelles », Silly prisonnier venant rendre compte au roi — avec la digression sur Silly et sa catastrophe —, les fautes de la bataille, le « cri public », la consternation.

Les entrées

Naissance du premier duc de Bretagne
« Je devois marquer un peu plus tôt la naissance du fils aîné de Mgr le duc de Bourgogne, arrivée à Versailles à cinq heures après midi, le mercredi 25 juin. Ce fut une grande joie pour le roi, à laquelle la cour et la ville prirent part jusqu'à la folie par l'excès des démonstrations et des fêtes. » Le roi donna une fête à Marly avec les plus magnifiques présents à la mère, et écrivit même à M. de Savoie par le canal de Vendôme. « On eut tout lieu de se repentir de tant de joie, puisqu'elle ne dura pas un an, et de tant d'argent dépensé si mal à propos en fêtes dans les conjonctures où on étoit. »
Progrès des mécontents
« La grande alliance avoit grande raison de tout craindre pour l'empereur » : les mécontents, remaîtres d'Agria et de l'île de Schutt, avaient vu le comte Forgatz défaire en Moravie quatre mille Danois et six mille Impériaux, puis « le général Heister avec tout ce qu'il avoit pu rassembler de troupes pour s'opposer à eux et couvrir Vienne, où la consternation et la frayeur furent extrêmes. Que n'avoit-on point à espérer dans une conjoncture si singulièrement heureuse, pour peu que les armées des maréchaux de Marsin et de Tallard jointes à celle de l'électeur eussent eu le moindre succès ! »
Mesures des alliés pour la défense de l’Allemagne
« On va voir ce que peut la conduite et la fortune, ou pour mieux dire la Providence, qui se joue de l'orgueil et de la prudence des hommes, et qui dans un instant relève et atterre les plus grands rois » — la phrase-clef du chapitre, qui donne d'avance son sens théologique au désastre : les alliés portèrent toutes leurs forces au cœur de l'Empire, et la France y perdit tout en un jour.
Mouvements dans nos armées
Tallard joignit l'électeur et Marsin le 4 août sous Augsbourg. L'électeur, poussé par Blainville « à qui les mains démangeoient » d'un bâton à gagner, et par Legal, « pétilloit de lui-même d'ardeur » de gagner une bataille qui mettrait l'empereur à sa merci. Or « il se trouvoit dans l'abondance et dans une abondance durable », l'ennemi dans des pays mangés : « ces pays épuisés ne pouvoient fournir huit jours de subsistance [...], et sans rien faire que les observer, il falloit que, faute de subsistance, ils lui quittassent la partie [...]. N'avoir pas pris ce parti fut la première faute et la faute radicale. » Marsin ne songeait « qu'à se rendre agréable à l'électeur, et Tallard, gâté par sa victoire de Spire », ne s'y opposa pas : « une bataille étoit tout le désir et toute la ressource des alliés. »
Première faute principale
La faute de Villeroy : « destiné à la garde des montagnes », il croyait le prince Eugène uniquement occupé de ses retranchements de Bihel. « Il fut averti que ce prince avoit un autre dessein ; il n'en voulut rien croire. » Eugène « se mesura assez juste pour l'amuser jusqu'au bout, et partir précisément pour aller joindre Marlborough [...], sans donner au maréchal le temps d'en profiter, ni sur son arrière-garde, ni par de nombreux détachements pour fortifier l'électeur ; c'est ce qu'il exécuta avec une capacité qui dépassoit de loin celle du maréchal de Villeroy, qui n'y sut pas remédier après ne l'avoir pas voulu prévoir. »
Faute du maréchal de Villeroy
Le 12 août, l'électeur arriva « dans la plaine d'Hochstedt, lieu de bon augure par la bataille qui y avoit été gagnée » l'année d'avant. Dispositions funestes : trois armées non mêlées — l'électeur au centre sous d'Arco, Tallard à droite, Marsin à gauche —, « l'électeur commandoit le tout, mais Tallard présidoit, et comme il ne voyoit pas à dix pas devant lui, il tomba en de grandes fautes qui ne trouvèrent pas, comme à Spire, qui les réparât sur-le-champ ». Une fondrière séparait les deux lignes de Tallard ; vingt-six bataillons furent enfermés dans Blenheim « par un aveuglement sans exemple » ; et entre border le ruisseau ou attaquer l'ennemi au passage, « on en prit un troisième : ce fut de leur laisser un grand espace [...] et de les laisser passer à leur aise pour les culbuter après dedans, dit-on ».
Marche et dispositions des armées
Le 13 août, les ennemis passèrent le ruisseau « presque partout, se formèrent sur plusieurs lignes [...] sans recevoir la plus légère opposition. Voilà de ces vérités exactes, mais sans aucune vraisemblance, et que la postérité ne croira pas. » La gendarmerie ploya ; la fondrière empêcha tout ralliement ; les Anglais, profitant du vide laissé par les vingt-six bataillons de Blenheim, « défirent toute cette armée dès cette première charge » ; l'armée de l'électeur, prise en flanc, s'ébranla malgré ses prodiges ; Marsin seul gagnait sur Eugène. Tallard, courant à Blenheim, « fut reconnu, environné, et pris » avec Silly ; Clérembault, « de peur d'être tué, étoit allé se noyer dans le Danube » ; et Blansac, sans ordres, après la harangue insensée de Denonville et la démonstration du milord anglais, signa avec tous les chefs de corps — Navarre seul refusant — « cette horrible capitulation » : vingt-six bataillons et douze escadrons prisonniers de guerre. Marsin fit retraite sans être poursuivi ; « Marlborough lui-même étoit surpris d'un si prodigieux bonheur. » Blainville et Zurlauben tués ; Marsin ne ramena que cinq mille hommes de l'armée de Tallard ; Marlborough traita ses prisonniers « avec tous les égards [...] et une modestie peut-être supérieure à sa victoire », Eugène durement.
Bataille d’Hochstedt
« L'électeur fut presque le seul à qui la tête ne tourna point, et qui proposa peut-être le seul bon parti à prendre : c'étoit de se maintenir dans son pays à la faveur des postes et des subsistances commodes et abondantes. On sentit trop tard la faute de ne l'avoir pas cru. Son pays, livré à soi-même et soutenu de peu de ses troupes, se soutint tout l'hiver contre toutes les forces impériales. Mais notre sort n'étoit pas de faire des pertes à demi » : on ne songea qu'à rejoindre Villeroy — jonction faite le 25 août à Donaueschingen, et les armées « le dernier août, sous le fort de Kehl, au bout du pont de Strasbourg ».
Bon et sage avis de l’électeur méprisé
« L'électeur passa de sa personne de Strasbourg à Metz, d'où il gagna Bruxelles. Il auroit fort voulu aller voir le roi, mais cette triste entrevue ne fut pas du goût de Sa Majesté, quoique ce prince, dans l'intervalle de la bataille à son passage du Rhin, eût refusé des propositions fort avantageuses, s'il avoit voulu abandonner son alliance. Il vit l'électrice et ses enfants en passant à Ulm, leur donna ses instructions avec beaucoup de courage et de sang-froid, et les renvoya à Munich pour s'y soutenir [...] le plus longtemps qu'il seroit possible. »
Électeur de Bavière passe à Strasbourg, et par Metz à Bruxelles
« Le roi reçut cette cruelle nouvelle le 21 août » par des lettres de prisonniers transmises sous trompette : l'armée de Tallard tuée ou prise, le sort du maréchal inconnu. « Le roi demeura six jours dans cette situation violente de savoir tout perdu en Bavière, et d'ignorer le comment. [...] Personne n'étoit pressé de raconter le désastre. » Trait au milieu du deuil : la lettre de Montpéroux « à sa chère petite Palatine » intrigua le roi — c'était le nom de sa femme, Palatin de Dio. La capitulation de Blenheim se démêla par bribes ; le comte de Roucy fut maltraité dans les lettres ; ses proches, et celles de Blansac son frère, conjurèrent Saint-Simon de voir Chamillart sur-le-champ : « je le fis si efficacement qu'il leur sauva des choses fâcheuses. »
Obscurité et rareté des nouvelles d’Allemagne
« Enfin les détails grossissant peu à peu, arriva Silly à l'Étang, le matin du 29 août. Chamillart l'amena à Meudon où le roi étoit, qui s'enferma longtemps avec eux avant son dîner. Tallard, avec qui il fut pris, obtint du duc de Marlborough la permission de l'envoyer au roi lui rendre compte de son malheur, avec parole qu'il reviendroit incontinent après. » Gaffe mémorable : le roi l'apercevant le soir sans épée — « étant prisonnier, il croyoit n'en devoir point porter. Qu'est-ce que cela veut dire ? reprit le roi fort ému, allez en prendre une tout à l'heure. »
Silly, prisonnier, vient rendre compte au roi de la bataille d’Hochstedt
Digression sur Silly, Vipart de Normandie « des plus minces » : brillant, éloquent, « une ambition effrénée, avec un dépouillement entier de tout ce qui la pouvoit contraindre ». Fait brigadier par la méprise de Chamillart entre deux Silly — il courut remercier le roi et força la main au ministre honteux. « Chancelier » de Tallard prisonnier, puis brouillé avec lui d'une brouille dont « tous deux ont emporté la cause en l'autre monde ». Enrichi sous Law par la maison de Condé, collier de l'ordre en 1724, dominateur de Morville, il rêva l'ambassade d'Espagne, la grandesse, le duché : « ce fut un château en Espagne et le pot au lait de la bonne femme. » Le cardinal Fleury, excédé de le voir planté à sa porte plus d'un an, lui dit devant témoins « qu'il n'étoit pas accoutumé à voir des gens comme lui à sa porte [...], et qu'il le prioit de n'y plus revenir ». Retiré chez lui, il feignit six jours la maladie, puis on trouva « deux pantoufles au bas de la fenêtre » et l'homme agonisant dans les fossés « plus pleins de boue que d'eau » : sa sœur, qu'il laissait « à la lettre manquer de tout », « trouva dans sa riche succession une ample matière à se consoler d'une si funeste catastrophe ».
Digression sur Silly et sa catastrophe
Le bilan des fautes, énumérées en litanie : ne pas combattre, et la faim chassait l'ennemi ; ne pas se laisser duper par Eugène ; border le ruisseau, ou attaquer au passage ; ne pas couper l'armée d'une fondrière ; ne pas enterrer une armée dans Blenheim quand le Danube offrait l'appui ; et cette armée enfermée eût-elle seulement combattu, Marsin victorieux pouvait tout rétablir. « Mais il étoit écrit que la honte, les fautes, le dommage seroient extrêmes du côté du roi » — jusqu'à la dernière faute, l'abandon de la Bavière. « Ces prodiges d'erreurs, d'aveuglements, de ténèbres, entassés et enchaînés ensemble, si grossiers, si peu croyables, et dont un seul de moins eût tout changé de face, retracent bien [...] ces victoires et ces défaites immenses que Dieu accordoit, ou dont il affligeoit son peuple, suivant qu'il lui étoit fidèle ou que son culte en étoit abandonné. »
Fautes de la bataille d’Hochstedt
« On peut juger quelle fut la consternation générale, où chaque famille illustre avoit des morts, des blessés et des prisonniers ; quel fut l'embarras du ministre [...] d'avoir à réparer une armée entière détruite ; et quelle la douleur du roi qui tenoit le sort de l'empereur entre ses mains, et qui se vit réduit, aux bords du Rhin, à défendre le sien propre. On perdit le jugement, on trembla au milieu de l'Alsace. » Les suites furent à l'avenant : « la cruelle méprise du maréchal de Villeroy fut noyée dans sa faveur. Nous allons voir Tallard magnifiquement récompensé. » Toute la colère tomba sur des régiments cassés et des particuliers ; « Denonville seul fut honteusement cassé [...], et pas un de ceux qui remirent leur armée » ne fut puni — ni le seul chef de corps qui refusa de signer distingué.
Cri public ; consternation, embarras ; contraste des fêtes continuées pour la naissance du duc de Bretagne
« Au milieu de cette douleur publique, les réjouissances et les fêtes pour la naissance du duc de Bretagne ne furent point discontinuées. La ville en donna une d'un feu sur la rivière, que Monseigneur, les princes ses fils, et Mme la duchesse de Bourgogne vinrent voir des fenêtres du Louvre avec force dames et courtisans, et force magnificence de chère et de rafraîchissements, contraste qui irrita plus qu'il ne montra de grandeur d'âme. Peu de jours après, le roi donna une illumination et une fête à Marly [...]. Il remercia le prévôt des marchands du feu donné sur la rivière, et lui dit que Monseigneur et Mme la duchesse de Bourgogne l'avoient trouvé fort beau. »

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