TOME III · CHAPITRE VII
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Résumé
Suite du tableau madrilène : changements à la cour d'Espagne à l'arrivée du roi ; singularités de suzeraineté et de signatures de quelques grands ; les conseillers d'État — Mancera et son « étrange régime » de centenaire, l'amirante de Castille, Frigilliane, Monterey, Tresmo, Fuensalida, Montijo — et le patriarche des Indes. Vie du jeune roi ; Louville en premier crédit ; le duc de Monteléon ; la coutume dite « saccade du vicaire » ; le P. Daubenton jésuite confesseur. Aversberg, ambassadeur impérial, renvoyé avant l'arrivée du roi ; continuation du voyage des princes ; folie du cardinal Le Camus sur sa dignité.
Les entrées
- Changements à la cour d’Espagne à l’arrivée du roi
- Les changements de l'arrivée : le roi prend « l'habit espagnol et la golille », réduit trente gentilshommes de la chambre en exercice à six ; Palma vice-roi de Catalogne à la place de Darmstadt, Villena en Sicile puis à Naples, Medina-Celi président du conseil des Indes. Le plus grand changement : la disgrâce du connétable de Castille — « rien n'est à vie en Espagne, et à la mort du roi toutes les charges se perdent » —, Medina-Sidonia passant de majordome-major à grand écuyer, et Villafranca majordome-major : « par ce qu'il avoit fait sur le testament et par son vote fameux il avoit bien mérité cette grande récompense. » Le mot de la duchesse d'Ossone sur Villafranca et don Martin de Tolède : « tous deux Espagnols en chausses et en pourpoint, l'un en vieux, l'autre en jeune. »
- Singularité de suzeraineté et de signatures de quelques grands d’Espagne
- Singularités de suzeraineté et de signatures : le duché de Bragance relève du comte de Benavente, dont les armes sont « sur la porte du château de Bragance à la droite de celles du roi de Portugal : toutes deux saluées une fois l'an, le premier salut aux armes du comte » ; Medina-Celi, sept fois grand, « ne signe jamais que El Duque Duque » ; Villena et Astorga signent également « El Marqués » — « de manière qu'il faut connoître leur écriture pour savoir lequel c'est » ; Veragua signe « El Almirante Duque » par l'amirauté héréditaire des Indes des Colomb.
- Autres conseillers d’État
- Les autres conseillers d'État passés en revue pour compléter la galerie du testament.
- Mancera et son étrange régime
- Mancera et son étrange régime : à quatre-vingt-six ans, « l'esprit aussi sain et aussi net qu'à quarante ans », parlant cinq ou six langues — et « il y avoit cinquante ans qu'il n'avoit mangé de pain » : un verre d'eau à la glace avec de la conserve de roses au lever, du chocolat, des fruits ou une salade à souper, « et sans sentir mauvais ni être incommodé d'un si étonnant régime » — sa femme vivant à peu près de même à quatre-vingts ans.
- Amirante de Castille
- L'amirante de Castille : généalogie remontée jusqu'aux jumeaux bâtards d'Alphonse XI — Transtamare le régicide devenu roi, et Frédéric, tige des Enriquez. Le personnage : « de l'esprit infiniment, obligeant, insinuant, caressant, haut, libre, ambitieux à l'excès, et très-dangereux sans son extrême paresse de corps qui n'influoit point sur l'esprit » — « déshonoré sur le courage, il ne l'étoit pas moins sur la probité. Personne ne se fioit à lui, et il en rioit le premier » : quatre palais superbes à Madrid habités « par saison trois mois de l'année », toujours quatre jésuites chez lui, « la rage de gouverner et une haine mortelle contre tous les gens qui gouvernoient, et par cette seule raison ». « Il fut pourtant la dupe du testament… Nous le reverrons bientôt sur la scène. »
- Frigilliane
- Frigiliana-Aguilar : « un grand seigneur, haut, fier, ardent, libre, à mots cruels, dangereux, extrêmement méchant avec infiniment d'esprit et de capacité », accusé d'avoir empoisonné le père du duc d'Ossuna « dans une tabatière » — plaisantant le premier de sa laideur et disant « que son fils étoit dans l'âme ce que lui portoit sur le visage ».
- Monterey
- Monterey, second fils du célèbre don Luis de Haro, l'homme de la paix des Pyrénées : « un génie supérieur en tout ; mais haut, méchant et dangereux » — « qu'eût dit son père s'il eût vu ce que son fils voyoit, avec toutes ses précautions pour les renonciations de notre reine Marie-Thérèse ? »
- Tresmo
- Tresmes, de la maison de Velasco : « homme de beaucoup de probité et de capacité. »
- Fuesalida
- Fuensalida, grand d'Espagne et conseiller d'État.
- Montijo
- Montijo, dont la fille unique porta la grandesse à un Acuña Pacheco « qui a fait fortune par l'ambassade d'Angleterre ».
- Patriarche des Indes
- Le patriarche des Indes, frère de Portocarrero, « qui ne mangeoit pas plus de pain que le marquis de Mancera, mais qui étoit méchant, hargneux, haineux, malintentionné et pestant toujours contre le gouvernement. Il ne savoit mot de latin » — confirmé pourtant dans sa charge par l'amour du cardinal.
- Vie du roi d’Espagne en arrivant
- La vie du roi en arrivant : ne connaissant personne, « il se laissa conduire au duc d'Harcourt et à ceux qui avoient eu la principale part au testament », mais « il se déroboit volontiers pour être seul avec le peu de François qui l'avoient suivi » — Valouse son écuyer, et Louville surtout, « celui-là beaucoup plus qu'aucun le dépositaire de son âme ».
- Louville en premier crédit
- Louville en premier crédit : recommandé par Beauvilliers « comme un homme sage, instruit, plein de sens, d'esprit et de ressource », avec « une gaieté et des plaisanteries salées qui réveilloient le froid et le sérieux naturel du roi » ; Harcourt tombé dans une longue maladie, « tout le poids des affaires tomba sur Louville à découvert, et pour en parler au vrai, il gouverna le roi et l'Espagne ».
- Duc de Monteléon
- L'affaire Monteléon : le duc, seul grand seigneur resté à la reine exilée dont il était devenu grand écuyer, majordome et tout — le cardinal, voulant « isoler entièrement la reine, et qu'elle ne trouvât au plus que des valets », saisit l'affaire de sa fille pour se venger : arrêt obtenu du conseil de Castille « en trois heures de temps » — six cent mille livres de rente confisquées, le duc à saisir jusque dans le palais de la reine, « mis et lié sur un cheval » vers les prisons de Grenade, la tête coupée à défaut de représenter sa fille. Louville, averti par d'Urse, dicte au roi deux ordres : l'officier arrive « à la porte de Tolède au moment même que l'exécuteur de l'arrêt y entroit » ; et le cardinal, tiré de son lit, va lui-même « arracher des registres la feuille de cet arrêt et la jeter au feu ». Le lendemain, au roi qui lui demande s'il a exécuté l'ordre : « Sí, señor, répondit le cardinal, et ce monosyllabe fut le seul qu'on ait ouï sortir de sa bouche… Il n'y a au monde qu'un Espagnol capable de ce flegme apparent. »
- Coutume en Espagne, dite la saccade du vicaire
- La « saccade du vicaire », coutume tournée en loi « également folle et terrible pour toutes les familles » : toute fille de seize ans accomplis persistant devant le vicaire à vouloir épouser un homme, « fût-ce le palefrenier de son père », est mariée sur-le-champ « sans autre formalité, et, de plus, sans que la fille puisse être déshéritée » — c'est l'arme dont Portocarrero menaçait Monteléon pour le mariage Mortara, paré par l'enlèvement de la fille conduite à Bayonne épouser le marquis de Westerloo.
- P. Daubenton, jésuite, confesseur du roi d’Espagne
- Le P. Daubenton, jésuite français, confesseur du roi d'Espagne — au grand regret des dominicains « en possession de tout temps du confessionnal des rois d'Espagne » mais minés par les jésuites dont l'Espagne « fourmilloit » des maisons. « Admirablement bien choisi » — au sens noir : « cachant sous des dehors retirés, désintéressés, simples et même ignorants, une finesse la plus déliée, un esprit le plus dangereux en intrigues, une fausseté la plus innée, et une ambition démesurée d'attirer tout à soi et de tout gouverner. Il fit une foule de dupes… C'est un personnage avec qui il fallut compter, et en France à la fin comme en Espagne. »
- Aversberg, ambassadeur de l’empereur après Harrach, renvoyé avant l’arrivée du roi à Madrid
- Aversberg, successeur de Harrach : la junte, « qui dans ces circonstances le prit moins pour un ambassadeur que pour un espion, lui conseilla doucement de se retirer » — il partit avant l'arrivée du roi, mais « passa par Paris, où il s'arrêta en voyageur pour y voir les choses de plus près ».
- Continuation du voyage des princes
- La continuation du voyage des princes : le Languedoc se distingue, le Dauphiné fait de son mieux, les neiges « impitoyables » ferment la grande Chartreuse ; la Provence — Aix, Arles, Marseille, Toulon et les spectacles de la marine —, Avignon « qui se piqua de surpasser les villes du royaume », et Lyon qui couronne tout.
- Folie du cardinal Le Camus sur sa dignité
- La folie du cardinal Le Camus sur sa dignité : recevant les princes à Grenoble avec tout son esprit, « sa pourpre l'avoit enivré au point de lui faire perdre la tête dans tout ce qui la regardoit, jusque-là qu'un homme qui avoit passé ses premières années à la cour aumônier du roi fut longtemps en peine, sur le point de l'arrivée des princes chez lui, si dans sa maison même il devoit leur donner la main. »
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