TOME XIX · CHAPITRE XVII

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Résumé

Le sacre de Reims, vu de loin et jugé de près : « pas un duc n'y va, excepté ceux de service actuel et indispensable » ; les « désordres des séances et des cérémonies », les « étranges nouveautés partout » ; les bâtards absents du voyage ; les remarques sur les cardinaux, conseillers d'État, maîtres des requêtes, secrétaires du roi ; le maréchal d'Estrées « non encore alors duc et pair » ; les secrétaires d'État ; le « mépris outrageux de toute la noblesse » ; et le « mensonge et friponnerie avérée » qui fait porter la première offrande au mar…

Les entrées

Préparatifs du voyage de Reims, où pas un duc ne va, excepté ceux de service actuel et indispensable, et de ceux-là mêmes aucun ne s’y trouva en pas une cérémonie sans la même raison
Le sacre approchant, Saint-Simon comprit qu'il « se tourneroit pour eux en ignominie » pour les ducs — l'édit de 1711, « l'ignorance, la mauvaise foi, et la malignité éprouvée du grand maître des cérémonies, l'orgueil du cardinal Dubois de tout confondre et de tout abattre pour relever d'autant les cardinaux » y répondaient. Dubois voulait « attirer les ducs et se moquer d'eux » : Saint-Simon exigea que tout fût convenu « par articles » et signé double par le régent — « l'affaire du bonnet et d'autres encore avoient appris aux ducs la valeur des paroles les plus solennelles ». Le cardinal « se récria sur l'écriture, et vanta les paroles ». Résultat : « pas un d'eux n'iroit, excepté ceux à qui leurs charges rendoient le voyage indispensable », et de ceux-là « aucun ne se trouveroit dans l'église de Reims, ni à pas une seule des cérémonies » — « ce qui fut très fidèlement et très ponctuellement exécuté ». Saint-Simon partit pour la Ferté, refusant même les fêtes de Villers-Cotterêts : « ne pouvant avoir de part aux solennités de Reims, je me trouverois un courtisan fort déplacé à Villers-Cotterêts. »
Désordres des séances et des cérémonies du sacre
« Le désordre du sacre fut inexprimable, et son entière dissonance d'avec tous les précédents » : « le projet de l'exclusion possible de toutes dignités et de toute la noblesse y sauta aux yeux. Il ne fut pas moins évident qu'on l'y voulut effacer par la robe et jusque par ce qui est au-dessous de la robe. »
Étranges nouveautés partout
Le même désordre, par le même projet, « régna dans les séances de l'église de Reims, la veille aux premières vêpres du sacre, le jour du sacre, et le lendemain, pour l'ordre du Saint-Esprit… au festin royal ; à la cavalcade, enfin partout ».
Bâtards ne font point le voyage de Reims
« Je n'ai point su quelles furent les prétentions des bâtards ; mais le duc du Maine, ni ses deux fils, ni le comte de Toulouse ne firent point le voyage de Reims ; et le comte de Toulouse, qui en fut pressé, le refusa nettement et demeura à Rambouillet. »
Remarques de nouveautés principales
Des six cardinaux de Paris, « le seul cardinal de Noailles n'y fut point invité. Ce fut un hommage que le cardinal Dubois voulut rendre au cardinal de Rohan et à la constitution Unigenitus, qui l'avoient si bien servi à Rome pour son chapeau. » Même reconnaissance aux deux frères « d'avoir si onctueusement avalé la déclaration de premier ministre » : le prince de Rohan fit la charge de grand maître de France.
Cardinaux
Dubois, voulant « signaler son cardinalat », fit donner aux cardinaux un banc en arrière des pairs ecclésiastiques mais « poussé assez haut pour qu'il n'y eût rien entre ce banc et l'autel ».
Conseillers d’État, maîtres des requêtes, secrétaires du roi
Sur trois bancs à la suite des prélats « furent placés dix conseillers d'État, dix maîtres des requêtes, et, pour que rien ne manquât à la dignité de cette séance, six secrétaires du roi, tous députés de leurs trois compagnies ou corps, qui avoient été invités ».
Maréchal d’Estrées non encore alors duc et pair
Derrière les pairs laïques, les trois maréchaux des honneurs — en se souvenant « que le maréchal d'Estrées qui, comme l'ancien des deux autres, étoit destiné pour la couronne, ne devint duc et pair que le 16 juillet 1723 ».
Secrétaires d’État
Au-dessous du banc des honneurs, « le banc des seuls secrétaires d'État » — le tabouret du duc de Charost devant eux ne dura que quelques moments, « en qualité de gouverneur du roi, qui n'est pas une charge qui existe ordinairement lors d'un sacre ».
Mépris outrageux de toute la noblesse, seigneurs et autres
Quant à la noblesse : « les seigneurs de la cour et d'autres que la curiosité avoit attirés, sans que pas un fût convié, y furent placés au hasard » — « les gens de qualité furent placés en importuns curieux où ils purent… tant, jusqu'aux secrétaires du roi, tout homme à collet fut là supérieur à la plus haute noblesse de France ».
Mensonge et friponnerie avérée qui fait porter la première des quatre offrandes au maréchal de Tallard, duc vérifié
La friponnerie du livre des cérémonies : on y avait imprimé que le père de Saint-Simon avait porté une offrande au sacre du feu roi — « c'étoit mon oncle, frère aîné de mon père », le père étant alors à Blaye contre la révolte de Bordeaux. « Cette fausseté n'avoit pas été mise pour rien » : on voulait « confondre les ducs avec des seigneurs ou autres qui ne l'étoient pas », et le maréchal de Tallard, « duc vérifié, et non pas pair », accepta d'être mis à la tête de Matignon, Médavy et Goesbriant : « Tallard fit ainsi la planche inouïe et première de cette association, en même fonction, d'un duc, même d'un maréchal de France, avec trois autres qui ne l'étoient pas. »
Barons, otages de la sainte ampoule
Les quatre barons de la sainte ampoule, placés dans les hautes chaires par « une indécence tout à fait nouvelle, accordée à leur curiosité de voir le sacre », avec leurs écuyers et pennons au-dessous d'eux — alors que leur charge est d'être « otages de la restitution de la sainte ampoule à l'église abbatiale de Saint-Remi », enfermés sous clef dans l'abbaye « depuis l'instant que la sainte ampoule en part jusqu'à celui où elle y est rapportée et replacée ».
Peuple nécessaire dans la nef dès le premier instant du sacre
Faute « sans exemple en aucun des sacres précédents » : la nef ne fut ouverte au peuple qu'après l'intronisation. Or le peuple « a toujours rempli la nef de l'église de Reims au moment que le roi y est amené. Il est là comme autrefois aux champs de Mars, puis de Mai » : quand l'archevêque « se tourne vers tout ce qui est placé dans le chœur, pour demander le consentement de la nation », la nef doit être pleine « pour ajouter son consentement présumé à celui de ceux qui sont dans le chœur ».
Deux couronnes ; leur usage
Les deux couronnes : « la grande de Charlemagne, et une autre qui est faite pour la tête du roi, et enrichie de pierreries. La grande est exprès d'une largeur à ne pas pouvoir être portée sur la tête » — faite ainsi « pour donner lieu aux onze pairs servants d'y porter chacun une main au moment que l'archevêque de Reims l'impose sur la tête du roi, et de le conduire, en la soutenant toujours, jusqu'au trône du jubé ». Les relations « ont affecté de brouiller cet endroit si essentiel » et « laissent croire qu'il l'a portée immédiatement sur sa tête ».
Esjouissance des pairs très essentiellement estropiée
L'esjouissance des pairs, « très essentiellement estropiée » par les relations tronquées : chaque pair, ayant baisé le roi à la joue, « se tourne à l'instant à côté du roi, le visage vers la nef, s'appuie et se penche sur l'appui du jubé, et crie au peuple : “Vive le roi Louis XV !” À l'instant le peuple crie lui-même… une douzième partie des oiseaux tenus exprès en cage sont lâchés ; une douzième partie de monnaie est jetée au peuple » — et ainsi douze fois. « Les relations disent tout hors cette proclamation des pairs au peuple… La raison de ce silence est évidente ; je me dispenserai de la qualifier. »
Le couronnement achevé, c’est au roi à se mettre sa petite couronne sur la tête et à se l’ôter quand il le faut, non à autre
Au jubé, « c'est le roi lui-même qui prend la petite couronne et qui se la met sur la tête, qui se l'ôte et se la remet toutes les fois que cela est à faire » — non un autre. « Je ne sais si les relations sont ici fautives, il seroit bien plus étrange qu'elles ne le fussent pas. »
Festin royal ; le roi y doit être vêtu de tous les mêmes vêtements du sacre
Au festin royal, faute ou méprise : les relations disent que le roi changea d'habits avant le banquet, gardant seulement le manteau royal et la couronne. Or les gants ôtés et brûlés « parce qu'ils avoient touché aux onctions », cela s'est toujours pratiqué ; mais la chemise ne s'ôte ordinairement qu'après le festin, et les rois qui en ont changé avant « ont repris tous les mêmes vêtements qu'ils avoient à l'église pour aller au banquet royal ».
Trois évêques, non pairs, suffragants de Reims, assis en rochet et camail à la table des paris ecclésiastiques vis-à-vis-les trois évêques-comtes pairs
Première nouveauté du festin : « faire manger à la table des pairs ecclésiastiques les évêques de Soissons, Amiens et Senlis, comme suffragants de Reims, sans aucune prétention ni exemple quelconque » — « la suffragance de Reims n'a jamais donné ni rang ni distinction ; c'est la seule pairie qui les donne ». Ces « évêques qu'on peut appeler parasites », en rochet et camail, furent placés « au plus bas bout qu'il se put, vis-à-vis des trois évêques comtes-pairs » : « jamais évêque ni archevêque n'a mangé en aucun cas avec nos rois s'il n'a été pair ou prince, jusqu'à ce que l'ancien évêque de Fréjus se fît admettre le premier dans le carrosse du roi, puis à sa table, ce qui a été le commencement de la débandade. »
Tables des ambassadeurs et du grand chambellan placées au-dessous de celles des pairs laïques et ecclésiastiques
Seconde nouveauté : la pièce du festin, jadis en équerre — les tables des ambassadeurs et du grand chambellan y étaient « entièrement hors de la vue » du roi —, avait été coupée par l'archevêque Le Tellier « sans penser aux suites » ; on plaça donc ces tables dans la pièce même du roi, « sur même ligne, mais au-dessous des deux tables des pairs laïques et ecclésiastiques ».
Lourdise qui les fait placer sous les yeux du roi
« Lourdise » aux conséquences ridicules : les évêques suffragants se trouvèrent « à une table supérieure à celle des ambassadeurs et à celle du grand chambellan… et, pour rendre la chose plus ridicule, à une table supérieure à celle où le chancelier mangeoit… lui qui ne leur donne pas la main chez lui ». Et « l'énormité de faire manger à la vue du roi, en une telle cérémonie, les deux introducteurs des ambassadeurs ».
Cardinal de Rohan hasarde l’Altesse dans ses certificats de profession de foi à MM. les duc de Chartres et comte de Charolois ; est forcé sur-le-champ d’y supprimer l’Altesse, qui l’est en même temps pour tous certificats et tous chevaliers de l’ordre nommés, avec note de ce dans le registre de l’ordre
À l'ordre du Saint-Esprit, le cardinal de Rohan « ne doutant de rien sur l'appui de la protection si déclarée du cardinal Dubois », fit signer les certificats de profession de foi des ducs de Chartres et comte de Charolois « par Son Altesse Éminentissime, au lieu de mettre simplement par monseigneur ». Le secrétaire des commandements s'en aperçut : le régent, transporté de colère, fit ordonner par l'abbé de Pomponne « d'expédier sur-le-champ deux autres certificats… d'y supprimer l'Altesse Éminentissime qu'il avoit osé y hasarder, et de lui défendre de la part du roi de jamais l'employer », le tout inscrit aux registres de l'ordre. « Le cardinal de Rohan et son frère furent bien mortifiés… Ils obéirent sur-le-champ même et sans réplique, et l'avalèrent sans oser en faire le plus léger semblant. » — « Certainement le coup étoit bon à faire : si le premier prince du sang, fils du régent, et un autre prince du sang avoient souffert l'Altesse du cardinal de Rohan, qui eût pu après s'en défendre ? »
Ce qui est observé depuis toujours
Cinq ans après, chevalier de l'ordre, Saint-Simon avertit ses co-promus « de prendre bien garde à leurs certificats » et voulut voir le sien chez le cardinal de Rohan même : « j'y vis par monseigneur et point d'Altesse ; je souris en regardant le secrétaire, et lui dis : “Bon, monsieur, comme cela”, et je l'emportai. »
Grands officiers de l’ordre couverts comme les chevaliers
Nouveauté encore à la cérémonie de l'ordre : « les officiers de l'ordre se couvrirent dans le chœur, comme les chevaliers », eux qui dans les chapitres sont « debout et découverts » — d'où il n'y a plus de chapitre « qu'en foule, en désordre, sans rang, où le roi est debout et découvert ».
Ridicule et confusion de la séance
À la séance de l'ordre, il n'y eut de places « que pour le clergé et pour la même robe, même les secrétaires du roi… Tout le reste n'y fut placé qu'à titre de curieux, pêle-mêle, comme il plut au grand maître des cérémonies. »
Princes du sang s’arrogent un de leurs principaux domestiques près d’eux à la cavalcade, où [il y a] plus de confusion que jamais
À la cavalcade, « il ne se put rien ajouter à l'excès de sa confusion » : les princes du sang y prirent pour la première fois « un avantage que le régent souffrit pour l'intérêt de M. son fils contre le sien » — chacun eut près de soi un de ses principaux domestiques, « ce qui ne fut jamais permis qu'aux fils de France et aux petits-fils de France ». « Cette nouveauté en a enfanté bien d'autres depuis que M. le Duc fut premier ministre. »
Fêtes à Villers-Cotterêts et à Chantilly
« J'omets aussi les fêtes superbes que M. le duc d'Orléans et M. le Duc donnèrent au roi, à Villers-Cotterêts et à Chantilly, en revenant de Reims. »
La Fare et Belle-Ile à la Ferté
Tout en arrivant à Paris, La Fare et Belle-Ile vinrent à la Ferté : « ils me parlèrent fort de leur inquiétude sur la vivacité avec laquelle l'affaire de La Jonchère se poussoit, lequel avoit été conduit à la Bastille, et qu'on ne parloit pas de moins que d'ôter à Le Blanc sa charge de secrétaire d'État et de l'envelopper avec Belle-Ile dans la même affaire. »
Leur inquiétude, et mon avis que Belle-Ile ne peut se résoudre à suivre
L'avis donné : contre « le cardinal, M. le Duc et sa maîtresse réunis par d'aussi puissants intérêts », nulle innocence ne tiendrait ; l'unique voie était « d'apaiser la fille en voyant moins la mère », qui, « si elle avoit une amitié véritable pour eux, devoit être la première à exiger ce sacrifice ». La Fare approuva ; « rien ne put ébranler Belle-Ile ». Aux extrémités, Saint-Simon conclut à la fuite hors du royaume ; Belle-Ile « s'écria que fuir seroit s'avouer coupable ». — « Je lui demandai s'il n'avoit jamais vu, au moins dans les histoires, d'innocents opprimés… fuir leur fureur et leur puissance n'étoit rien moins que s'avouer coupable, mais sagesse et nécessité ; s'y exposer, folie consommée. » Il repartit « persuadé, sans être lui-même le moins du monde ébranlé, malgré ma prédiction réitérée ».
Survivance du gouvernement de Paris du duc de Tresmes à son fils aîné
À l'entrée du roi à Paris, le duc de Tresmes vint en cérémonie au-devant de lui : « la survivance du gouvernement de Paris lui fut donnée pour son fils aîné, qu'il ne songeoit pas à demander… Le premier ministre vouloit se faire des amis de ce qui environnoit le roi. »
Signature du contrat du futur mariage de Mlle de Beaujolois avec l’infant don Carlos
Le 25 novembre, don Patricio Laullez, ambassadeur extraordinaire d'Espagne, fit au roi la demande de Mlle de Beaujolois pour don Carlos ; les articles furent signés chez le cardinal Dubois, puis le contrat le lendemain dans le cabinet du roi, « où étoient tous les princes et princesses du sang, debout des deux côtés d'une table, au milieu de laquelle le roi étoit dans son fauteuil ».
Départ et accompagnement de cette princesse
Le 1er décembre, Mlle de Beaujolois partit pour Madrid, « accompagnée, jusqu'à la frontière, de la duchesse de Duras » et de la duchesse de Fitz-James sa fille, « qui eurent toujours un fauteuil, une soucoupe, le vermeil doré », servie par les officiers du roi avec un détachement des gardes du corps ; le régent et le duc de Chartres la conduisirent jusqu'au Bourg-la-Reine.
Laullez complimenté par la ville de Paris, qui lui fait le présent de la ville
« Quelques jours après le prévôt des marchands, à la tête du corps de la ville de Paris, alla, par ordre du roi, complimenter l'ambassadeur d'Espagne, et lui présenter les présents de la ville. »
Mort à Rome de la fameuse princesse des Ursins
« Enfin la fameuse princesse des Ursins mourut à Rome, où elle s'étoit, à la fin, retirée et fixée depuis plus de six ans, aimant mieux y gouverner la petite cour d'Angleterre que de ne gouverner rien du tout. Elle avoit quatre-vingt-cinq ans, fraîche encore, droite, de la grâce et des agréments… la tête et l'esprit comme à cinquante ans, et fort honorée à Rome, où elle eut le plaisir de voir les cardinaux del Giudice et Albéroni l'être fort peu. »
Mort de Madame ; son caractère
Madame, se sentant mal, voulait pourtant voir à Reims Mme la duchesse de Lorraine et ses enfants, « qu'elle n'avoit jamais vus ». Elle consulta la maréchale de Clerembault, qui croyait connaître l'avenir « par l'art des petits points » : « Partez, madame, en toute sûreté, je me porte bien » — elle prétendait avoir vu qu'elle mourrait avant Madame. Madame vit le sacre d'une tribune, mais perdit au retour son amie, puis la suivit de près : l'hydropisie « fit en très peu de jours un tel progrès qu'elle se prépara à la mort avec beaucoup de fermeté et de piété », disant à l'ancien évêque de Troyes : « Monsieur de Troyes, voilà une étrange partie que nous avons faite la maréchale et moi. » Morte à Saint-Cloud le 8 décembre. Son caractère : « Madame tenoit en tout beaucoup plus de l'homme que de la femme. Elle étoit forte, courageuse, allemande au dernier point, franche, droite, bonne et bienfaisante, noble et grande en toutes ses manières, et petite au dernier point sur tout ce qui regardoit ce qui lui étoit dû… la figure et le rustre d'un Suisse, capable avec cela d'une amitié tendre et inviolable. » Le régent « ne la quitta point pendant sa maladie » — « je le vis pleurer amèrement ».
Famille et caractère de la maréchale de Clerembault
La maréchale de Clerembault, fille de Chavigny, secrétaire d'État, petite-fille de Bouthillier : sa grand-mère Isabelle Blondeau conta à Saint-Simon enfant qu'elle était « dans son carrosse avec son mari sur le pont Neuf » quand on apprit que « Henri IV venoit d'être tué ». Veuve du maréchal de Clerembault, gouvernante des filles de Monsieur, « c'étoit une des femmes de son temps qui avoit le plus d'esprit, le plus orné sans qu'il y parût… la plus mesurée et la plus opiniâtrement silencieuse » — habitude contractée « par avoir été constamment une année entière sans proférer une seule parole dans sa jeunesse » pour guérir sa poitrine. « Lorsqu'elle étoit en liberté, elle étoit charmante, on ne la pouvoit quitter. » Par les chemins « elle avoit toujours un masque de velours noir », qu'elle ôtait pour faire la révérence. « Fort riche et avare » ; grande joueuse de jeux de commerce. « Je me suis peut-être trop étendu sur cet article : les singularités curieuses ont fait couler ma plume. »
Sa mort
Elle mourut à Paris le 27 novembre, « dans sa quatre-vingt-neuvième année, ayant jusqu'alors la santé, la tête, l'esprit et l'usage de tous ses sens comme à quarante ans ».
Mariage de Mme de Cani avec le prince de Chalois, et du prince de Robecque avec Mlle du Bellay
Mme de Cani, veuve du fils unique de Chamillart et sœur du duc de Mortemart, « s'ennuya enfin de porter le nom de son mari, et en un tourne-main son mariage se fit avec le prince de Chalois, grand d'Espagne » fixé en France. « Ce qu'il y eut de louable, est que les enfants du premier lit n'en ont été que plus constamment chéris. » Et le prince de Robecque, autre grand d'Espagne « dégoûté du séjour et du service d'Espagne », épousa à Paris Mlle du Bellay.
Paix de Nystadt entre le czar et la Suède
« L'année finit par le traité de paix conclu à Nystadt entre le czar et la Suède, qui céda au czar toutes les conquêtes qu'il avoit faites sur elle », restreignant la Suède au-delà de la Baltique et lui ôtant « toute sa considération en Allemagne et dans le reste de l'Europe, tellement que cette monarchie, revenue à son dernier état, se trouva de plus ruinée et dans le dernier abattement, fruit du prétendu héroïsme de son dernier monarque ».

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