TOME VII · CHAPITRE XXI

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Résumé

Les campagnes de 1709 : Espagne — avec la faute de Besons, à qui le roi ne permet pas la Toison —, Roussillon, Savoie, Flandre. Artagnan s'empare de Warneton ; Tournai assiégé : la ville rendue, la citadelle après — garnison prisonnière ; Mesgrigny « se donne aux ennemis » et garde le gouvernement ; Surville « perdu pour toujours » ; calomnie sur Chamillart ; digne conduite de Beauvau, évêque de Tournai. Boufflers s'offre à seconder Villars sans commandement — remercié, puis accepté ; conduite des deux maréchaux ensemble ; le roi Jacques ; Mons menacé.

Les entrées

Campagne d’Espagne
Campagne d'Espagne : Besons, « naturellement timide, et qui mouroit toujours de peur de déplaire », reçut quatre contre-ordres et « manqua la plus belle occasion du monde de défaire les ennemis au passage de la Sègre ». Philippe V partit brusquement pour son armée, « mais il marcha à trop petites journées », et la quitta au bout de trois semaines. Besons repassa les Pyrénées, laissant vingt-six bataillons sous Asfeld : « telle fut la dernière campagne des François en Espagne…, funeste à l'Espagne et peu utile à la France ».
Faute de Besons, à qui le roi ne permet pas d’accepter la Toison
Le roi d'Espagne s'adoucit sur Besons « jusqu'à lui vouloir donner la Toison, mais le roi ne voulut pas lui permettre de l'accepter. De Bay qui la portoit valoit moins que lui, s'il se peut, pour la naissance, et on la vit donner depuis encore plus bassement. »
Campagne de Roussillon
Campagne de Roussillon : « l'objet est trop petit pour s'arrêter à des détails. Le duc de Noailles, avec le peu qu'il y avoit, eut affaire à moins encore. Il y battit deux fois les ennemis…, et ces légers succès retentirent fort à Versailles. »
Campagne de Savoie
Campagne de Savoie : Berwick sur la défensive ; M. de Savoie, « fort mécontent de l'empereur », se remua « tard et mollement ». Dillon, attaqué à la Vachette près de Briançon par Reybender et trois mille hommes, « leur tua sept cents hommes et rechassa le reste dans la montagne ».
Campagne de Flandre
Campagne de Flandre : Eugène et Marlborough « continuoient leurs vastes desseins et de dédaigner de les cacher. Leurs amas prodigieux annonçoient des sièges. Dirai-je que notre faiblesse les désiroit, et que nous ne comptions sur notre armée que pour les conserver ? »
Artagnan s’empare de Warneton
« Artagnan, détaché avec huit bataillons de l'armée et quatre de la garnison d'Ypres, enleva Warneton fort aisément » : seize cents hommes « se rendirent à discrétion, commandés par un brigadier et quarante-cinq officiers ».
Tournai assiégé, Surville dedans
Tournai assiégé, tranchée ouverte la nuit du 7 au 8 juillet : Villars « laissa former ce siège et ne fit aucune contenance de s'y opposer, content de subsister et de tenir force propos » — l'argent n'arrivant « que peu à peu et par de très petites sommes ».
La ville rendue
La ville rendue : Surville « ne tint que vingt jours et battit la chamade le 28 juillet…, on attendoit mieux que cela d'un homme si fraîchement remis à flot par la générosité du maréchal de Boufflers, et qui avoit été témoin de si près de sa défense dans Lille ».
Voyage bizarre de Ravignan à la cour
Voyage bizarre de Ravignan : les ennemis proposaient une suspension d'armes au bout de laquelle la citadelle « se rendroit sans être attaquée » — « une suspension d'armes sans vues de paix, un temps marqué pour rendre une place sans qu'elle fût attaquée, parurent des choses inouïes », avec « le mépris de notre armée qui n'étoit pas estimée en état ni en volonté de rien tenter ». Ravignan fut « renvoyé sur-le-champ avec le refus ».
Citadelle de Tournai rendue ; la garnison prisonnière
Citadelle rendue le 2 septembre, « sans avoir essuyé aucun coup de main. Cela parut un prodige inconcevable » — elle que Mesgrigny avait « bâtie à plaisir », contre-minée « sous tous les ouvrages et jusque sous les courtines », « une des places de toutes celles que le roi a faites des meilleures ». La garnison prisonnière fut conduite à Condé, et les ennemis « firent à Surville la galanterie de deux pièces de canon ».
Mesgrigny se donne aux ennemis et en conserve le gouvernement
« Mesgrigny, qui avoit quatre-vingts ans, et qui de tout le siège ne sortit presque point de sa chambre, n'eut pas honte de déshonorer sa vieillesse en se donnant aux ennemis, qui conservèrent [le gouvernement] de la citadelle à ce malheureux vieillard. »
Surville perdu pour toujours
Surville perdu : à table avec Eugène et Marlborough, « ou complaisant ou en pointe de vin », il n'avait pas ménagé Villars, « un homme aisé à prendre le montant, et qui, plein de sa fortune, ne pardonnoit point. Il demeura perdu sans retour, s'enterra chez lui, en Picardie, fort mal à son aise d'ailleurs, et on ne le vit presque plus. »
Calomnie sur Chamillart
Calomnie sur Chamillart : les généraux ennemis auraient dit qu'on n'aurait jamais osé exiger du roi la destitution de son petit-fils « si un de ses principaux ministres…, ne leur en eût donné la hardiesse » par une lettre à Marlborough. Chamillart assura Saint-Simon « que rien n'étoit plus faux ni plus absurde. Cela ne laissa pas d'exciter contre lui des murmures désagréables. »
Digne conduite de Beauvau, évêque de Tournai
Digne conduite de Beauvau, évêque de Tournai : « merveille de sa personne pendant le siège et de sa bourse », offrant jusqu'à l'argenterie des églises ; « il n'imita pas M. de Fréjus, il refusa nettement de chanter le Te Deum…, encore plus de prêter serment, et partit le matin du jour du Te Deum ». « Le rare est qu'il fut beaucoup mieux traité sur les choses de la religion par le duc de Marlborough que par le prince Eugène. »
Boufflers s’offre d’aller seconder Villars sans commandement ; remercié, puis accepté
Offre de Boufflers : inquiet « de ce qu'un seul homme étoit chargé » de la Flandre, il s'offrit d'aller seconder Villars « sans commandement…, n'être que son soulagement, et rien dans l'armée que par lui ». « Pour comprendre la grandeur de ce trait, digne de ces Romains les plus illustres des temps de la plus pure vertu de leur république » : au comble de tout, il s'offrait de servir sous « un homme avantageux, tout personnel, jaloux de tout, sans principes…, son cadet à la guerre de si loin, dans son propre gouvernement où il venoit de défendre Lille. Tout disparut devant lui à la lueur du bien de l'État. » Remercié d'abord, il fut accepté dix jours après et partit, goutteux, le 2 septembre — jour même de la chute de la citadelle ; on crut qu'il allait conclure la paix.
Conduite des deux maréchaux ensemble
Conduite des deux maréchaux : « le concert et l'intelligence fut parfait entre eux » — Villars « avec des manières de confiance et des égards toujours poussés au respect », Boufflers « sans cesse soigneux d'admirer, de tout faire valoir, de tout déférer…, avec les ménagements d'un subalterne honoré de la confiance de son supérieur », refusant « les hommages de l'armée, qui se portoient tous vers lui ». « Ces deux généraux n'en firent qu'un seul. »
Roi Jacques d’Angleterre
Le roi Jacques d'Angleterre, « qui sous l'incognito et le nom de chevalier de Saint-Georges faisoit la campagne, volontaire comme l'année précédente, accourut avec un reste de fièvre et sans consulter ses forces…, en des moments si précieux à la guerre ».
Mons fort mal pourvu
« Il y avoit dans Mons peu de troupes et peu de vivres » — l'armée ennemie y marcha aussitôt après la prise de la citadelle.
Électeur de Bavière à Compiègne
« L'électeur de Bavière en sortit, s'arrêta peu à Maubeuge, et s'en alla à Compiègne. »
Campagne d’Allemagne
Campagne d'Allemagne : « rien de plus insipide jusqu'à la mi-août » ; Harcourt passa le Rhin à Altenheim « pour faire subsister ses troupes aux dépens de l'ennemi », puis repassa derrière ses lignes quand le duc d'Hanovre, arrivé vers le 15 août, s'approcha de Landau.
Projet sur la Franche-Comté
Projet sur la Franche-Comté : « il se mûrissoit un dessein vaste, conçu ou pour le moins nourri en Lorraine…, qui n'alloit à rien moins qu'à porter l'État par terre par le côté le moins soupçonné » — dans la terre de Mme de Lislebonne se tramait, « par le bailli, par des curés et par les officiers », une conspiration pour « égorger la garnison de Besançon…, et faire révolter la province en faveur de l'empereur ».
Conspiration dans cette province découverte
Conspiration découverte : un perruquier admis dans le complot avertit Le Guerchois, l'intendant ami de Saint-Simon, qui le fit continuer « pour être en état de savoir » ; le perruquier s'insinua jusqu'à être abouché « delà le Rhin avec un général de l'empereur ». Le Guerchois apprit qu'un gros corps impérial devait « tout risquer pour pénétrer » en Franche-Comté, et dépêcha des courriers à Harcourt et au roi « sans qu'on s'en aperçût à Besançon ».
Mercy défait par du Bourg ; sa cassette, etc., prise
Mercy défait par du Bourg : ayant traversé le Rhin à Rheinfelden et « un coin du territoire des Suisses avec l'air de le violer », il fut atteint et « en une heure et demie défait d'une manière si complète que les Impériaux se sauvèrent de vitesse à grand'peine » : canons, équipages, drapeaux pris, « le carrosse de Mercy et sa cassette » ; quinze cents tués, « plus de mille noyés dans le Rhin », deux mille cinq cents prisonniers. Mercy « dut son salut à la vitesse de son cheval ».
Du Bourg chevalier de l’ordre
« Du Bourg fut aussitôt après sa victoire nommé chevalier de l'ordre ; d'Anlezy eut un cordon rouge ; Quoadt trois mille livres de pension ; et Fontaine, qui avoit apporté les drapeaux et les étendards, fut fait brigadier. »
Cassette de Mercy
La cassette de Mercy « découvrit bien moins de choses qu'elle n'apprit qu'il y avoit bien des mystères cachés » : elle manifesta la conspiration « mais avec une grande réserve de noms », et « sans fournir de preuves positives contre M. de Lorraine, elle ne laissa pas douter qu'il n'y fût entré bien avant ». Du Bourg, hélas, avait galamment renvoyé sur parole un officier lorrain prisonnier — que Le Guerchois lui mandait le lendemain de garder « sur toutes choses ».
Voyage plus que suspect de Vaudémont et de Mlle de Lislebonne
Voyage plus que suspect : dès mai, Vaudemont et Mlle de Lislebonne, « sous prétexte des eaux de Plombières », s'étaient rendus en Lorraine, « beaucoup plus assidus à Lunéville qu'à Plombières » ; ils y étaient lors du combat. « Il falloit plus que de la grossièreté pour ne s'apercevoir pas de la cause d'un voyage d'une si singulière longueur fait si à propos et si fort en cadence. Ils en furent quittes pour l'étonnement de tout le monde, mais muet, tant ils s'étoient rendus redoutables. »
Procédures, etc., et suites
Procédures : le bailli, les officiers, « quantité de fermiers de Mme de Lislebonne, et le curé de sa principale paroisse, s'enfuirent et n'ont pas reparu depuis » ; contumaces et sentences, un meunier « pris et pendu avec plusieurs autres » — « sans qu'on osât parler des plus grands et des plus véritables coupables », jusqu'à des membres du parlement de Besançon « qu'on ne voulut pas effaroucher ».
Courte réflexion sur la conduite de nos rois et de la maison de Lorraine
Réflexion : telles furent « les pratiques si dangereuses que la maison de Lorraine n'a cessé de brasser contre la France et contre ses rois, depuis François Ier jusqu'à la fin de Louis XIV, qui n'ont tous cessé de leur prodiguer biens, honneurs, charges, faveur et rangs…, son éternel regret d'avoir manqué le grand coup de la Ligue, et de n'avoir pu exterminer les Bourbons ».
Pièce importante de la cassette de Mercy
Pièce importante : un mémoire du prince Eugène à Mercy portait « qu'il falloit tout tenter pour remettre la France hors d'état à jamais d'inquiéter l'Europe…, et, si on n'y pouvoit enfin réussir par les armes, on seroit obligé d'avoir recours aux grands et derniers remèdes. Cela donna beaucoup à penser au roi et à ses ministres » — on l'étouffa autant qu'on put, « l'exécution [ayant] été si familière à la maison d'Autriche…, témoin la reine d'Espagne, fille de Monsieur, et le prince électoral de Bavière ».

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