TOME XVII · CHAPITRE III
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Résumé
Le duc du Maine tente « inutilement » de voir le Régent pour se justifier ; députation du parlement pour ses membres prisonniers ; le parlement de Bretagne écrit au Régent et à celui de Paris « qui lui répond » ; le Régent « demeure ferme » ; menées en Bretagne — la sédition couve ; Montaran, trésorier des états, maintenu « très mal à propos ». Le comte Stanhope trois semaines à Paris au retour d'Espagne ; la riche flotte d'Amérique à Cadix ; « les conseils sur leur fin » — la polysynodie agonise.
Les entrées
- Efforts du duc du Maine, inutiles, pour obtenir de voir M. le duc d’Orléans et se justifier
- « La fermentation se cachoit, mais subsistoit toujours. M. du Maine, fort abandonné à Sceaux, où il avoit déclaré qu'il ne vouloit voir personne, protestoit qu'il ne se sentoit coupable de rien. Mme la duchesse d'Orléans l'y alloit voir. Ils faisoient tous leurs efforts pour lui obtenir une audience de M. le duc d'Orléans, dans laquelle il prétendoit se justifier, et ces efforts furent inutiles. »
- Députation du parlement au régent sur ses membres prisonniers
- Le parlement de Paris députa au régent « le premier président et huit conseillers pour lui demander la liberté de leurs trois confrères. Il leur répondit que la conduite qu'auroit désormais le parlement régleroit la sienne à l'égard des prisonniers, et mortifia beaucoup par cette réponse des gens qui s'étoient tout promis de cette démarche..., et de la facilité de M. le duc d'Orléans dont ils avoient tant et si longuement abusé. »
- Le parlement de Bretagne écrit en leur faveur au régent
- Le parlement de Bretagne écrivit au régent pour demander la liberté des trois prisonniers : « il ne fit aucune réponse au parlement de Bretagne, et trouva son interposition et sa lettre au parlement de Paris fort impertinente et séditieuse. »
- Le parlement de Bretagne écrit à celui de Paris, qui lui répond
- Le parlement de Bretagne avait aussi écrit à celui de Paris « pour louer et approuver toute [sa] conduite » ; mais celui-ci, « abattu de ce qui s'étoit passé au lit de justice, de la prison de trois de ses membres et de la réponse qu'il venoit de recevoir..., n'osa répondre au parlement de Bretagne qu'en termes fort mesurés et après avoir montré sa réponse au régent ».
- Le régent demeure ferme
- Cette fermeté fit sentir à la Bretagne « la nécessité d'amuser la cour par une déférence qui n'altéroit point ses sourdes mesures » : les états nommèrent les députés que la cour avait choisis pour apporter leurs cahiers à Paris, tandis que « le feu s'y entretenoit avec art et mesure ».
- Menées en Bretagne
- Les menées passaient par les députations diocésaines nouvellement accordées entre deux tenues d'états, dont « le spécieux de préparer et d'abréger les matières » avait « surpris la facilité du régent » : le vrai dessein était « de s'organiser entre eux, d'accroître le nombre pour remuer, embarquer..., choisir les chefs et les affidés de chaque diocèse..., en fascinant la multitude du bien public, de la restitution de leurs anciens privilèges ». Le coup du lit de justice permit de supprimer sans bruit « ces nouvelles et si dangereuses députations », mais leurs conducteurs continuèrent « par d'autres voies et plus couvertes ».
- Le régent entraîné maintient très mal à propos Montaran, trésorier des états de Bretagne, qui le vouloient faire compter et lui ôter cet emploi
- Le gouvernement fit alors « une grande faute et pour des intérêts particuliers » : la province entière voulait ôter Montaran, son trésorier, pour un simple détail domestique ; mais Montaran, fort riche, dont « la magnificence et l'attention à obliger de sa bourse les gens de la cour » avaient acquis « la protection des dames », soutenu par son frère capitaine aux gardes « fort gros et fort honnête joueur », l'emporta contre les cris de toute la province, qui alléguait pourtant « qu'il étoit inouï, chez les particuliers, que, par autorité supérieure, un trésorier empêchât son maître de le faire compter avec lui et de le renvoyer quand il le vouloit. Il n'est pas croyable à quel point la province en fut aigrie et l'usage qu'en surent tirer les instruments des menées. »
- Le comte Stanhope passe trois semaines à Paris revenant d’Espagne en Angleterre
- « Milord Stanhope arriva de Madrid à Paris au commencement de septembre, peu content... du voyage qu'un ministre d'Angleterre aussi accrédité que lui avoit pris la peine d'y faire... Ce ministre demeura trois semaines à Paris, où, conduit par l'abbé Dubois vendu à l'Angleterre, il vit souvent M. le duc d'Orléans, et s'en retourna reprendre sa place dans le conseil secret du roi son maître. »
- Riche flotte d’Amérique arrivée à Cadix
- Au même moment, « la flotte d'Amérique, très richement chargée, venoit d'arriver à Cadix ».
- Les conseils sur leur fin, par l’intérêt de l’abbé Dubois et de Law
- Les conseils touchaient à leur fin par l'intérêt de Dubois et de Law : au premier, « il importoit, pour son but du chapeau, que l'Angleterre et l'empereur le vissent maître unique, et sans fantômes de compagnons, de toutes les affaires étrangères » ; Law était gêné du conseil des finances ; celui de la guerre « étoit devenu une pétaudière », celui de marine « fort vide et très inutile ». Saint-Simon représenta en vain « que faire et défaire étoit un grand inconvénient dans le gouvernement » : « le défaut des personnes faciles et faibles est de tout craindre et tout ménager au point de se laisser acculer, et, sortis du danger, se croire invulnérables et tomber tout à coup dans l'autre extrémité. »
- Appel du cardinal de Noailles, etc., de la constitution Unigenitus
- Le cardinal de Noailles, qui avait fait « la faute capitale » de ne pas déclarer son appel de la constitution Unigenitus avec les quatre évêques — arrêté par la prudence « trop courte » du P. de La Tour, malgré les exhortations de Saint-Simon —, « sentit enfin la faute énorme qu'il avoit faite, et crut ne pouvoir plus trouver d'abri que par la déclaration de son appel ». Rendu public le 23 septembre, il « fut incontinent suivi de celui du chapitre de Notre-Dame, de presque tous les curés de Paris..., de plusieurs communautés séculières et régulières, et d'une foule immense d'ecclésiastiques particuliers, aux acclamations générales et publiques ».
- Il se démet de sa place de chef du conseil de conscience
- Il en rendit compte au régent, « bien résolu à cette fois de ne se plus laisser gagner, et se démit en même temps de sa place de chef du conseil de conscience, qui, de ce moment, ne s'assembla plus à l'archevêché, mais chez l'archevêque de Bordeaux qui y étoit en second ».
- Tous les conseils particuliers cassés
- « Cet éclat donna le dernier coup aux conseils. Celui de conscience ne s'assembla qu'une fois chez l'archevêque de Bordeaux, et fut cassé. Sa chute précipita celle des autres ; le régent envoya à chacun de leurs chefs une lettre du roi pour les remercier. »
- L’abbé Dubois fait secrétaire d’État des affaires étrangères, et Le Blanc secrétaire d’État de la guerre
- Il fit en même temps « l'abbé Dubois secrétaire d'État des affaires étrangères, et Le Blanc secrétaire d'État de la guerre ; j'eus grande part au choix de ce dernier..., en sorte que la forme du gouvernement de ce prince, que le régent avoit voulu détruire à sa mort, dut, trois ans après, son rétablissement au même régent, tant il est vrai qu'il n'est en ce monde que bas et petit intérêt particulier, et que tout est cercle et période ».
- Brancas et le premier écuyer conservent leurs départements ; plusieurs des conseils leurs appointements
- Quelques-uns se sauvèrent du naufrage : « le premier écuyer demeura chargé des ponts, chaussées, grands chemins, pavés de Paris, et y acquit toujours beaucoup d'honneur, et le marquis de Brancas, des haras qu'il laissa achever de ruiner. Ils conservèrent leurs appointements avec quelque augmentation » ; plusieurs conseillers réformés gardèrent les leurs.
- Canillac entre au conseil de régence
- « Canillac refusa les siens. Il vouloit mieux et l'obtint bientôt : il conduisit M. le duc d'Orléans à le prier de vouloir bien entrer dans le conseil de régence ; et Canillac, pour cette fois, voulut bien être complaisant. »
- La Vrillière a la feuille des bénéfices
- « La Vrillière eut l'expédition de tous les bénéfices, qui, sous le feu roi, s'expédioient par le secrétaire d'État qui se trouvoit en mois. »
- Le comte d’Évreux, Coigny, Biron, Asfeld, demeurent comme ils étoient
- « Asfeld demeura de même chargé des fortifications et des ingénieurs, et le détail de la cavalerie et des dragons fut laissé au comte d'Évreux et à Coigny, leurs colonels généraux » ; Biron garda le détail de l'infanterie.
- Admirable mandement publié par le cardinal de Noailles sur son appel de la constitution
- « Le cardinal de Noailles publia un mandement sur son appel, qui fut applaudi comme un chef-d'œuvre en tout genre. Quoique fort gros, il n'étoit que la première partie du total en attendant la seconde... Il fit grand bruit et grand effet. Ce cardinal vit toujours M. le duc d'Orléans. »
- Fêtes données à Chantilly à Mme la duchesse de Berry
- M. le Duc, « extrêmement content [du régent] depuis le dernier lit de justice », donna à Mme la duchesse de Berry dix jours de fêtes à Chantilly : « la profusion, le bon goût, la galanterie, la magnificence, les inventions, l'art, l'agrément des diverses surprises s'y disputèrent à l'envi. » La princesse « ne fit pas grâce d'une ligne de toute sa grandeur », polie pour M. le Duc et la douairière, mais « affecta une hauteur dédaigneuse » envers l'épouse de M. le Duc « et partit de Chantilly sans lui avoir dit un seul mot » — ne lui pardonnant jamais la rupture du mariage du prince de Conti avec sa sœur. Lassay fit les honneurs à Mme la Duchesse « jusqu'au plus plaisant ridicule » ; et l'on frôla la tragédie : « un grand et fort beau tigre s'échappa et courut les jardins..., tandis que les musiciens et les comédiens, hommes et femmes, s'y promenoient » — son maître « le remena adroitement dans sa loge, sans qu'il eût fait aucun autre mal à personne que la plus grande peur ».
- Le frère du roi de Portugal incognito à Paris
- Pendant ces fêtes arriva « de Hollande à Paris, incognito, le frère du roi de Portugal, qui avoit fait avec réputation les deux dernières campagnes en Hongrie... L'accueil qu'on lui fit fut nul jusqu'au scandale » — il était mal avec le roi son frère, ce qui dispensa le régent de s'en contraindre ; « Paris, les étrangers, le Portugal même, ne laissèrent pas d'en être fort choqués ; mais le prince ni l'ambassadeur n'en témoignèrent pas la moindre chose, je crois par un air de mépris et de grandeur qui fut fort approuvé. »
- Mariage du roi Jacques d’Angleterre, dit le chevalier de Saint-Georges, avec une Sobieska, qui, en allant le trouver avec la princesse sa mère, est arrêtée à Inspruck par ordre de l’empereur
- Le chevalier de Saint-Georges, « pressé enfin de se marier pour avoir postérité, et maintenir par là l'espérance du parti qui lui restoit en Angleterre », épousa la fille du prince Jacques Sobieski — fils aîné « du fameux Jean Sobieski, roi de Pologne » — et nièce de l'impératrice : six cent mille livres de dot du père, neuf cent mille du pape avec quatre-vingt mille livres de pension. « L'épouse, mariée par procureur, partit d'Olaw le 12 septembre, accompagnée de sa mère, pour aller à Rome ; mais, arrivées à Inspruck, elles furent arrêtées toutes deux par ordre de l'empereur. »
- Tyrannie étendue à cet égard
- L'empereur, « pour mieux et plus bassement faire sa cour au roi Georges, ôta en même temps au prince Jacques la pension qu'il lui donnoit, lui envoya ordre de sortir de ses États, et défendit au duc de Modène d'accomplir le mariage signé entre le prince de Modène son fils et une autre fille du prince Jacques Sobieski. C'étoit pousser la persécution bien loin et d'une manière que toute l'Europe, même en Angleterre, trouva bien peu honorable..., et dont le pape fut indigné. »
- Faiblesse du régent pour le traitement du duc du Maine
- L'évêque de Viviers, embarrassé de la harangue due au prince de Dombes après la chute des bâtards, demanda au régent comment en user : « le régent lui dit d'en user à l'ordinaire, tellement que le prélat le traita d'Altesse Sérénissime. M. le duc d'Orléans, parfaitement sans fiel comme la colombe, croyoit que les autres étoient comme lui... Il ne pouvoit ni faire de mal à ceux qu'il savoit être le plus ses ennemis, ni soutenir celui qu'il n'avoit pu s'empêcher de leur faire... Il se flattoit de regagner, et, par cette faiblesse, il augmentoit le courage et l'audace, et ne réussissoit qu'à perdre davantage avec amis et ennemis, sans qu'aucune expérience pût l'en corriger. »
- Autres gens des conseils récompensés
- « Canillac avoit gagné huit mille livres de rente en refusant ses appointements... Sur cet exemple, tous les gens de quelque considération qui avoient eu des places dans les conseils en tirèrent pied ou aile » : l'archevêque de Bordeaux eut les économats en gardant ses appointements ; Bonrepos les siens « et un brevet de conseiller d'État d'épée » ; Biron dix mille livres pour le détail de l'infanterie « outre ceux du conseil de guerre » ; Cheverny entra au conseil des parties « comme conseiller d'État d'épée surnuméraire ».
- Bonamour et sept membres du parlement de Bretagne exilés, puis quatre autres encore
- « Bonamour, gentilhomme de Bretagne, qui avoit été exilé, puis rappelé, fut exilé de nouveau avec sept membres du parlement de la même province, dont les menées ne purent être si cachées qu'elles ne fussent découvertes ; quatre autres le furent encore bientôt après. »
- Mme la duchesse d’Orléans à l’Opéra
- « Mme la duchesse d'Orléans, malgré sa douleur sur l'état du duc du Maine, alla à l'Opéra dans la petite loge de M. le duc d'Orléans, parce qu'elle n'alloit jamais dans la grande loge qu'avec Madame. »
- Curiosité sur les tapis
- La raison en est curieuse : « Madame y a un tapis et Mme la duchesse d'Orléans n'y en peut avoir. On voit donc que jusqu'alors le tapis étoit réservé aux seuls fils de France. » Les princesses du sang en ont depuis mis à leurs tribunes d'églises, « mais elles n'ont encore osé en mettre à leurs loges aux spectacles » : leur expédient est de louer à l'année de petites loges « reculées sur le théâtre, où elles ne paroissent point en spectacle. Ainsi, tapis et non tapis est évité » — solution de l'enlèvement violent que fit jadis Mme la Duchesse de la petite loge de la maréchale d'Estrées.
- Mort du maréchal-duc d’Harcourt et de l’abbé de Louvois
- « Le maréchal d'Harcourt mourut enfin le 19 octobre, n'ayant que cinquante-cinq ans. Plusieurs apoplexies redoublées l'avoient réduit à ne pouvoir articuler une syllabe, à marquer avec une baguette les lettres d'un grand alphabet placé devant lui..., et à toutes les impatiences et les désespoirs imaginables. Telle fut la terrible fin d'un homme si fait exprès pour les affaires et les premières places par son esprit et sa capacité..., et si propre encore... à faire les délices de la société. » L'abbé de Louvois le suivit de près, mort de la taille : « ce fut dommage : un homme d'esprit, savant, aimable, que les jésuites empêchèrent d'être placé, et qui eût été un très digne évêque. »
- Conseillers d’État pointilleux et moqués
- Les conseillers d'État, « de jour en jour devenus plus pointilleux par la tolérance de leurs prétentions », se plaignirent que deux commissaires généraux des finances, venus rapporter « en manteau court » au conseil de régence, y eussent eu place et opiné les derniers : « M. le duc d'Orléans les amusa et s'amusa d'eux, et ces messieurs n'y gagnèrent rien que de faire rire. »
- Koenigseck ambassadeur de l’empereur à Paris
- « Le comte de Koenigseck, ambassadeur de l'empereur, fit une entrée magnifique. Il se mêla fort avec la bonne compagnie, fit belle, mais sage dépense, et, tant par la manière de traiter les affaires que par sa conduite dans le monde et l'agrément de la société, il se fit fort estimer et compter. »
- Époque singulière de l’entier silence de tout ce qui eut trait à la constitution au conseil de régence
- Une bagatelle marqua « l'époque du silence entier... religieusement gardé au conseil de régence sur l'affaire de la constitution » : l'archevêque de Rouen — « homme sincèrement de bien et d'honneur, mais ignorantissime, grossier, entêté, excrément de séminaire, fanatique sur la constitution » — avait fait interdire par son officialité des curés fort estimés, que la chambre des vacations du parlement de Rouen rétablit. Accouru à Paris, appuyé du garde des sceaux, il comptait tout emporter d'emblée au conseil du 23 octobre. Prévenu par sa rencontre au Palais-Royal, Saint-Simon avertit M. le Duc, le comte de Toulouse et plusieurs autres, puis, interrompant le tour d'opiner, demanda simplement qu'on s'informât « des motifs que [la chambre] avoit eus de le rendre, pour nous mettre en état... d'opiner en connoissance de cause » : tout le conseil suivit. Argenson « fit une pirouette sur son siège, puis dit tout bas au duc de La Force... : Monsieur, il n'y a plus moyen de parler ici de rien qui touche à la constitution ; aussi vous promets-je bien qu'on n'y en parlera plus. Il tint exactement parole. » Pontcarré apprit plus tard à Saint-Simon que le parlement de Rouen avait inscrit ce service « dans leurs registres ».
- Retour des conseillers du parlement de Paris exilés, non du président Blamont
- « M. le duc d'Orléans accorda la liberté de revenir aux deux conseillers du parlement de Paris, mais il ne voulut pas ouïr parler du président Blamont, qui s'étoit distingué en sédition. »
- Faux sauniers nombreux excités
- Les faux sauniers, pratiqués de longue main par « ceux qui méditoient des troubles », se grossirent et se disciplinèrent « à tel point qu'on ne put enfin se fermer assez les yeux pour n'y pas apercevoir des troupes qui se rendoient redoutables par leur valeur et par leur conduite, qui s'attiroient les peuples en ne prenant rien sur eux..., des gens devenus dangereux, qui avoient des chefs avec eux et des conducteurs inconnus ». « Le mépris d'eux, qu'on n'avoit pu ôter au régent, se changea enfin en inquiétude trop juste, mais trop tardive » : il y en avait « plus de cinq mille qui faisoient le faux saunage haut à la main, en Champagne et en Picardie ».
- Mézières avec des troupes est envoyé contre eux
- « Mézières, lieutenant général et gouverneur d'Amiens, fut envoyé contre eux avec des troupes pour les dissiper. »
- Le duc du Maine achète une maison à Paris
- Quoique le duc du Maine n'eût « rien moins qu'aucune des qualités du fameux amiral de Coligny » — trouvé trois jours avant l'affaire de Meaux « seul et sans armes..., taillant ses arbres dans son jardin » —, il prit ce temps précisément pour acheter la maison bâtie par Mme la princesse de Conti et deux ou trois voisines, « six cent mille livres avec ce qu'il y fallut ajouter, dont il fit l'hôtel du Maine, au bout de la rue de Bourbon, l'Arsenal n'ayant paru à Mme la duchesse du Maine qu'une maison propre à y aller seulement faire quelques soupers ».
- Meudon donné à Mme la duchesse de Berry
- Mme la duchesse de Berry « eut envie d'avoir Meudon, et l'obtint de M. le duc d'Orléans en échange du château d'Amboise qu'elle avoit pour habitation par son contrat de mariage. Cette espèce de présent ne laissa pas de faire du bruit. »
- Rion en a d’elle le gouvernement
- « Elle en donna le gouvernement à Rion. »
- Du Mont, qui l’avoit, en conserve les appointements
- « Du Mont, qui l'avoit, ne laissa pas de conserver les mêmes appointements qu'il en avoit. »
- Chauvelin, longtemps garde des sceaux si puissant, et chassé, devient président à mortier ; Gilbert avocat général, et l’abbé Bignon bibliothécaire du roi
- Chauvelin, avocat général, « acheta la charge de président à mortier de Le Bailleul, qui ne la faisoit point, et qui d'ailleurs la déshonoroit par sa vie et sa conduite » — bagatelle notée seulement parce que « ce même Chauvelin [est] devenu depuis le jouet de la fortune, qui, après l'avoir élevé tout à coup au plus haut point, le précipita au plus bas ». Gilbert de Voisins, qui lui acheta la sienne, « acquit une grande réputation dans la place d'avocat général » ; et l'abbé Bignon eut la bibliothèque du roi qu'avait l'abbé de Louvois, « avec le même brevet de retenue de douze mille livres ».
- Nangis veut se défaire du régiment du roi
- Pezé, « homme de beaucoup d'esprit et de talents » qui « savoit cheminer et avoit une grande ambition », apprit que Nangis, « à qui le régiment du roi ne donnoit plus le même crédit ni les mêmes privances sous un roi enfant », en avait traité avec le duc de Richelieu et que le marché s'était rompu.
- J’en obtiens l’agrément pour Pezé, et aussitôt Nangis ne veut plus vendre
- Pezé employa le duc d'Humières auprès de Saint-Simon pour en obtenir l'agrément du régent ; « je l'obtins ; mais, quand Pezé voulut traiter avec Nangis, il trouva un homme de travers qui se fâcha qu'il en eût demandé l'agrément avant d'avoir commencé par savoir s'il le vouloit vendre, et n'en voulut jamais ouïr parler... Le régent n'eut pas la force d'imposer, et Nangis ne me l'a jamais pardonné, dont je ne me souciai guère. La suite fera voir que la mauvaise humeur de Nangis ne tendoit qu'à rançonner le régent dans cette affaire. »
- Le duc de Saint-Aignan, ambassadeur en Espagne, reçoit ordre du régent de revenir
- « Tout tournoit à la rupture avec l'Espagne : le duc de Saint-Aignan y étoit devenu odieux au cardinal Albéroni, et y étoit sur un pied fort triste. Il eut ordre de revenir. »
- Je lui assure à son insu une place en arrivant au conseil de régence
- « Comme ce n'étoit pas par sa faute que les affaires s'y brouilloient, j'obtins de M. le duc d'Orléans de le faire entrer en arrivant au conseil de régence, sans que M. de Saint-Aignan y eût songé. »
- Berwick accepte de servir contre l’Espagne
- Le duc de Berwick « s'engagea au régent d'accepter le commandement de l'armée qui devoit agir contre le roi d'Espagne sur cette frontière en cas de rupture ». Il avait pourtant la grandesse et la Toison, les duchés de Liria et de Quiriça gagnés à Almanza, et son fils aîné établi en Espagne : « on fut étonné qu'avec tant de liens qui devoient l'attacher au roi d'Espagne, il eût accepté un emploi pour lequel il n'étoit pas l'unique, et qui lui attira l'indignation de Leurs Majestés Catholiques..., et qui nuisit fort pendant assez longtemps au duc de Liria son fils, quoiqu'il servît dans l'armée d'Espagne opposée à celle de son père. M. le duc d'Orléans aussi n'oublia jamais ce service. »
- Asfeld s’en excuse
- Asfeld, que Berwick désirait dans son armée, s'en excusa avec une délicatesse admirée : « Monseigneur, répondit-il au régent, je suis François, je vous dois tout, je n'attends rien que de vous » ; mais, prenant sa Toison dans sa main : « Que voulez-vous que je fasse de ceci que je tiens du roi d'Espagne, avec la permission du roi, si je sers contre l'Espagne, et qui est le plus grand honneur que j'aie pu recevoir ? » Il fut dispensé, promit d'organiser depuis Bordeaux les approvisionnements de l'armée, « et sa délicatesse fut généralement applaudie en France et en Espagne ». Saint-Simon voyait « ces dispositions avec regret » ; le régent prétendait « que ce n'étoit que des semblants pour amener l'Espagne à entrer enfin dans les propositions de paix ». Nancré, lui, « arriva d'Espagne en admiration d'Albéroni : aussi ne valoient-ils pas mieux l'un que l'autre. »
- Six mille livres de pension à Mlle d’Espinoy ; autant à Mlle de Melun ; quatre mille livres à Meuse ; autant à Béthune le Polonois
- « Mlle d'Espinoy et Mlle de Melun, sa sœur, qui étoient pauvres, obtinrent chacune six mille livres de pension du roi. Meuse en eut quatre mille, et Béthune, fils de la sœur de la feue reine de Pologne, autant : c'étoient deux hommes de grande qualité, aussi fort mal dans leurs affaires. »
- Six mille livres à Méliant, maître des requêtes, en mariant sa fille unique au fils aîné du garde des sceaux
- « Méliant, depuis conseiller d'État, à mon instante prière, eut aussi six mille livres de pension, en mariant sa fille unique, très riche, au fils aîné du garde des sceaux. »
- Dix mille livres au marquis de La Vère, frère du prince de Chimay
- Le marquis de La Vère, « officier général de beaucoup de réputation en Espagne, dont il avoit quitté le service à l'occasion de l'affaire du régiment des gardes wallonnes », fait lieutenant général en arrivant, « eut aussi une pension de dix mille livres. Il étoit frère du prince de Chimay, lequel étoit grand d'Espagne et chevalier de la Toison d'or, et qui depuis a été mon gendre. »
- Huit mille livres à Vertamont, premier président du grand conseil
- « Vertamont, premier président du grand conseil, fort riche, en obtint une de huit mille livres, contre laquelle on cria fort, et non sans raison. » Et « la banque de Law fut déclarée royale le 4 décembre, pour lui donner plus de crédit et d'autorité. Le dernier, sans doute ; pour le crédit, elle y en perdit. »
- Mme la duchesse de Berry en reine à l’Opéra, une seule fois
- Mme la duchesse de Berry « hasarda une chose jusqu'alors sans exemple, et qui fut si mal reçue, qu'elle n'osa plus la réitérer. Elle fut à l'Opéra dans l'amphithéâtre, dont on ôta plusieurs bancs. Elle s'y plaça sur une estrade, dans un fauteuil, au milieu de sa maison et de trente dames, dont les places étoient séparées du reste de l'amphithéâtre par une barrière. Ce qui parut de plus étonnant, c'est qu'elle y parut autorisée par la présence de Madame et de M. le duc d'Orléans... Le roi, dans Paris, fit paroître l'entreprise encore plus hardie. »
- Elle donne audience de cérémonie à l’ambassadeur de Venise sur une estrade de trois marches
- Elle s'avisa encore « de donner audience publique de cérémonie à un ambassadeur de Venise, dans un fauteuil, placé sur une estrade de trois marches, quoi que Mme de Saint-Simon pût lui représenter. La surprise des dames... fut extrême et telle que plusieurs vouloient s'en retourner... L'ambassadeur, étonné, s'arrêta à cette vue étrange, et demeura quelques moments incertain. Il approcha néanmoins..., mais, après sa dernière révérence et quelques moments de silence, il tourna le dos et s'en alla sans avoir fait son compliment. »
- Force plaintes
- « Au sortir de Luxembourg, il fit grand bruit, et, le jour même, tous les ambassadeurs protestèrent contre cette entreprise, et protestèrent encore qu'aucun ambassadeur ne se présenteroit plus chez Mme la duchesse de Berry qu'ils ne fussent assurés, avec certitude, que cette entreprise ne se réitéreroit plus. On remarquera, en passant, que jamais reine de France n'a donné d'audience en cérémonie sur une estrade, pas même sur un simple tapis de pied. »
- Elle n’y retourne plus
- « Ils s'abstinrent tous de la voir, et ne s'apaisèrent qu'avec peine et au bout d'assez longtemps, sur les assurances les plus fortes qu'on pût leur donner que pareille chose n'arriveroit jamais » — et elle n'y retourna plus.
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