TOME VII · CHAPITRE PREMIER
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Résumé
Après Lille : Chamillart renvoyé en Flandre, récompenses de la défense, tranchée ouverte devant la citadelle le 29 octobre ; l'Artois désolé puis délivré. Chamillart « juge des avis des généraux » et sa partialité ; audace puis « incroyable hardiesse » de Vendôme ; Berwick retourne au Rhin ; Marlborough passe l'Escaut sans opposition et le « mensonge prodigieux » de Vendôme le couvre ; fautes personnelles du duc de Bourgogne « dont avantages pris contre lui avec éclat » ; belle et difficile retraite des détachements où Hautefort et Nangis se distinguent.
Les entrées
- Chamillart renvoyé en Flandre
- Lille perdu, le roi voulut se fixer d'autant plus vite que les ennemis n'avaient « que vingt bataillons devant cette citadelle », et prit « le parti subit » de renvoyer Chamillart en Flandre : il partit le mardi 30 octobre à quatre heures du matin, suivi à midi de Chamlay, « si expert dans la connoissance des moindres lieux et des plus petits ruisseaux de la Flandre ». « Si la cour fut surprise de voir si près à près disparoître Chamillart, l'armée ne le fut pas moins de le voir arriver à Tournai. »
- Récompenses de la défense de Lille
- Récompenses de la défense de Lille : Surville, sorti « avec un coup de mousquet fort considérable », eut dix mille livres de pension ; Lée l'expectative de grand-croix de Saint-Louis ; Rannes, Ravignan, Coetquen, Permangle maréchaux de camp ; Maillebois, Belle-Ile « (tous deux maintenant maréchaux de France) », Martinville, Tourrotte et Sourzy brigadiers.
- Retour de Chamillart à la cour
- Chamillart revint le 10 novembre et rendit compte le soir même chez Mme de Maintenon : « son voyage fut de douze jours, dont il en passa huit à l'armée », pendant lesquels son fils Cani travailla avec le roi comme la fois précédente.
- Tranchée ouverte devant la citadelle de Lille (29 octobre)
- « La tranchée fut ouverte devant la citadelle de Lille la nuit du 29 au 30 octobre. Ils attaquèrent l'avant-chemin couvert le 7 novembre, dont ils furent repoussés avec assez de perte. »
- L’Artois désolé et délivré
- L'Artois désolé : le prince d'Auvergne fortifiait la Bassée ; « Cheladet y marcha avec trente escadrons, et à la fin leur fit quitter prise et abandonner la Bassée, mais il en coûta bon au pays ».
- Chamillart juge des avis des généraux ; sa partialité
- Chamillart juge des généraux : Vendôme, infatué de la garde de l'Escaut, « comptant pour rien la plus que très difficile garde de quarante lieues du cours de cette rivière », s'opposait à Berwick, le prince tenant pour Berwick « autant qu'il l'osoit ». Devant Chamillart, les généraux plaidèrent : « c'étoit à cet homme de robe, de plume et de finance, à décider des mouvements de guerre les plus savants…, quoiqu'il n'eût jamais vu de guerre que dans son cabinet ». Il prit « un parti mitoyen » — et « à peine étoit-il à trente lieues de la frontière que Vendôme reprit son premier dessein ». « Plus enivré que jamais de Vendôme », il ménagea peu le prince dans son compte rendu, que Mme de Maintenon « rendit tout à Mme la duchesse de Bourgogne ».
- Audace de Vendôme
- Audace de Vendôme : dès le lendemain, ordre à Berwick d'aller prendre le commandement sur le Rhin, « où néanmoins la campagne étoit depuis longtemps finie » — voyage sans prétexte, sans troupes, « sans même avoir la permission de passer à la cour, tant ils eurent peur qu'il n'y parlât au roi et au monde. Il ne dit mot, et obéit. »
- Berwick retourne de sa personne sur le Rhin, où l’armée se sépare
- Berwick ne fut pas quinze jours sur le Rhin « qu'il y reçut les ordres pour les quartiers d'hiver, à quoi du Bourg auroit été tout aussi bon que lui. Mais il pesoit trop à Vendôme par la force et la justesse de ses raisonnements, et il avoit fallu l'en soulager. »
- Incroyable hardiesse de Vendôme
- Incroyable hardiesse : Berwick parti, Vendôme écrivit au roi « que maintenant il étoit au large », et « en propres termes que désormais il étoit si sûr d'empêcher les ennemis de passer l'Escaut qu'il lui en répondoit sur sa tête. Avec un tel garant, et si fort à la cour, le moyen de n'y pas compter ? Aussi y triompha-t-on d'avance. »
- Marlborough passe l’Escaut sans opposition
- « Marlborough passa l'Escaut sur quatre ponts, à Gavre et à Berkem, la nuit du 26 au 27, sans opposition quelconque, et sans trouver aucunes de nos troupes. »
- Mensonge prodigieux de Vendôme
- Mensonge prodigieux : le courrier de Vendôme portait « en termes formels, qu'il supplioit [le roi] de se souvenir qu'il lui avoit toujours mandé la garde de l'Escaut impossible. En moins de quinze jours, répondre au roi, sur sa tête, qu'il empêchera aux ennemis de passer l'Escaut, et, dès qu'ils l'ont passé, écrire qu'il lui a toujours mandé que c'étoit impossible…, ce sont de ces vérités qui ne sont pas vraisemblables, mais vérités toutefois qui ont eu le roi, la cour, l'armée pour témoins » — le trait jumeau de celui fait « à M. le duc d'Orléans sur le passage du Pô ».
- Fautes personnelles de Mgr le duc de Bourgogne, dont avantages pris contre lui avec éclat
- Fautes personnelles du prince : averti au coucher, il balança entre marcher sur l'heure, veiller, ou dormir — il « se coucha, se leva au jour, déjeuna longtemps », et apprit au sortir de table le passage. Même le premier parti eût été inutile, « mais très utile au jeune prince à marquer de la volonté et de l'ardeur ». Pis : n'ayant plus rien à faire, il alla « jouer à la paume » à Tournai. « Cette partie subite scandalisa étrangement l'armée » ; la cabale se jeta « sur la longueur du déjeuner et sur une partie de paume faite si peu à propos » pour « noyer la réelle importance du fait de M. de Vendôme ».
- Belle mais difficile retraite de plusieurs détachements de l’armée, où Hautefort se distingue sans combat, et Nangis en combattant
- Belle mais difficile retraite : Hautefort « se retira sans avoir pu être entamé » ; Nangis, séparé et attaqué, fit « une vigoureuse défense, toujours marchant et gagnant du terrain sur une chaussée entre des marais », ramassant les traîneurs, remorquant même du canon abandonné « qu'il ne voulut pas laisser », jusqu'au ruisseau où Hautefort, posté avec son infanterie, protégea le passage. « Hautefort fut fort approuvé, même des ennemis… Nangis, aujourd'hui maréchal de France, s'en tira avec tête et valeur. »
- Étrange ignorance du roi, à qui le duc de La Trémoille apprend cette action à son dîner
- Étrange ignorance du roi : il ignora l'action plusieurs jours, jusqu'à ce que le duc de La Trémoille, dépité, parlât au petit couvert du régiment de son fils. « Comment, souffert ? dit le roi ; il n'y a rien eu. — Une grosse action, répondit le duc. » Pressé ensuite, Chamillart avoua que Mme de Maintenon « n'avoit pas jugé à propos qu'il en fût importuné, et qu'ils étoient convenus qu'il ne lui en seroit point rendu compte. Sur cette singulière réponse, le roi s'arrêta tout court et n'en dit plus mot. »
- Sousternon perdu
- Sousternon perdu : il « pouvoit être plus vigilant, et surtout plus entendu en sa retraite », mais « avec toute la vigilance possible, il n'eût pu empêcher le passage avec le peu de troupes qu'il avoit ». Privé de ses appuis — Villeroy perdu, le P. de La Chaise mourant —, « ayant affaire à M. de Vendôme…, il perdit sa fortune, et n'a pas servi depuis ».
- Saint-Guillain perdu et repris par Hautefort et Albergotti
- Saint-Guillain, surpris par la garnison d'Ath avec nos gros magasins, fut repris par Albergotti renforcé de Hautefort, « avec six cents hommes qui étoient dedans prisonniers de guerre, et tous nos magasins, qu'ils ne s'avisèrent pas de brûler ».
- Position des armées
- Position des armées : Marlborough passa la Dendre et campa à Wetter près de Gand, notre armée près de Douai, « et le prince Eugène, qui n'avoit fait que s'approcher tout près de l'Escaut pour en favoriser le passage, et qui ne le passa point, s'en retourna à son siège ».
- État de la citadelle de Lille
- État de la citadelle : Boufflers, encore blessé le 21 « d'un éclat de grenade qui lui fit une contusion à la tête…, qui ne l'arrêta pas un moment sur rien », n'avait plus début décembre « que vingt milliers de poudre…, encore moins de vivres. Ils avoient mangé huit cents chevaux ; et Boufflers en fit toujours servir à sa table dès que les autres furent réduits à cette ressource, et en mangea lui-même. »
- Boufflers reçoit un ordre de la main du roi de capituler
- « Le roi, voyant l'état des choses, lui envoya un ordre de sa main de se rendre, qu'il garda secret, sans vouloir y obéir encore de plusieurs jours, et il différa tant qu'il lui fut possible. »
- Ordre au prince de revenir, et à Vendôme de séparer l’armée, et, malgré ses adroites instances, de revenir aussi
- Ordres de retour : l'armée « demeura peu ensemble, et fut bientôt séparée faute de pain, au scandale universel ». Les princes eurent ordre de revenir ; Vendôme faisait « publiquement toutes ses dispositions comme un homme qui comptoit de passer l'hiver sur la frontière » — « il se sentoit toucher au moment de rendre compte ; il commençoit à le craindre, et à redouter de près ce que de loin il avoit si témérairement méprisé ». Ses instances échouèrent. Saint-Simon, revenu quinze jours plus tôt, instruisit le duc d'Orléans — « enclin à Vendôme par éloignement du prince de Conti » — du danger de prendre le change : « il ne fut pas longtemps sans s'applaudir d'avoir suivi mon conseil ».
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