TOME II · CHAPITRE VI

Lire le texte intégral du chapitre →

Résumé

Défilé d'étrangers et de morts : le czar Pierre et ses voyages d'Europe ; Saint-Albans envoyé et Portland ambassadeur d'Angleterre à Paris — l'ambassade fastueuse de l'après-Ryswick ; les premiers princes de Parme et de Toscane incognito en France. Distraction du cardinal d'Estrées ; les demoiselles de Soissons enlevées et réfugiées à Bruxelles, le comte de Soissons errant ; l'abbé de Caudelet fait et défait évêque de Poitiers. Morts du président Talon (et sa dépouille), de Mme de Sillery, de Villars dit « Orondat », de Brienne, et du duc de Bracciano — dont la veuve va devenir un grand personnage de ces Mémoires.

Les entrées

Le czar et ses voyages
Le czar et ses voyages : Pierre, « prince si grand et si connu » qui a rendu redoutable « une cour qui n'en avoit jamais été une, et une nation méprisée et entièrement ignorée pour sa barbarie », apprend en Hollande la construction des vaisseaux. Fameuse audience des ambassadeurs d'Angleterre : « le czar leur fit dire qu'il étoit à la hune, et que c'étoit là qu'il les verroit » — les ambassadeurs durent grimper les échelles de corde, et le czar « les reçut avec la même majesté que s'il eût été sur son trône… puis se moqua de la peur qui étoit peinte sur le visage des ambassadeurs ». Passage en Angleterre ; désir de voir la France, dont le roi « déclina honnêtement la visite » ; Vienne, où l'empereur se découvre pour rester à l'unisson de son incognito ; puis le retour précipité : une grande conspiration, sa propre sœur à la tête, la nation outrée des barbes coupées et des habits rognés. « Il pardonna à sa sœur qu'il mit en prison, et fit pendre aux grilles de ses fenêtres les principaux coupables, tant qu'il en put tenir par jour. »
Saint-Albans envoyé, et Portland ambassadeur d’Angleterre, à Paris
L'ambassade d'Angleterre : Saint-Albans, bâtard de Charles II, en précurseur pour complimenter sur le mariage ; puis Portland lui-même, quatre mois de magnificence — « un éclat personnel, une politesse, un air de monde et de cour, une galanterie et des grâces qui surprirent ». Mais sa vraie mission échoue le premier jour : Torcy lui barre la veine sur le renvoi de Saint-Germain — « un mot dit par lui sur Saint-Germain seroit capable de gâter de si utiles dispositions ». Honneurs inouïs — le bougeoir, l'entrée dans le balustre du lit, Marly, Fontainebleau, trois soupers chez Monseigneur, Chantilly, les places de Flandre montrées par des ingénieurs — mais quelques épines : la chasse décommandée quand le roi Jacques y paraît, et la superbe rebuffade de La Rochefoucauld, seul grand seigneur à ne l'approcher jamais : le grand veneur lui répond « que c'étoit le roi d'Angleterre dont il prenoit les ordres » — « pure générosité pour le roi d'Angleterre », que Saint-Simon oppose à la prostitution générale de la cour, « jusqu'à M. de Lauzun ». Portland rentre pour trouver Albemarle établi dans la faveur, « et le regret d'une absence qui l'avoit laissé établir ».
Premiers princes de Parme et de Toscane incognito en France ; le dernier distingué
Passage incognito des deux princes qui seront les derniers ducs de Parme et de Toscane : le prince Gaston, fils de la grande-duchesse cousine germaine du roi, distingué jusqu'à baiser la duchesse de Bourgogne, Albergotti chargé « de prendre garde à lui faire voir bonne compagnie ».
Distraction du cardinal d’Estrées
La distraction du cardinal d'Estrées, à Fontainebleau : ayant convié tout ce qu'il fallait de gens distingués pour un festin en l'honneur du prince de Parme, « nous fîmes le festin sans lui » — le cardinal avait oublié d'inviter le prince, qui se trouva engagé pour plusieurs jours. « On plaisanta beaucoup le cardinal pendant le repas de cette rare distraction. Il en avoit souvent de pareilles. »
Mlles de Soissons enlevées, et à Bruxelles
Les demoiselles de Soissons enlevées : à la prière de M. de Savoie, un lieutenant des gardes du corps enlève Mlle de Carignan à l'hôtel de Soissons, et l'électeur de Bavière fait conduire Mlle de Soissons dans un couvent à Bruxelles — « leur conduite étoit depuis longtemps tellement indécente, et leur débauche si prostituée que M. de Savoie ne put plus supporter ce qu'il en apprenoit ».
Le comte de Soissons errant
Le comte de Soissons, leur frère, « quoique comblé des grâces et des bontés du roi, continuoit à courir l'Europe pour chercher du service et du pain. On n'en avoit voulu, ni en Angleterre, ni en Allemagne, ni à Venise » — ni en Espagne ; à Turin, M. de Savoie ne voulait pas le voir, et sa femme y vivait « dans un couvent, fort pauvre et fort retirée ».
Abbé de Caudelet fait et défoit évêque de Poitiers
L'abbé de Caudelet fait et défait évêque de Poitiers : nommé à Pâques, il est aussitôt perdu par les « plus noires calomnies » portées au P. de La Chaise — entre autres « qu'il avoit passé au jeu tout le vendredi saint », quand il n'avait fait qu'une heure de piquet de complaisance chez la vieille maréchale de Créqui. Le roi lui ôte Poitiers sur-le-champ ; l'abbé, « accablé de l'affront », se cache à la Chartreuse de Rouen puis en Bretagne, dans la solitude et la piété, « sans avoir jamais fait la moindre démarche pour avoir quoi que ce soit ». L'innocence prouvée, le P. de La Chaise s'employa en vain : le roi « tint ferme… à qui il reprocha qu'il étoit trop bon, et l'autre, au roi, qu'il étoit trop dur et qu'il ne revenoit jamais ». Le délateur : l'abbé de La Châtre, aumônier du roi enragé de n'être point évêque, « si perdu de mœurs, que je lui vis dire la messe à la chapelle un mercredi des cendres, après avoir passé la nuit masqué au bal ».
Mort du président Talon et sa dépouille
Mort du président Talon, parti « voir s'il est permis de souffler le froid et le chaud comme M. de Luxembourg le lui avoit fait faire » : Lamoignon eut sa charge, et Portail celle d'avocat général « où il brilla plus que lui » — « ce n'est pas qu'il ne fût fils de notre rapporteur, plus que très-favorable à M. de Luxembourg, mais il faut dire la vérité ».
Mort de Mme de Sillery
Mort de Mme de Sillery à Liancourt : sœur du grand La Rochefoucauld de la Fronde, mal mariée à un homme « de beaucoup d'esprit, mais nulle conduite », qui « se ruina en fils de ministre, sans guerre ni cour » et « alloit à pied partout faute d'équipage ». Mère de Puysieux, du chevalier de Sillery et de l'évêque de Soissons ; petite-fille par alliance de la fameuse Mme de Puysieux « qui mangea à belles dents, pour s'amuser, pour cinquante mille écus de point de Gênes à ses manchettes et à ses collets ».
Mort de Villars, chevalier de l’ordre ; pourquoi dit Orondat
Mort du vieux Villars, plus de quatre-vingts ans — l'occasion de conter l'origine de son surnom d'Orondat : Mme de Choisy, montant chez « la Divine » Mlle d'Outrelaise, surprend un homme qui se sauve, « parfaitement bien fait », et de retour dans la compagnie déclare « que ce ne pouvoit être qu'Orondat » — le héros du Cyrus « célèbre par sa taille et sa bonne mine, qui charmoit toutes les héroïnes de ce roman alors fort à la mode ». C'était Villars, amoureux de la jolie Mlle de Bellefonds qu'il épousa peu après ; le nom lui resta, « et ne lui déplaisoit pas ».
Castries, chevalier d’honneur de Mme la duchesse de Chartres
Castries devient chevalier d'honneur de Mme la duchesse de Chartres, à la place de Villars : Mme la duchesse le souhaitait pour le mari de sa dame d'atours ; « Monsieur, qui a toujours fort aimé Mme de Montespan, y consentit, et M. du Maine acheva l'affaire auprès du roi. »
Mort de Brienne
Mort de Brienne, « l'homme de la plus grande espérance de son temps en son genre » : polyglotte prodigieux, voyageur du Nord jusqu'en Laponie à seize ans, secrétaire d'État en survivance — puis, foudroyé par la mort de sa femme en 1664, prêtre de l'Oratoire, repenti, poète errant, enfin fou enfermé à Château-Landon, où « sa folie ne l'empêcha pas d'écrire beaucoup de poésies latines et françaises, parfaitement belles et fort touchantes, sur ses malheurs ». « Ainsi ont fini les Loménie… tel est d'ordinaire le sort des ministres. »
Mort du duc de Bracciano
Mort à Rome du duc de Bracciano, soixante-dix-huit ans, « dont tout le mérite consista en sa naissance et en ses grands biens » : premier laïque de Rome, grand d'Espagne, prince du Soglio, chef de la maison des Ursins — mari de la future princesse des Ursins, et neveu par sa tante de « la fameuse duchesse de Montmorency » retirée fille de Sainte-Marie à Moulins.

◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶

© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved