TOME VII · CHAPITRE VI
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Résumé
Mort de M. le prince de Conti — le prince charmant et disgracié que la France pleura, son caractère en une des plus belles pages du livre ; pensions à sa maison, deuil et visites du roi, eau bénite. Une « friponnerie débitée » sur l'auteur « bien démentie » ; l'adresse « trop orgueilleuse » de M. le Duc découverte et vaine, ses entreprises inutiles — forcé d'avouer et de donner aux ducs des fauteuils pareils au sien au service de Conti, où les évêques n'en purent obtenir.
Les entrées
- Mort et caractère de M. le prince de Conti
- Mort du prince de Conti, le 21 février, d'hydropisie, avant quarante-cinq ans — « son médecin s'y opiniâtra et le tua ». « Jusqu'aux défauts de son corps et de son esprit avoient des grâces infinies…, un rire qui eût tenu du braire dans un autre. » « Il fut les constantes délices du monde, de la cour, des armées, la divinité du peuple, l'idole des soldats, le héros des officiers…, l'admiration de la Sorbonne. » Mais « cet homme si aimable, si charmant, si délicieux, n'aimoit rien. Il avoit et vouloit des amis, comme on veut et comme on a des meubles » ; « avare, avide de biens, ardent, injuste », bas courtisan avec les bâtards qu'il ne pouvait souffrir. Le roi ne lui pardonna jamais la Hongrie : « la pureté de son sang, le seul qui ne fût point mêlé avec la bâtardise, étoit un autre démérite ». Il mourut « de cette haine si implacable », désespéré — juste quand Chamillart avait obtenu pour lui l'armée de Flandre : « il n'étoit plus temps ; ce tardif retour ne servit qu'à lui faire regretter la vie davantage ». Trois mois durant, la foule remplit sa maison, toutes les messes des églises retenues pour lui ; il mourut dans son fauteuil « dans les plus grands sentiments de piété », préparé par le P. de La Tour. « Le roi se sentit fort soulagé… pour M. du Maine, ce fut une délivrance. » Monseigneur, passé en carrosse pour l'Opéra quand le saint sacrement traversait vers le mourant, dut réparer le scandale par une courte visite.
- Pensions à la princesse et au prince de Conti
- « Son fils, qui avoit déjà une pension du roi de quarante mille livres, en eut une augmentation de trente mille livres, et Mme la princesse de Conti en eut une de soixante mille livres. Ces pensions furent données le lendemain de la mort. »
- Deuil du roi et ses visites
- Le roi visita les deux belles-sœurs et prit le deuil en noir pour quinze jours ; Seignelay porta les compliments. M. le Prince, malade, chargea de dire au roi « qu'en tout temps il auroit fait une grande perte…, mais qu'en ce temps-ci il l'étoit doublement, où ce prince eût été d'une si grande ressource s'il eût plu à Sa Majesté de se servir de lui — liberté fort nouvelle pour M. le Prince, si mesuré courtisan ».
- Eau bénite du prince de Conti
- L'eau bénite : M. le Duc obtint la forme « réservée au seul premier prince du sang » — le duc d'Enghien représentant le roi, le duc de La Trémoille à ses côtés, carrosse du roi, gardes du corps, Cent-Suisses gardant l'hôtel de Conti « comme il se pratique dans les maisons où le roi va ». Le lendemain, huit prélats en rochet et camail, puis le parlement et les cours ; « M. le duc d'Orléans et les fils de France n'y furent point, comme n'étant pas de même rang ».
- Friponnerie débitée sur moi, bien démentie
- Friponnerie débitée : on répandit que Saint-Simon avait trouvé mauvais de n'être pas nommé au lieu de La Trémoille « et dit qu'il y feroit quelque sottise faute de savoir ». La Trémoille « sourit et s'en moqua…, tira quatre pistoles de sa poche, et fit taire en offrant le pari que personne ne voulut accepter » — « cette justice et cette marque d'amitié me fut très sensible ». Saint-Simon avait justement prié Desgranges « de faire en sorte que je ne fusse de rien de tout ce qui se feroit en cette occasion ».
- Adresse trop orgueilleuse de M. le Duc, découverte et vaine
- Adresse trop orgueilleuse de M. le Duc : il fit insinuer aux ducs amis du défunt qu'il était étonnant qu'ils ne fussent pas venus prier près du corps « en manteau long » — pour faire garder le corps comme celui d'une princesse. « Rien de si aisé à attraper que les ducs » : Sully, Villeroy, le maréchal de Choiseul donnèrent dans le panneau ; mais « le bruit que fit le maréchal de Villeroy éventa la mèche…, et M. le Duc n'osa se fâcher, parce qu'au murmure se joignit le ridicule ». Cette garde « n'est que pour les princesses, et non pour les princes, pas même pour les rois ».
- Entreprises inutiles de M. le Duc, forcé d’avouer et de donner des fauteuils aux ducs pareils au sien, au service du prince de Conti, où les évêques n’en purent obtenir
- Entreprises inutiles au service : M. le Duc avait supprimé tous les fauteuils des ducs — il ne s'en trouva que trois pour les princes du deuil. Luxembourg, La Meilleraye et La Rocheguyon « lui déclarèrent qu'ils alloient donc sortir avec tous les autres » ; alors « la ruse parut tout entière. Sur-le-champ il vint des fauteuils par derrière » — on vit « qu'il y en avoit en réserve pour une dernière nécessité ». Les évêques, qui se formalisèrent, « demeurèrent sur leurs formes ». Massillon « fit une admirable oraison funèbre ». « Quelque grand, solide et juste que soit le rang des princes du sang, ils en veulent encore davantage, et n'épargnent ni ruses ni violences pour usurper. »
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