TOME VI · CHAPITRE III
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Résumé
Mort de la duchesse de Nemours, avec sa famille, la branche de Nemours-Savoie et son caractère de vieille souveraine acariâtre ; l'origine de l'ordre du Calvaire. L'affaire de Neuchâtel : prétendants et droits, conduite de la France, l'électeur de Brandebourg dont le ministre veut précéder le prince de Conti — et la principauté « adjugée et livrée » au Prussien, camouflet accepté. Mort du cardinal d'Arquien — avec l'« étonnante vérité » — et la rage de la reine de Pologne contre la France ; morts de la duchesse de La Trémoille (« malheur des familles »), de Vaillac ; caractère de la maréchale de Créqui ; l'archevêque de Bordeaux.
Les entrées
- Mort de la duchesse de Nemours ; sa famille
- Mort de la duchesse de Nemours, qui « fit encore plus de bruit » que celle de Mme de Montespan, « mais dans un autre genre » : fille du dernier duc de Longueville et d'une fille du comte de Soissons, prince du sang, demi-sœur de l'abbé de Longueville et du comte de Saint-Paul « tué au passage du Rhin, allant être élu roi de Pologne ». Héritière par les Longueville de la « espèce de souveraineté » de Neuchâtel, elle avait fait de grands biens au bâtard obscur du dernier comte de Soissons, « reconnu si longtemps après sa mort », dont la fille épousa le duc de Luynes.
- Branche de Nemours de la maison de Savoie
- La branche de Nemours de la maison de Savoie : issue de Philippe, comte de Genevois, fils puîné de Philippe II duc de Savoie, fait duc de Nemours par François Ier. Son petit-fils épousa « la fameuse Anne d'Este…, veuve du duc de Guise tué par Poltrot » : ses fils, frères utérins des Guise, furent « aussi grands ligueurs qu'eux », brouillés à la fin avec Mayenne qui les convainquit « de vouloir livrer au duc de Savoie leur gouvernement de Lyon, la Provence et le Dauphiné ». Un des derniers ducs fut « tué en duel par le duc de Beaufort, frère de sa femme » ; le dernier, archevêque de Reims sans ordres, quitta ses bénéfices pour épouser Mme de Nemours, qu'il laissa veuve après deux ans.
- Caractère de Mme de Nemours
- Caractère de Mme de Nemours : « une figure fort singulière…, de gros yeux qui ne voyoient goutte, et un tic qui lui faisoit toujours aller une épaule…, l'air du monde le plus imposant » ; « altière au dernier point, avec une langue éloquente et animée, à qui elle ne refusoit rien ». Haine inextinguible des Condés qui lui avaient « emblé la tutelle et le bien de son frère », et des Matignon : apercevant l'un d'eux d'une fenêtre du cabinet du roi, « elle se mit à cracher cinq ou six fois tout de suite, puis dit au roi qu'elle ne pouvoit voir un Matignon sans cracher de la sorte ». Au Pater, « elle passoit l'article du pardon des ennemis sans le dire ». Inoubliable scène du confesseur qui, l'entendant parler de ses millions et des princes du sang, « la crut folle et lui conseilla de manger de bons potages ». À quatre-vingt-six ans, elle fit demander pardon aux Condés et aux Matignon — « tous allèrent la voir et en furent bien reçus ; mais ce fut tout : pas un n'en eut rien. »
- Origine de l’ordre du Calvaire
- Origine de l'ordre du Calvaire, à propos d'une tante de son père : la marquise de Belle-Ile, « devenue célèbre par quantité de bonnes œuvres, s'être faite feuillantine, avoir obstinément refusé l'abbaye de Fontevrault, enfin pour avoir conçu et enfanté le nouvel ordre du Calvaire, dans lequel elle mourut à Poitiers en 1628 ».
- Prétendants à Neuchâtel
- Cette mort « mit promptement bien des gens en campagne » pour Neuchâtel : le duc de Villeroy et Matignon partirent aussitôt ; le prince de Conti alla à Pontarlier — le roi ne voulant pas qu'il s'exposât de nouveau aux manques de respect de Neuchâtel — et y envoya Saintrailles ; « la vieille Mailly » se mit aussi sur les rangs « sur une alliance tirée par les cheveux de la maison de Châlons…, et on se moqua à Paris comme en Suisse de ses chimères ».
- Droits des prétendants
- Droits des prétendants : Conti se fondait sur le testament du dernier duc de Longueville, jugé bon au parlement de Paris — mais restait à voir « si une souveraineté se pouvoit donner comme d'autres biens », et Neuchâtel avait déjà reconnu Mme de Nemours contre lui. Entre Matignon (proximité du sang) et la duchesse de Lesdiguières (aînesse), « les fiefs de dignités et tous les grands fiefs ont toujours suivi l'aînesse » — « mais de pareils procès ne se décident guère par les règles ».
- Conduite de la France sur Neuchâtel
- Conduite de la France : Chamillart, ami intime de Matignon, « ennemi déclaré du maréchal de Villeroy » depuis Ramillies, et servi par l'aversion du roi pour Conti — « à qui il n'avoit jamais pu pardonner son voyage de Hongrie, et peut-être encore moins son mérite et sa réputation » — obtint que le roi se déclarât neutre, puis se déclara « ouvertement pour Matignon ». Puysieux, tout dévoué à Conti, fut paralysé par cette neutralité.
- Électeur de Brandebourg prétend Neuchâtel, où son ministre veut précéder le prince de Conti
- Coup de théâtre : parut « un ministre de l'électeur de Brandebourg, qui commença par oser disputer le rang au prince de Conti. Cette impudence est remarquable » — l'électeur de Bavière en personne et le grand duc de Lorraine avaient toujours cédé à ce prince ; « et voilà le premier fruit du changement de cérémonial de nos ducs et de nos généraux d'armée ». La prétention Châlons de l'électeur était « encore plus éloignée, plus enchevêtrée » que celle de Mme de Mailly ; ses vraies raisons : « sa religion conforme à celle du pays, l'appui des cantons protestants », le souvenir d'Orange que le roi s'était approprié, « enfin un traité en bonne forme » avec l'Angleterre et la Hollande.
- Neuchâtel adjugé et livré à l’électeur de Brandebourg
- Neuchâtel adjugé : les cantons protestants, « par l'argent répandu, la conformité de religion, la puissance de l'électeur », firent rendre « un jugement provisionnel qui adjugea leur État à l'électeur jusqu'à la paix ». La France se réveilla trop tard, aux cris de Mme de Mailly : Puysieux eut ordre « d'employer tout, même jusqu'aux menaces » — les ministres d'Angleterre et de Hollande firent imprimer « une réponse fort violente » à son mémoire. « On en eut la honte, on en témoigna du ressentiment pendant six semaines, après quoi, faute de mieux pouvoir, on s'apaisa de soi-même » ; Neuchâtel « est pleinement et paisiblement demeuré à ce prince, même expressément confirmé par la paix de la part de la France ».
- Mort, famille, fortune du cardinal d’Arquien
- Mort à Rome du cardinal d'Arquien, du nom de La Grange : son ami l'ambassadeur de Pologne lui fit établir ses filles là-bas — l'une épousa Jean Sobieski, « le premier homme de la république par ses victoires », élu roi en 1674 et sauveur de Vienne en 1683. Le père, fait cardinal à quatre-vingt-deux ans par la nomination de son gendre, « ne prit jamais aucuns ordres, et n'eut jamais aucun bénéfice, en sorte qu'il ne dit jamais de bréviaire, et qu'il s'en vantoit. Il fut gaillard et eut des demoiselles fort au delà de cet âge, ce que la reine sa fille trouvoit fort mauvais. » Il mourut le 24 mai « à quatre-vingt-seize ans, par une très courte maladie ».
- Étonnante vérité
- « Étonnante vérité, très certaine, et en même temps rien moins que vraisemblable » : sans la parenté que l'alliance polonaise des Béthune créa — « si l'électeur de Bavière ne s'étoit pas trouvé par sa mère cousin issu de germain de Mme de Belle-Ile » —, le futur maréchal de Belle-Isle « seroit demeuré avec ce qu'il avoit hérité de son père, et ne seroit parvenu à aucun des degrés de cette prodigieuse grandeur où il est monté tout à coup ».
- Rage de la reine de Pologne contre la France, et sa cause
- Rage de la reine de Pologne contre la France : brûlant de venir montrer sa couronne « en son pays, d'où elle étoit partie si petite particulière », elle fut avertie « que la reine ne lui donneroit point la main » — règle constante pour les couronnes électives. « Le dépit en fut aussi grand que si elle eût reçu un affront. Elle rompit son voyage, se lia avec la cour de Vienne…, eut grande part à la ligue d'Augsbourg », et fit épouser au roi son mari « tous les intérêts contraires à la France ». Détestée en Pologne « jusque de ses créatures et de ses propres enfants », elle se retira à Rome où on lui refusa le traitement de la reine Christine : « il n'y avoit point de parité entre une reine héréditaire et une reine élective ».
- Mort de la duchesse de La Trémoille
- Mort de la duchesse de La Trémoille, guère plus de cinquante ans : « une grande, grosse et maîtresse femme, qui, sans beaucoup d'esprit, sentoit fort sa grande dame, et qui tenoit de fort court sa mère et son mari…, plus que très ménagère », fille unique et très riche du duc de Créqui. Elle avait « pensé épouser le duc d'York, depuis roi d'Angleterre Jacques II ».
- Malheur des familles
- Malheur des familles : le duc et le maréchal de Créqui voulaient marier leurs enfants ensemble « pour conserver ces grands biens dans leur maison, et les âges étoient faits exprès pour cela ; mais les frères ne furent pas les maîtres » — la maréchale de Créqui s'y opposa toujours. « C'est ainsi que les femmes perdent ou rétablissent les maisons par leur humeur ou par leur bonne conduite. »
- Caractère de la maréchale de Créqui
- La maréchale de Créqui : « une créature altière, méchante, qui menoit son mari, tout fier et tout fâcheux qu'il étoit, et qui n'osoit la contredire » ; jalouse de l'éclat du duc et de la duchesse de Créqui au point de pousser à bout cette belle-sœur si douce, « qui ne put s'empêcher de lui rendre haine pour haine ».
- Mort de Vaillac ; son extraction ; ses aventures
- Mort de Vaillac, « un des bons officiers généraux que le roi eût pour la cavalerie…, si le vin, la crapule et l'obscurité qui en sont les suites, n'eût rendu ses talents et ses services inutiles ». Aventure fameuse : « des coquins le marièrent ivre mort, en garnison, à une gueuse, sans qu'il sût rien de ce qu'il faisoit » — réveillé, « il se trouva bien étonné de trouver cette créature couchée avec lui » ; l'affaire finit quand les fripons virent « qu'il faudroit se battre ou essuyer des coups de bâton ». Quant au conte du vin de l'étrier bu dans sa botte devant le magistrat de Bâle, « c'est un conte fait à plaisir ». Son vrai nom était Ricard ; son père, premier écuyer puis capitaine des gardes de Monsieur, était « un des hommes de France le mieux faits ».
- Archevêque de Bourges singulièrement nommé au cardinalat par le roi Stanislas
- Singulière nomination de l'archevêque de Bourges (Gesvres) au cardinalat : ancien camérier d'Innocent XI, il avait manigancé de se faire nommer par le roi Jacques — le roi « le trouva si mauvais que la chose fut arrêtée tout court ». Stanislas, reconnu partout roi de Pologne « hors à Rome », voulut forcer le pape par sa nomination : son premier choix, un missionnaire français « d'un grand savoir et d'une haute piété », refusa — « il arriva un prodige en ce genre » ; il s'en remit alors au roi de France. Torcy, ami de Bourges, l'emporta sur Polignac. « L'étonnement de la cour fut extrême… Cette espérance, néanmoins, s'en alla en fumée avec le règne de Stanislas » : l'archevêque n'eut le chapeau qu'en 1719, « après en avoir tant vu passer devant lui » — Polignac, Bissy, « et tant d'autres comme Dubois, Fleury, qu'il ne regardoit pas ».
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