TOME VIII · CHAPITRE II

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Résumé

Troisième conversation avec le duc d'Orléans, Besons toujours en tiers ; le prince fait demander à voir Mme de Maintenon. Propos tête à tête entre Besons et l'auteur ; la « singularité surprenante » qui engage celui-ci à un serment puis à une « étrange confidence ». Et la rupture s'accomplit : le duc d'Orléans quitte Mme d'Argenton ; colloques entre Besons et l'auteur ; les dons du prince à celle qu'il quitte — générosité que le mémorialiste note avec soin ; surprise et propos de la duchesse de Villeroy.

Les entrées

Troisième conversation avec M. le duc d’Orléans, le maréchal de Besons en tiers
Troisième conversation : Saint-Simon, sentant le prince « moins réduit » qu'au matin — « il avoit funestement repris haleine pendant notre courte absence » —, résolut « d'embler d'effort une sanglante victoire sans plus rien ménager ». Après les armes de la tendresse paternelle (Mademoiselle et le mariage de Berry entrevu), il déploya « la juste indignation du public » : « personne ne pouvoit plus souffrir dans un petit-fils de France de trente-cinq ans ce que le magistrat et la police eût châtié il y a longtemps dans quiconque n'eût pas été d'un rang à couvert » ; puis le choix entre les ministres radieux et les seigneurs « ensevelis dans la fange » : « je demandai à M. le duc d'Orléans auquel des premiers ou des seconds il aimoit mieux ressembler ». Besons, terrifié, n'osait qu'« une approbation tremblante en monosyllabes ».
Duc d’Orléans fait demander à Mme de Maintenon à la voir
Le message : sous le poids de cette véhémence, le prince « se leva tout à coup de sa chaise, courut avec impétuosité à sa porte » et envoya demander audience à Mme de Maintenon pour le lendemain matin — puis « revint se jeter dans sa chaise comme un homme à qui les forces manquent. — Eh ! oui, monsieur, me dit-il avec un air désespéré. »
Propos tête à tête entre Besons et moi
Tête-à-tête avec Besons : le maréchal « ne se tenoit sûr de rien » ; il avoua « que pour rien il n'eût dit à cent lieues près aucunes des choses qu'il avoit entendues avec terreur ; que je l'avois épouvanté à ne savoir où se fourrer ». Ils convinrent que le prince ne devait plus « être abandonné à lui-même un seul instant possible ».
Singularité surprenante qui m’engage à un serment, puis à une étrange confidence
Singularité et serment : en allant à la messe, le prince confia que Mme de Maintenon lui avait dit « les mêmes choses, les mêmes phrases, jusqu'au même arrangement et aux mêmes mots que vous. Ne vous auroit-elle point parlé ? » — « Je vous jure par celui de chez lequel nous approchons (et c'étoit de la chapelle)…, que je vous ai parlé de moi-même. » Besons trancha « qu'il n'y avoit qu'à répondre une seule chose bien simple et bien vraie, savoir que la vérité est une ». Saint-Simon fit ensuite au prince la confidence de l'audience qu'il attendait du roi, « la délicatesse d'honneur et de probité l'emportant sur l'orgueil et la politique de courtisan ».
Rupture de M. le duc d’Orléans avec Mme d’Argenton
La rupture : le prince, « le dos à la cheminée sans proférer un mot, comme un homme hors de soi » — « Eh ! non, répliqua-t-il avec un soupir effroyable, tout est fait…, j'ai parlé au roi. » « Je me suis craint moi-même…, mon parti enfin bien pris, je me suis résolu de me hâter d'achever. » « Alors vaincu par sa douleur, sa voix s'étouffa, et il éclata en soupirs, en sanglots et en larmes. » Le roi l'avait pourtant reçu « fort mal » : « il l'avoit loué, mais froidement, et dit qu'il y avoit longtemps qu'il auroit dû mettre fin à une vie si scandaleuse », puis l'avait « quitté brusquement ». Mme de Maintenon, elle, « très surprise et ravie », avait promis que Mme d'Argenton serait traitée « sans lettre de cachet ni rien de semblable ». Le prince reçut les magistrats du jour de l'an sur la porte de son cabinet « pour être plus à l'obscurité…, avec une force dont peu d'hommes sont capables ».
Colloques entre Besons et moi
Colloques entre Besons et Saint-Simon : conclusion qu'il fallait au prince « une liaison étroite avec Mme sa femme », et pour eux-mêmes se garder « de la rage de la séquelle de Mme d'Argenton, de Mme la Duchesse et de la sienne » — « nous nous promîmes seulement de ne rien avouer, de nous taire ». « Faire ce qui est bon et honnête par des voies bonnes et honnêtes…, laisser dire, faire et agir en s'abandonnant à la Providence, est un axiome qui m'a toujours paru d'un grand usage à la cour. »
Dons de M. le duc d’Orléans à Mme d’Argenton en la quittant
Dons à Mme d'Argenton : quarante-cinq mille livres de rente dont le fonds au fils légitimé — « devenu depuis grand d'Espagne, grand prieur de France et général des galères…, car le meilleur de tous les états en France est celui de n'en avoir point et d'être bâtard » —, plus de quatre cent mille livres de pierreries et meubles, toutes les dettes payées : « elle passoit deux millions, et je la trouvai prodigieuse, mais en la louant ».
Surprise et propos de la duchesse de Villeroy avec moi
Surprise de la duchesse de Villeroy : « Bon ; faite ! me répondit-elle avec dédain…, il vous promettra, il n'en fera rien. — Eh oui ! madame, fait et archifait. » « Je ne vis jamais femme si aise. » Elle conta que la duchesse d'Orléans, au désespoir — ayant « épuisé toutes les voies possibles…, pour faire chasser Mme d'Argenton » —, avait dit que « si quelqu'un étoit en état de faire rompre M. son mari avec sa maîtresse, c'étoit moi ». Saint-Simon expliqua pourquoi il n'avait jamais répondu à ses avances : sans cet équilibre, le prince soupçonneux « n'auroit pu se rendre à la même confiance en moi ». Il fit porter force compliments — et demander « le plus profond secret ».

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