TOME II · CHAPITRE XXII

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Résumé

1700 s'ouvre : le roi ne paye plus les dépenses de logement des courtisans ; exil de Mme de Nemours ; le cardinal de Bouillon ouvre la porte sainte du jubilé. Dispute de Torcy et des ambassadeurs pour les carrosses ; Delfini repart sans présents pour n'avoir pas visité les bâtards ; l'archevêque de Paris officie avec sa croix ; l'altesse refusée « avec éclat » à M. de Monaco ; cardinaux français à Rome, Gualterio nonce, et le privilège des grandes couronnes de choisir leurs nonces. Puis la colonne des morts : Mme Tambonneau, Mme de Navailles — fortune et famille contées —, Lavocat, Mme de Maulevrier, Biron père, le chevalier de Villeroy, Hauterive ; Cossé fait duc de Brissac.

Les entrées

1700. Le roi ne paye plus les dépenses que les courtisans font à leurs logements
1700 commence par une réforme domestique : « le roi déclara qu'il ne feroit plus la dépense des changements que les courtisans feroient dans leurs logements » — plus de soixante mille livres depuis Fontainebleau, Mme de Mailly « qui depuis trois ou quatre ans avoit fait changer le sien tous les ans » en étant crue la cause. « Cela fut plus commode… mais d'autre part tout fut aux dépens de chacun. »
Exil de Mme de Nemours
Mme de Nemours exilée dans sa magnifique maison de Coulommiers, pour avoir refusé de changer son gouverneur de Neuchâtel et pour ses lettres ouvertes « où on trouva choses qui déplurent » : « elle obéit avec une fermeté qui approcha fort de la hauteur. Être souveraine d'une belle terre, et sujette d'un grand roi, sont deux choses difficiles à accorder quand on se sent et qu'on veut faire ce qu'on est. »
Porte sainte du grand jubilé ouverte par le cardinal de Bouillon
Le cardinal de Bouillon, devenu sous-doyen, ouvre la porte sainte du grand jubilé « par l'infirmité du cardinal Cibo, doyen. Il en fit frapper des médailles, et faire des estampes et des tableaux… qu'il ne devoit pourtant à aucun choix : c'est ainsi que les gens si glorieux se montrent souvent bien petits. Jamais homme ne se montra tant l'un et l'autre. »
Dispute de Torcy et des ambassadeurs pour leurs carrosses aux entrées
La dispute des carrosses : celui de Torcy « s'étoit doucement coulé » aux entrées entre le dernier des princes du sang et ceux de Venise et de Savoie ; les nouveaux ambassadeurs ne le souffrirent point — « cette tentative, ainsi manquée presque aussitôt qu'aperçue et tournée en prétention, fut rejetée par tous les autres ambassadeurs », et le carrosse du secrétaire d'État reprit sa place, « le pénultième de tous ».
Delfini, nonce et cardinal, s’en va sans présents pour n’avoir pas voulu visiter les bâtards
Le nonce Delfini part sans présents « pour n'avoir pas voulu visiter les bâtards » : Cavallerini l'avait fait « et en fut tancé, et si mal reçu à son retour à Rome, que Delfini n'osa l'imiter ». Un mois de négociation sans le fléchir : « il ne put avoir ni audience de congé, ni même audience secrète, ni lettres de récréance, et il fut privé du présent de dix-huit mille livres en vaisselle d'argent… et il s'en alla sans dire adieu à personne. »
Archevêque de Paris officie à la Chapelle avec sa croix
L'archevêque de Paris officie à la Chapelle avec sa croix, malgré la prétention d'exemption de la juridiction de l'ordinaire : « M. de Paris venoit d'avoir l'ordre, et le roi le fit officier à la Chandeleur avec sa croix, à la messe de l'ordre » — le grand aumônier Bouillon étant absent et en disgrâce.
Altesse refusée à M. de Monaco avec éclat
L'altesse refusée à M. de Monaco « avec éclat » : lassé des résistances, il refuse l'excellence à qui ne lui donne pas l'altesse — « et par là, fit qu'aucun d'eux ne le vit plus, jusqu'au duc Lanti et au prince Vaïni, dont la France avoit fait la moderne et légère élévation ». « Ce qui est difficile à comprendre est comment le roi le souffrit à son ambassadeur, et comment il préféra la fantaisie toute nouvelle éclose d'un homme qui n'étoit ni favori ni ministre intérieur, au succès de ses affaires. »
Cardinaux françois à Rome
Cette situation hâte le départ des cardinaux français pour Rome — mais deux seulement : Estrées, qui s'arrête à Turin où M. de Savoie, « ennuyé de la hauteur des cardinaux », ne le voit que chez sa mère et chez sa femme, et Coislin. Le Camus, jamais rentré en grâce depuis sa promotion à l'insu du roi, reste à Grenoble ; Bonzi est « tout à fait tombé de tête et de santé » ; et Fürstenberg, « sucé jusqu'aux moelles par sa nièce », a permission de demeurer — « Mme de Soubise avoit ses raisons pour les laisser ensemble ».
Gualterio nonce en France
Gualterio, vice-légat d'Avignon, nommé nonce : « homme de beaucoup d'esprit », il s'était gouverné dans sa vice-légation « de manière à se rendre agréable au roi, dans la vue de cette nonciature, dont on ne sort point qu'avec le chapeau ». L'archevêque d'Arles Mailly, qui pensait à la pourpre « dès avant d'être évêque », s'était lié d'avance avec lui ; et c'est par lui que se fit entre Gualterio et Saint-Simon une liaison « qui se tourna depuis en véritable estime et amitié de part et d'autre ».
Grandes couronnes ont le choix de leurs nonces
Au passage, l'usage : le roi le préféra « dans une liste de cinq sujets que le pape lui proposa » — « c'est un usage, tourné en espèce de droit, que l'empereur et le roi ont ainsi le choix des nonces que Rome leur envoie. Je pense que le roi d'Espagne l'a aussi. »
Mort de Mme Tambonneau la mère
Mort de la vieille Tambonneau, plus de quatre-vingts ans, retirée aux Enfants-Trouvés où la meilleure compagnie la suivit : « elle n'avoit jamais fait grand cas de son mari ni de son fils l'ambassadeur en Suisse ; elle ne l'appeloit jamais que Michaut. »
Mort, fortune et famille de Mme de Navailles
Mort de Mme de Navailles, le 14 février — l'occasion d'une double histoire. D'abord la dette secrète de Mme de Maintenon : jeune orpheline débarquant d'Amérique, elle tomba chez Mme de Neuillant, mère de Mme de Navailles, qui « ne put se résoudre à lui donner du pain sans en tirer quelque service : elle la chargea donc de la clef de son grenier pour donner le foin et l'avoine par compte, et l'aller voir manger à ses chevaux ». Puis la porte murée : dame d'honneur de la reine, Mme de Navailles découvre la porte secrète percée vers la chambre des filles d'honneur pour les visites nocturnes du roi — conseil tenu avec son mari, « ils mirent la vertu et l'honneur d'un côté ; la colère du roi, la disgrâce, le dépouillement, l'exil de l'autre ; ils ne balancèrent pas » : la porte murée pendant le souper de la reine, le roi tâtonnant de nuit devant une muraille, la disgrâce totale adoucie par la reine mère mourante. « Le roi se souvenoit toujours de sa porte, et elle du foin et de l'avoine de Mme de Neuillant ; les années ni la dévotion n'en avoient pu amortir l'amertume. » Portrait du maréchal de Navailles en prime — l'homme de la mappemonde cherchée pour un ruisseau de Flandre, et qui assurait « que si Dieu lui avoit fait la grâce de le faire naître Turc, il le seroit demeuré ».
Mort de Lavocat
Mort du bon M. Lavocat, maître des requêtes, frère de Mmes de Pomponne et de Vins, « qui avoit eu toute sa vie la folie du beau monde, et de ne rien faire qu'être amoureux des plus belles et des plus hautes huppées, qui rioient de ses soupirs et lui faisoient des tours horribles » — « un grand homme, maigre, jaune comme un coing, et qui tout vieux qu'il étoit vouloit encore être galant ».
Mort de Mme de Maulevrier
Mort de Mme de Maulevrier, « femme de vertu et d'un vrai mérite », veuve du frère de Colbert, mère du gendre de Tessé.
Mort de Biron père
Biron, « qui si longtemps depuis a fait une fortune complète en biens et en honneurs, et qui l'a toute sa vie attendue dans la plus dure indigence », perd « un père obscur, qui, après la mort de sa femme, épousa une servante avec laquelle il acheva de se confiner ».
Mort du chevalier de Villeroy
Le chevalier de Villeroy se noie dans la capitane de Malte, coulée « en attaquant un bâtiment turc de quatorze pièces de canon » : le maréchal son père, « qui ne vouloit qu'un aîné », l'avait forcé aux caravanes « et eut tout lieu de s'en repentir ». Cette triste occasion raccommoda les Villeroy avec M. le Grand et Mme d'Armagnac, brouillés depuis l'affaire de la princesse d'Harcourt — « mais pour les belles-sœurs, qui n'eurent en aucun temps que des bienséances réciproques, cela ne les réchauffa pas plus qu'à l'ordinaire ».
Mort d’Hauterive
Mort de M. d'Hauterive, le mari d'amour de la sœur aînée du maréchal de Villeroy — « un fort honnête homme, brave et autrefois beau et bien fait, mais qui n'étoit pas fait pour être leur beau-frère » : épousé « publiquement malgré toute sa famille », il s'était fait accepter à force d'égards. « Toute sa vie aussi il fut galant, jusque dans sa vieillesse. Il y a lieu de juger qu'il en mourut : il se trouva fort mal après avoir mis une paire de gants, et mourut brusquement avec des symptômes qui persuadèrent qu'il en avoit été empoisonné. »
Cossé, duc de Brissac
Cossé « enfin termina ses affaires et fut reçu duc et pair au parlement, bien servi par la liaison qui étoit entre le maréchal de Villeroy et le premier président Harlay » — couronnement de l'affaire que Saint-Simon avait menée pour la conservation des duchés.
Mort du cardinal Casanata
Rome perd le cardinal Casanata, « un de ses plus illustres cardinaux, par sa piété, par sa doctrine, par le nombre et le choix des livres qu'il ramassa » : il légua sa bibliothèque à la Minerve, « la rendit publique et y joignit tout ce qui étoit nécessaire pour l'entretenir et la rendre utile ».
Quatre-vingt mille livres à M. d’Elbœuf
M. d'Elbœuf « attrapa assez adroitement quatre-vingt mille livres du roi » : proposant de vendre cent mille écus l'Artois séparé de son gouvernement, il obtint du roi — « qui toute sa vie avoit eu du foible pour M. d'Elbœuf » — cette gratification en échange du refus : « sûrement M. d'Elbœuf n'y perdit pas. »
Cent mille à Mme de Montespan, qui achète Oiron
Et cent mille francs à Mme de Montespan pour acheter Oiron : « ce présent ne fut pas gratuit » — elle avait renvoyé au roi un fil de perles de cent cinquante mille livres, donné « encore augmenté » à la duchesse de Bourgogne. Déjà dans la pénitence, elle formait du bien à d'Antin — mais Oiron relevait de Thouars avec le droit féodal le plus dur : le seigneur de Thouars pouvait faire abattre les murs du parc pour ses chasses — « on comprend que c'est un droit si dur qu'on ne s'avise pas de l'exercer ; mais on comprend aussi qu'il se trouve des occasions où on s'en sert dans toute son étendue, et alors que peut devenir le seigneur d'Oiron ? »

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