TOME II · CHAPITRE XXI

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Résumé

Les « bassesses et noirceur étrange » du duc de Gesvres envers Saint-Simon, et son trait cruel au maréchal de Villeroy — portrait d'un méchant homme. De là, deux origines de cérémonial : la conduite des ambassadeurs à leur première audience par les maisons de Lorraine, Savoie et Longueville, et leur entrée par des maréchaux de France ; l'origine du chapeau aux audiences de cérémonie. Mort de Mme de Marsan ; le nonce Delfini cardinal et son mot sur l'Opéra ; mariage de Coigny ; silence imposé aux bénédictins et jésuites sur l'édition de saint Augustin ; l'exécution de Mme Ticquet, qui fit assassiner son mari conseiller — événement parisien de l'année ; mort du fils unique de Guiscard.

Les entrées

Bassesses et noirceur étrange du duc de Gesvres à mon égard
« Bassesses et noirceur étrange du duc de Gesvres » : Saint-Simon, voulant éviter que la fonction de dépouiller le vassal à l'hommage — « c'est dépouiller le vassal des marques de dignité en présence de son seigneur et non pas le servir » — parût trop haute chez un duc et pair en l'absence affectée de Bouillon, propose au vieux duc de la laisser à son fils. Le vieillard feint d'y consentir — « avec l'homme à qui j'ai affaire, il faut que je me mette bas, bas, bas comme cela pour m'élever haut après » —, se fait rendre la fonction après que le roi l'eut publiquement donnée au fils, puis « fit sa cour au roi à mes dépens » : récit burlesque des démarches, jusqu'à l'apoplexie qu'on aurait voulu lui faire jouer — « de peur que l'apoplexie ne se vengeât et de mourir comme Molière » —, propos répétés à Mme d'Armagnac, à Monsieur furieux, à Madame. Saint-Simon fait porter la vérité par la comtesse de Beuvron et Mme de Maré ; Beauvilliers déconseille toute démarche auprès du roi — « le roi me traita à l'ordinaire, et je demeurai en repos ».
Duc de Gesvres, méchant dans sa famille, fait un trait cruel au maréchal de Villeroy
Le duc de Gesvres, « le mari le plus cruel » et « le père le plus dénaturé », traitant le marquis de Gesvres et sa femme « comme des nègres », entretenant des écuries « pleines des plus rares chevaux de monture, sans en avoir jamais monté un depuis plus de trente ans » — « il répondoit qu'il ne les faisoit que pour ruiner ses enfants. Il disoit vrai, et il y réussit complètement. » Et le trait au maréchal de Villeroy, au petit couvert : « Monsieur le maréchal, il faut avouer que vous et moi sommes bien heureux »… les alliances, les charges, les dignités — « car, qui étoient leurs pères, à ces deux secrétaires d'État ? de petits commis… le vôtre, d'un vendeur de marée aux halles, et le mien, d'un porteballe et peut-être de pis. » « Le maréchal eût voulu être mort, beaucoup mieux encore l'étrangler, mais que faire à un homme qui, pour vous dire une cruauté, s'en dit à lui-même le premier ? »
Origine de la conduite des ambassadeurs, à leur première audience, par ceux des maisons de Lorraine, Savoie et Longueville, et à leur entrée, par des maréchaux de France
L'origine de la conduite des ambassadeurs : les chambellans y suffisaient jusqu'aux Guise ; M. de Guise, dans ses desseins de la Ligue — lui qui fut le premier marguillier d'honneur de sa paroisse « pour s'attirer la bourgeoisie » —, se mit à conduire lui-même les ambassadeurs des premières couronnes « sous prétexte de sa charge de grand chambellan » : l'usage s'étendit à ses enfants, ses frères, ses cousins, puis aux Nemours, Savoie et Longueville. Les Bouillon et les Rohan n'y ont jamais pu atteindre — les ambassadeurs « ont fort bien su dire que le rang qui leur avoit été donné ne les rendoit pas princes ». La conduite aux entrées par des maréchaux de France fut imaginée ensuite par les Lorrains « pour marquer par là leur supériorité sur les officiers de la couronne ».
Origine du chapeau aux audiences de cérémonie des ambassadeurs, qui ne s’étend nulle part ailleurs
L'origine du chapeau : anciennement tout le monde était couvert devant nos rois ; l'usage abolit tout, hors les cérémonies réservées. Le chapeau des audiences naquit à Monceaux sous Henri IV : un grand d'Espagne s'y étant couvert avec le roi selon l'usage de Madrid, Henri IV, « qui le trouva fort mauvais », commanda de se couvrir aux trois seuls grands présents — M. le Prince, M. de Mayenne « et l'heureux duc d'Épernon, par la fortune de s'être trouvé là en troisième avec eux ». De là le chapeau aux audiences de cérémonie, jalousement borné là par les rois : « jamais en aucune autre occasion ils n'ont permis aux princes étrangers de se couvrir » — et ce chapeau « de si grand hasard pour M. d'Épernon, lui valut, et à ses fils et à son petit-fils, le rang et les honneurs des princes étrangers ». C'est pour ne pas y rester découvert que Bouillon s'était tenu à Évreux pendant l'hommage, et la maison de Lorraine absente.
Mort de Mme de Marsan
Mort de Mme de Marsan, sœur de Mme de Matignon, l'ancienne Mme de Seignelay : « femme altière, impérieuse, de peu d'esprit », en couche de son second fils — « la nourrice fit je ne sais quoi qui lui déplut ; la colère la transporta, la couche s'arrêta, il n'y eut jamais moyen de la sauver : elle mourut et ne fut regrettée de personne ».
Le nonce Delfini fait cardinal ; son mot sur l’Opéra
Le nonce Delfini fait cardinal : le roi lui écrivit un billet de sa main, et le nonce sut garder sa calotte « dans sa poche » trois jours pour la recevoir de la main du roi. « Je n'ai jamais vu deux si petits yeux ni qui disent tant. » Grand amateur d'Opéra malgré les scandales du roi : averti que ce n'était pas l'usage des évêques ici, il répondit « qu'il n'avoit jamais compté de faire aucune fortune en France, mais bien en Italie, où l'Opéra et les spectacles n'étoient obstacle à rien, et y retourna tout de plus belle ».
Mariage de Coigny et de Mlle du Bordage
Mariage de Coigny, « qui longtemps depuis a fait une si belle fortune », avec Mlle du Bordage, « très-jolie, et encore plus vertueuse et plus sainte toute sa vie » — famille huguenote rattrapée à la frontière, le père converti « comme il put » et tué devant Philippsbourg, la fille élevée chez Mme de Miramion.
Silence imposé par le roi aux bénédictins et aux jésuites sur une nouvelle édition des premiers de saint Augustin
Les holà du roi entre bénédictins et jésuites : la belle édition de saint Augustin des bénédictins, « dont la morale n'est pas celle des jésuites », attaquée comme toute janséniste ; les jésuites, « à bout de preuves et de raisons, mais non d'injures », obtiennent du roi une défense réciproque « de plus écrire ni parler en aucune sorte sur cette édition » — avant « le déplaisir de voir cette édition solennellement approuvée à Rome ».
Exécution de Mme Ticquet, pour avoir fait assassiner son mari, conseiller au parlement
L'exécution de Mme Ticquet, qui avait fait assassiner son mari conseiller au parlement par un soldat aux gardes et son portier : belle, galante, hardie, refusant de fuir malgré les conseils et les offres de ses amis, arrêtée, mise à la question, avouant tout — Montgeorges, l'amant, si bien servi par ses amis « qu'il ne fut fait aucune mention juridique de lui ». Décapitée en Grève le 17 juin devant toutes les fenêtres «remplies de spectateurs hommes et femmes, et de beaucoup de nom » : « en général on en avoit pitié et on souhaitoit sa grâce, et c'étoit avec cela à qui l'iroit voir mourir. Et voilà le monde si peu raisonnable et si peu d'accord avec soi-même ! »
Mort du fils unique de Guiscard
Tout à la fin de l'année, Guiscard perd son fils unique, de la petite vérole, à Vienne, « ce qui rendit sa sœur une riche héritière ».
Mort de Barin
Et mort de Barin, premier maître d'hôtel de Monsieur : « un homme d'assez peu, mais de très-bonne mine », confident des affaires de Mademoiselle, de M. de Lauzun et de Mme de Montespan — « j'en ai vu quantité de lettres fort curieuses à M. de Lauzun sur tout cela vers la fin de sa prison » —, mort « fort peu riche, rangé et tout à fait désintéressé, et longtemps avant sa mort assez retiré, et fort homme de bien ».

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