TOME XVIII · CHAPITRE XVI
Lire le texte intégral du chapitre →
Résumé
Le monument documentaire : « liste alphabétique de tous les grands d'Espagne existant pendant que j'y étais, en 1722, où les maisons et les personnages sont courtement expliqués » — d'Alencastro et Albe à Gravina en passant par Albuquerque, del Arco, Arcos, Aremberg, Atri, Baños, Bejar, Berwick, Bournonville, Doria, Estrées, Frias « connétable héréditaire de Castille » — avec la note que Philippe V supprima les titres de connétable et d'amirante — Gandie, Giovenazzo… Le répertoire du gotha espagnol dressé de première main.
Les entrées
- Grands d’Espagne constamment de la première origine
- Ouverture de la liste par les grands « constamment de la première origine » : « l'opinion commune en Espagne, et qui usurpe l'autorité de la notoriété publique, admet un premier ordre de grands devenus insensiblement tels de ricos-hombres qu'ils étoient lors de l'établissement des grands par Charles-Quint » — Medina-Coeli, Villena et Escalone, Ségorbe, Ayétone, Astorga, Montalte, l'Infantade, Albuquerque, Albe, Benavente, Bejar, Lemos, Arcos ; « plusieurs y ajoutent » Medina-Sidonia, Aguilar, Najara, Frias connétable et Medina de Rioseco amirante héréditaires. Mais « ce premier ordre ne leur donne aucune sorte de préférence ni de distinction sur pas un des autres grands les plus modernement faits ».
- Liste alphabétique de tous les grands d’Espagne existant pendant que j’y étais, en 1722, où les maisons et les personnages sont courtement expliqués
- Règles de la liste alphabétique : « le chiffre à côté des grands marquera le nombre de grandesses sur la même tête, accumulées par héritages, qui toutes ne se peuvent partager, et ne donnent jamais en rien aucune distinction ». « Comme le secret qu'ils affectent de leurs diverses classes et de leur ancienneté les oblige de marcher et de se placer entre eux comme ils se rencontrent, et que les titres de duc, prince, marquis et comte leur sont indifférents, je n'ai pu que choisir l'ordre alphabétique, par laquelle on verra qu'il y en a bien plus que de ducs en France » ; « aucun grand espagnol n'a porté le titre de prince jusqu'à présent ».
- Duc d’Alencastro
- Abrantès est Alencastro, avec neuf grandesses accumulées : renvoi aux développements donnés ailleurs sur cette maison portugaise.
- Duc d’Albe
- Albe est Tolède : comté donné en 1430 par Jean II de Castille à l'archevêque Guttiere Gomez de Tolède, duché en 1469 des rois catholiques ; le premier duc fut « bisaïeul du duc d'Albe, trop fameux par ses cruautés aux Pays-Bas et par la facile conquête du Portugal ». Le duc du temps de l'ambassade, revenu de Vienne après avoir suivi l'archiduc, « menoit une vie fort retirée » : « il y passoit pour un bon et honnête homme. Il me parut fort poli et savoir l'être en grand seigneur. Ces Tolède se distinguent d'autres Tolède par le prénom d'Alvarez. »
- Duc d’Albuquerque
- Albuquerque est Bertrand La Cueva, duché de 1464 conservé par les mariages d'héritières à un Français, Hugues Bertrand, peut-être des Bertrand de Briquebec en Normandie. Le douzième duc, ancien vice-roi du Mexique, valut à Saint-Simon sa plus mémorable méprise : « j'aperçus devant moi un petit homme trapu, mal bâti, avec un habit grossier sang de bœuf, des cheveux verts et gras qui lui battoient les épaules » — « je ne doutai pas un moment que ce ne fût le porteur de bois de cet appartement » — jusqu'à ce qu'un mouvement laissât « apercevoir un collier de la Toison. « Ah ! mon Dieu, qu'est-ce que cela ? » m'écriai-je. Le duc de Liria jeta les mains sur mes épaules et me dit : « Taisez-vous, c'est mon oncle. » » C'était pourtant « un homme d'esprit, très instruit, fin et adroit courtisan », au palais « magnifiquement meublé » où des meubles entiers « au lieu d'être de bois, étoient d'argent ».
- Duc del Arco
- Del Arco est Manrique de Lara : don Alonzo Manrique, « grand homme parfaitement bien fait, blond, chose très rare dans un Espagnol », « grand toréador et fort brave », gagna le roi par deux actions : à une chasse « le roi blessa un sanglier qui vint sur lui et qui l'eût tué, si dans l'instant don Alonzo ne se fût jeté entre-deux et dessus, et ne l'eût tué » ; puis, la reine tombée « le pied pris dans son étrier », il le dégagea — et « s'enfuit à toutes jambes jusqu'au premier couvent, c'est qu'en Espagne toucher au pied de la reine est un crime digne de mort ». Fait grand écuyer, duc del Arco et grand, « avec sa faveur, il ne se voulut jamais mêler de rien, ne demanda jamais rien pour lui ». « Il avoit l'air si parfaitement et si naturellement françois, qu'il auroit passé dans Paris pour l'être. »
- Duc d’Arcos
- Arcos est Ponce de Léon, maison qui « prétend sortir des anciens comtes de Toulouse », duché de 1498. Le septième duc, fils de l'héritière d'Aveiro, et sa femme étaient « très riches et très magnifiques, ayant un très beau et grand palais, des meubles admirables, et fort aumôniers et gens de bien », « se plaisant en leurs haras et à la plus superbe écurie d'Espagne » ; « tous deux très polis, beaucoup d'esprit et de grandeur, parlant bien françois et de fort agréable conversation et même libre avec moi ».
- Duc d’Aremberg
- Aremberg est Ligne : « étoit en Flandre attaché à la cour de Vienne. »
- Duc d’Arion
- Arion est Sotomayor y Zuniga, oncle paternel du duc de Bejar : sous le nom de marquis de Valero, majordome du roi dès son arrivée, puis vice-roi du Mexique « où il étoit en vénération » ; le roi, « qui l'avoit toujours aimé, se souvint de lui en son absence » et le fit majordome-major de la princesse des Asturies, « puis duc d'Arion et grand en arrivant en Espagne peu après que j'en fus parti ».
- Duc d’Atri
- Atri est Acquaviva, Napolitain, « frère du cardinal Acquaviva et neveu d'un autre cardinal » : « capitaine des gardes du corps de la compagnie italienne, et en Italie lorsque j'étois en Espagne ».
- Duc d’Atrisco
- Atrisco est Sarmiento : simple mention dans la liste.
- Duc de Baños
- Baños est Ponce de Léon, « frère du duc d'Arcos. Il s'étoit retiré et établi en Portugal dans les biens d'Aveiro, de sa mère, lorsque j'étois en Espagne. »
- Duc de Bejar
- Bejar est Sotomayor y Zuniga, duché des rois catholiques (1488). Le douzième duc « étoit un homme d'esprit, sage, timide, qui désiroit fort quelque utile réformation dans le gouvernement », et en conféra plusieurs fois avec Saint-Simon et le comte de Priego — lesquels souhaitaient qu'il s'y employât, « ce que je ne jugeai point du tout à propos, quoique au fond je pensasse comme eux, ainsi que l'impossibilité radicale du remède ». « Fort honnête homme, instruit et fort pieux », il avait eu « dès l'âge de six ans, chose unique, la Toison de son père, tué en 1686 volontaire au siège de Bude ».
- Duc de Berwick
- Berwick est Fitzjames, « bâtard de Jacques II, roi d'Angleterre, étant duc d'York, et de la sœur du fameux duc de Marlborough, duc et pair de France et d'Angleterre, maréchal de France, général des armées de France et d'Espagne, chevalier des ordres de la Jarretière, de la Toison d'or et du Saint-Esprit », tué devant Philippsbourg.
- Duc de Bournonville
- Bournonville, du Boulonnois, « connue dès 1070 » : le baron de Capres « fit si bien sa cour aux maîtresses de l'électeur de Bavière qu'avec fort peu de réputation dans le monde et pas plus à la guerre, il devint lieutenant général et chevalier de la Toison d'or », puis « s'attacha servilement à la princesse des Ursins » qui l'envoya à Utrecht porter sa chimère de souveraineté — « il y fut méprisé de s'être chargé d'une si vile commission ». Grand en 1715, capitaine des gardes wallonnes, « il vouloit aller ambassadeur en France, où résolument on n'en vouloit point » : ses importunités journalières coûtèrent à Saint-Simon « un vrai tourment les derniers mois », jusqu'à l'obséder « deux heures le soir dans la cour du Retiro » la veille du départ. « Il étoit faux au dernier point, et d'une avarice extrême », « peu désiré, peu estimé et peu compté ».
- Duc Doria
- Doria, duc, « à Gênes, dont il est d'une des quatre premières maisons ».
- Duc d’Estrées, maréchal de France
- Estrées, François, à Paris : « on a vu en son lieu comment il fut fait grand ».
- Duc de Frias, connétable héréditaire de Castille
- Frias est Velasco, « en Castille, près de Burgos », duché des rois catholiques pour le troisième comte de Haro, connétable de Castille devenu héréditaire : « ils ont été bien plus connus sous le seul nom de connétables de Castille que sous celui de ducs de Frias ». « Je n'ai point vu le dernier de ces connétables, parce que son jeune âge l'empêchoit de paroître dans le monde. Il étoit fort riche et fort grand seigneur. »
- Titres de connétable et d’amirante de Castille supprimés par Philippe V
- « Les offices de connétable et d'amirante avoient anciennement des rangs, des droits et des fonctions ; mais devenus depuis longtemps héréditaires, par conséquent abusifs, il n'en restoit plus que le titre, qui n'étoit que pour les oreilles. Cette inutilité, l'insolence et la perfidie de l'amirante, et l'enfance du connétable engagèrent Philippe V à en supprimer même les titres pour toujours par un diplôme exprès et sans dédommagement. »
- Duc de Gandie
- Gandie est Llançol dit Borgia : la sœur du pape Calixte III épousa Geoffroy Llançol, dont les enfants prirent nom et armes de Borgia ; de là Alexandre VI et ses fils — « César Borgia, qui devint célèbre par ses crimes sous le nom de duc de Valentinois », qui « fit tuer Jean Borgia dans Rome, et jeter son corps dans le Tibre » — et, rachat éclatant, « François Borgia, duc de Gandie, qui, après avoir perdu sa femme, se fit jésuite, dont il fut bientôt après général : c'est le célèbre saint François de Borgia ». Le treizième duc, « jeune, sans monde ni esprit, obscur et embarrassé de tout », fut pourtant fait gentilhomme de la chambre du prince des Asturies.
- Duc de Giovenazzo
- Giovenazzo est del Giudice, Génois transplanté à Naples : c'est Cellamare, « qui ourdit avec le duc et la duchesse du Maine la conspiration », grand écuyer de la reine. Sa fin, longtemps après : outré des promesses toujours inexécutées de Patiño sur le paiement de l'écurie de la reine, « il se fâcha, en vint aux grosses paroles, et entra dans une telle colère qu'il eut peine à regagner son logis, où il se trouva si mal qu'il en mourut le jour même à près de quatre-vingts ans ».
- Duc de Gravina
- Gravina est des Ursins, « à Naples et à Rome. C'est à présent l'aîné de cette grande maison. Mme des Ursins fit donner la grandesse au duc de Gravina, neveu du pape Benoît XIII. »
- Duc d’Havré
- Havré est Croï, en Flandre, duché de Philippe III pour Charles-Alexandre de Croï, « tué dans sa maison à Bruxelles d'un coup de mousquet qui lui fut tiré par une fenêtre » en 1624. Le duc d'Havré du temps de Philippe V, colonel des gardes wallonnes, avait épousé par les soins de la princesse des Ursins la fille de sa sœur ; « la chute de la princesse des Ursins attira des dégoûts au duc et à la duchesse d'Havré », qui se retirèrent en France ; l'aîné de ses fils « s'est fixé au service de France où il est lieutenant général ».
- Duc d’Hijar
- Hijar est Silva, « ancienne baronnie en Aragon, puis duché, passé d'héritière en héritière » ; un des possesseurs mourut « au château de Léon, prisonnier d'État, ayant trempé dans la conjuration de Charles Padille contre Philippe IV ». Le huitième duc « fréquentoit peu la cour et le monde, mais avoit de la considération. Je l'ai fort peu vu et point du tout fréquenté. »
- Duc del Infantado
- Del Infantado est Silva, « traités ci-devant » : érection de 1475 par les rois catholiques ; par Pastrane, la date de la grandesse des Silva « doit être prise de celle de 1568 de duc d'Estremera », donnée par Philippe II au prince d'Eboli, mari d'Anne Mendoza, « favorite si déclarée de Philippe II ».
- Duc de Licera
- Licera y Aragon : simple mention dans la liste.
- Duc de Liñarez
- Liñarez : la grandesse d'Alencastro était tombée à l'évêque de Cuença, « que je laissai en partant d'Espagne sans avoir fait sa couverture, parce qu'il vouloit la faire avec son bonnet, et que les grands s'y opposoient et vouloient qu'il se couvrît avec son chapeau » — contestation qui le retenait à la cour, « qui n'en étoit pas fâché, et qui n'étoit pas sans ambition ni sans esprit ». L'autre Liñarès, portugais (Noroña), passa par héritière au second duc d'Abrantès.
- Duc de Liria
- Liria est Fitzjames, fils unique du premier lit de Berwick : son père, fait grand, obtint « qu'il jouît en même temps de la grandesse conjointement avec lui, ce qui étoit jusqu'alors sans exemple ». Portrait aimé : « il avoit de l'esprit, beaucoup d'honneur et de valeur, et une grande mais sage ambition » ; « il avoit un talent si particulier pour les langues, qu'il parloit latin, françois, espagnol, italien, anglois, écossois, irlandois, allemand et russien comme un naturel du pays ». Mais « la vie compassée, uniforme, languissante, triste de l'Espagne lui étoit insupportable » ; ambassadeur en Russie — « la tzarine, sans l'en avertir, lui jeta un jour le collier de son ordre au cou » —, il finit à Naples où, « s'abandonnant aux plaisirs de la société, et peu à peu à l'amour d'une grande dame, il en mourut de phtisie. C'est un homme que je regretterai toujours. »
- Ducs de Medina-Coeli
- Medina-Coeli est Figuerroa y La Cerda : « la grandeur de l'origine de cette grandesse, et la singularité de sa première continuation, m'engagent à m'y étendre » — neuf grandesses accumulées sur cette tête, la première maison d'Espagne.
- La Cerda, seigneurs de Medina-Coeli
- Les La Cerda, seigneurs de Medina-Coeli, descendent d'Alphonse X de Castille, « dit l'Astrologue », dont le fils aîné Ferdinand, gendre de saint Louis, mourut avant lui : le cadet Sanche le Brave « profita de cette passion d'étude pour lui persuader de se décharger sur lui de tous les soins du gouvernement », déshérita ses neveux et « résolut de précipiter son père du trône ; il en vint à bout ». « Le malheureux père, réduit à ses livres, implora l'assistance de toute l'Europe, donna sa malédiction à son fils, et appela à défaut de la race de ses petits-fils celle de saint Louis. Ce prince et Jacques Ier, roi d'Angleterre, montrent ce que sont des cuistres couronnés. » Des neveux spoliés sortit Louis de La Cerda, « prince des îles Fortunées », couronné roi des Canaries en Avignon, amiral de France, dont la fille unique Isabelle fut l'héritière.
- Dernier direct comte de Foix, etc
- Gaston Phoebus, comte de Foix, « dont la magnificence et la cour sont si vantées dans Froissart », tua son fils unique de sa main : au souper d'Orthez, « le soupçon et la colère le surprirent si à coup que, croyant que son fils lui alloit porter le coup de la mort en lui donnant la serviette, il tira un poignard de son sein, dont il l'abattit mort à ses pieds » (1380). « Le père, revenu à lui-même, fut au désespoir, et en mourut enfin de douleur, qui lui causa l'apoplexie qui l'étouffa dans l'instant qu'il se lavoit les mains en se mettant à table à Orthez, de même façon qu'il avoit tué son fils. »
- Succession de ses États après lui
- Ses États passèrent à Matthieu de Foix, vicomte de Castelbon, puis par sa sœur aux Grailly, « qui par ce même héritage de Foix eurent celui de Navarre », dont la couronne « tomba par une héritière dans la maison d'Albret, et d'elle par la même voie dans la maison de Bourbon, avec les comtés de Foix, Bigorre, Béarn ».
- Ses deux bâtards
- Gaston Phoebus laissa quatre bâtards, « dont les deux derniers n'ont point paru dans le monde » : Bernard l'aîné « eut un bonheur extrême », et Yvain, « le favori du père, brilla à la cour de Charles VI ».
- Fin malheureuse du cadet
- Fin malheureuse du cadet : Yvain « fut de ce funeste bal où ce roi et sa suite se masquèrent en sauvages, où le feu prit à leurs habits, dont plusieurs moururent brûlés, dont Yvain fut un, sans avoir été marié. Ce fut le 30 janvier 1392. »
- Fortune énorme de l’aîné
- Fortune énorme de l'aîné : Bernard, parti « chercher fortune en Espagne dès 1367 », s'y distingua au service d'Henri de Transtamare et « eut le bonheur de plaire à Isabelle de La Cerda, dame de Medina-Cœli », héritière royale : « cet heureux bâtard de Foix fit donc ce grand mariage si disproportionné de lui, et fut fait comte de Medina-Coeli. Il prit en plein et en seul le nom de La Cerda, et les armes de Castille et de Léon et de France, tous ces quartiers sans brisure, ainsi qu'il appartenoit à ces malheureux princes déshérités. »
- Bâtards de Foix, comtes, puis ducs de Medina-Coeli
- Les bâtards de Foix, comtes puis ducs de Medina-Coeli (1491, des rois catholiques), accumulèrent par mariages Alcala, Ségorbe, Cardonne, Comarès, Denia. Le huitième et dernier, « général des côtes d'Andalousie, ambassadeur à Rome, vice-roi de Naples, premier ministre d'État en 1709 », tomba sous « la jalousie et les menées de la princesse des Ursins » : « accusé d'une conspiration contre l'État, arrêté comme il alloit au conseil, conduit à Pampelune, puis à Fontarabie, où il mourut fort tôt après » sans enfants — ses sept sœurs mariées « tous grands d'Espagne ».
- Figuerroa, ducs de Medina-Coeli
- Par la sœur aînée, tout passa aux Figuerroa, marquis de Priego et ducs de Feria : le duc de Medina-Coeli du temps de l'ambassade « y étoit fort considéré » ; lui et son fils Cogolludo « étoient autant du grand monde et de la cour que des seigneurs espagnols naturels en pouvoient être ; ce sont ceux de cette cour qui se sont souvenus le plus longtemps de moi, par leurs lettres, bien des années depuis mon retour ». Leur palais, « peut-être le plus spacieux qu'il y ait dans la ville », accueillit une comédie « extrêmement magnifique » où parut toute la cour.
- Amirante de Castille
- Medina de Rioseco est Enriquez y Cabrera, amirante héréditaire de Castille : Saint-Simon renvoie au détail donné au tome III sur cette maison et sur « le triste personnage » que fit le dernier amirante après sa fuite en Portugal.
- Duc de Medina-Sidonia
- Medina-Sidonia est Guzman, « le premier duché des Castilles » (1445), étendu en 1460 par Henri IV « non seulement à sa postérité légitime, mais encore à son défaut à l'illégitime. Cela sent bien le mauresque et l'Afrique. » La maison de Guzman « est une des plus anciennes, des plus grandes et des plus illustres d'Espagne ». Le duc d'alors était ce fils « qui aima mieux conserver sa golille et vivre obscur que de faire sa couverture après la mort de son père » : « je ne l'ai vu ni rencontré nulle part ».
- Duc de Saint-Michel
- Saint-Michel est Gravina, « d'une des plus grandes maisons de Sicile », qui « s'étoit fort endetté à soutenir le parti de Philippe V » : venu à Madrid pour sa couverture, « je l'y laissai encore sans s'être couvert faute d'avoir pu payer la médiannate et les frais, qui vont loin, sans avoir pu obtenir ni remise ni diminution, ce que tout le monde trouvoit fort injuste ».
- Duc de La Mirandole
- La Mirandole est Pico, souverains dépouillés de leurs petits États d'Italie par l'empereur Léopold « parce qu'ils se sont trouvés à sa bienséance » — maison du « fameux Pic de La Mirandole, le phénix de son siècle par son immense savoir », et dont deux filles firent la souche des ducs de La Rochefoucauld. Le duc établi en Espagne, grand écuyer de Philippe V, « étoit un fort bon et honnête homme, fort pieux et considéré » ; sa femme, sœur du marquis de Los Balbazès, « fut noyée dans sa maison de Madrid, réfugiée dans son oratoire, par une subite inondation ».
- Duc et duchesse de Monteillano
- Monteillano est Solis, « proprement de ce que nous appelons de robe », élevé jusqu'au gouvernement du conseil de Castille et fait grand par Charles II — « je ne répondrois pas que cette grandesse n'eût été achetée dans les grands besoins où Charles II s'est trouvé, car il manqua toujours d'argent ». La duchesse, sœur du prince d'Isenghien, choisie par la princesse des Ursins « pour lui garder la place de camarera-mayor » pendant sa première disgrâce, fut ensuite camarera-mayor de la princesse des Asturies, « où on en fut fort content ».
- Duc de Monteléon
- Monteléon est Pignatelli, « une des grandes maisons du royaume de Naples » : le huitième duc, « comme le plus ancien chevalier de l'ordre de la Toison d'or qui fût lors en Espagne, y donna en cérémonie le collier à Philippe V à son arrivée », puis « se retira à Naples, y fut très partial de la maison d'Autriche, et n'est pas revenu depuis en Espagne ».
- Duc de Mortemart
- Mortemart est Rochechouart, à Paris : « c'est la grandesse du duc de Beauvilliers que Philippe V lui donna en arrivant en Espagne, dont il avoit été le gouverneur. Elle passa au duc de Mortemart, qui avoit épousé sa fille unique héritière, et par la mort d'eux et de leurs enfants cette grandesse est éteinte depuis mon retour. »
- Duc de Najera
- Najera est Ossorio y Moscoso : duché des rois catholiques (1482) pour Pierre Manrique de Lara « dit le Vaillant », tombé « cinq fois en différentes maisons par des filles héritières » ; don Joseph Osorio, frère cadet du comte d'Altamire, l'eut par son mariage avec l'héritière Anne de Guevara y Manrique.
- Duc de Nevers
- Nevers est Mancini : le père, neveu du cardinal Mazarin, « fort fâché de ne pouvoir espérer que son fils fût duc, chercha partout une grandesse à lui faire épouser » et trouva l'héritière Spinola, dont le père « pour de l'argent s'étoit fait faire prince de l'Empire, et depuis, par la même voie, grand d'Espagne par Charles II ». La duchesse Sforza « profita de la régence et le fit faire duc et pair sans avoir jamais vu ni cour ni guerre ».
- Duc de Noailles
- Noailles : « avec la faveur de sa famille et celle de Mme de Maintenon, dont il avoit épousé l'unique nièce et héritière, il ne lui fut pas difficile d'obtenir en Espagne tout ce qu'il voulut. »
- Duc d’Ossone
- Ossuna est Acuña y Tellez Giron : les maisons d'Acuña et de Silva « prétendent sortir de la même origine aussi illustre qu'ancienne » — les rois de Léon par le rico-hombre Pélage Pelaez. Des deux frères, Jean fit la branche aînée Acuña-Pacheco (Escalone), Pierre la seconde Acuña-Tellez-Giron, dont sortit le premier duc d'Ossone (1562, Philippe II). Le sixième vint saluer Philippe V à Paris et fut premier plénipotentiaire à Utrecht ; son frère, ambassadeur pour le mariage du prince des Asturies, « n'a rien eu qui mérite d'en rien dire ».
- Duc et duchesse de Saint-PierreDuc de Popoli ; son caractère ; son fils et sa belle-fille ; leur caractère
- Saint-Pierre est Spinola : il « acheta la grandesse de Charles II en 1675 » et la principauté de Piombino « que l'empereur s'appropria sans le rembourser » ; veuf, il épousa à Paris la sœur de Torcy. « Elle avoit enfin apprivoisé la jalousie et l'avarice de son mari, homme d'esprit, fort instruit et de bonne compagnie » ; les étrangers s'assemblaient chez eux à Madrid. — Popoli est Cantelmi : portrait au vitriol du gouverneur du prince des Asturies, « le seigneur de la cour le plus parfaitement décrié » : « haut par nature, bas à l'excès quand il croyoit en avoir besoin, ambitieux, avare à l'excès, encore plus poltron, faux, double, extrêmement dangereux » ; sa femme, à qui il devait ses biens, « mourut un peu étrangement, et il passoit publiquement pour l'avoir empoisonnée par jalousie, jusque-là que la reine le lui a souvent reproché ». Son fils Peltorano, escroc par l'avarice paternelle, se fit mener par le vénérable duc de Giovenazzo à un rendez-vous de courtisane et lui en fit payer les quatre pistoles — « il ne fit qu'en rire et conter son joli exploit » ; sa femme, fille du maréchal de Boufflers, dame du palais aimée de la reine, finit ses jours en piété aux descalzas reales. Au Mail, Saint-Simon demanda à la reine où elle le croyait : « je suis actuellement chez le duc de Popoli, où je prends congé de lui » — il mourut en janvier suivant « regretté de personne », laissant « un argent immense que son avarice avoit accumulé ».
- Duc de Sessa ; duc de Saint-Simon et son second fils conjointement
- Sessa est Folch-Cardonne : duché napolitain « donné par Ferdinand le Catholique au grand capitaine Gonzalve de Cordoue », passé par héritières aux Cardonne. Le duc d'alors « ne ressembloit guère » à ses pères : « un grand garçon, fort bien fait, ayant la tête plus que verte, aimant fort le vin, chose fort rare dans un Espagnol, et d'ailleurs étourdi et débauché à merveilles, par conséquent méprisé ». — Saint-Simon : « idem, et mon second fils conjointement avec moi pour en jouir tous les deux ensemble et en même temps. »
- Duc de Solferino ; sa fortune
- Solferino est Gonzague, cadet de Castiglione : son père le lança en France « avec un petit collet, dans l'espérance qu'il y attraperoit quelque bénéfice pour vivre ». « Noir, vilain, crasseux, il paroissoit un pauvre boursier de collège » ; le feu roi « ne put s'empêcher de dire qu'il n'avoit pu tenir davantage à voir à tous les coins d'allées ce petit abbé de Castillon ». Recueilli par la duchesse d'Albe, il la suivit en Espagne, « où tant fut procédé qu'elle l'épousa, et pour ne pas déchoir, le roi d'Espagne eut pour elle la considération de le faire grand d'Espagne ». Veuf à l'arrivée de Saint-Simon, « la douleur lui persuada de se faire capucin » — chambre « sans tapisserie ni meubles, avec un châlit sans ciel ni rideaux » ; « cette grande douleur ne fut pas longue : il épousa avant mon départ une Caraccioli, peut-être la seule belle personne qui fût dans Madrid. L'esprit lui étoit venu avec le pain assuré. »
- Duc de Turcis
- Tursis est Doria, Génois, « où ces ducs se sont fait compter depuis longtemps par une escadre de galères qu'ils ont à eux, et dont ils ont souvent fort bien servi les rois d'Espagne ».
- Duc de Veragua
- Veragua est Portugal y Colomb : duché institué en 1537 par Charles-Quint pour Diego Colomb, fils du « fameux Christophe Colomb », passé par héritières à la branche royale de Portugal. Le duc ami de Saint-Simon vint deux fois en France « avec la chimère de rattraper sur les Anglois l'île de la Jamaïque », y « dépensa fort gros avec une fameuse chanteuse de l'Opéra », puis « la peur du diable le prit » : « il fit de grandes aumônes, et s'écrioit souvent qu'il se repentoit bien d'avoir fâché Dieu : c'étoit son expression ». Enfermé dans ses vapeurs, il mourut laissant sa sœur Liria « une des plus puissantes héritières qu'il y eût en Espagne ». « En lui finit cette branche de Portugal. »
- Maréchal-duc de Villars
- Villars : « le maréchal de Villars, sans avoir jamais servi le roi d'Espagne, ni eu aucun rapport avec lui, fut fait grand d'Espagne au commencement de la régence, au grand étonnement de tout le monde, et sans qu'on ait jamais su pourquoi. Il le dut, je crois, à ses vanteries et à ses rodomontades dont la cour d'Espagne fut la dupe. Richesses et grandeurs, tout lui fut bon. »
- Duc d’Uzeda ; sa défection
- Uzeda est Acuña Pacheco Tellez-Giron : le troisième duc, ambassadeur à Rome à l'avènement de Philippe V, « voyant les affaires mal bâter en Italie, quitta à Rome le caractère d'ambassadeur, renvoya le collier du Saint-Esprit au feu roi, chose jamais arrivée jusqu'alors, prit la Toison que l'archiduc lui envoya, erra longtemps en Italie sans nulle considération dans le parti qu'il avoit embrassé, se retira enfin à Vienne où il vécut longtemps fort pauvre et fort méprisé, et y mourut dans cet état ».
- Prince de Bisignano
- Bisignano est Saint-Séverin, « à Naples, dont à tous égards c'est une des premières et plus grandes maisons, qui prétend avec fondement tenir le fief de Saint-Séverin de Robert Guiscard, en récompense des services rendus à ce conquérant ».
- Prince de Santo-Buono
- Santo-Buono est Caraccioli, maison napolitaine qui « prétend tirer son origine de Grèce », divisée entre « Carraccioli rouges » et « Carraccioli au lion ». Le prince, ancien ambassadeur à Venise et vice-roi du Pérou, était « un fort honnête homme, très considéré, d'une conversation charmante et instructive, et que j'ai beaucoup vu » ; sa goutte lui valait « la distinction d'aller en chaise à porteur » et un tabouret au palais.
- Remède sûr et sans inconvénient pour la goutte, au Pérou
- Le remède du Pérou : le prince y trouva « une herbe qui, prise comme du thé, guérissoit de la goutte, sans aucun des inconvénients des remèdes de l'Europe qui, en guérissant la goutte en apparence, ne font que déranger le cours de cette humeur qui se porte sur les parties intérieures, et tue peu après l'apparente guérison des membres ». Il fit cinquante lieues pour voir l'herbe « en son pays natal », en usa et « se diminua beaucoup la goutte » — « je lui reprochai de n'en avoir point apporté avec lui pour en faire des épreuves ».
- Prince de Butera
- Butera est Branciforte : simple mention.
- Prince de Cariati
- Cariati est Spinelli, à Naples : simple mention.
- Prince de Chalois ; sa fortune
- Chalois est Talleyrand, François : neveu du premier mari de la princesse des Ursins, qu'elle fit venir en Espagne et « fit faire grand d'Espagne sans la permission du roi, qui déclara qu'il ne lui permettroit jamais de jouir en France du rang ni des honneurs de grand d'Espagne ». « La chute de Mme des Ursins lui fit perdre le peu de considération qu'il s'étoit acquise » ; « l'inconcevable et toujours infructueuse débonnaireté de M. le duc d'Orléans fit, sans ma participation, tout ce qu'il put désirer ». Il épousa la sœur du duc de Mortemart, veuve de Cani, « ennuyée de porter le nom » de Chamillart ; « à l'ivresse de la cour, dans tous les deux, succéda le dégoût ».
- Prince de Chimay
- Chimay est Hennin-Liétard, de Flandre : distingué jeune à la guerre, Toison d'or des mains de l'électeur de Bavière, lieutenant général de Philippe V ; « le prince de Chimay fit si bien sa cour à la princesse des Ursins qu'elle le fit faire grand d'Espagne. Il devint mon gendre : j'en parlerai ailleurs. »
- Prince de Castiglione
- Castiglione est Aquino, maison qui « passe avec raison pour une des premières d'Italie, et a donné saint Thomas d'Aquin à l'Église » ; grandesse de Charles II (1699) pour le prince de Castiglione.
- Connétable Colonne
- Colonne : « à Rome, où cette grande et puissante maison figure si hautement depuis près de sept cents ans », « plusieurs papes, une foule de cardinaux » ; « Fabrice Colonne fut le premier de sa maison connétable du royaume de Naples, charge demeurée héréditaire à sa postérité masculine » ; le septième connétable eut Toison et grandesse.
- Prince Doria
- Doria, prince, à Gênes : autre rameau de « l'une des quatre premières maisons de cette république ».
- Prince de Ligne
- Ligne : le second prince de Ligne, dont « la mère étoit Lorraine-Chaligny, nièce de la reine Louise, épouse du roi Henri III », fut « général de la cavalerie aux Pays-Bas, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, vice-roi de Sicile, gouverneur général du Milanois, grand d'Espagne en 1650 » ; sa postérité « est retournée au service de l'empereur, lorsque les Pays-Bas espagnols sont retournés sous sa domination ».
- Prince de Masseran ; son caractère ; sa fortune
- Masseran est Ferrero, « originaires du diocèse de Verceil, avec la chimère de descendre de la grande et illustre maison Acciaïoli » — « à proprement parler, ils n'ont point d'armes à eux ». Le jeune marquis de Crèvecœur, envoyé en Espagne, « avoit de l'esprit, de la galanterie, savoit mêler la réserve avec la hardiesse » ; sa faveur auprès de la reine et de la princesse des Ursins « pointa tellement que le monde en parla », et il « eut l'adresse et le bonheur que la chute de Mme des Ursins ne lui nuisît point ». « C'étoit un homme extrêmement aimable et un de ceux avec qui j'ai le plus vécu et le plus familièrement » ; « il étoit aimé, considéré, désiré, reçu avec plaisir partout, même des plus gourmés et des plus vieux seigneurs espagnols ».
- Prince de Melphe
- Melphe est Doria, « Génois, d'une des quatre grandes et premières maisons de la république, transplanté à Naples ».
- Prince de Palagonia
- Palagonia est Gravina, « en Sicile, d'une des plus grandes maisons du pays ».
- Prince de Robecque
- Robecque est Montmorency, « branche sortie de celle de Fosseux » : l'aîné passa au service de Philippe V, Toison, grand en 1713, colonel des gardes wallonnes, mort sans enfants ; son frère le comte d'Estaires lui succéda, et « au retour en France de la fille de feu M. le duc d'Orléans, veuve du roi Louis, il en fut nommé majordome-major par Philippe V ».
- Prince de Sermonetta
- Sermonetta est Gaetano — « que nous prononçons Cajetan » —, maison de Boniface VIII, « qui n'oublia pas l'établissement de sa maison. Ces grands d'Espagne n'y sont jamais venus et sont toujours demeurés à Naples. »
- Prince de Sulmone
- Sulmone est Borghèse, « de Sienne, famille d'avocats et de jurisconsultes » élevée par Paul V : « ce fut un terrible pape, qui éleva sa famille tout d'un coup en terres, en titres, en grandes alliances, en richesses. Il fit le fils de son frère prince de Sulmone, obtint pour lui la grandesse d'Espagne, et lui fit épouser la fille du duc de Bracciano, chef de la maison des Ursins. »
- Prince de Surmia
- Surmia est Odeschalchi : Innocent XI, « fils d'un riche banquier de Côme », fait cardinal par la fameuse dona Olympia, « avec un génie austère, borné, opiniâtre et un cœur tout autrichien, s'y abandonna avec une partialité qui le rendit la dupe de l'usurpation de l'Angleterre par le prince d'Orange, qu'il favorisa d'argent et de tout ce qu'il put ». Son neveu, « un des plus puissants champignons de l'Italie en possessions et en dignités », fut fait prince de l'Empire et grand d'Espagne ; « pas un de sa famille n'a été en Espagne ».
- Prince d’Ottaïano
- Ottaïano est Médicis, « d'une branche cadette et fort séparée de celle des grands-ducs de Toscane, et c'est la seule qui reste de toute la maison de Médicis », établie à Naples « et toujours méprisée par les souverains de Toscane, les reconnoissant pourtant toujours pour être Médicis comme eux » ; frère du pape Léon XI ; grandesse de 1700.
- Marquis d’Arizza
- Arizza est Palafox : simple mention.
- Marquis d’Ayétone
- Ayetona est Moncade, colonel des gardes espagnoles : « Moncade est la première baronnie de Catalogne » ; la maison, sénéchaux héréditaires, « a aussi possédé le Béarn et le Bigorre ». Le sixième marquis « avoit une grande réputation de probité, de désintéressement et de valeur la plus distinguée et la plus brillante » ; « fort aimable dans la société, avec les manières du monde, simples, nobles et polies, et l'air d'un grand seigneur ». Singularité : il ne portait pas les armes de Moncade « mais les armes de Bavière seules et en plein », chimère venue du nom de Dapifer — « pour la date de sa grandesse, c'est ce que je me gardai bien de lui demander ».
- Marquis de Los Balbazès
- Los Balbazès est Spinola : marquisat et grandesse de 1621 « pour le fameux capitaine Ambroise Spinola ». Le troisième marquis « se trouva au mariage de Louis XIV, accompagna la cour depuis la frontière jusqu'à Paris et parut avec tant de magnificence et de galanterie » ; le quatrième, gendre du dernier Medina-Coeli des bâtards de Foix, « tout à coup se fit prêtre avec dispense de recevoir tous les ordres à la fois » — les prêtres étant « fort difficiles à arrêter et à juger en Espagne pour causes laïques ». Le cinquième, que Saint-Simon fréquenta beaucoup, « avoit de l'esprit, du monde, de l'application et des lettres », et devint grand écuyer de la princesse des Asturies.
- Marquis de Bedmar
- Bedmar est Bertrand La Cueva, cadet d'Albuquerque : capitaine général aux Pays-Bas, il « rouloit d'égal avec nos maréchaux de France » et gagna si bien l'estime des troupes françaises que Louis XIV « lui donna l'ordre du Saint-Esprit en 1704 » — « il fut le seul Espagnol pour qui le roi demanda et obtint la grandesse ». Président des conseils de guerre et des ordres, premier commissaire pour la signature des articles, « on lui apportoit un siège chez le roi d'Espagne, par très grande distinction » ; « il se piquoit fort d'aimer et de caresser les François, et d'une grande reconnoissance pour la mémoire de Louis XIV ». Sa fille unique, « cruellement laide », porta la grandesse au marquis de Moya, second fils du marquis de Villena.
- Marquis de Camaraça
- Camaraça est Los Cobos : « il ne laisse pas d'y avoir en Espagne, comme en France, des grandesses de faveur, et dont les races ne remontent pas haut » — Francisco de Los Cobos, secrétaire d'État et favori de Charles-Quint, en fut la souche.
- Marquis de Castel dos Rios
- Castel dos Rios est Semmenat, Catalan : « c'est celui qui étoit ambassadeur d'Espagne en France à la mort de Charles II », ce qui « lui valut la grandesse et la vice-royauté du Pérou », où il mourut ; son fils n'en revint que longtemps après « et fit aussitôt sa couverture ».
- Marquis de Castel-Rodrigo
- Castel-Rodrigo passa des Moura — dont Christophe, premier vice-roi de Portugal pour l'Espagne après la conquête de Philippe II — aux Homodeï, « des jurisconsultes, des citadins et des gens de robe de Milan », par mariage d'héritière. Le marquis négocia à Turin le mariage de la première reine de Philippe V et fut son grand écuyer ; à la mort de sa femme, « ce changement domestique et de fortune lui affaiblit la tête, tellement que lorsque j'arrivai à Madrid, il n'étoit plus en état de paroître ni de voir personne ».
- Prince Pio
- Le prince Pio — Castel-Rodrigo par sa mère — était « un grand homme fort bien fait, poli, glorieux, ambitieux au possible, qui avoit très bonne opinion de soi, plus de valeur que de talents et d'esprit ». Grand écuyer de la princesse des Asturies, « il fut entraîné par le torrent qui, depuis mon départ, inonda tout à coup l'hôtel de La Mirandole, et son corps fut trouvé à une lieue de Madrid, dans une espèce de cloaque ».
- Marquis de Castromonte
- Castromonte est Baeza, « une famille de robe, et sans alliances, inconnue et dans l'obscurité » : le second marquis « fut fait grand d'Espagne par Charles II, en janvier 1698, sans service, sans charge, sans faveur précédente, et l'acheta fort cher à ce qu'ils prétendent tous en Espagne ».
- Marquis de Clarafuente
- Clarafuente est Grillo, « à Gênes, de la première noblesse de la république ».
- Marquis de Santa-Cruz ; sa fortune
- Santa-Cruz est Benavidez y Bazan, majordome-major de la reine : longue généalogie des Benavidez, issus des rois de Léon. Le marquis, accusé d'impuissance par sa femme — « il y eut sur cela un grand procès ; il le perdit, et peut-être qu'il n'en fut pas fâché » — puis attaqué par « une fille bourgeoise » pour un enfant — « nouveau procès, et il le perdit encore : on voit qu'il n'étoit pas heureux en procès » —, vivait retiré quand Berwick découvrit qu'il avait arrêté avec ses vassaux une colonne ennemie : ramené à la cour, il y devint l'intime du roi et de la reine. Portrait : « un fort grand homme, un visage brun et rouge, de gros sourcils noirs et des yeux qui regardoient volontiers de côté, l'air et le jeu sournois et moqueur » ; « on le craignoit pour ses dits, pour sa morgue dédaigneuse, encore plus son silence et ses yeux qui parloient de compagnie » ; « il n'aimoit point du tout les François ni les Italiens » — mais Saint-Simon l'apprivoisa : « il me plaisoit fort, et me divertissoit assez souvent ».
- Marquis de Laconi
- Laconi : « il étoit depuis longtemps aux Indes espagnoles lorsque j'étois en Espagne. »
- Marquis de Lede
- Lede est Bette : chargé en chef par Albéroni de l'expédition de Sardaigne et de Sicile, « dont il s'acquitta en capitaine », grand d'Espagne au retour, puis vainqueur en Afrique « avec beaucoup de capacité et de bonheur ». « Il vivoit avec assez de splendeur, avoit une bonne table, et y rassembloit les Flamands, d'autres étrangers, les Espagnols qu'il pouvoit, peu ou point de François, qu'il haïssoit. »
- Marquis de Mancera
- Mancera : le texte ne porte que le nom — l'oubli sera réparé en fin de liste.
- Marquis de Mondejar
- Mondejar est Ivannez : marquisat et grandesse vers 1612 pour Innigo Lopez de Mendoza, tombés par héritières à Gaspard Ivannez, comte de Tendilla, « d'une naissance pourtant fort commune et peu connue » ; le marquis d'alors était « fort obscur et retiré ».
- Marquis de Montalègre
- Montalègre est Guzman : majordome puis favori de Charles II, capitaine des hallebardiers, grand fin 1697, sommelier du corps de Philippe V « mais sans nul exercice » : « c'étoit un bon et très honnête homme, fort paresseux, fort retiré, par dégoût de n'avoir que le titre vain d'une si belle charge, doux et modeste, toutefois compté et considéré. Il m'avoit pris assez en amitié. »
- Marquis de Pescaire
- Pescaire est Avalos, maison qui se prétend navarraise : Roderic Lopez d'Avalos fut connétable de Castille en 1396 ; un cadet passa au royaume de Naples et épousa l'héritière de Pescaire ; Alphonse d'Avalos, « grand trésorier de Naples et général des armées de Charles-Quint », fut vice-roi de Naples et grand d'Espagne — la branche est restée à Naples.
- Marquis de Richebourg
- Richebourg est Melun, fils puîné du second prince d'Espinoy : Toison d'or, grand d'Espagne de Philippe V, capitaine général, colonel des gardes wallonnes, « dans ses gouvernements lorsque j'étois en Espagne. Il n'a laissé que deux filles demeurées en Flandre, qui ne se sont point mariées, et la grandesse s'éteint nécessairement. »
- Marquis de Ruffec
- Ruffec, Saint-Simon : « mon second fils, conjointement avec moi, et pour en jouir ensemble l'un et l'autre, dont c'est le premier exemple en Espagne. »
- Marquis de Torrecusa ; caractère de son épouse
- Torrecusa est Caraccioli, des Carraccioli rouges : le bisaïeul fut fait grand vers 1646 ; celui du temps de l'ambassade, « obscur », « passoit pour un fort pauvre homme, mais avoit une femme d'esprit et de mérite, dame du palais, aimée de la reine et fort considérée ».
- Marquis de Villena, duc d’Escalona ; sa naissance, ses actions, son éloge, sa famille
- Villena, duc d'Escalona, est Acuña y Pacheco, l'aîné de toute cette maison : le majordome-major de soixante-quatorze ans était « le seigneur d'Espagne le plus considéré, le plus respecté et le plus digne de l'être ». Vice-roi de Catalogne, de Navarre, d'Aragon, de Sicile, de Naples, il défendit Gaëte jusqu'à être « pris enfin barricadé dans les rues, les armes à la main, indignement traité et mis aux fers par les Impériaux, en sorte qu'il avoit les jambes tout arquées de ses fers » ; c'est lui qui bâtonna Albéroni devant le roi malade et la reine — récit qu'il fit à Saint-Simon « avec modestie, mais avec complaisance ». Fondateur de l'académie espagnole « sur le modèle de notre Académie française », « tout sentoit et montroit en lui un très grand seigneur devant lequel on voyoit tous les plus grands se ranger, lui faire place, lui céder sans qu'on en fût surpris, même sans le connoître » — « enfin l'honneur, la probité, la valeur, la vertu même ». Ses fils, Gormaz et Moya, « quoique aimés tendrement, étoient devant lui comme de petits garçons, à qui il tailloit les morceaux à mesure qu'ils en avoient besoin ». « Il fut presque le seul qui osât me venir voir à mon quartier après ma petite vérole, tant le roi la craignoit. »
- Marquis Visconti
- Visconti, marquis, à Milan : « la grandesse est de 1679, pour César Visconti, chevalier de la Toison d'or. »
- Comte d’Aguilar ; ses faits
- Aguilar est Manrique de Lara : les Arellano, comtes d'Aguilar dès 1475, dégradés sous Charles-Quint, rétablis grands par Philippe IV en 1640. Le comte d'Aguilar, tour à tour chef des finances, de la guerre, capitaine général, colonel des gardes espagnoles, tomba en 1710 avec le duc de Noailles pour avoir voulu « donner une maîtresse au roi d'Espagne » ; à la mort brusque du duc de Vendôme à Vignaroz, « cru empoisonné sans aucun doute, Aguilar eut le malheur d'en être fort publiquement accusé, et fut renvoyé dans sa commanderie pour n'en plus sortir ». « C'étoit un très méchant homme sur qui personne ne pouvoit compter, mais si plein d'esprit, de nerf, d'ambition et de ressources qu'il n'étoit pas à mépriser » ; Saint-Simon le visita et découvrit « un homme piqué, frétillant, désolé de son exil, cachant ce qui s'en montroit sous des propos de la satisfaction qui se trouve dans le repos ».
- Grandeur de la maison d’Avellano
- Grandeur de la maison d'Arellano : elle « descendoit masculinement de Sanche Ramirez, frère de Garcias, dit le Restaurateur, roi de Navarre » — « c'étoit peut-être pour cela même que Charles-Quint la voulut abaisser et confondre ». « Leurs armes mêmes étoient très singulières » : parti de gueules et d'or « à trois fleurs de lis de l'un en l'autre, faites comme celles que nos rois portent aujourd'hui ».
- Grandeur de la maison de Manrique de Lara
- Grandeur de la maison de Manrique de Lara : elle « ne cède à aucune autre en Espagne en ancienneté et en grandeur d'origine, en alliances, possessions, en dignités et en emplois ; elle descend de mâle en mâle des comtes souverains de Castille, qui sortoient de même des rois des Asturies et de Galice. Ils ont donné des reines à la Navarre, à Léon et à la Castille » ; « le détail feroit un volume ».
- Comte d’Altamire ; sa famille, son caractère
- Altamira est Ossorio y Moscoso, grandesse vers 1610 ; la mère du comte, « fille du sixième duc de Segorbe et de Cardonne, étoit camarera-mayor de la reine avec une très grande considération ». Le jeune comte, « fort grave, fort dévot, fort mesuré, fort espagnol, et regrettant toutes les étiquettes », fut sommelier du corps et favori du roi Louis « au point qu'il auroit tout gouverné. Il avoit déjà rétabli toutes les étiquettes espagnoles. On pouvoit dire de lui que c'étoit un jeune seigneur qui n'avoit point vieilli depuis le temps de Philippe II. »
- Comte d’Aranda
- Aranda est Roccafull : comté d'Aragon passé par héritières des Urrea aux Heredia — cinquième comte grand vers 1590 — puis en 1696 à Guillaume de Roccafull ; « MM. de Roquefeuille, qui sont François, prétendent être de même maison que les Roccafull d'Espagne ».
- Comte de Los Arcos
- Los Arcos est Figuerroa y Laso de La Vega : comté de Philippe III, grandesse de 1697 par Charles II ; « c'est son fils que j'ai vu, mais assez peu, en Espagne ».
- Comte d’Atarès
- Atarès est Villalpando, grandesse « de Philippe V ».
- Comte de Baños
- Baños, comte, est Moncade : la grandesse de 1692, venue des Leyva par héritière, échut à Emmanuel de Moncade, « frère du marquis d'Ayétone, qui avoit servi avec distinction, et avoit perdu une jambe, mais par accident. Il n'avoit qu'une fille non plus que son frère. »
- Comte de Benavente ; grandeur de la maison de Pimentel ; jésuites
- Benavente est Pimentel, « des plus grandes et des plus illustres de Portugal », passée en Castille avec l'infante Béatrix : comté-grandesse de 1398, récompense d'avoir défendu Bergança « jusqu'à la dernière extrémité ». Le douzième comte, sommelier du corps de Charles II puis de Philippe V, mourut « fort vieux et fort considéré ». Son fils « passoit sa vie reclus dans ses terres dans une extrême dévotion, affolé des jésuites dont cinq ou six l'y assiégeoient toujours. Il y tenoit sa femme et ses enfants auxquels il ne donnoit rien, et désoloit sa famille, qui pestoit tous contre les jésuites qu'ils prétendoient l'avoir ensorcelé. »
- Comte de Castrillo
- Castrillo est Crespi : simple mention.
- Comte d’Egmont
- Egmont : « une des plus grandes et des plus illustres maisons des Pays-Bas », qui posséda un temps la souveraineté de Gueldre ; le dernier comte, arrière-petit-fils de « celui à qui le duc d'Albe fit couper la tête à Bruxelles en 1568 », servit Philippe V « avec beaucoup de valeur » et mourut sans enfants en 1707 : « cette grande maison d'Egmont fut éteinte ». Sa succession et sa grandesse passèrent par sa sœur aux Pignatelli ducs de Bisaccia, dont l'aîné, comte d'Egmont, « a épousé la fille unique du duc de Villars, fils unique du maréchal ».
- Comte de San-Estevan de Gormaz
- San-Estevan de Gormaz est Acuña y Pacheco, fils aîné du marquis de Villena, « fort distingué par sa valeur et ses actions, et par sa probité, peu par ses talents, d'esprit assez court et courtisan timide. Je l'ai fort vu et pratiqué en Espagne. » Capitaine des gardes espagnoles, grand du vivant de son père lors de l'affaire du banquillo.
- Comte de San-Estevan del Puerto
- San-Estevan del Puerto est Benavidez : le neuvième comte, « homme de beaucoup d'esprit, de traits plaisants et en même temps de capacité », vice-roi de Sicile — où « il éteignit et punit à Messine les restes de la révolte » — puis de Naples, grand en 1696, majordome-major de la première reine de Philippe V ; son petit-neveu fut premier plénipotentiaire d'Espagne au congrès de Cambrai puis grand écuyer du prince des Asturies.
- Comte de Fuensalida
- Fuensalida est Velasco : comté d'Henri IV de Castille, grandesse de Charles II vers 1670 ; le petit-fils « étoit un grand garçon, assez bien fait, de vingt-six ou vingt-sept ans » que Saint-Simon vit peu « et dont j'ai encore ouï moins parler ».
- Comte de Lamonclava
- Lamonclava est Bocanegra y Portocarrero : le second comte, grand vers 1693, fut envoyé gouverneur de la Nouvelle-Espagne, « où il mourut » ; ses fils « étoient encore aux Indes occidentales » du temps de l'ambassade.
- Comte de Lemos ; son caractère et celui de la comtesse sa femme
- Lemos est Portugal y Castro : Denis de Portugal, fils puîné du troisième duc de Bragance, « n'eut pas honte à la maurisque » d'épouser l'héritière bâtarde de Lemos — « aussi étoit-il lui-même de race bâtarde, quoique couronnée ». Le onzième comte « avoit de l'esprit et se faisoit craindre par la liberté de ses traits ; d'ailleurs son extrême paresse le tenoit renfermé à fumer sans cesse, chose fort extraordinaire pour un Espagnol : aussi n'étoit-il compté pour rien ». La comtesse, sœur du duc de l'Infantade, « pleine d'esprit et de grâces », très considérée malgré leur passé autrichien, devint camarera-mayor de Mlle de Beaujolois : « on n'en pouvoit choisir une plus agréable ni plus capable de former une princesse ».
- Comte de Maceda ; son fils et sa belle-fille
- Maceda est Lanços, « maison de Galice, ancienne, mais qui n'a rien d'illustre » : la fidélité du comte pendant la guerre — « les efforts de sa bourse, de son crédit et de ses soins » — lui valut la grandesse aux applaudissements de tous. Son fils Taboada, « borgne d'accident, il en plaisantoit le premier », était l'un des familiers de Saint-Simon : « je n'ai point vu d'homme plus gai ni qui eût la repartie plus vive, plus fine, plus à la main » — ses escarmouches avec Veragua, Liria et Masseran étaient « ravissantes ».
- Comte de Miranda
- Miranda est Chaves : le comté, passé par héritières des Zuniga — avec le duché de Peñeranda, grandesse de première classe de 1629 — à la maison de Chaves, « ancienne et grandement alliée ».
- Comte de Montijo
- Montijo est Acuña y Portocarrero : le cinquième comte, « fort jeune et fort bien fait », avait eu « le bon sens de se retirer avec sa femme dans ses terres pour raccommoder ses affaires » — retraite qui « lui avoit fait honneur » : reparu au mariage de Lerma, « toute la cour marqua de la joie et de l'empressement de le voir ». « Il me parut de l'esprit, instruit, sage et beaucoup de politesse et d'envie de faire » ; il fut plus tard ambassadeur en Angleterre et à Francfort, grand écuyer puis majordome-major de la reine.
- Comte d’Oñate
- Oñate est Velez de Guevara, comté de 1449 toujours conservé dans la maison ; le huitième comte hérita de « l'utile charge héréditaire de grand maître des postes d'Espagne » du comte de Villamediana, « tué d'un coup de pistolet à Madrid dans son carrosse — on prétendit alors que Philippe IV l'avoit soupçonné d'être amoureux de la reine son épouse, Élisabeth de France, et avoit fait faire le coup ». Le onzième comte « vivoit fort retiré, où peut-être l'avoit jeté la disgrâce de son puissant beau-père », le dernier Medina-Coeli.
- Comte d’Oropesa
- Oropesa est Portugal y Toledo, branche royale de Portugal : le comte d'Oropesa, président du conseil de Castille sous Charles II, « exilé par lui, rappelé tout à la fin de la vie de ce roi, exilé de nouveau peu après l'arrivée de Philippe V, mourut dans cet exil » ; son fils revint depuis à Madrid et eut la Toison.
- Comte de Palma
- Palma est Bocanegra y Portocarrero — famille du « fameux cardinal Portocarrero » de Tolède. Le premier grand comte de Palma fut « rétabli en 1679 par Charles II dans le rang et honneurs » perdus sous Charles-Quint ; son fils fut « persécuté par la princesse des Ursins, par haine pour sa femme, qui tenoit à Madrid une manière de tribunal où tout étoit apprécié, et où on ne pardonnoit pas à la princesse des Ursins sa conduite à l'égard du cardinal Portocarrero » — le comte et la comtesse furent exilés ; leur fils « vivoit mécontent et fort retiré, et ne se présentoit point au palais ».
- Comte de Parcen
- Parcen est Sarcenio : simple mention.
- Comte de Parédes
- Parédes, « dit Tolède y La Cerda » : comté de 1452 pour Roderic Manrique, passé enfin au marquis de La Laguna, des bâtards de Foix, vice-roi de la Nouvelle-Espagne, grand de troisième classe en 1689 ; Charles II accorda ensuite la grandesse perpétuelle à sa veuve, camarera-mayor de la reine mère, « en considération de ce que les comtes de Parédes avoient été grands de Castille jusqu'à Charles-Quint ». Leur fils, « né à Mexico en 1683, que j'ai vu à Madrid ».
- Comte de Peñeranda
- Peñeranda, comté (à ne pas confondre avec le duché), est Velasco par les Bracamonte : Gaspard de Bracamonte fut plénipotentiaire d'Espagne à la paix de Munster et gouverneur de la monarchie. Curiosité : le père du second marquis del Fresno, « né sourd et muet, avoit appris à se faire entendre, à lire, à écrire, avec le prince de Carignan, en 1638, à Madrid, par l'industrie d'un Espagnol nommé Emmanuel Ramirez de Carion ».
- Comte de Peralada
- Peralada est Rocaberti : simple mention.
- Comte de Priego ; son adresse à obtenir la grandesse ; son caractère
- Priego est Cordoue : « un petit homme noir, rougeaud, ventru, des yeux pétillants d'esprit et de feu, et qui ne trompoient pas », « qui se fit faire grand d'Espagne fort plaisamment » : sachant que la princesse des Ursins cherchait un riche parti pour son neveu Lanti, il offrit sa fille unique à une condition — « qu'en un mot il vouloit être grand d'Espagne », l'affaire « à prendre ou à laisser », exigeant expéditions et couverture avant la noce. « Il y tint ferme, fut fait grand d'Espagne, fit sa couverture, après quoi le mariage suivit immédiatement » — et les Ursins « ne furent pas longtemps sans s'apercevoir que ce grand parti étoit des plus médiocres, et que Priego les avoit joués ». Autre singularité : « tous les matins en se levant, en toute saison, on lui versoit doucement une aiguière d'eau à la glace sur la tête, dont il ne tomboit pas une goutte à terre. Il prétendoit que cela lui faisoit le plus grand bien du monde. »
- Comte de Salvatierra
- Salvatierra est Sarmiento y Sotomayor : simple mention.
- Comte de Tessé
- Tessé est Froulay, François : le maréchal, premier écuyer de la duchesse de Bourgogne « qui se piqua de l'aimer pour avoir fait la paix de Turin et traité son mariage », obtint la grandesse « à bon marché » en 1704 par une double tromperie : « il fit accroire au roi que le roi d'Espagne lui avoit permis de se démettre comme font les ducs, et au roi d'Espagne que le roi l'avoit voulu ainsi. La tromperie fut découverte, mais la belle-fille avoit eu le tabouret et le garda. »
- Comte Visconti
- Visconti, comte, Génois : « ainsi, il y a deux Visconti grands d'Espagne, l'un avec le titre de marquis, l'autre de comte. »
- Grands d’Espagne par charge ou état, mais imperceptibles
- Suivent les grands « par charge ou état, mais imperceptibles » — grandesses attachées à des charges ou états, sans lustre personnel, que Saint-Simon se contente de signaler.
- Oubli
- Un oubli à réparer dans la liste alphabétique, que Saint-Simon corrige en y ajoutant deux marquis omis.
- Marquis de Tavara
- Le marquis de Tavara, de la maison de Tolède, omis dans la liste et rétabli ici.
- Marquis de Villafranca
- Le marquis de Villafranca, de la maison de Tolède, pareillement rétabli.
- Mystère des classes et des dates des grandesses
- Mystère des classes : « le secret qu'ils affectent de leurs diverses classes et de leur ancienneté les oblige de marcher et de se placer entre eux comme ils se rencontrent » — les grands tiennent leurs classes cachées avec un soin jaloux.
- Impossibilité sur les classes
- Impossibilité sur les classes : nul moyen d'établir sûrement la classe de chaque grandesse, les intéressés eux-mêmes affectant de l'ignorer.
- Difficultés sur les dates
- Difficultés sur les dates : bien des érections restent sans date certaine — Saint-Simon l'avoue à plusieurs articles (« je n'ai pu trouver la date ni le règne de l'érection », note-t-il pour Ayétone).
- Comment reconnues pour la plupart
- Les dates ont pourtant été « reconnues pour la plupart » par recoupements — combinaisons des règnes, des charges et des témoignages des grands les plus instruits, « des grands d'Espagne de Charles-Quint », auprès desquels Saint-Simon s'était « instruit à fond en Espagne ».
- État des grands, suivant l’ancienneté entre eux qu’on a pu reconnoître, et par règnes de leurs érections, et les maisons pour qui elles ont été faites, et les maisons où elles se trouvent en 1722
- État des grands suivant l'ancienneté qu'on a pu reconnaître, rangés « par règnes de leurs érections », avec les maisons pour qui elles furent faites et celles où elles se trouvent en 1722 — récapitulation d'un seul coup d'œil : 46 ducs « dont deux sont les mêmes que leurs fils, conjointement, et deux éteints, ainsi 44 », 18 princes, puis les marquis et les comtes.
- Medina-Coeli
- Medina-Coeli ouvre l'état : comtes dès le XIVe siècle par le bâtard de Foix, ducs en 1491 des rois catholiques — ricos-hombres passés à la grandesse sous Charles-Quint.
- Benavente
- Benavente : comté-grandesse de 1398, la plus ancienne érection datée, dans la maison de Pimentel.
- Amirante de Castille
- L'amirante de Castille, Enriquez y Cabrera : dignité héréditaire dès l'origine, supprimée par Philippe V.
- Lemos
- Lemos, chez les Portugal y Castro : comté de 1457, grandesse vraisemblablement de Charles-Quint.
- Medina-Sidonia
- Medina-Sidonia, Guzman : « le premier duché des Castilles », érigé en 1445 par Jean II.
- Miranda
- Miranda, tombé aux Chaves : comté d'Henri II de Castille, au premier rang des anciennes érections.
- Albuquerque
- Albuquerque, Bertrand La Cueva : duché de 1464, d'Henri IV de Castille.
- Villena et Escalona
- Villena et Escalona, Acuña y Pacheco : marquisat et duché de 1469 d'Henri IV — le premier marquisat de Castille.
- Origine de dire les rois jusqu’à aujourd’hui, lorsqu’on a à dire le roi et la reine
- Origine de dire « les rois » : « les rois catholiques, dont il sera souvent parlé, sont les célèbres Ferdinand, roi d'Aragon, et Isabelle, reine de Castille, dont le mariage réunit ces deux couronnes » — de là l'usage, conservé jusqu'à aujourd'hui en Espagne, de dire « les rois » lorsqu'on veut dire le roi et la reine.
- Albe
- Albe, Tolède : duché de 1469, des rois catholiques.
- Oñate
- Oñate, Velez de Guevara : comté de 1449, rico-hombre passé grand sous Charles-Quint.
- Infantado
- Infantado, Silva : duché de 1475 des rois catholiques, la grandesse des Silva datée de 1568 par Estremera.
- Oropesa
- Oropesa, Portugal y Toledo : ancienne érection des branches royales de Portugal en Castille.
- Najera
- Najera, Manrique de Lara : duché de 1482 des rois catholiques pour Pierre « le Vaillant ».
- Gandie
- Gandie, Borgia : duché de 1485 de Ferdinand le Catholique pour Pierre-Louis Borgia.
- Sessa
- Sessa, Folch-Cardonne : duché napolitain donné par Ferdinand le Catholique au grand capitaine Gonzalve de Cordoue.
- Bejar
- Bejar, Sotomayor y Zuniga : duché de 1488 des rois catholiques.
- Frias
- Frias, Velasco : duché des rois catholiques pour le connétable héréditaire de Castille.
- Villafranca
- Villafranca, Tolède : grandesse ancienne de cette maison.
- Egmont
- Egmont, passé aux Pignatelli : grandesse remontant selon l'apparence à Charles-Quint.
- Veragua
- Veragua, Colomb : duché institué en 1537 par Charles-Quint pour le fils de Christophe Colomb.
- Pescaire
- Pescaire, Avalos : grandesse de Charles-Quint pour son général Alphonse d'Avalos.
- Ayétone
- Ayétone, Moncade : ricos-hombres non passés en grandesse sous Charles-Quint, « rétablis en grandesse par Philippe II » vers 1560 — « la première de l'érection de Philippe II ».
- Ossone
- Ossone, Acuña y Tellez-Giron : duché de 1562, de Philippe II, pour le vice-roi de Naples.
- Terranova et Monteléon
- Terranova et Monteléon, Pignatelli : grandesse de 1613, de Philippe III, réunies ensuite sur la même tête.
- Santa-Cruz ; cause horrible de cette érection
- Santa-Cruz : cause horrible de cette érection — le marquis Alvar de Bazan, ayant battu l'escadre française des Terceires en 1582, « fit égorger de sang-froid Philippe Strozzi qui la commandoit, toute cette jeune noblesse et tous les officiers. Une si monstrueuse inhumanité fut détestée dans toute l'Europe, mais elle plut si fort à Philippe II, qu'il fit aussitôt le marquis de Santa-Cruz grand d'Espagne. »
- Aranda
- Aranda, Heredia puis Roccafull : grandesse de vers 1590, sous Philippe II.
- Uzeda
- Uzeda : duché de Philippe III pour le fils du duc de Lerme, son premier ministre.
- Peñeranda
- Peñeranda : duché de Philippe III pour Zuniga y Avellaneda, grandesse de première classe en 1629 par Philippe IV.
- Mondejar
- Mondejar, Mendoza puis Ivannez : marquisat et grandesse vers 1612.
- Hijar
- Hijar, Silva : ancienne baronnie d'Aragon, duché-grandesse passé par héritières.
- Havré
- Havré, Croï : duché-grandesse de Philippe III pour Charles-Alexandre de Croï.
- Sulmone
- Sulmone, Borghèse : grandesse obtenue par Paul V pour le fils de son frère.
- Los Balbazès
- Los Balbazès, Spinola : marquisat-grandesse de 1621 pour le fameux Ambroise Spinola.
- Altamire
- Altamire, Ossorio y Moscoso : grandesse de vers 1610.
- Abrantès et Liñares
- Abrantès et Liñares, Alencastro : grandesses réunies venues du Portugal.
- Bisignano
- Bisignano, Saint-Séverin : grandesse du sixième prince, né en 1588.
- Castel-Rodrigo
- Castel-Rodrigo, Moura puis Homodeï : marquisat-grandesse de Philippe III pour le premier vice-roi de Portugal.
- Torrecusa
- Torrecusa, Caraccioli : grandesse du second marquis, mort en 1646.
- Colonne
- Colonne : grandesse du septième connétable héréditaire de Naples, mort en 1641.
- Camaraça
- Camaraça, Los Cobos : grandesse du troisième marquis, mort fin 1645.
- Aguilar
- Aguilar, Arellano puis Manrique de Lara : rang de grand rendu en janvier 1640 par Philippe IV au huitième comte.
- Aremberg
- Aremberg, Ligne : grandesse flamande attachée à la cour de Vienne.
- Ligne
- Ligne : grandesse de 1650 pour le vice-roi de Sicile et gouverneur du Milanois.
- Fuensalida
- Fuensalida, Velasco : grandesse de Charles II, vers 1670.
- Saint-Pierre
- Saint-Pierre, Spinola : grandesse achetée de Charles II en 1675.
- Palma
- Palma, Bocanegra y Portocarrero : rang et honneurs rétablis par Charles II en 1679.
- Nevers
- Nevers, Mancini par Spinola : grandesse vendue par Charles II « dans leurs pressants besoins de finances ».
- Santo-Buono
- Santo-Buono, Caraccioli : grandesse de Charles II pour le quatrième prince, mort en 1694.
- Surmia
- Surmia, Odeschalchi : grandesse de Charles II pour le neveu d'Innocent XI.
- Liñares
- Liñares, Noroña : grandesse de Charles II pour le grand écuyer de sa seconde femme.
- Baños C. Parédes
- Baños et comte de Parédes : grandesses de Charles II — Baños en 1692, Parédes perpétuelle après la grandesse personnelle de 1689.
- Lamonclava
- Lamonclava, Bocanegra y Portocarrero : grandesse de Charles II vers 1693 pour le gouverneur de la Nouvelle-Espagne.
- San-Estevan del Puerto
- San-Estevan del Puerto, Benavidez : grandesse de 1696, de Charles II, pour le vice-roi de Naples.
- Montalègre
- Montalègre, Guzman : grandesse de Charles II à la fin de 1697 pour son favori.
- Los Arcos
- Los Arcos, Figuerroa : grandesse de 1697, de Charles II.
- Montijo
- Montijo, Acuña y Portocarrero : grandesse de Charles II (1697) pour le père du jeune comte.
- Baños D. Castromonte
- Baños (duc) et Castromonte : grandesses des dernières années de Charles II — Castromonte achetée « fort cher » en janvier 1698.
- Castiglione
- Castiglione, Aquino : grandesse de Charles II, 1699.
- Ottaïano
- Ottaïano, Médicis : grandesse de Charles II, 1700, pour le troisième prince.
- Castel dos Rios
- Castel dos Rios, Semmenat : première grandesse de Philippe V, récompense de l'ambassadeur qui lui annonça sa couronne.
- Mortemart, éteint
- Mortemart, éteint : grandesse de Philippe V donnée au duc de Beauvilliers, son gouverneur, éteinte faute d'héritiers.
- Estrées, éteint
- Estrées, éteint : grandesse française de Philippe V, éteinte pareillement.
- Liria
- Liria, Fitzjames : grandesse donnée à Berwick et exercée conjointement par son fils aîné, « ce qui étoit jusqu'alors sans exemple ».
- Gravina
- Gravina, des Ursins : grandesse procurée par Mme des Ursins au neveu du futur Benoît XIII.
- Bedmar
- Bedmar, La Cueva : « le seul Espagnol pour qui le roi demanda et obtint la grandesse » (vers 1704).
- Tessé
- Tessé, Froulay : grandesse de 1704, obtenue par la double tromperie du maréchal.
- La Mirandole
- La Mirandole, Pico : grandesse de Philippe V pour son grand écuyer dépossédé de ses États.
- Atri
- Atri, Acquaviva : grandesse de Philippe V pour le capitaine des gardes italiennes.
- Chimay
- Chimay, Hennin-Liétard : grandesse due à la faveur de la princesse des Ursins.
- Monteillano
- Monteillano, Solis : grandesse de Charles II au gouverneur du conseil de Castille, comptée ici parmi les récentes.
- Priego
- Priego, Cordoue : grandesse extorquée à la princesse des Ursins comme prix du mariage de sa fille avec Lanti.
- Noailles
- Noailles : grandesse française obtenue par la faveur de sa famille et de Mme de Maintenon.
- Popoli
- Popoli, Cantelmi : grandesse donnée lors de l'affaire du banquillo aux capitaines des gardes du corps qui ne l'étaient pas.
- Masseran
- Masseran, Ferrero : grandesse de faveur du jeune marquis de Crèvecœur auprès de la reine et de la princesse des Ursins.
- Richebourg
- Richebourg, Melun : grandesse de Philippe V pour le capitaine général, appelée à s'éteindre.
- Chalois
- Chalois, Talleyrand : grandesse arrachée par la princesse des Ursins « sans la permission du roi ».
- Robecque
- Robecque, Montmorency : grandesse de 1713 pour le colonel des gardes wallonnes.
- Maceda
- Maceda, Lanços : grandesse de Philippe V récompensant la fidélité galicienne du comte pendant la guerre.
- Solfarino
- Solfarino, Gonzague : grandesse donnée par considération pour la duchesse d'Albe, qui avait épousé l'abbé de Castillon.
- San-Estevan de Gormaz
- San-Estevan de Gormaz : grandesse du fils aîné de Villena, capitaine des gardes espagnoles, lors de l'affaire du banquillo.
- Bournonville
- Bournonville : grandesse de 1715, fruit de la servilité auprès de la princesse des Ursins.
- Villars
- Villars : grandesse du commencement de la régence, « au grand étonnement de tout le monde ».
- Lede
- Lede, Bette : grandesse du retour de Sicile, confirmée par les victoires d'Afrique.
- Saint-Michel
- Saint-Michel, Gravina : grandesse accordée pour les dettes contractées au service de Philippe V — couverture toujours en suspens faute de payer la médiannate.
- Del Arco
- Del Arco, Manrique de Lara : grandesse donnée avec le duché et la charge de grand écuyer au favori don Alonzo.
- Ruffec
- Ruffec, Saint-Simon : grandesse de 1722, exercée conjointement par le père et le second fils — « le premier exemple en Espagne ».
- Arion
- Arion, Sotomayor y Zuniga : la plus récente — duché et grandesse donnés au marquis de Valero à son retour du Mexique, « peu après que j'en fus parti ».
- Oubli sur Mancera avec quelque éclaircissement
- Oubli sur Mancera, avec quelque éclaircissement : Saint-Simon répare l'omission du marquis de Mancera, dont la grandesse, rattachée aux grandes maisons de la liste, n'avait été que nommée en passant dans l'ordre alphabétique.
◀ Chapitre précédent · ← Retour à la table des chapitres · Chapitre suivant ▶
© 2025-2026 - Jonathan Teyssandier - All rights reserved