TOME XVIII · CHAPITRE PREMIER
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Résumé
Le roi commence à monter à cheval et à tirer — l'enfance royale s'achève ; l'Espagne remet la Sicile à l'empereur et le roi de Sicile devient roi de Sardaigne — l'échange final. Mariages et survivances : Albret-Gordes et la « suite de ses mariages » ; la « fortune prodigieuse » des Beauvau par le duc de Lorraine ; pension à la nouvelle duchesse d'Albret ; survivances Tallard et Saumery ; mariage Mailloc-Harcourt ; l'accommodement Noailles-Bloin.
Les entrées
- Le roi commence à monter à cheval et à tirer
- « Le roi commença à monter à cheval au pas, et galopa un peu quelque temps après, puis commença à tirer. » Le jeune Louis XV, dixième année passée, entre dans les exercices de son âge.
- L’Espagne remet la Sicile à l’empereur, et le roi de Sicile devient roi de Sardaigne
- « Les Espagnols évacuèrent la Sicile, dont l'empereur prit possession, et de tous les droits du tribunal fameux, dit de la monarchie, dont Rome n'osa lui disputer la moindre partie. » Le duc de Savoie, « qui avec toute son adresse n'avoit pu parer ce fâcheux coup, renonça malgré lui à la Sicile, en eut la foible compensation de la Sardaigne », dont il prit le titre de roi.
- Mariage du duc d’Albret avec Mlle de Gordes
- « Le duc d'Albret épousa Mlle de Gordes, de la maison de Simiane, fille unique du premier mariage de Mme de Rhodes », veuve en secondes noces de M. de Rhodes, « dernier de la maison de Pot », autrefois grand maître des cérémonies, homme « de beaucoup d'esprit et de galanterie, depuis perdu de goutte et fort retiré ». « M. d'Albret perdit cette troisième femme au bout de deux ans. »
- Suite de ses mariages
- « Il avoit deux fils de sa première femme, et un de la seconde, mais il étoit infatigable en mariages. » En quatrièmes noces, en 1725, il épousa une fille du comte d'Harcourt-Lorraine « qui prit le nom postiche de Guise, si odieux aux vrais François, mais si cher à cette maison » — d'une terre de Lorraine à laquelle on fit donner ce nom. De ces deux derniers mariages, il n'eut « qu'une fille fort contrefaite, qui a depuis épousé le fils aîné de M. de Beauvau ».
- Fortune prodigieuse de M. et de Mme de Beauvau par le duc de Lorraine
- Ce M. de Beauvau et sa femme « ont fait une si prodigieuse fortune par la faveur du dernier duc Léopold de Lorraine » : leur fils « s'est fait grand d'Espagne, prince de l'empire, chevalier de la Toison d'or, gouverneur de la Toscane, avec d'immenses biens ».
- Pension de dix mille livres à la nouvelle duchesse d’Albret
- « M. le duc d'Orléans donna à la nouvelle duchesse d'Albret une pension de dix mille livres. »
- Survivance du gouvernement de Franche-Comté au duc de Tallard, et de sous-gouverneur du roi au fils aîné de Saumery
- Le régent accorda aussi « la survivance du gouvernement de Franche-Comté au duc de Tallard, et celle de sous-gouverneur du roi au fils aîné de Saumery, qui valoit beaucoup mieux que le père, car il étoit sage, instruit, honnête homme ». Mais pour ce genre de survivance, « d'un père plein de santé » qui voulait « en perpétuer les appointements dans sa famille, c'est une invention qui n'avoit point d'exemple pour de pareils emplois », et que Saumery « étoit bien loin de mériter par le peu qu'il valoit ». « Le maréchal de Tallard ni les siens n'en avoient pas mieux mérité. »
- Mariage de M. de Mailloc avec une fille de la maréchale d’Harcourt
- « Le vieux marquis de Mailloc, riche, mais fort extraordinaire, épousa peu après une fille de la maréchale d'Harcourt, à qui elle n'avoit pas grand'chose à donner. Il n'y en eut point d'enfants. »
- Duc de Noailles s’accommode avec Bloin, pour son second fils, de la survivance d’intendant des ville, châteaux et parcs de Versailles et de Marly
- « Le duc de Noailles, toujours à l'affût de tout, trouva que Versailles et Saint-Germain, dont il avoit le gouvernement et la capitainerie, étoient faits l'un pour l'autre. Il tourna donc Bloin, dont il acheta pour son second fils la survivance d'intendant des ville, châteaux et parcs de Versailles et de Marly. Il prévoyoit que dans quelques années ce morceau seroit bon à s'en être nanti, et il ne se trompa pas. »
- M. le comte de Charolois et le maréchal de Montesquiou entrent au conseil de régence
- « M. le comte de Charolois fut admis au conseil de régence, dont il ne fit pas grand usage ; il vit d'abord ce que c'étoit. Le maréchal de Montesquiou y entra aussi en même temps ; il y fit le trentième. »
- Mort de Mme de Coetquen, et curiosités sur elle
- Mme de Coetquen mourut en Bretagne. Chabot, sœur du duc de Rohan, de « la belle et habile Mme de Soubise » et de Mme d'Espinoy, elle disait « assez plaisamment qu'elle étoit par terre entre deux tabourets ». « C'étoit une femme d'esprit, de fort grande mine, avec de la beauté, qui avoit fait du bruit, haute et impérieuse. » Elle est célèbre « par la passion que M. de Turenne eut pour elle, qui lui arracha le secret du siège de Gand, que le roi n'avoit confié qu'à lui et à Louvois » ; elle le laissa échapper « à dessein de se parer de son empire sur M. de Turenne ». Le roi, averti, fit venir Turenne, qui « rougit et avoua sa faiblesse » ; le roi, « qui n'ignoroit pas quel est l'empire de l'amour, se contenta d'en rire un peu » et de s'amuser « de le trouver encore si sensible à son âge ». « Heureusement il n'avoit pas été plus loin, et cette aventure ne porta aucun préjudice à cette grande exécution. »
- Chabot
- Née Chabot, « fille de l'héritière de Rohan » : par sa naissance elle touchait à ce que la cour avait de plus haut — « la beauté de Mme de Soubise avoit fait son mari prince ; et que ne fit-elle pas ? » Le feu roi considérait Mme de Coetquen, « dans la confidence de sa sœur et assez avant en beaucoup de choses ; elle étoit faite pour la cour et pour le grand monde, où elle figura longtemps ».
- Mort et caractère de l’abbé de Chaulieu
- « L'abbé de Chaulieu mourut quelques jours après : c'étoit un agréable débauché de fort bonne compagnie, qui faisoit aisément de jolis vers, beaucoup du grand monde, et qui ne se piquoit pas de religion. Il montra malgré lui qu'il n'étoit guère plus attaché à l'honneur. » Longtemps maître de la maison des Vendôme, il s'entendait avec le grand prieur pour voler le duc, qui « le chassa de chez lui ». « Chaulieu n'en rabattit rien de son ton dans le monde » et « se moqua de tout ce qu'on en pouvoit dire avec l'impudence qui lui étoit naturelle », mais « il n'osoit plus paroître à la cour » et « cette friponnerie lui fit perdre beaucoup de sociétés ».
- Mort de Sousternon
- « Sousternon mourut subitement chez M. de Biron qu'il étoit allé voir. Il étoit fils d'un frère du feu P. de La Chaise, ancien lieutenant général fort borné, en sorte qu'il lui étoit arrivé des malheurs à la guerre », et capitaine des gardes du comte de Toulouse comme gouverneur de Bretagne.
- Arrêt du conseil du 22 mai 1720, qui manifeste le désordre des actions de la banque, et qui a de tristes suites
- « Le 22 mai de cette année devint célèbre par la publication d'un arrêt du conseil d'État » sur les actions de la compagnie des Indes et les billets de banque, qui les « diminuoit par degrés de mois en mois, en sorte qu'à la fin de l'année ils se trouveroient diminués chacun de la moitié de leur valeur ». « Cela fit ce qu'on appelle en matière de finance et de banqueroute montrer le cul, et cet arrêt le montra tellement à découvert qu'on crut tout perdu beaucoup plus à fond qu'il ne se trouva. » « Le vacarme fut général et fut épouvantable. Personne de riche qui ne se crut ruiné sans ressource ou en droiture, ou par un nécessaire contre-coup ; personne de pauvre qui ne se vit réduit à la mendicité. »
- Malice noire d’Argenson
- Argenson, « qui par l'occasion de Law étoit arrivé aux finances, et parvenu aux sceaux », qui l'avait « finement barré en tout ce qu'il avoit pu » et avait dû lui céder les finances, « fut très accusé d'avoir suggéré cet arrêt par malice et en prévoyant bien tous les maux ». Il fallut « faire de Law un bouc émissaire » : « c'étoit aussi ce que le garde des sceaux avoit prétendu ; mais, content de sa ruse et de sa vengeance, il se garda bien de se déceler en reprenant ce qu'il avoit été obligé de quitter » — d'où le partage du contrôle général « en cinq départements », dont il choisit le sien, ses quatre collègues « moins que ses dépendants ».
- Mouvements du parlement
- « Le parlement, si ennemi du système par son système, n'eut garde de manquer une si belle occasion. Il se rendit protecteur du public par le refus de l'enregistrement et par les remontrances les plus promptes et les plus fortes » : le lundi 27 mai il nomma le premier président, les présidents Aligre et Portail, et les abbés Pucelle et Menguy pour porter les remontrances.
- L’arrêt est révoqué, dont l’effet entraîne à la fin la perte de Law
- « Le public crut lui devoir en partie la subite révocation de l'arrêt, tandis qu'elle ne fut donnée qu'aux gémissements universels et à la tardive découverte de la faute qu'on avoit commise en le donnant. Ce remède ne fit que montrer un vain repentir d'avoir manifesté l'état intérieur des opérations de Law, sans en apporter de véritable. Le peu de confiance qui restoit fut radicalement éteint, jamais aucun débris ne put être remis à flot. » Ce fut là ce qui « entraîna à la fin la perte de Law ».
- Conduite de l’abbé Dubois à l’égard de Law
- « L'abbé Dubois, tout absorbé dans sa fortune ecclésiastique, qui couroit enfin à grands pas à lui, avoit été la dupe de l'arrêt, puis n'osa soutenir Law contre l'universalité du monde. Il se contenta de demeurer neutre et inutile ami, sans que Law encore osât s'en plaindre. » Dubois « n'avoit garde de se brouiller avec un homme dont il avoit si immensément tiré », ni « de le protéger ouvertement contre un public entier aux abois et déchaîné ». « Tout cela tint encore quelque temps Law comme suspendu par les cheveux, mais sans avoir pied nulle part. »
- M. le duc d’Orléans me confie, et à deux autres avec moi, l’arrêt avant de le donner
- La veille de son départ pour la Ferté, Saint-Simon trouva le régent dans sa petite galerie : « il nous tira à part, le maréchal d'Estrées, moi et je ne sais plus qui encore, et nous apprit cet arrêt qu'il avoit résolu ».
- Je tâche en vain de l’en détourner
- « Je lui dis qu'encore que je me donnasse pour n'entendre rien en finance, cet arrêt me sembloit fort hasardeux ; que le public ne se verroit pas tranquillement frustrer de la moitié de son bien, avec d'autant plus de raison qu'il craindroit tout pour l'autre ; qu'il n'y avoit si mauvaise emplâtre qui ne valût mieux que celle-là, dont sûrement il se repentiroit. » Et de constater : « je disois souvent bien sans en être cru, et sans que les événements que j'avois prédits et qui arrivent corrigeassent pour d'autres fois. M. le duc d'Orléans me répondit d'un air serein en pleine sécurité. »
- Conduite du parlement et de M. le duc d’Orléans
- « Les écrits séditieux et les mémoires raisonnés et raisonnables pleuvoient de tous côtés, et la consternation étoit générale. » Le parlement s'assembla le 27 mai au matin ; « sur le midi du même jour, M. le duc d'Orléans envoya La Vrillière dire au parlement qu'il révoquoit l'arrêt du mercredi 22 mai ». L'après-dînée, les cinq députés furent bien reçus au Palais-Royal ; le régent leur annonça des rentes sur l'hôtel de ville à deux et demi pour cent, et comme ils demandaient trois : « qu'il voudroit non seulement les mettre à trois, mais à quatre et à cinq pour cent ; mais que les affaires ne permettoient pas qu'on pût passer les deux et demi ».
- Arrêt qui révoque au bout de six jours celui du 22 mai
- « Le lendemain 28 mai on publia l'arrêt qui remit les billets de la banque au même état où ils étoient avant l'arrêt du 22 mai, qui fut ainsi révoqué au bout de six jours, après avoir fait un si étrange effet. »
- Law est ôté du contrôle général des finances
- Le mercredi 29, La Houssaye et Fagon, avec Trudaine, prévôt des marchands, visitèrent la banque ; « en même temps Le Blanc, secrétaire d'État, alla chez Law, à qui il dit que M. le duc d'Orléans le déchargeoit de l'emploi de contrôleur général des finances et le remercioit des soins qu'il s'y étoit donnés ».
- Beuzwaldt, avec seize Suisses, en garde chez lui
- Et « comme bien des gens ne l'aimoient pas dans Paris », on crut devoir « mettre auprès de lui un officier de mérite et connu, pour empêcher qu'il ne lui arrivât quelque malheur » : « Beuzwaldt, major du régiment des gardes suisses, arriva avec seize Suisses pour rester jour et nuit dans la maison de Law. Il ne s'attendoit à rien moins qu'à sa destitution ni à cette garde ; mais il parut fort tranquille sur l'une et sur l'autre, et ne sortit en rien de son sang-froid accoutumé. »
- Il voit le régent après un refus simulé ; travaille avec lui et en est traité avec la bonté ordinaire
- « Ce fut une autre comédie, que celle que donna le régent » : il refusa de voir Law « amené par le duc de La Force par la portée ordinaire », puis le vit « dès le lendemain, conduit par Sassenage, par les derrières ». M. le Duc et Mme sa mère, « trop avant intéressés dans les affaires de Law », accoururent de Chantilly. Le régent « travailla souvent avec lui, sans s'en cacher », le mena même le samedi 25 « dans sa petite loge de l'Opéra, où il parut fort tranquille », « et continua à le traiter avec sa bonté ordinaire ».
- La garde se retire de chez lui
- « Le dimanche 2 juin, Beuzwaldt et ses seize Suisses se retirèrent de chez Law. »
- L’agio est transféré de la rue Quincampoix en la place de Vendôme
- « On ôta l'agiotage qui se faisoit dans la rue Quincampoix, et on l'établit dans la place Vendôme. Il y fut en effet plus au large et sans empêcher les passants. Ceux qui demeuroient dans cette place ne l'y trouvèrent pas si commode. Le roi abandonna à la banque les cent millions d'actions qu'il y avoit. »
- M. le duc d’Orléans me veut donner les sceaux, et m’en presse deux jours durant
- Le régent, « piqué contre Argenson, auteur de l'arrêt du 22 mai », voulut lui ôter les sceaux — et les proposa à Saint-Simon : « je me mis à rire ; il me dit qu'il n'y avoit point à rire de cela, qu'il ne voyoit que moi qu'il pût en charger ». Devant sa surprise qu'on eût « recours à un homme d'épée qui ne savoit ni ne pouvoit savoir un mot de lois », le régent répondit « que cette administration n'étoit qu'une routine que j'apprendrois en moins d'une heure ». Il prit l'Almanach royal et « eut la patience de me lire nom par nom la liste de tous les magistrats principaux, et de me détailler sur chacun ses raisons d'exclusion ». La discussion « dura plus de trois grosses heures » ; le lendemain à Meudon, le duc de La Force et Canillac, « venus ferrés à glace », le pressèrent « près de sept heures durant » jusqu'au bastion des Capucins, « comme si d'accepter ou de refuser les sceaux, la fortune, le salut, la vie de M. le duc d'Orléans eût été entre mes mains ».
- Je tiens ferme à les refuser
- Saint-Simon tint ferme : « je ne voulois hasarder ni ma conscience, ni mon honneur, ni le bien précieux de son amitié, en scellant ou refusant bien ou mal à propos des édits et des déclarations qu'il m'enverroit ». Les sceaux « ne décoreroient point ma maison », « mais ils m'exposeroient à la risée de ceux qui me verroient tenir le sceau, et à me casser la tête à apprendre un métier que je cesserois de faire avant que d'en savoir à peine l'écorce ». Il soupçonna après coup les motifs de chacun : Dubois « auroit voulu m'embarquer dans quelque ânerie » ; Law le voulait « comme un homme sûr et ferme qui ne molliroit point » ; Canillac « me haïssoit de jalousie » et espérait « me jeter dans quelque sottise dans l'administration des sceaux ». « Je n'en pus être persuadé, et je ne me rendis point. »
- Law et le chevalier de Conflans envoyés sonder et persuader le chancelier
- Le refus rapporté, la délibération se prit « entre M. le duc d'Orléans, l'abbé Dubois et Law » : « Law iroit trouver le chancelier qu'on savoit qui se mouroit d'ennui d'être à Fresnes », accompagné du chevalier de Conflans, cousin germain et ami intime de d'Aguesseau. Law sonderait « si le chancelier se rendroit traitable, et si on pouvoit compter que la cire deviendroit molle entre ses mains » ; Conflans devait « essayer de l'effrayer par la menace d'une continuation d'exil sans fin et sans terme, même après la régence ».
- Ils réussissent et le ramènent de Fresnes
- « Trois ans et demi de séjour à Fresnes avoient adouci les mœurs d'un chancelier de cinquante ans », dont les espérances d'avancer sa famille « se trouvoient ruinées par l'exil ». « Le beau parler de Law trouva des oreilles bien disposées. Le chancelier s'accommoda à tout, et le public, quand il fut informé, le reçut froidement et s'écria : Et homo factus est. » Comme il dut son retour « à Law, qui le ramena de Fresnes, ce retour fit la première brèche à une réputation jusque-là la plus heureuse, et qui n'a cessé de baisser depuis ».
- Les sceaux redemandés à Argenson et rendus au chancelier
- « M. le duc d'Orléans, certain du bon succès du voyage, envoya, le vendredi 7 juin, l'abbé Dubois demander les sceaux à Argenson, qui les rapporta l'après-dînée du même jour » avec sa démission, car il les avait « non en commission à l'ordinaire, mais en charge ». « Il ne jouit donc pas longtemps du fruit de son insigne malice. » Le chancelier arriva dans la nuit, et le lendemain « le roi lui remit les sceaux » aux Tuileries.
- Retraite d’Argenson en très bon ordre et fort singulière
- « Argenson n'avoit pas perdu son temps ; il étoit né pauvre, il se retira riche, ses enfants tous jeunes bien pourvus, en place avant l'âge, son frère chargé de bénéfices. Il témoigna une grande tranquillité, qui dans peu lui coûta la vie, sort ordinaire de presque tous ceux qui se survivent à eux-mêmes. Sa retraite fut sans exemple » : un appartement « beau et complet, commode comme une maison », au couvent de la Madeleine de Tresnel au faubourg Saint-Antoine, à cause d'une Mme de Veni, supérieure, « personne fort attrayante, et qui avoit infiniment d'esprit, dont on ne s'est pas avisé de mal parler » — laquelle, quand il était lieutenant de police, « sortoit lorsqu'il étoit malade pour venir chez lui et demeurer auprès de lui ». « Il conserva le rang, l'habit et toutes les marques de garde des sceaux, mais pour sa chambre » ; il ne voulut voir presque personne « et s'ennuya cruellement ».
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