TOME III · CHAPITRE XV

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Résumé

Les honneurs en action : séance et cérémonie de « tenir chapelle », Chandeleur et Cendres, le banquillo du capitaine des gardes — et pourquoi les capitaines des gardes sont toujours grands ; places distinguées à toutes fêtes ; le parasol des processions ; les cortès ou états généraux ; le traitement par écrit dans les églises hors Madrid ; le baptême de l'infant don Philippe ; honneurs civils et militaires partout, honneurs à Rome. Les rangs étrangers inconnus en Espagne ; l'égalité chez tous les souverains non rois ; la supériorité de M. le Prince sur don Juan aux Pays-Bas.

Les entrées

Séance et cérémonie de tenir chapelle en Espagne
Quand le roi d'Espagne tient chapelle, « ce qui arrive très fréquemment », sa cour l'attend à la porte de son appartement secret ; il se couvre après deux pièces, et avec lui les grands « qui marchent sans ordre devant et autour de lui », le prince des Asturies, le capitaine des gardes « qui est toujours grand » et le patriarche des Indes s'il est cardinal — de son temps le cardinal Borgia. À la chapelle, révérence à la reine dans sa tribune, puis à l'autel, « toujours à l'espagnole, c'est-à-dire comme sont les révérences de nos chevaliers du Saint-Esprit ». Le cardinal va dire l'Introït au prie-Dieu du roi, lui porte l'Évangile à baiser, l'encense, lui porte la paix, puis à la reine, saluant à chaque déplacement l'autel, le roi, la reine, les ambassadeurs et les grands. Les pages aux flambeaux du Sanctus font leurs révérences « en baissant leurs flambeaux tous en même temps et comme en cadence : c'est un vrai exercice. Il y a toujours sermon en espagnol. »
Cérémonie de la Chandeleur et celle des Cendres
À la Chandeleur, point d'ambassadeurs : ils ne pourraient marcher que devant ou après le roi, où ils couperaient la reine ou ses dames — « ces jours-là ils ne sont point avertis, et ne s'y trouvent jamais ». Le roi reçoit le cierge à genoux du cardinal, sur un carreau posé puis ôté par le majordome-major, puis le prince, le majordome-major, le capitaine des gardes, enfin tous les grands « suivant qu'ils se trouvent placés sur leur banc » ; la procession fait le tour des corridors du palais, la reine s'y joignant à la porte de sa tribune. « À celle-là mon fils et moi étions sur le banc des grands [...], et c'est là où j'ai dit que le hasard fit qu'il me précéda. » Le jour des Cendres, les ambassadeurs y sont et reçoivent les cendres après le roi et le prince, avant le majordome-major et les grands. Détail révélateur : ni ambassadeurs ni grands n'ont de carreau à la chapelle, et les tapis de leurs bancs sont « d'assez vilaine tapisserie, la même pour tous », quand les fauteuils et prie-Dieu du roi et du prince sont de velours chargé d'or.
Banquillo du capitaine des gardes en quartier
« La place du capitaine des gardes du corps fit une grande difficulté. » Philippe V est le premier roi d'Espagne à avoir eu des gardes du corps et des capitaines des gardes sur le modèle de la France — ses prédécesseurs n'avaient que hallebardiers et lanciers « en petit nombre et fort misérables ». Les grands, « qui sont les seuls laïques assis aux chapelles », ne voulurent pas souffrir que le capitaine en quartier le fût hors de leur banc ; le roi prétendait l'avoir assis derrière son fauteuil. « Enfin, par composition, après beaucoup de bruit, il fut convenu qu'il auroit un banquillo, c'est-à-dire un petit banc à une seule place, couvert comme celui des grands, adossé en biais à la muraille. » Petit meuble né d'une grande querelle, et qui la fixe pour toujours.
Raison pourquoi les capitaines des gardes sont toujours grands
La première partie du règlement de cette difficulté fut plus radicale : « cette difficulté fut réglée pour ne jamais prendre de capitaine des gardes que parmi les grands. » Puisque les grands ne souffraient pas qu'un non-grand fût assis dans la chapelle où eux seuls le sont, la charge de capitaine des gardes du corps devint par nécessité un monopole de la grandesse. Voilà pourquoi, dans toutes les descriptions de cérémonies espagnoles de Saint-Simon, le capitaine des gardes en quartier est « toujours grand » et paraît couvert derrière le roi : la contrainte cérémonielle a modelé le recrutement d'une des premières charges de la couronne.
Places distinguées à toutes fêtes et cérémonies pour les grands, leurs femmes, fils aînés et belles-filles aînées
Les fêtes de la place Mayor, « fort grande et qui a cinq étages égaux, tous à balcons », sont réglées au cordeau : une maison distinguée pour le roi, les ambassadeurs vis-à-vis, et tout le premier étage « distribué tout autour de la place aux grands et à leurs femmes, à tous séparément, de façon qu'un grand a du moins quatre balcons de suite ». C'est le majordome-major qui désigne les balcons dans les billets, « en sorte que chacun sait où aller sans se méprendre » ; le reste, jusqu'au cinquième étage, est au corrégidor de Madrid, si bien que la plupart des gens de qualité mendient des places « aux grands de leurs amis sur leurs balcons ». « La règle y est telle, qu'il n'y a jamais la plus légère dispute » — contraste voulu avec les foules « qui font toujours repentir de la curiosité des spectacles et des fêtes en France ». Mêmes privilèges à la signature du contrat de mariage du roi, où seuls les grands furent admis, et au mariage du prince des Asturies à Lerma, où tous eurent « des logements marqués ».
Parasol des grands aux processions en dehors où le roi assiste et la reine
Aux processions qui se font dehors et où le roi assiste, les grands, toujours invités, « ont l'ombrello, c'est-à-dire le parasol ». Cette distinction du parasol aux processions extérieures, privilège méridional par excellence, s'ajoute à la liste des marques cérémonielles qui leur sont propres : dans un système où presque aucun signe extérieur — ni armes, ni carrosses, ni habits — ne distingue le grand, les rares marques concédées (le dais de velours chez soi, l'ombrello dehors) n'en ont que plus de valeur.
Cortès ou états généraux
Les grands sont toujours invités aux cortès, « c'est ce que nous appelons en France les états généraux ; mais ceux d'Espagne ne font guère que prêter des reconnoissances, des hommages et des serments, et n'ont pas même les prétentions de ceux de France. Ainsi, y assister, n'est pas se mêler d'affaires, encore moins prêter du poids et de l'autorité. » Dans ces assemblées, qui se tiennent d'ordinaire « dans la belle église des Hiéronimites du Buen-Retiro », les grands précèdent tous les députés « dans la séance et dans tout le reste ». Encore une prééminence purement décorative : la première place dans une assemblée qui ne délibère de rien.
Traitement par écrit dans les églises, hors Madrid
Le roi, écrivant à un grand, « le traite de cousin, et son fils aîné, de parent ; de même à leurs femmes » — traitement par écrit gradué selon la chancellerie. Et hors de Madrid, « dans toutes les villes et lieux où le roi n'est pas, les grands ont à l'église un tapis à leur place, la première du chœur, un carreau pour les genoux, et un pour les coudes ; les fils aînés des grands un carreau ». Saint-Simon en jouit dans la cathédrale de Tolède à la grand-messe, avec son second fils, le comte de Lorges ayant un carreau ; mais pour obtenir des carreaux au comte de Céreste, à l'abbé de Saint-Simon et à son frère, « je ne les eus qu'à grand'peine et par considération pour moi, comme ils me le dirent nettement ». La règle espagnole ne plie même pas pour la suite d'un ambassadeur.
Baptême de l’infant don Philippe
Au baptême de l'infant don Philippe, « tous les grands et grandes, leurs fils aînés et belles-filles, furent invités, et les plus près du roi et de la cérémonie » — Saint-Simon remet la description à son temps. Mais il note dès ici un incident significatif : les grands « eurent le dégoût, et qui fit du bruit et de grandes plaintes, d'y porter les honneurs, qui ne le devoient être que par les majordomes ». Porter les honneurs du baptême — fonction de service et non de dignité — leur parut une dérogation : preuve par le mécontentement que la grandesse se définit tout entière par la frontière entre ce qui honore et ce qui sert.
Honneurs civils et militaires partout
Les grands « ont partout les honneurs civils, c'est-à-dire ce que nous appelons en France le vin, les présents et les compliments des villes et des notables. Ils ont le canon, la garde et tous les honneurs militaires, la première visite des vice-rois et capitaines généraux des armées et des provinces, et la main chez eux pour une seule fois », s'ils sont officiers ou sujets du pays où commande le vice-roi, chez qui ils conservent des distinctions sur les autres seigneurs non grands, « et servent suivant leur grade militaire ». À l'armée de même : une garde et la main chez le général une seule fois, puis ils servent comme volontaires ou dans leur emploi. L'honneur reçu, la subordination reprend.
Honneurs à Rome
Chez le pape et dans Rome, les grands d'Espagne jouissent d'honneurs « pareils à ceux des souverains d'Italie, et dans Rome, semblables en tout aux distinctions des deux princes du Soglio, qui eux-mêmes sont grands ». La grandesse est ainsi la seule dignité de sujet en Europe traitée hors de chez elle à l'égal des têtes souveraines — héritage direct, rappelle Saint-Simon, de « la politique et la puissance de Charles-Quint », que la maison d'Autriche a maintenu depuis dans tous les pays de son obédience.
Rangs étrangers inconnus en Espagne
« Le rang, qui s'est peu à peu introduit en France tel que nous l'y voyons de prince étranger [...] est entièrement inconnu en Espagne aussi bien que dans tous les autres pays de l'Europe. » Il n'y a de rang en Espagne que celui des cardinaux, des ambassadeurs et des grands — celui du président du conseil de Castille étant « une chose tout à fait à part, quoique supérieur à tous ». Les souverains de passage eux-mêmes n'y ont rien : les ducs de Savoie « n'en précédèrent aucun, et n'osèrent se trouver avec eux » ; la comtesse de Soissons « ne put jamais paroître en public à Madrid » ; et le prince et la princesse d'Harcourt, accompagnant la reine fille de Monsieur, « furent contraints de revenir brusquement » faute d'obtenir aucun rang : « aussi cette princesse d'Harcourt si insolente de la faveur de Mme de Maintenon, si entreprenante, si forte en gueule, ne parloit-elle jamais de ce voyage. » Seul le prince de Galles, futur Charles Ier, fut « au-dessus de toutes les règles ».
Égalité chez tous les souverains non rois
Réciproquement, hors d'Espagne, « les électeurs et les princes régents d'Allemagne et ceux d'Italie les traitent en tout chez eux d'égaux et leur donnent la main, et même les ducs de Savoie, jusqu'au dernier qui, longtemps avant de s'être fait roi, cessa de les voir ainsi que les cardinaux ». L'égalité de traitement chez tous les souverains non rois est l'un des joyaux de la grandesse au dehors — fruit, encore, de la politique de Charles-Quint, qui crut « à l'exemple des papes sur les cardinaux, que leur respect et leur grandeur s'accroissoit et se maintenoit à la mesure de celle qui émanoit d'eux ».
Supériorité de M. le Prince sur don Juan aux Pays-Bas, et son respect pour le roi fugitif d’Angleterre, Charles II
Nulle règle entre princes du sang de France et grands, faute d'exemples — sauf un, magnifique : M. le Prince, le Grand Condé, exilé en Flandre, « sut toujours maintenir toute sa supériorité sur don Juan », gouverneur général des Pays-Bas « qui tranchoit du prince du sang d'Espagne, quoiqu'il ne fût que bâtard ». Et pour lui apprendre ce qu'il devait au roi fugitif d'Angleterre, Charles II, dont don Juan usurpait la familiarité, Condé les pria tous deux à dîner : don Juan, stupéfait, « ne vit sur une très grande table qu'un unique couvert avec un cadenas, un fauteuil, et pas un autre siège », et M. le Prince « présenter à laver au roi d'Angleterre, puis prendre une serviette pour le servir ». Le roi dut lui commander absolument de se mettre à table ; Condé se plaça à sa droite, don Juan à sa gauche. « Don Juan sentit toute l'amertume de la leçon, et en fut outré de dépit ; mais après cet exemple il n'osa plus vivre avec le roi d'Angleterre comme il avoit osé commencer. »
Bâtards des rois d’Espagne
Les bâtards des rois d'Espagne ont profité de l'indulgence espagnole pour la bâtardise. Le premier don Juan, illustré par « la fameuse mais peu fructueuse victoire navale de Lépante », passa « de vice-royauté en vice-royauté, parce que Philippe II avoit peur de son mérite », acquit l'altesse comme les infants et finit de bonne heure aux Pays-Bas. Son exemple « fraya le chemin de la grandeur au second don Juan », qui la soutint « par les cabales et un parti qui fit pâlir souvent la reine mère de Charles II, régente », lui arracha ses serviteurs, la chassa à Tolède, « et qui régna toujours sous le nom du roi ». Tous deux moururent sans enfants, l'un à trente-deux ans, l'autre à cinquante. Saint-Simon annonce qu'il parlera « de l'altesse et du rang que Mme des Ursins et M. de Vendôme usurpèrent en Espagne, et qui leur fut à tous deux diversement funeste ».
Grands nuls en toutes affaires
Conclusion sur le fond : « On n'y voit point leur intervention nécessaire en rien du gouvernement de l'État, ni de sa police intérieure, ni leur voix en aucune délibération ni jugement ; nulle séance en aucune cour ni tribunal, nulle distinction [...] dans la manière d'être jugés. » Des grands ont été ministres, « mais toujours par avancement personnel, jamais par nécessité de dignité ». Même l'ouverture du testament de Charles II, « peut-être la plus auguste et la plus solennelle action où ils l'aient été », fut « action, et non pas fonction » : ils écoutèrent et se soumirent « sans aucune forme d'opiner ni de délibérer ». D'où la sentence finale : « la dignité de grand consiste uniquement en illustration cérémonielle de rangs, prééminences, prérogatives, honneurs et distinctions, et en accompagnement très privilégié et nécessaire de décoration du roi. »
Point de couronnement, nul habit de cérémonie, ni pour les rois d’Espagne, ni pour les grands
« Depuis les rois catholiques, aucun roi d'Espagne n'a été couronné, aucun n'a porté d'habit royal ni particulier, en aucune occasion. » Ferdinand et Isabelle l'avaient été, comme tous les rois particuliers des Espagnes avant eux ; mais depuis que la dignité de grand a aboli les ricos-hombres, « il n'y a point eu d'habit particulier en aucune cérémonie ni en aucune occasion, non plus qu'au roi d'Espagne ». Ni sacre, ni couronne portée, ni manteau royal, ni habit distinctif des grands ou de leurs femmes : la monarchie espagnole, si cérémonielle dans ses étiquettes quotidiennes, ignore entièrement l'appareil vestimentaire qui fait en France la pompe des sacres et des lits de justice.
Nulle préférence de rang dans les ordres d’Espagne, ni dans celui de la Toison d’or
« Dans les divers ordres d'Espagne et dans celui de la Toison d'or, l'idée de l'ancienne chevalerie a prévalu à leur dignité, même à celle des infants » : nul rang que « l'ancienneté de la réception, et entre ceux de même réception, que celui de l'âge ». Philippe V est le premier qui ait donné au prince des Asturies le rang au-dessus de tous les chevaliers et un carreau au chapitre — encore fallut-il le demander aux chevaliers, « à qui pourtant cela a paru fort nouveau ». Saint-Simon vit tout cela à la réception de son fils aîné ; mais à celle de Maulevrier, le prince attacha bien le collier, « mais, quand ce fut à l'embrassade, il ne se souleva seulement pas, ne l'embrassa ni n'en fit pas même semblant, et se fit baiser la main » — nouveauté « sans exemple et très offensante » dont les chevaliers s'entretinrent avec aigreur, moins pour Maulevrier, « qui étoit fort haï », que pour la conséquence.
Grands acceptent des emplois fort petits
« Avec toute la grandeur et la hauteur des grands d'Espagne, ils ne laissent pas de rechercher des emplois qu'on auroit peine à croire et qu'on ne voie rien à quoi cela les puisse mener. » Ces emplois, sous d'autres noms, « ne sont que des échevinages de villes, même médiocres, avec de simples gentilshommes et des bourgeois. Il y aura quelquefois deux ou trois grands, et des plus distingués en tout, échevins de la même ville » ; d'autres acceptent cet honneur bizarre de villes toutes petites. Curiosité sociologique que Saint-Simon note sans l'expliquer : les premiers seigneurs de la monarchie briguant des magistratures municipales qui, en France, seraient infiniment au-dessous d'un simple gentilhomme.
Grandesses s’achètent quelquefois
« Je n'ose pourtant finir ce qui regarde cette matière sans dire une vérité fâcheuse. C'est qu'il n'est pas inouï, il n'est pas nouveau, que les rois aient accordé la grandesse pour de l'argent. » Le marché s'est fait sous plus d'un règne — « j'ai vu en Espagne plus d'un grand de cette façon » — et sans fard : « On n'y met ni voile pour le temps ni masque pour l'avenir ; on traite tout simplement, on convient de prix, et ce prix est toujours fort ; l'argent en est porté dans les coffres du roi, qui, au même instant, confère la grandesse. » Il s'en trouve même de qualité distinguée parmi ces acheteurs, « mais ceux de qualité distinguée qui ont acheté ne sont pas Espagnols ».
Autre récapitulation
« Récapitulons maintenant ce qui vient d'être dit des usages de la grandesse » : nulle marque extérieure aux carrosses ni aux armes ; le dais seul dans les maisons ; démissions inconnues, sauf les deux exceptions de Berwick et de Saint-Simon ; couverture « majestueuse, semblable à la première audience solennelle d'un ambassadeur », avec les différences précises des trois classes (la première trouve la famille du roi au carrosse, le degré bordé de hallebardiers, se couvre avant de parler ; la seconde parle découverte et se couvre avant la réponse ; la troisième ne se couvre qu'à la muraille) ; invitations expresses à toute cérémonie ; banc aux chapelles ; traités de cousins ; tapis et carreaux à l'église hors Madrid ; honneurs civils et militaires ; carreaux de velours des femmes ; traits très longs des attelages ; préséance sur tout, hors le président de Castille, le majordome-major, et rarement cardinaux et ambassadeurs ; égalité chez les souverains non rois ; mais « ni voix ni séance en aucun tribunal, ni part nécessaire aux lois ni au gouvernement de l'État ».
Nul serment pour la grandesse
« Nul serment pour la dignité de grand d'Espagne, parce qu'elle n'a que rang, honneurs, etc., et nulle sorte de fonction. » La remarque, glissée dans la récapitulation, est décisive dans la comparaison implicite avec la France : le duc et pair y prête serment parce que la pairie est un office de la couronne, avec séance et voix au parlement ; le grand d'Espagne ne jure rien parce qu'il n'est chargé de rien. Toute la thèse de Saint-Simon tient dans cette absence : la grandesse est un pur rang sans fonction, la pairie une dignité-office.
Grand nombre de grands d’Espagne
« Le nombre des grands d'Espagne [est] beaucoup plus grand en Espagne même que celui des ducs en France, sans compter les grands établis en Italie et aux Pays-Bas, même avant l'avènement de Philippe V à la couronne, et fort augmenté depuis. » Et ce nombre « ne diminue presque jamais » : la succession à l'infini par les femelles fait que les grandesses ne s'éteignent pas, et qu'elles ne peuvent guère décroître « que par la chute des grandesses à d'autres grands par héritage ». La dignité espagnole, prolifique et indestructible, s'oppose ainsi terme à terme à la pairie française, limitée en nombre et éteinte faute de mâles.
Indifférence d’avoir une ou plusieurs grandesses.
Dernier trait, et le plus significatif : le duc de Medina-Celi « en a recueilli seize ou dix-sept qui toutes sont sur sa tête, et qui toutes ne peuvent passer de lui que sur la même tête, sans que celui qui en a ce grand nombre ait la moindre préférence en rien par-dessus les autres grands ni même parmi eux, en sorte qu'il est entièrement indifférent d'en avoir plusieurs ou de n'en avoir qu'une ». L'accumulation n'ajoute rien : la grandesse est une qualité, non une quantité. Sur quoi Saint-Simon clôt son traité — « n'en voilà peut-être que trop pour donner simplement une juste idée des grands d'Espagne et de leur dignité, qui n'avoit ce semble que frappé les yeux et les oreilles, sans avoir encore passé fort au delà. »

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