TOME X · CHAPITRE V
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Résumé
Le deuil en cérémonial : obsèques pontificales à Rome pour le Dauphin, avec l'époque de leur cessation ; l'« étrange pensée » de l'archevêque de Reims sur le duc de Noailles ; l'embarras du P. La Rue qui « surprend étrangement le roi » sur le changement de confesseur. L'appareil funèbre chez la Dauphine : prétentions des évêques refusées, règles de ces choses, carreau et goupillon, l'annonce à haute voix, la garde par les dames et la première garde réglée par le roi entre duchesses et maison de Lorraine, l'eau bénite.
Les entrées
- Obsèques pontificales à Rome pour le Dauphin
- « La consternation fut vraie et générale. Elle pénétra les terres et les cours étrangères » : les souverains pleurèrent celui « que ses vertus alloient rendre leur arbitre, et le modérateur paisible et révéré des nations ». Le pape Clément XI, « si touché qu'il résolut de lui-même… de passer par-dessus toutes les règles et les formalités de sa cour », tint exprès un consistoire, y fit « un éloge complet du prince », et déclara qu'il ferait lui-même dans sa chapelle « les obsèques publiques et solennelles » du Dauphin. « Le sacré collége et toute la cour romaine y assista, et tous applaudirent à un honneur si insolite » — contre les maximes romaines « si politiquement invariables pour tout ce qui est du cérémonial ».
- Époque et date de leur cessation à Rome et à Paris pour les papes et pour nos rois
- Ces honneurs réciproques entre Rome et la France avaient cessé à la mort d'Henri III : Sixte V, furieux d'apprendre que le cardinal de Guise avait eu le même sort que le duc son frère, « excommunia Henri III », qui « demeura excommunié même après sa mort », bien qu'il eût tout fait « pour mourir en bon chrétien ». Toutes les démarches de la reine veuve à Rome par « le célèbre d'Ossat depuis cardinal », toute « l'adresse, l'éloquence, la force des raisons », « furent inutiles pour obtenir les obsèques accoutumées pour nos rois. En revanche, on cessa en France de les faire pour les papes, et réciproquement il n'y en a pas eu depuis » — ce qui rehaussa d'autant le geste de Clément XI.
- Étrange pensée de l’archevêque de Reims sur le duc de Noailles
- Le soir même de la mort de la Dauphine, l'archevêque de Reims trouva Saint-Simon seul et lui conta que le duc de Noailles, entré chez la mourante avant le roi, avait montré « un air embarrassé, le regard curieux, une décision fort nette et trop sereine que cela ne pouvoit aller loin…, quelque chose de fort composé dans toute sa personne », puis un « contentement » perçant sous l'embarras : « enfin il m'en parla comme lui en attribuant tout le malheur, et me le dit nettement. » Saint-Simon eut beau opposer toutes les « raisons démonstratives », l'archevêque « demeura ferme sur la tabatière, dont l'événement est en effet demeuré inintelligible », et « est mort plusieurs années depuis dans sa persuasion, qui ne put me faire aucune impression ». Personne d'autre « ne s'avisa de jeter rien sur le duc de Noailles ».
- Pourquoi [il était] mal avec les Noailles
- D'où venait cette prévention ? « Tous ces Mailly ne pouvoient souffrir les Noailles ; la jalousie les rongeoit de la préférence qu'ils avoient sur eux chez Mme de Maintenon. » L'archevêque y joignait « une haine particulière » : encore abbé, député du second ordre à une assemblée du clergé, il s'était « opposé fièrement au cardinal de Noailles » qui présidait ; le cardinal, « surpris de se voir résister en face par un abbé », voulut lui faire entendre raison, « l'abbé n'en poussa que plus vertement sa pointe » ; « alors le cardinal piqué le malmena de façon que l'autre ne le lui pardonna jamais ». Saint-Simon « l'en fit souvenir alors pour le rendre suspect à lui-même » — sans rien y gagner.
- Embarras du P. La Rue qui surprend étrangement le roi du changement de confesseur
- Au sortir de chez la Dauphine, le P. La Rue courut au cabinet du roi, « vainquit son embarras comme il put, et apprit au roi ce qui l'amenoit » — le changement de confesseur. « On ne peut jamais être plus frappé que le roi le fut. Mille idées fâcheuses lui entrèrent dans la tête. J'ignore si les scrupules y trouvèrent leur place ; ils devoient être grands. L'extrémité retint l'indignation, mais laissa cours au dépit. » Le jésuite « se servit avantageusement de ce qu'il n'y avoit pas un moment à perdre pour abréger une si fâcheuse conversation ».
- Appareil funèbre chez la Dauphine
- Le samedi 13, le corps de la Dauphine « fut laissé dans son lit à visage découvert », ouvert le soir à onze heures « toute la Faculté présente » ; le dimanche 14, « mis dans le cercueil sur une estrade de trois marches », puis porté le lundi dans son grand cabinet, « où il y avoit des autels où les matins on disoit continuellement des messes ». « Quatre évêques assis, en rochet et camail, à la ruelle droite, se relevoient comme les dames, avertis par les agents du clergé. »
- Prétentions des évêques refusées
- Ces évêques « prétendirent des chaises à dos, le carreau et le goupillon. Ils furent refusés des deux premiers, ils n'eurent que des siéges ployants et point de carreaux. Ils mirent tant qu'ils attrapèrent le goupillon » — petite victoire arrachée sur trois prétentions, que Saint-Simon note avec sa vigilance ordinaire pour tout ce qui touche aux rangs.
- Règles de ces choses
- Règle de ces cérémonies : « on ne doit avoir en présence du corps de ces princes que ce qu'on auroit devant eux vivants. On y est assis à l'église sur des ployants…, de carreaux, personne n'en a devant eux à l'église que le sang royal, les bâtards, les ducs et duchesses, et ceux et celles qui ont le rang de prince étranger ou le tabouret de grâce. » Ce sont aussi les seules personnes à qui l'on présente le carreau lorsqu'elles viennent jeter l'eau bénite.
- Carreau et goupillon, à qui donnés et par qui présentés
- Les hérauts, « avec leurs cottes d'armes et leurs caducées au coin du pied du cercueil, présentent un carreau qu'ils tiennent relevé auprès d'eux pour faire leur courte prière » aux personnes qualifiées, et le goupillon aux mêmes, ainsi qu'« aux officiers de la couronne et à leurs femmes », aux premiers gentilshommes de la chambre non ducs, à la dame d'honneur non duchesse, à la dame d'atours, au chevalier d'honneur — « qui tous se mettent à genoux sans carreau ». « Toutes autres personnes, hommes et femmes, quelles qu'elles soient, même en mante et en manteau, prennent elles-mêmes le goupillon dans le bénitier », sans que les hérauts « fassent le moindre mouvement ».
- Annonce à haute voix ; pour qui
- Comment les hérauts savent-ils à qui présenter le carreau ? Ils « sont avertis de tous ceux et celles qui doivent avoir un carreau par la proclamation de leurs noms que l'huissier fait de la porte à fort haute voix, à mesure qu'il en voit entrer, et n'en annonce aucun autre. Au sang royal, c'est l'aumônier de garde en rochet qui présente le goupillon et le reprend. »
- Garde par les dames, et quelle
- « Six dames en mante [sont] assises vis-à-vis des évêques, qui se relèvent toutes ensemble par six autres tout le jour, averties chacune de sa garde et de son heure, de la part du roi, par un billet du grand maître des cérémonies » : à chaque garde, « deux duchesses ou princesses, alternativement, qui trouvent deux carreaux devant leurs sièges aux deux premières places », deux dames du palais non duchesses, et deux dames « de qualité à avoir mangé avec la princesse, c'est-à-dire avec la reine, et à avoir entrée dans son carrosse ». Les maréchales de France non duchesses roulent avec ces dernières.
- Première garde ; comment réglée par le roi entre les duchesses et la maison de Lorraine
- Pour la première garde, « le roi nomma lui-même les deux titrées ». Fidèle à sa politique « d'entretenir les disputes entre les ducs et les princes étrangers, c'est-à-dire lorrains », il « crut donc faire merveille » de prendre les deux plus anciennes duchesses de la cour : la duchesse d'Elbœuf, « veuve du second duc et pair et de l'aîné de la maison de Lorraine en France », et la duchesse de Sully — « tenant ainsi sa balance égale ». Elles furent relevées par Mme de Lambesc et Mlle d'Armagnac, « qui ne le trouvèrent pas trop bon, parce que cela marquoit que les duchesses avoient eu la première garde ».
- Eau bénite de peu du sang royal et du comte de Toulouse, et point d’autres
- Le mercredi 17, Madame, accompagnée de M. le duc d'Orléans, de Mme la princesse de Conti et de ses deux filles, et de M. le comte de Toulouse, « tous en mantes et en grands manteaux », alla donner de l'eau bénite, reçue par le chevalier d'honneur « au bout de la dernière pièce tendue de noir ». Fait sans précédent : « il n'y eut d'eau bénite en cérémonie que du sang royal, contre tout usage jusqu'alors » — première des singularités de ces obsèques tronquées.
- Le corps du Dauphin porté sans cérémonie près de celui de la Dauphine
- Le vendredi 19 au matin, le corps du Dauphin fut ouvert à Marly « un peu plus de vingt-quatre heures après sa mort », en présence de la Faculté, de quelques menins et du duc d'Aumont ; « son cœur fut porté tout de suite à Versailles auprès de celui de Mme la Dauphine ». Le soir même, dès le départ du convoi des cœurs, « le corps de Mgr le Dauphin, porté de Marly sans cérémonie, fut placé à la droite de celui de Mme la Dauphine sur la même estrade, qui fut élargie » — réunis dans la mort comme ils l'avaient été si peu de jours auparavant dans la vie.
- Transport en cérémonie des deux cœurs au Val-de-Grâce
- Entre cinq et six heures, les deux cœurs partirent pour le Val-de-Grâce : Chamillart, évêque de Senlis, premier aumônier de la Dauphine, « étoit dans le premier carrosse à la droite au fond, portant les deux cœurs ; Mme la Princesse au fond à sa gauche ; Mme de Vendôme, sa fille, et Mlle de Conti au devant ; la duchesse du Lude à une portière, le duc du Maine à l'autre ». Suivaient le duc d'Aumont avec quelques menins, puis le carrosse « rempli de ses dames du palais ». « Ce cortége arriva après minuit au Val-de-Grâce, tout y fut fini avant deux heures ; [il] revint après sans cérémonie, et demeura à Paris qui voulut. »
- Mgr le duc de Bretagne Dauphin
- Le samedi 20, « le roi manda à la duchesse de Ventadour qu'il vouloit que désormais Mgr le duc de Bretagne prît le nom et le rang de Dauphin » — troisième Dauphin en moins d'un an, âgé de cinq ans, qui ne devait porter le titre que dix-huit jours.
- Madame entre les soirs dans le cabinet du roi après le souper
- Ce même soir, le roi « fit entrer Madame dans son cabinet, après son souper, avec les princes et princesses qui avoient coutume d'y entrer, jusqu'au coucher du roi, et elle y est depuis entrée tous les soirs » — privance nouvelle pour la vieille princesse Palatine, née de ce resserrement de la famille royale décimée.
- M. le duc d’Orléans, seul de tous les princes, donne en cérémonie l’eau bénite au Dauphin
- Le lundi 22 février, M. le duc d'Orléans, « seul de tous les princes », alla donner en cérémonie l'eau bénite au corps du Dauphin. « Il y fut reçu et conduit, comme l'avoit été Madame, par le duc d'Aumont, comme premier gentilhomme de la chambre, à la tête des menins, qui tour à tour gardoient le corps de Mgr le Dauphin. »
- Convoi des deux corps à Saint-Denis en cérémonie
- Le mardi 23, « les deux corps furent portés de Versailles à Saint-Denis sur un même chariot », M. le duc d'Orléans accompagnant celui du Dauphin, quatre princesses celui de la Dauphine. « Le duc d'Aumont… portoit la couronne de Mgr le Dauphin ; Dangeau, chevalier d'honneur, celle de Mme la Dauphine ; Souvré… le collier de l'ordre du Saint-Esprit. » La marche, commencée « sur les six heures du soir », des aumôniers à cheval soutenant les coins des poêles, « commença à entrer à Paris par la porte Saint-Honoré à deux heures après minuit, sortit de la porte Saint-Denis à quatre heures du matin, et arriva entre sept et huit heures du matin à Saint-Denis. Il y eut un grand ordre dans Paris, et aucun embarras. »
- Retour du roi à Versailles, où il voit en passant la foule des mantes et des manteaux, qui vont après chez tout le sang royal sans ordre et pour la première fois
- Le samedi 27, le roi revint de Marly à Versailles ; il avait mangé tout le voyage « seul dans sa chambre, matin et soir, à son très-petit couvert », et « ne voulut point de resperts en forme de sa cour » : il verrait tout le monde à la fois. Tout l'attendait « en mantes et en manteaux longs ». Arrivé à quatre heures, il « traversa lentement jusque chez Mme de Maintenon pour remarquer tout le monde. Il embrassa uniquement la duchesse du Lude, et lui dit qu'il n'étoit pas en état de lui parler ». Puis toute la cour « alla comme en procession chez tous les princes et princesses » : « on fut sans ordre, et comme moutons, chez les princes et princesses du sang » — pour la première fois. « Il n'y eut que ce seul jour pour les manteaux et les mantes. »
- Privance de la duchesse du Lude
- Une demi-heure après, Mme de Maintenon manda au roi de venir chez elle avec les dames de la Dauphine. « Il parla obligeamment à toutes, et retint après la duchesse du Lude, qu'il fit asseoir, et qui fut longtemps en tiers avec lui et Mme de Maintenon. Il l'a vue beaucoup de fois depuis de la sorte » — distinction durable pour la dame d'honneur de la princesse disparue, qui ne parut plus guère en public qu'à Marly.
- Le roi voit à la fois tous les ministres étrangers en manteaux ; reçoit les harangues des autres
- Le mardi 1er mars, le roi vit dans son cabinet, avant sa messe, « tous les ministres étrangers…, tous en manteau long ». Le samedi 5, il reçut les harangues du parlement, de la chambre des comptes, de la cour des aides et de celle des monnaies, « la parole portée par chaque premier président », suivis des gens du roi parlant par le premier avocat général — usage établi par M. Talon. « La ville harangua la dernière, et le discours du prévôt des marchands l'emporta sur tous. » Le lendemain, le grand conseil vint à part, « parce qu'il ne veut point céder au parlement, ni le parlement encore moins à lui ; et tout de suite l'Académie française ».
- Extrémité des deux jeunes fils de France, qui sont nommés sans cérémonie
- Ce même dimanche, les deux petits fils de France, « malades depuis quelques jours, furent très-mal, avec les marques de rougeole qui avoient paru en M. [le Dauphin] et Mme la Dauphine ». Ondoyés en naissant, ils reçurent en hâte les cérémonies du baptême : le roi manda à la duchesse de Ventadour « de les faire tenir par qui elle voudroit, et de les faire nommer Louis l'un et l'autre. Elle prit ce qui se trouva de plus distingué sous sa main » : elle-même tint le petit Dauphin avec le comte de La Mothe ; le marquis de Prie et la duchesse de La Ferté tinrent « M. le duc d'Anjou, aujourd'hui roi ».
- Mort du petit Dauphin
- Le mardi 8 mars, on appela cinq médecins de Paris ; « le roi ne laissa pas de tenir conseil de finances, d'aller tirer après son dîner, et de travailler le soir avec Voysin chez Mme de Maintenon ». « Les saignées et les autres remèdes qu'on employa ne purent sauver le petit Dauphin. Il mourut ce même jour, un peu avant minuit. Il avoit cinq ans et quelques mois, et étoit bien fait, fort et grand pour son âge. Il donnoit de grandes espérances par l'esprit et la justesse qu'il montroit en tout ; il inquiétoit aussi par une décision opiniâtre et par une hauteur extrême. »
- Le roi d’aujourd’hui comment sauvé
- Son frère fut sauvé par les femmes : « M. le duc d'Anjou tétoit encore. La duchesse de Ventadour, aidée des femmes de la chambre, s'en empara, ne le laissèrent point saigner ni prendre aucun remède. » Elle envoya demander à la comtesse de Verue — jadis « empoisonnée à Turin » et sauvée par un contre-poison du duc de Savoie, dont elle avait rapporté — et en donna à l'enfant, « parce qu'il n'avoit pas été saigné, et que ce remède ne peut aller avec la saignée. Il fut bien mal, mais il en réchappa et est roi aujourd'hui. Il l'a su depuis et a toujours marqué une vraie distinction à Mme de Verue. » Bilan effroyable : « Trois Dauphins moururent donc en moins d'un an, dont un seul enfant, et, en vingt-quatre jours, le père, la mère et le fils aîné. »
- Le corps et le cœur du petit Dauphin portés sans cérémonie près de ceux de M. [le Dauphin] et de Mme la Dauphine
- Le mercredi 9 mars, le corps du petit Dauphin fut ouvert ; « dans la nuit, et sans aucune cérémonie, son cœur fut porté au Val-de-Grâce à Paris, et son corps à Saint-Denis, et placé sur la même estrade avec ceux de M. [le Dauphin] et de Mme la Dauphine, ses père et mère » — trois cercueils réunis sur une même estrade à Saint-Denis.
- M. le duc d’Anjou, aujourd’hui roi, succède au titre et au rang de Dauphin
- « M. le duc d'Anjou, désormais unique, succéda au titre et au rang de Dauphin » : l'enfant de deux ans qui venait d'échapper à la mort devenait l'unique héritier direct de la couronne — le futur Louis XV.
- Douleur de M. le duc de Berry, et en Espagne
- Au réveil du roi à la mort du Dauphin — « répétition parfaite » de ce qui s'était passé pour la Dauphine —, « le roi embrassa tendrement M. le duc de Berry à plusieurs reprises, lui disant : “Je n'ai donc plus que vous.” Ce prince étoit fondu en larmes ; on ne peut être plus amèrement ni plus longtemps affligé qu'il le fut. » Sa femme fit contraste : « Mme la duchesse de Berry n'osa s'échapper. Elle tint assez honnête contenance. Au fond sa joie étoit extrême de se voir elle et son époux les premiers. » En Espagne, « l'affliction et l'horreur de ces coups redoublés furent inconcevables ».
- Singularité des obsèques jusqu’à Saint-Denis
- Saint-Simon compare : à toutes les grandes obsèques précédentes, fils de France, princes du sang et ducs étaient allés « en cérémonie, tous ensemble, donner l'eau bénite », et les corps longtemps gardés. Ici, « quoique doubles, et par conséquent plus nombreuses et plus solennelles », on ne fit « qu'une légère image de ce qui s'étoit toujours pratiqué pour un seul ». La cause : « le genre de ces étranges morts…, et la hâte de débarrasser le roi à Versailles, et qu'il eut lui-même de n'avoir plus à ouïr parler de choses si douloureuses ». « Il n'y parut ni fils de France ni prince du sang, mais le roi ne laissa pas d'avoir soin…, d'y en faire jouer le personnage à ses deux fils naturels. » « Rien ne fut jamais si court, ni si baroque », jusqu'à ce que la maison même de la Dauphine ne donnât point d'eau bénite en cérémonie.
- Deuil aussi singulier que ces obsèques
- Le deuil fut aussi singulier : le roi, qui à la mort de Monseigneur avait voulu que l'on drapât, « ne voulut point que personne drapât pour M. [le Dauphin] et Mme la Dauphine, excepté M. le duc et Mme la duchesse de Berry ». Leur maison drapant à cause d'eux, la question se posa pour Mme de Saint-Simon, qui prétendait ne point draper ; les Berry « nous la demandèrent avec tant d'instance, par amitié…, qu'il fallut enfin avoir cette complaisance. Tellement que notre maison fut mi-partie : tout ce qui étoit à moi ou en commun sans deuil, et en noir tout ce qui étoit à Mme de Saint-Simon, ce qui étoit fort ridicule. »
- État du duc de Beauvilliers et le mien
- M. de Beauvilliers, malade dans son lit : « il seroit difficile de comprendre l'excès de sa douleur, ni la grandeur de sa piété, de sa résignation, de son courage. Je n'ai rien vu de si difficile à décrire, de plus impossible à atteindre, de comparable à admirer. » Saint-Simon, lui, s'était « barricadé » chez lui ; apercevant de loin l'enlèvement du corps, il se rejeta chez soi et n'en sortit plus « que pour aller passer les après-dînées auprès du duc de Beauvilliers », faisant un détour « pour me dérober à la vue de ce qui paraissoit de funèbre… Je conviens de la faiblesse. La vérité est que j'étois au désespoir. » Il perdait tout au même âge où son père avait perdu Louis XIII : « Gustavi paululum mellis, et ecce morior ! » — j'ai goûté un peu de miel, et voici que je meurs.
- Cassette du Dauphin qui me met en grand péril, dont l’adresse du duc de Beauvilliers me sauve
- Restait un péril mortel : dans la cassette du Dauphin dormaient des mémoires que le prince avait demandés à Saint-Simon, dont « un fort long de ma main, qui seul eût suffi pour me perdre sans espérance de retour auprès du roi », lequel « connoissoit mon écriture ». Du Chesne avait remis la clef au roi sur-le-champ ; Beauvilliers, seul dans le secret avec Chevreuse, résolut de porter lui-même la cassette. « Une si terrible incertitude dura plus de quinze jours. » Le mardi soir, chez Mme de Maintenon, le duc lut exprès au roi « un fatras de toutes sortes de mémoires et de projets sur les finances… pour le lasser », si bien que le roi, « fatigué de ne trouver autre chose…, avoit dit que ce n'étoit pas la peine d'en voir davantage, et qu'il n'avoit qu'à jeter là tous ces papiers dans le feu ». Le duc couvrit prestement « un petit bout de mon écriture », secoua la cassette derrière le feu, veilla « avec les pincettes qu'aucun bout ne s'écartât, et de voir tout bien brûlé ». « Nous nous embrassâmes dans le soulagement réciproque, qui fut proportionné pour ce moment au péril que nous avions couru. »
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