TOME III · CHAPITRE XVI
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Résumé
Conclusion du traité des dignités : comparaison du fond des deux dignités dans tous les âges — la grandesse ne peut être comparée à la dignité de duc de France, « beaucoup moins » à celle de pair ; comparaison de l'extérieur, où les « spécieux avantages » des grands s'évanouissent à l'examen, jusqu'au désavantage dans les droits mêmes de se couvrir ; et la flèche finale contre l'« abus des grandesses françaises » — les Français trop heureux d'en obtenir.
Les entrées
- Comparaison des dignités des ducs de France et des grands d’Espagne
- Après l'anatomie de la grandesse, il faudrait celle « de la dignité des ducs de France, pairs, vérifiés et non vérifiés, ou à brevet » ; mais « ce n'est pas ici le lieu des dissertations », et cette première dignité du royaume « y est encore trop connue pour avoir besoin d'entrer dans un détail qui feroit un volume », malgré l'obscurcissement « que l'ignorance, la jalousie, l'envie, la malice, j'ajouterai la folie de ces derniers temps, n'ont pu étouffer ». Saint-Simon rappelle l'occasion de tout l'excursus : « l'égalité convenue entre le roi et le roi son petit-fils, des ducs de France et des grands d'Espagne », le mémoire des ducs d'Arcos et de Baños contre cette parité, leur punition — « et l'examen s'ils ont été bien ou mal fondés dans cette plainte, ce qui ne se peut faire que par la comparaison des deux premières dignités des deux monarchies ».
- Comparaison du fond des deux dignités dans tous les âges
- Sur le fond, nulle comparaison possible « en quelque temps que l'on considère la monarchie française depuis sa fondation » : les Espagnes ne furent que « des provinces séparées », leurs premiers vassaux enfermés dans « le cercle étroit de chacun de ces petits États », puis noyés dans la confusion maure — « on ne voit plus que force, que nécessité, que multiplication sans mesure des ricos-hombres sans fiefs », dont la part aux affaires « s'évanouit » sans retour. « Tout au contraire en France » : les grands vassaux ont toujours eu « de droit et de fait part aux grandes affaires », part « demeurée aux pairs par essence » — témoin tous les lits de justice du feu roi et la convocation des pairs pour les renonciations. S'y ajoutent l'instabilité de la grandesse, « suspendue à chaque mutation [...], et toutes les trois [classes] amovibles, et pour toujours, à la volonté du roi, sans forme aucune, sans crime, sans accusation, sans même de prétexte » ; les tributs, inconnus de la noblesse de France, imposés « à une dignité comme telle » ; enfin la vénalité « du roi à eux [...], vendue sans voile et sans mystère », que « la dignité des ducs a ignorée jusqu'à nos jours ».
- Dignité de grand d’Espagne ne peut être comparée à celle de duc de France, beaucoup moins à celle de pair de France
- Conclusion de la comparaison du fond : « la dignité de grand d'Espagne, pour éclatante qu'elle soit, ne peut être comparée avec celle de nos ducs, et beaucoup moins encore avec celle des pairs de France, avec lesquels les grands d'Espagne n'ont aucune similitude, sont sans fonction, sans avis, sans conseil, sans jugement, sans faire essentiellement partie de l'État plus que les autres vassaux immédiats, et sont sans serment et sans foi et hommage pour cause de leur dignité. » Le verdict tombe donc sur les protestataires : « ce n'est à aucun d'eux à se trouver blessé de la parité convenue [...], et les ducs d'Arcos et de Baños y ont été très mal fondés, et y ont très peu entendu l'intérêt de leur dignité » — la parité les élève, elle ne les rabaisse pas.
- Comparaison de l’extérieur des dignités des ducs de France et des grands d’Espagne
- Pour l'extérieur, deux choses éblouissent en faveur des grands, toutes deux relatives aux princes étrangers. Au dehors, Charles-Quint et ses successeurs ont fait traiter les grands en égaux par les souverains non rois ; mais les ducs de France furent traités de même « jusque vers le milieu du dernier règne » — témoin le jeune duc de Chevreuse à Turin et chez les électeurs, l'instruction signée de M. de Lyonne au duc de Rohan-Chabot pour traiter d'égal avec M. de Savoie, et les maréchaux de France « qui ont toujours traité en égalité parfaite avec les électeurs ». Ce fut « une méprise du maréchal de Villeroy à l'égard de l'électeur de Bavière » qui fit la planche : cet électeur, qui ne disputait rien aux princes de Conti en Hongrie, prétendit ensuite la main chez Monseigneur, qu'il ne vit « que dans les jardins de Meudon, sans mettre le pied dans la maison ». Au dedans, « la seule France » a établi un rang de prince étranger, inconnu de toute l'Europe : introduits sans rien prétendre, « après ils ont ambitionné la pairie [...]. Devenus puissants, ils ont formé la Ligue » — mais même ainsi, ils ne précèdent jamais les ducs, hors l'ordre du Saint-Esprit.
- Spécieux avantages des grands d’Espagne
- Bilan des « six avantages que les grands paroissent avoir sur les ducs — je dis paroissent, puisqu'il n'y a que de l'éblouissant dans les cinq premiers, que les ducs ont eus comme eux jusqu'au milieu du dernier règne ». Les honneurs militaires et civils ? M. de Louvois en priva les ducs « sous prétexte de ménager la poudre », pour les approprier aux ministres. L'invitation à toutes les fêtes ? Les nôtres en usèrent de même « jusque vers les deux tiers du règne de Louis XIV ». Les premières places ? Le feu roi s'en montra jaloux jusqu'à sa mort — « témoin l'aventure de Mlle de Melun à un bal, et celle de Mme de Torcy à la table du roi à Marly ». Reste « l'unique effectif » : « le rang et les honneurs de leurs fils aînés et des femmes de ces fils aînés », pareilles en tout aux femmes des grands, à la seule étoffe des carreaux près. La bonne foi l'avoue : nos démissions « ne couvrent point cette différence essentielle » — mais cet avantage, reste de la multiplication des ricos-hombres, « ne change rien au fond de leur dignité ».
- Désavantage des grands d’Espagne jusque dans les droits de se couvrir
- Viennent les désavantages, « parfaitement inconnus aux ducs » à qui ils « paroîtroient monstrueuses » : arrêter son carrosse devant celui du président de Castille — respect qu'en France les ducs ne rendent « qu'au roi, à la reine et aux fils et filles de France » ; le majordome-major assis au bal et à la comédie à côté du roi « tandis que les grands sont debout », chef des grands au point qu'ils s'assemblent et délibèrent chez lui, comme Saint-Simon le vit au baptême de don Philippe ; le fauteuil des cardinaux à la chapelle et au conseil ; les ambassadeurs qui les précèdent aux Cendres et à la Chandeleur. Jusqu'au fameux chapeau : l'usage français de se couvrir vient d'Espagne même — un ambassadeur grand d'Espagne s'étant couvert devant Henri IV à Monceaux, le roi piqué fit couvrir M. le Prince, Épernon et Mayenne, d'où le droit, restreint aux seules audiences d'ambassadeurs, des princes étrangers. Or « la présence nécessaire des ducs fait tomber ce chapeau » — témoin l'audience du légat Chigi. Et l'honneur espagnol « s'affaiblit étrangement » par ses conditions : couverture suspensible, certificat à réitérer si perdu — quand en France « le mort saisit le vif, sans que le roi y intervienne ».
- Abus des grandesses françaises
- Reste « l'abus extrêmement étrange » des grandesses françaises : les deux rois n'avaient entendu « qu'une fraternité des grands des deux royaumes », et l'on en a fait « des grands d'Espagne françois et en France ». Après la reconnaissance due à Beauvilliers, défile la liste des bénéficiaires : le comte d'Estrées pour un passage en escadre, Tessé « où ses succès furent nuls à l'armée », Noailles « fait grand tout de suite », Chalois récompensé « d'étranges commissions » pour Mme des Ursins, La Mothe, le grand prieur bâtard, le comte de Bavière, Villars « sans qu'en France ni en Espagne on ait jamais su pourquoi », Brancas fait grand malgré Fleury, La Marck, Nevers par l'achat de Spinola — « cela fait douze grands d'Espagne établis à Paris [...], dont pas un n'eût osé songer à être duc ». Saint-Simon s'avoue lui-même : « je crus en pouvoir profiter comme les autres, mais sans dissimuler à M. le duc d'Orléans combien je les désapprouvois. » Et la mécanique est « incroyable et monstrueuse » : le roi d'Espagne érige en dignité une terre française, s'en fait un vassal dans le royaume d'un autre, si bien que l'impétrant « se trouve avoir deux rois et deux seigneurs suzerains et souverains pour la même terre. [...] Que deviendra-t-il donc si ces deux rois viennent à se faire la guerre ? » Sur quoi : « Revenons maintenant d'où nous sommes partis. »
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